Haine

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Le hurlement qu'il laissa jaillir de sa gorge brûlante, fendit le silence nocturne aussi violemment que le coup de batte qu'il reçut dans les rotules. Puis, s'abattit sur lui une série de coups de pieds, une pluie de gifles et de crachats. Les jurons s'en suivirent. Jo ne comprenait plus rien. Un bourdonnement infernal vibrait dans sa tête lourde. Il recevait chaque coups en étouffant ses cris, il ne pouvait pas lutter. Il se recroquevilla et couvrit ses oreilles de ses mains. Puis, plus rien. Tout devint immobile autour de lui. A deux doigts de perdre connaissance, abasourdi par la douleur qui le dévorait intégralement, il osa penser que le massacre allait s'arrêter là. Il avait tort. Les secondes de répit ne lui étaient pas destinées, ses agresseurs reprenaient leur souffle et l'un d'eux, le saisit par les cheveux, brusquement !

- Je n'ai pas l'habitude, osa-t-il chuchoter à la jeune femme.

Déjà, elle caressait sa cuisse avec douceur et insistance. Elle effleura son entre-jambe à plusieurs reprises.

- Qui êtes-vous ? demanda Jo, dans un souffle gêné.

Elle se contenta de sourire en l'embrassant au creux de la clavicule. Il ne savait pas comment réagir à ces avances surréalistes. La main de la jeune femme chercha à tâtons à se faufiler dans son jean. Il bondit du banc en renversant sa bière sur l'aguicheuse, maintenant trempée !

- Excusez-moi, je voulais pas ! Désolé... bafouilla-t-il en saisissant un tas de serviette pour l'éponger. Elle lui jeta un regard noir et tourna les yeux dans la direction du bar. Trois types s'avancèrent vers Jo, qui s'évertuait à réparer sa maladresse.

- Ce mec t'ennuie, ma chérie ? grogna le plus charpenté d'entre eux.

- Et mais, matez un peu, c'est lui, c'est la célébrité ! Regardez-le, c'est face de fantôme ! aboya le second, visiblement alcoolisé.

Le troisième lui tournait autour, en pointant sur lui la lumière aveuglante de son portable.

- Je ne veux pas de problèmes, messieurs. Je n'ai pas compris ce que me voulait votre amie.

Cette dernière s'était blottie dans les bras du grand costaud et arborait un sourire sadique. Jo commença à comprendre : elle n'était pas venue se frotter à lui par hasard. En essayant de s'éloigner d'eux, Jo bouscula un tabouret qui tomba violemment au sol et attira l'attention des autres clients sur lui, sur eux.

- Quel courage ! hurla le type à la lumière. Ce trou du cul drague la copine de mon frère devant nos yeux et là, maintenant, il essaie de se barrer, l'air de rien, en la faisant passer pour une salope !

- T'es chez nous, ici, putain de fantôme !

C'était au tour du petit ami en question de hurlait sa rage. Lorsqu'il tendit son bras pour le montrer du doigt, Jo aperçut le tatouage d'un aigle royal. On devinait peut-être une branche du Svastika sous sa manche de tee-shirt. Son regard, terrifié, se posa alors sur le torse nu du petit frère et un soleil noir recouvrait son pectoral gauche. Joseph fut frappé par l'évidente ignominie de ces symbôles et il ne réfléchit pas plus longtemps. Il se retourna et s'enfuit à toute jambe, en projetant nerveusement l'un d'entre eux au sol. Les derniers mots qu'il perçut furent des menaces, qu'il mit davantage sur le compte de la haine que sur celui de l'alcool :

- Le soleil n'est plus ton seul ennemi ! Tu brûleras en enfer !

Jo ne cessa de courir, en se retournant très souvent, pour s'assurer de ne pas être suivi. Il emprunta sciemment des chemins de traverse pour regagner le chalet dans lequel il s'enferma à double tours. Le souffle court, il s'effondra sur le parquet et n'alluma aucune lampe. Il tira les rideaux de chacune des fenêtres et se blottit dans son large fauteuil usé, celui dans lequel il aimait s'assoupir les après-midis. Il mit du temps à réaliser ce qui venait de se passer. Cette rencontre aux airs de cauchemar l'avait assomé. Il se repassait, en boucle, chacun des regards, chacun des mots ignobles qu'il avait reçus tels des coups de couteau. Puis, il consacra sa nuit à effectuer des recherches sur les organisations néonazies, présentes en Californie et dans les états voisins. Il avait peur. Et il avait raison d'avoir peur. Il était la cible idéale. Différent, seul, suffisamment célèbre pour qu'on connaisse son nom et qu'on identifie son physique "particulier" et pourtant, pas assez connu pour soliciter la protection d'un garde du corps. Cette idée saugrenue lui tira un sourire, qui disparut aussitôt lorsqu'il admit ce triste constat : l'angoisse qui commençait à lui dévorer les entrailles ne le lâcherait plus.

Jo avait perdu connaissance lorsqu'il avait senti le scalpel se glisser à la commissure de ses lèvres tuméfiées. Il rouvrit les yeux, avec une étrange sensation de langueur, comme si le temps qui s'était écoulé entre son agression et cet instant avait duré des heures. Il était seul, maintenant. Des liens solides enserraient ses chevilles et ses poignets ensanglantés. Il avait mal. La douleur était insoutenable. Et pourtant, certains endroits de son corps ne ressentaient plus rien...

Où était-il ? Etendu dans l'herbe humide du matin, il reconnut la clairière autour de lui et à une centaine de mètres, l'orée du bois.

Derrière la colline, au loin, une lueur orangée donnait au ciel de magnifiques couleurs. Il referma doucement les paupières et prit une grande inspiration.

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