Chapitre 5 - Un cas à part

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Reiketsu appuya sur le bouton "envoyer le message" sur le contact de la commission, et s'assit un moment pour reprendre son souffle.

C'était bien la quatrième fois cette semaine qu'il exorcisait un fléau semi-classe 1, toujours avec le minimum d'énergie occulte et le maximum d'efforts, et... (il toucha ses côtes tuméfiés) de blessures. Mais rien comparé à la douleur de la marque : celle-ci avait empiré depuis qu'il avait rencontré ce fléau étrange au temple. Même en utilisant son énergie occulte au minimum, il ressentait toujours une brûlure, même légère.

Un jour, il ne pourrait plus jamais utiliser ses pouvoirs.

Alors autant sauver le plus de monde possible d'ici là... gronda-t-il pour lui même en se relevant. Gojo ne l'avait pas rappelé, car il était occupé sur l'affaire d'un garçon qui était maudit par une véritable calamité ambulante. Au moins, Reiketsu n'aurait pas l'exorciste dans les pattes pour chercher lui-même des solutions. Il sortit un cachet de sa poche et l'avala ; ça calmerait la douleur, du moins pendant un temps.

Il prit le métro, prenant bien soin de lancer des regards noirs aux passagers pour les faire s'écarter, afin de réfléchir pendant son trajet. Le Roi Écarlate avait à son service au moins plus d'un fléau, sinon il n'aurait pas sacrifié aussi facilement un semi-classe S au don de téléportation. Chacun de ces serviteurs possédaient donc le moyen de posséder leurs cibles. Mais dans quel but ?

La marque était une piste... Mais Reiketsu ne possédait pas de technique innée lui permettant de tracer les malédictions via leurs sorts. Et malheureusement, il ne connaissait qu'un seul exorciste capable de cette prouesse, seulement... Il soupira, un peu abattu ; il utiliserait cette solution en dernier lieu.

Il parvint enfin à sa destination : le mont Kurama, situé au nord-ouest de la ville de Kyoto. Bien que la terre était sacrée, c'était un lieu touristique, donc l'école d'exorcisme de la ville ne se trouvait pas ici. Peu de fléaux arrivaient jusqu'à cet endroit, alors ce serait une place de choix pour faire une ballade. Bien que tous pensaient le contraire, Reiketsu ne détestait pas prendre des pauses. C'est juste qu'il aimait faire son travail.Mais de temps en temps, prendre le temps de ne rien faire... se dit-il en respirant le bon air de la forêt, et commença à marcher.

La saison touristique était terminée, seuls quelques riverains profitaient du bon air frais de l'automne. Reiketsu, quand à lui, regardait les feuilles tomber au sol, et en ramassa une ; la senteur sèche du figuier. Il se tourna vers l'arbre, chercha un fruit encore mûr, en trouva un et le cueillit.

La texture était moelleuse et délicieuse. C'était à la fois sucré et légèrement acide, et la chair fondit dans sa bouche. Reiketsu ne mangeait pas beaucoup de fruits... Je devrais le faire plus souvent ! Il dégusta le reste, puis se tourna vers l'arbre ; un figuier des montagnes, c'était presque comme un petit cadeau des dieux.

Il se dirigea vers le temple shinto le plus proche, et pria. Il demanda qu'on lui envoie, avec un peu de chance, un signe pour régler son affaire.

- C'est surprenant de voir un exorciste croyant.

Reiketsu reconnut immédiatement cette voix ; il se retourna vivement, l'air menaçant. En face de lui se trouvait le maître des fléaux le plus recherché de tout le japon, qui avait massacré tout un village à l'aide de sa technique de manipulation des fléaux.

Sourire aux lèvres, Suguru Geto l'observait.

- Tu es vraiment très idiot de te pointer face à moi ! gronda Reiketsu en rassemblant son énergie occulte, mais il sentit la marque le brûler, tombant à genoux.

- Du calme ! Tu n'es clairement en état de me combattre...

- Alors quoi ? Tu vas me tuer ?

- Loin de moi l'idée de le faire : je risquerais de subir le courroux du Roi Écarlate !

Quoi ? Comment était-il au courant de toute cette affaire ? Il a du nous observer...

- Tu veux quoi ? grommela-t-il en se relevant. Je te préviens, je suis pas mercernaire.

- Très bonne blague, rigola Geto. Mais si je suis venu te trouver, c'est pour t'offrir mon aide.

-...Je t'écoute.

Après tout, il n'avait rien à perdre ; et puis, Reiketsu pourrait utiliser ce type à ses fins, avant de le balancer aux autorités. Et il ferait une pierre deux-coups. C'est un bon plan ! pensa-t-il avec satisfaction.

- Mais ce sera à une condition.

Bien sûr...

- Tu veux quoi en échange ? répondit-t-il toujours sur ses gardes.

- Tu placeras ceci (il sortit une sorte de petit truc allongé emballé dans du papier) dans le lycée Sugisawa, à Sendai dans le Miyagi.

Reiketsu prit l'objet emballé, et ressentit une drôle de pression... C'était un objet maudit ! Le papier en question étaient d'innombrables parchemins de sceaux, entrelacés les uns sur les autres. Et malgré tous ces sceaux, on ressentait encore le malaise généré par l'énergie occulte dégagée par ce truc.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Un charme de reconnaissance pour retrouver mon chat (Reiketsu lança un regard sceptique à Geto, qui répondit en haussant ses épaules) Tu n'as pas vraiment à savoir ce que c'est. Juste faire ta mission. Je saurais quand tu l'auras fait, et je pourrais ainsi remplir ma part du marché.

- Mais ça n'attire pas les malédictions, j'espère ?

- Non. C'est juste un truc dont je veux me débarrasser au plus vite.

- Pourquoi dans un lycée ? Et tu peux pas l'exorciser ?

D'après l'air un peu pincé du maître des fléaux, le châtain soupira et le mit dans sa poche ; il informerait la commission de la présence d'un tel objet sur les lieux, comme ça il n'y aurait pas de soucis.

- Dis-moi, Yakuseki, que penses-tu d'eux ? lança Geto en montrant de la tête quelques passants qui observaient ce type en tenue de moine ample.

- Quoi, les gens ?

- Les non-exorcistes, oui... Le ton qu'il avait employé ressemblait à un mélange de dégoût et de colère.

- Ils vivent leur vie tranquille sans se douter de ce qui les entoure réellement, répondit honnêtement Reiketsu, avec un regard pensif.

- Je suis d'accord. Ces singes ne savent rien, et ne comprennent rien. Ils sont aussi inutiles que des limaces et aussi énervants que des sangsues.

-...Je comprends pourquoi tu les as tué, ces villageois.

- Oh ?

- En fait, t'as pas les tripes nécessaires.

L'atmosphère s'alourdit brusquement, et une aura meurtrière émana du maître des fléaux. Reiketsu déglutit quand il croisa le regard froid de ce dernier, le toisant de la même façon que les gens regardent une merde devant leur paillasson. Geto tendit sa main vers le jeune homme, qui se figea ; si le meurtrier décidait d'en finir avec lui, Reiketsu n'aurait aucune chance de s'en sortir.

Une tape sur l'épaule. La pression disparut, et un sourire réapparut sur le visage du misanthrope.

- Tu as tout a fait raison : je n'ai plus les tripes nécessaires pour m'intéresser au sort de ces singes ; mais cette affaire ne concerne que moi (il serra son épaule), et dans le cas où tu déciderais de t'en mêler... Couic !

Il éclata de rire, les faisant passer pour deux bons vieux copains qui se retrouvaient après une longue séparation. La peur l'empêchait de bouger, mais pas de penser : si ce type avait des réponses à propos de sa marque, Reiketsu ne devait pas hésiter et obéir.

Il acquiesça doucement, Geto sembla satisfait car il lâcha son épaule et commença à s'éloigner, avant de dire :

- Ravi d'avoir fait ta connaissance, "Prince" Reikestu.

* * *

Sugisawa.

Un lycée banale, quoi qu'à l'ambiance un peu morne et triste, coincé dans ce quartier qui semblait un peu étouffant. Trois lycéens fumaient illégalement derrière le local à vélos, se narrant sûrement leurs exploits quand à leurs dernières "conquêtes", sans se rendre compte qu'ils avaient probablement foutu leurs vies en l'air. Enfin, il n'était celui qui devait juger...

Reiketsu s'approcha de l'entrée du lycée, quand il fut arrêté par le gardien.

- Vous ! (Il se plaça juste devant lui ; c'était un type baraqué à la face écrasée comme celui d'un bouledogue) Qu'est-ce que vous faites là, à rôder ? Z'êtes un pédophile ?

- Voici... (Reiketsu présenta le mot que Geto lui avait confié, signé officielemment) J'ai un rendez-vous avec le directeur. Je connais l'établissement, pas besoin de m'accompagner.

Le type approcha son visage du papier, le reniflant presque. Il regarda Reiketsu, qui gardait un air blasé. Il renâcla, avant de daigner à le laisser passer, arrachant au jeune homme :

- Je ne serais pas long !

Il marcha à travers les cours, quelques élèves le regardant d'un œil curieux. Il y eut même deux-trois minettes qui chuchotèrent à son passage, flattant son ego de puceau. Dur d'avoir de l'amour propre quand votre vie sentimentale ne se résume qu'à une lycéenne qui vous emmerde chaque soir pour savoir si ou non vous allez l'accompagner au karaoké.

Il arriva à l'endroit prévu en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Une petite cage à oiseaux poussiéreuse et abandonnée, et même si les piafs auraient tardivement chié dessus que Reiketsu n'en avait rien à cirer, il ouvrit la cage à oiseaux et posa le talisman dessus. La sensation désagréable cessa aussitôt, comme après un bon petit passage aux chiottes.

- Euh... Bonjour ? Vous êtes le nouveau surveillant ?

Il se retourna : une jeune fille aux cheveux courts et portant des lunettes le regardait d'un air curieux. Reiketsu ferma précipitamment la cage à oiseaux, l'air aussi fermé que possible.

- Et vous n'êtes pas sensée être en cours à cette heure-ci ?

- Moi ? Bah non, j'ai une heure de permanence ! (Elle s'écarta pour regarder derrière lui) Vous cherchiez quoi dans la cage à oiseaux ?

- C'est pas tes affaires, grommela-t-il.

- Oh, je sais ! Vous enquêtez vous-aussi sur la disparition subite de Kometatsu ?

Elle est vraiment chiante..."Non, je suis pas ici pour ton Kome-machin... Maintenant laisse-moi tranquille"

Reiketsu s'éloigna à grands pas, tandis que la jeune fille, nommée Setsuko Sasaki, regardait ce surveillant du coin de l'œil. Quand elle fut sûre que ce dernier était assez éloigné, elle ouvrit précipitamment la cage à oiseaux, et ses yeux s'écarquillèrent.

- Sasaki-chaaan ! cria une voix derrière elle, la faisant sursauter.?

Elle ferma la cage avec force et se tourna vers le jeune garçon qui s'approchait, un grand sourire aux lèvres ; ce dernier était mince, avait les yeux vifs et les cheveux roses en bataille. Quand il arriva à son niveau, il remarqua son sourire crispé et prit un air interrogateur.

- Euh... Tout va bien ?

- Hmm...Quoi ? (Sasaki sursauta une nouvelle fois) Non, non, t'inquiète pas trop ! Allez, Itadori-kun, on retourne au club ! J'aurais des recherches à mener, mais je sens qu'on va faire une découverte formidable...

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