1. Un départ tout en beauté

7 minutes de lecture

- 1er Décembre 2020, 15h26

San Francisco -


J’attends patiemment que les quelques passagers devant moi soient descendus pour quitter l’appareil à mon tour, mes cheveux voletants autour de mon visage malgré leur prison de laine. J’enfonce un peu plus mon bonnet sur mes oreilles et y enferme les quelques mèches blondes qui fouettent mes joues. L’air froid et mordant de l’hiver s’infiltre sous les couches de vêtements que je porte, m’offrant une vague incontrôlée de frissons.

Mon sac à dos rose pâle et abimé sur le dos, les mains serrées sur les bretelles, je prends la direction de l’intérieur de l’International San Francisco Airport pour y récupérer ma valise, seul bien venant compléter mon paquetage.

Enfin en possession de toutes mes affaires, je me rue dehors et m’arrête juste devant l’immense parking qui entoure l’aéroport. J’ai tant rêvé de ce nouveau départ que je trouve ça presque trop beau. Je laisse mon regard se balader sur tout ce qui m’entoure : les joyeuses retrouvailles, les embrassades et les travailleurs pressés qui hèlent des taxis.

Une vibration dans ma poche me tire de ma réflexion.

Lina – 15h48 : Bien arrivée ? C’est aussi beau qu’en photo ? Tu nous manques déjà, ma belle ! <3

Ange – 15h49 : Je viens d’atterrir et pour l’instant, la seule beauté que j’ai vu est le parking donc si on veut x) Vous me manquez beaucoup aussi, j’ai hâte que vous puissiez venir ! <3

Pressée de me mettre au chaud, j’appelle la compagnie hôtelière qui doit m’envoyer une voiture – d’après les dires du site web.

- Hôtel Rose Gem, bonjour. Que puis-je faire pour vous ?

- Oui, bonjour. J’ai réservé une chambre au nom de Delcourt, je viens d’arriver à l’aéroport de San Francisco et je voulais savoir si l’une de vos voitures était libre ? demandai-je poliment.

- Attendez une seconde, je vérifie votre réservation. Delcourt, vous dîtes ?

- C’est ça.

- Je suis vraiment navrée, Mademoiselle. Mais je n’ai aucune réservation à votre nom, m’informe-t-elle.

- Pardon ? C’est Delcourt avec un « t » à la fin, répliquai-je.

- Oui, aucune réservation à ce nom, Mademoiselle.

- C’est pas possible, c’est pas possible. Pouvez-vous essayer Jimenez, s’il vous plaît ?

- Bien sûr, attendez une seconde.

J’amène ma main à ma bouche, me rongeant les ongles en tremblotant. J’espère que Lina et moi nous sommes juste trompées et que nous avons réservé à son nom par accident.

- Désolée, pas de Jimenez non plus.

- Merde ! jurai-je en français. Vous n’avez pas une chambre de libre ?

- Non, désolée, à cette période, vous savez.

- Merci quand même, grimaçai-je en raccrochant.

Je passe frénétiquement ma main sur mon visage. Cet incident n’était pas prévu du tout, me voilà dans de beaux draps ! Sentant ma respiration s'accélérer sous le léger stress qui monte en moi, j’appelle ma meilleure amie, qui décroche après la première sonnerie.

- Hey, starlette ! Alors, les States ?! s’exclame Lina en prenant un accent exagéré qui me fait sourire malgré ma situation.

- J’ai nulle part où dormir, Lina, lâchai-je, simplement.

- Tu rigoles ? Je t’ai payé un hôtel à deux-cent cinquante balles la nuit pour la semaine ! réplique-t-elle, pince-sans-rire.

- Y’a pas de chambre pour moi, répétai-je.

- Eh, Ange, ne panique pas, d’accord ? Je vais t’arranger ça, souffle-t-elle d’une voix plus douce en entendant les trémolos dans ma voix.

Je frotte mes yeux embués en serrant les dents, impossible que je verse la moindre larme le premier jour de ma nouvelle vie.

- Alban ? Viens une seconde, s’il te plaît ! appelle-t-elle.

J’entends seulement quelques bribes de leur conversation avant que le jeune homme ne prenne la parole près du téléphone de Lina.

- Ma petite guerrière, à peine arrivée et déjà à la rue, tu commences bien ! se moque-t-il.

- T’es pas drôle, Al’. Tu me fous la poisse, grommelai-je.

- Ah non, cette fois, j’y suis pour rien ! se défend-t-il. Trouve-toi un café où t’installer le temps que Lina trouve une solution, tu veux ?

- D’accord.

Je tire ma valise en continuant de discuter avec Alban. Lina et lui sont jumeaux, je les connais depuis l’époque où on portait encore des couches, ils font partis intégrante de ma vie et m’ont toujours soutenu. Ils voulaient tout plaquer pour m’accompagner dans mon rêve de liberté mais j’ai fermement refusé, hors de question qu’ils mettent un terme à leurs études pour moi.

- Ma belle, j’ai ce qu’il te faut ! s’exclame Lina.

Je tends l’oreille en entrant dans le café et m’installe à une table en retirant mon bonnet, libérant mes longs cheveux blonds.

- Tu verras, dans quelques heures, tu seras la baby-sitter officielle de la famille Harrison !

Je sens le sourire dans la voix de Lina et doute de son sérieux pendant une seconde.

- C’est qui eux ? fis-je.

- Des bourges. Ils cherchent quelqu’un pour garder leurs gosses pour les vacances, ça tombe bien, ta rentrée n’est qu’en janvier, déclare-t-elle.

- Okay. Je dois faire quoi pour l’avoir ce job ? la questionnai-je.

- C’est simple, rends-toi au 12 Street Jacobson, c’est pas loin, prends un taxi. Tu dois y être dans une demi-heure. Je les ai déjà appelés, soit à l’heure ! s’exclame-t-elle.

- Je vais faire ça, mais ça ne règle pas mon soucis de logement, me lamentai-je.

- Je suis sûre qu’ils parviendront à te trouver un hôtel, ils sont très influents.

- Hum. Bon, je vous laisse, je vais trouver un taxi pour m’y rendre.

- D’acc ! Fais attention à toi, guerrière ! s’exclame Alban.

- Oui, prends soin de toi et nous oublie pas, renchérit Lina. On t’aime fort !

- Promis. Je vous aime aussi.

Après avoir raccroché, je me concentre quelques secondes sur le fond de la tasse de café que j’ai bu d’une traite pour me donner du courage. J’ai l’habitude de faire du baby-sitting mais là, c’est différent. Si cette famille est aussi influente que le prétend Lina, une simple erreur de ma part pourrait tout ruiner.

Je paie mon café, remets mon bonnet et mes gants et tire ma valise en sortant. J’aperçois une voiture à quelques mètres, le moteur encore allumé et un jeune homme juste à côté, fouillant ses poches, des paquets plein les mains. Je m’avance en tentant de garder l’équilibre malgré le vent qui semble vouloir me faire m’envoler.

Je m’arrête devant lui et toussote légèrement pour qu’il me remarque.

- Excusez-moi, je viens d’arriver et je cherche un moyen de me rendre au 12 Street Jacobson, vous savez si un bus peut m’y mener ? demandai-je en contrôlant ma voix quelque peu tremblante.

- Au 12 Street Jacobson, vous dites, Mademoiselle ? répète-t-il.

- C’est ça, confirmai-je.

Il fronce les sourcils avant d’ouvrir de grands yeux pétillants.

  • Vous êtes la nouvelle baby-sitter ?
  • Euh… Je dois passer un entretien dans vingt minutes et je ne sais absolument pas comment m’y rendre, expliquai-je. Mais comment savez-vous ça ?
  • Jaden Smith, je travaille pour les Harrison depuis deux ans, sourit-il. Montez, je vous dépose.

Les yeux brillants de joie, je joins mes deux mains devant moi et secoue frénétiquement la tête en le remerciant. Je m’installe sur le siège passager en attendant que Jaden ait fini de ranger ses paquets sur la banquette arrière.

  • Alors tu viens d’où comme ça ?
  • De Bordeaux, en France, déclarai-je, euphorique.
  • Oh, c’est chouette. J’y suis allé avec ma meilleure amie, c’est une très belle ville.

J’acquiesce en laissant mon regard promener sur les avenues qui défilent. Tout est recouvert d’une fine pellicule de neige, offrant un bien joli tableau.

  • Nous y sommes, m’informe Jaden en se garant dans une allée.

J’ouvre puis referme la bouche, impressionnée par l’immense demeure qui trône fièrement devant moi. Dans quoi est-ce que je m’embarque encore ?

  • Ça peut paraître impressionnant mais ne t’inquiète pas, les gosses sont sympas et les Harrison n’ont jamais mangé personne, m’assure mon sauveur.
  • Pourquoi me choisiraient-ils moi ? Ils doivent avoir largement de quoi se payer une babysitter plus expérimentée, soufflai-je.
  • Ne t’en fais pas pour ça, elles ne courent pas les rues les filles qui acceptent de venir travailler ici, déclare-t-il, un brin malicieux.
  • Comment ça ? Qu’est-ce qu’il va m’arriver ?
  • Oh, trois fois rien.
  • Jaden ! m’exclamai-je alors qu’il s’éloigne en portant sa grande pile de paquets.

Son rire rauque me parvient et je plisse les yeux, hésitant à repartir sur le champ.

Finalement, je le suis jusqu’à l’entrée et retire mon bonnet, passant ma main dans mes cheveux pour les arranger. Je remonte mon jean et tire sur le bas de ma doudoune, stressée.

La porte finit par s’ouvrir sur une vieille femme au doux visage tiré par une fatigue visible.

  • Oh, Jaden, c’est toi. Entre donc, mon garçon.
  • Merci, Maggie. Voici, euh…, commence-t-il.
  • Jaden, tu n’as pas fait l’effort de demander son prénom à cette jolie jeune fille, le gronde gentiment la femme.
  • Quel crétin, se flagelle-t-il.
  • Ça ne fait rien, je t’assure. Je m’appelle Ange Delcourt, déclarai-je avec un semblant d’assurance puisé tout au fond de mon être.

Jaden me regarde, les yeux pétillants de malice et Maggie pose sa main sur mon avant-bras en refermant la porte.

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