69. La copine à court d’idées

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Oriane

Rachel rayonne. A peine rentrée de sa lune de miel de dix jours en Corse, ma meilleure amie a absolument tenu à nous inviter à dîner, Robin et moi, pour nous montrer les photos des paysages que Mathieu et elle ont pu découvrir lorsqu’ils n’étaient pas trop occupés à copuler dans la bergerie rénovée qu’ils ont louée.

Quand elle a appris que Louis était de retour à la maison, Rachel est restée muette au téléphone, chose qui lui arrive rarement. Elle ne m’a pas donné son avis à ce propos, mais a, de ce fait, invité Louis à se joindre à nous. A ma grande surprise, ce dernier n’a ni levé les yeux au ciel, ni ronchonné. Il a juste accepté en proposant de ramener le vin.

Mon monde est sens dessus dessous. Rach muette, Louis docile… Je devrais me réjouir de tout ça, non ? Mon mari fait de vrais efforts depuis son retour. Il rentre du travail à des heures normales, ne part pas dès l’aube. Il m’aide à préparer le dîner quasiment tous les soirs, même s’il s’installe dans la salle pour bosser un peu une fois de retour à la maison. Il a même embarqué Robin pour une journée de randonnée, hier, histoire que je puisse boucler l’un de mes projets.

J’observe Louis discuter avec Mathieu sur la terrasse depuis le transat où je suis installée avec mon verre de Mojito. Je crois qu’ils n’ont jamais tenu une conversation aussi longue, tous les deux. Je sais de par Rachel que son mari appréhendait un peu la soirée. Si j’en crois leurs rires, ce n’est plus le cas et Mat doit être rassuré.

Moi, j’ai un peu l’impression de regarder tout ça de loin. Je devrais me réjouir de retrouver mon petit monde, de le voir à nouveau tourner rond, dans son axe vieux de dix ans. Je sais que je devrais, mais je n’y arrive pas. Il me manque, c’est incontrôlable et déplacé, mais c’est comme ça.

Je sursaute en voyant Rachel apparaître sous mes yeux. Elle repousse mes jambes et s’installe près de moi avant de cogner son verre contre le mien.

— Est-ce que toi aussi tu as l’impression d’être dans une dimension parallèle ? chuchoté-je en lui montrant d’un coup de tête nos maris respectifs.

— Disons que j’ai du mal à croire que Louis s’intéresse au chenil dont parle mon Chéri, oui. Mais s’il fait ça, c’est pour toi, non ?

— Hum… J’aimerais que ça ne soit pas des efforts, tu vois ? Le Louis d’il y a quelques années se serait vraiment intéressé, il ne l’aurait pas fait pour me remettre dans son lit…

— Ah parce que vous n’avez pas repris la baise ? Tu m’étonnes qu’il fasse encore le beau pour te reconquérir, se marre-t-elle.

— Je n’en ai pas envie, soupiré-je avant de boire quelques gorgées de mon cocktail. Ma libido s’est fait la malle le soir où il est revenu…

— Toi, tu n’as plus de libido ? C’est pas possible, ça. Je crois que c’est pas elle qui s’est fait la malle, mais le Lord, non ?

Je grimace et lui lance un regard que j’espère dur, mais qui me semble davantage désespéré qu’autre chose. Elle a raison, je n’ai juste aucune envie de coucher avec Louis, c’est un fait.

— Tu crois que ça va passer ? Je veux dire… Enfin… J’ai bien du mal à oublier le Lord…

— Il faut que tu lui redonnes une chance à Louis. Il ne me semble pas que c’était un mauvais coup, au lit. Je suis sûre que si tu le laisses s’occuper de toi, ça va revenir. Et puis, au pire, tu fermes les yeux et tu imagines que c’est Hugo. Ce sera mieux qu’un vibro, non ?

— Je ne vais pas me forcer à coucher avec Louis non plus. Le devoir conjugal, c’est dépassé depuis longtemps, soupiré-je. Et fermer les yeux pour imaginer Hugo… c’est comme manger un poulet-frites sec en imaginant un bon poulet-coco. Juste impossible !

Rachel et moi nous regardons quelques secondes avant d’éclater de rire. Oui, bon, OK, l’image est vraiment nulle, mais franchement, comment toucher Louis en imaginant que c’est le corps d’Hugo sous mes doigts, sur mon corps…

— Bref, tu vois où je veux en venir, non ?

— Je vois surtout que tu es en train de faire un truc qui ne te plait pas du tout et que tu es malheureuse. Heureusement que tu n’es pas comme la princesse dans “La vie est belle”. Tu sais, dès qu’elle doit faire un truc qui ne lui plait pas, elle a le hoquet. Toi, au moins, tu tires juste la tronche. Il ne dit rien par rapport à ça, Louis, d’ailleurs ?

— Je suis plutôt bonne actrice, en général, il faut croire. Mais ici, c’est chez toi, là où je suis toujours moi-même, alors le masque se fissure sans même que je m’en rende compte. On fait chambre à part, pour le moment, et… il a dit qu’il comprenait que je veuille prendre mon temps, même si j’ai bien vu que ça l’enquiquinait. Sauf que le sexe n’est pas la solution aux problèmes de couples.

— Je confirme, le sexe en couple, c’est tout sauf ça ! Tu sais que Mathieu voudrait déjà qu’on essaye de faire un bébé ? Pour l’instant, je le retiens un peu, mais… putain ce que ça m’excite !

— Ça fait un moment que vous êtes ensemble, c’est la suite logique, non ? Quand je te vois avec Robin, je n’ai aucun doute sur ce qui vous attend, tous les deux. Et puis, tu sais que ça peut être galère et prendre du temps. La preuve devant toi. Si Robin a été une surprise, bébé deux n’est jamais arrivé, lui. Qu’est-ce qui te retient ?

— On est jeunes, encore… mais pas grand-chose ne me retient… Tu sais que… continue-t-elle moins fort. En fait, quand on fait l’amour, Mathieu me dit des trucs un peu chauds du genre “Imagine le petit bébé que je suis en train de te faire”. Et ça, ça me fait jouir à chaque fois ! Encore mieux qu’un rabbit ! Je suis folle, non ?

Je pouffe et me retiens d’éclater de rire. Rachel peut parfois être sans filtre, c’est dingue.

— Je ne sais pas si tu es folle ou non. Honnêtement, Louis ne m’a jamais sorti ça et je crois que ça me va bien comme ça. Bref, je comprends qu’un enfant puisse te faire flipper, c’est une sacrée responsabilité et ça impactera ta vie à jamais…

— Peut-être que vous devriez vous y remettre avec Louis ? Pour un nouveau départ, un nouveau bébé. Et nos enfants pourraient grandir ensemble, se met-elle à rêver sans vraiment réfléchir à ce que cela implique pour moi.

— On ne fait pas d’enfant pour remettre son couple sur les rails, Rach. Et puis, comment tu veux que je fasse un gosse à Louis alors que je n’ai même pas envie de coucher avec lui ?

— Ah oui, ça, c’est un problème ! rit-elle avant de réfléchir avec un air qui ne me dit rien qui vaille. Il faudrait que je vous achète un de ces jeux érotiques où on doit faire des défis. Avec un jeu, ça vous aiderait peut-être à vous retrouver ? Ou alors… non, je sais. Une seule solution, le lavage de cerveau ! Il faut te faire oublier tous tes orgasmes avec le stripteaseur ! Et hop, le tour est joué !

— J’aimerais bien, mais c’est plus facile à dire qu’à faire. En fait, non, je n’ai même pas envie d’oublier. J’ai juste envie… de recommencer, soufflé-je en rougissant.

J’observe Robin aider son père au barbecue alors que Mathieu ouvre deux nouvelles bières. Rachel a les yeux rivés sur moi, je le sens, et je finis par plonger mon regard dans le sien.

— S’il n’y avait pas Robin, j’aurais demandé le divorce, Rach. Louis est de retour à la maison depuis une petite semaine et c’est tout ce que j’arrive à me dire. Je donne une chance à mon couple pour Robin, parce que si ça ne tenait qu’à moi, si j’agissais égoïstement, c’est avec Hugo que je serais.

— Je te plains, ma Chérie. Si tu n’as que l’autre en tête, lui n’a aucune chance. Mais c’est bien d’essayer. Peut-être que ça va s’arranger. Tout finit toujours par s’arranger, conclut-elle même si elle n’a elle-même pas l’air très convaincue par ses propos.

Je hausse les épaules et me focalise sur Robin qui semble heureux de nous voir de nouveau ensemble, son père et moi. Je ne peux pas être égoïste, il en a déjà assez bavé comme ça à cause de son handicap. Tout ce que je souhaite pour lui, c’est une vie sereine et, alors qu’il approche de l’adolescence, je ne me vois pas chambouler tout son univers et ses habitudes. Tout ça pour quoi, au juste ? Un amant ? Hugo et moi ne nous sommes rien promis et, même si plus le temps passe et plus j’en doute, il pourrait simplement s’agir d’un petit crush, un coup de cœur, un certain attrait pour la nouveauté, pour l’interdit, le fait de se cacher. Je crois que j’essaie de me convaincre qu’il ne s’agit que de ça, d’ailleurs. Il me sera plus facile de l’oublier si tel est le cas. Même s’il me manque, que je me rends compte que je me suis beaucoup plus attachée à lui que je ne l’aurais dû.

Rachel me donne un coup de coude avant de se lever, et je me reconnecte à la réalité alors que Louis prend sa place sur le transat. Il passe son bras autour de mes épaules et embrasse ma tempe avant de me sourire avec tendresse. Et, une fois de plus, la culpabilité me vrille l’estomac. Après toutes ces années, j’ai conscience que je dois faire un effort supplémentaire. Pour Robin, mais aussi pour Louis.

— Rassure-moi, Mathieu ne t’a pas convaincu d’adopter un chien, hein ?

— Non, mais si tu veux un animal de compagnie, je suis sûr que ça ferait trop plaisir à Robin, rétorque-t-il en signant à notre fils pour voir si ça lui plairait.

Évidemment, l’intéressé sourit plus que de raison et acquiesce vivement. Un chien… Quelqu’un de plus dont il faudra s’occuper dans cette maison.

— On va y réfléchir, alors, signé-je. J’avoue que l’idée qu’on mange mes chaussures ou qu’il faille aspirer les poils tous les jours ne me réjouit pas des masses, personnellement.

— Oui, on en discutera, ta maman et moi. J’essaierai de la convaincre, sourit Louis, complice avec son fils.

Ben voyons… Je me réjouis à moitié de leur complicité, pour le coup. Je crois que nous aurions dû discuter de ça tous les deux avant de l’inclure dans l’équation. Maintenant que j’ai vu sa bouille suppliante, je ne vois pas comment je pourrais refuser, et le pire, c’est qu’ils le savent tous les deux. Magnifique…

Je n’ai pas le temps de répondre que Mathieu nous appelle à table. Je lance un regard entendu à Louis, l’air de dire qu’il ne perd rien pour attendre, ce qui le fait rire et le pousse à m’embrasser. D’abord figée, mon premier réflexe est de le repousser, mais je me retiens et le laisse faire sans pour autant m’impliquer à fond dans ce moment. Robin sourit en nous voyant faire, alors qu’il grimaçait jusqu’à présent quand il assistait à ce genre d’effusions, et Rachel hoche légèrement la tête dans ma direction. Et moi… j’ai une pensée pour Hugo. Il me manque, c’est atroce…

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