Sable

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La voiture traversa le parking désert, se dirigea en hésitant vers deux lignes à demies effacées, et s’y gara.

Lorsque la jeune femme ouvrit la portière, un frisson la saisit. Était-ce l’air frais de l’aube, ou l’appréhension ?

Lui n’y prêta pas attention, il s’affairait déjà, rassemblant son matériel.

En glissant ses jambes hors de l’habitacle, elle sentit sous ses pieds les grains de sable que le vent avait dispersés sur le parking, comme il le faisait chaque nuit, avant qu’au matin le balai des hommes les en chasse.

Elle sortit, sentit le vent léger sur ses bras nus, l’air marin emplir ses poumons.

Elle avait laissé son sac et ses affaires sur le siège, réalisant soudain qu’elle n’en aurait pas besoin.

Ils marchaient vers la plage, cherchant du regard la limite où le sol s’effondrait sous les pas. Ils gravirent la dune couvertes de buissons épars, et aperçurent enfin l’océan.

Elle scruta l’horizon à la recherche de badauds, espérant n’en voir aucun. Il y avait pourtant de loin en loin quelques âmes avec un chien, silhouettes seulement, au bout de traces rectilignes.

Elle se sentit déjà nue.

Elle ôta ses chaussures, plia les genoux et les agrippa comme on saisit la poignée d’une valise. Ses pieds nus s’enfoncèrent dans le sable. Elle remua les orteils pour sentir les grains se ruer sous elle, humides et froids.

Lui humait l’air. Il observait le soleil qui émettait une lueur jaune derriere la dune. Soudain résolu, il se mit en marche vers une pente plus raide, surplombée de hautes herbes dont les contours dessinaient des arrêtes aigües. Il balada son regard aux alentours, puis opina, satisfait.

Elle ne se souvient plus si ils avaient parlé, si il lui avait donné des instructions, ou si tout c’était simplement… passé.

Elle glissa ses pouces sous l’élastique de son short, laissa passer ses hanches à travers le cerceau élargit, puis le roula le long de ses jambes, jusque sur ses chevilles, où, disgracieux, il l’embarrassait un peu. Elle retira en vitesse ses pieds et balança le tissu au loin.

Elle inspecta son corps en inspirant longtemps. Rassurée, elle expira à nouveau.

Au-dessus de sa culotte de dentelle les arcs de ses côtes apparaissaient et disparaissaient au rythme de l’air tour à tour reclus et libéré.

Elle se cambra pour s’offrir à l’océan spectateur. Ou aux badauds, ou au vent frais. Elle agrippa les pans de sa décence et les releva en oubliant de considérer ses seins lourds, qui furent aussitôt exposés aux envies.

Sans lâcher l’étoffe elle posa une main sur le haut de sa poitrine, et l’autre grimpa jusqu’à sa nuque.

Le tissu blanc, sa peau hâlée ; il lui sembla que ce corps n’était plus le sien. Sans se l’expliquer, elle ressentit une vague de désir, à peine plus réelle qu’un frisson réprimé.

Elle balança ses cheveux, ferma les yeux, et, tandis que son corps se détendait, expira. Lorsque l’air se tarit, lorsque le soupir mourut, le temps s’arrêta. Sa bouche entrouverte resta en suspens, sa tête bascula en arrière, sa gorge se figea, ses mâchoires s’écartèrent, dans un instant son corps recevrait une nouvelle bouffée d’air.

Clic.

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