57. Cuisine Gourmande

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Oriane

Hugo n’est pas le genre d’hommes qui tombent de sommeil après le sexe. Non, le Lord des câlins porte bien son petit nom, si bien que c’est moi qui me suis assoupie, lovée contre lui sur mon canapé familial. Quand je me réveille, j’ai un moment de panique, me demandant ce qui m’a pris de l’inviter à la maison sur un coup de tête. Enfin… coup de tête, tu parles. A vrai dire, ça m’a titillé durant toute notre balade sur le port. J’avais juste envie d’arrêter de penser et de profiter de la vie. Évidemment, j’éprouve une bonne dose de culpabilité, atténuée par le bien-être que je ressens à être là, entre ses bras. Juste Oriane. Pas la mère, pas l’épouse, simplement la femme, celle qui vit pour elle le temps de quelques heures, avec un homme qui lui plaît et la voit autrement que comme la petite épouse docile, la maîtresse de maison ou je ne sais quoi d’autre encore.

Hugo s’est lui aussi assoupi et le soleil qui perce à travers la vitre m’indique que la journée est déjà bien entamée. Nous avons dû faire une bonne sieste et mon ventre crie famine dans un gargouillement peu sexy. Je m’extrais doucement des bras de mon amant, manquant de m’étaler sur le tapis au passage, et souris en l’entendant bougonner alors qu’il s’étire. C’est raté pour la discrétion. J’ai à peine le temps de récupérer ma culotte et d’enfiler mon chemisier qu’il passe son bras autour de mes cuisses et me fait retomber sur lui, me faisant glousser comme une adolescente.

— Bien dormi, le Lord des câlins ?

— Comme un loir. J’ai l’impression par contre de ne pas avoir profité de tout mon temps avec toi, c’est bête, non ?

— La journée n’est pas terminée, soufflé-je en l’embrassant dans le cou avant de me lever. Toujours OK pour être mon commis ? J’avoue que j’ai faim…

— Oui, et je n’ai pas oublié la condition, répond-il en n’enfilant que son short. C’est bon comme ça, pour la tenue ?

— Tu me demandes si avoir ce corps de rêve sous les yeux me convient, vraiment ? Quelle idée ! Tu veux boire quelque chose ? lui demandé-je en l’entraînant dans la cuisine.

— Je veux boire tes mots, oui ! Avec un bon verre d’eau pétillante, si c’est possible.

Je souris et récupère la bouteille au réfrigérateur pour nous servir deux verres. Bon, pour le dîner, ça risque d’être basique, parce que je suis rentrée bredouille du marché à cause des deux stripteaseurs.

— Je ne crois pas que l’on va pouvoir préparer un festin, ce soir. Figure-toi que j’ai failli me casser le nez contre le torse d’un stripteaseur alors que j’allais acheter du poisson et des fruits et légumes… Alors tu as le choix entre une omelette et… une omelette, grimacé-je en lui montrant le frigo. Ah, j’ai de la salade, quand même. Un oignon, si tu veux pleurer, des champignons en conserve… bref, rien de génial, désolée.

— Attends une seconde, dit-il en ouvrant mes placards. Je suis sûr qu’on va trouver… Ah, oui, voilà, les épices ! Regarde, on va faire une omelette forestière avec un peu de persil, de paprika parce que j’aime ça, et on va manger comme des rois ! Tu as un peu de pain ?

J’acquiesce et l’observe se servir dans mes épices, mon réfrigérateur, comme s’il était chez lui. Un vrai commis qui réunit les ingrédients nécessaires à la préparation de notre repas avec un aisance folle. Après avoir bloqué un moment sur cette vision que je trouve un peu trop érotique pour avoir un esprit sain, je sors le pain de sa boîte et un saladier, et profite de passer dans son dos pour y promener ma main, le faisant frissonner lorsque mes doigts glissent sur ses reins. J’ai les mains qui me démangent de le toucher encore. Il a raison, en choisissant la sieste, nous avons perdu un temps fou.

— Alors tu danses comme un Dieu et tu cuisines… As-tu seulement un défaut ? ris-je en l’observant casser les œufs avec assurance.

— Alors, déjà, ce n’est qu’une omelette, hein ? Ne va pas t’imaginer que je suis un grand Chef ! A chacun ses compétences ! Et des défauts, je dois en avoir plein. Il faudrait demander à David, c’est lui qui me connaît le mieux. Il te dirait sûrement que je suis super bordélique et que je laisse trop traîner mes affaires. Ah, et puis, je suis un menteur aussi.

— Un menteur ? Pourquoi tu dis ça ?

— Oh un petit truc de rien du tout, répond-il en souriant tout en battant les œufs. Eh bien, tu l’as sûrement remarqué, quand je suis sur scène… commence-t-il avant de s’interrompre. Rassure-moi, tu n’as pas regardé que mes fesses, quand même ?

— Non, mais je dois avouer qu’elles ont leur charme. Enfin, y a rien à jeter, c’est rageant, souris-je en me hissant sur le plan de travail, près de lui. Donc, quand tu es sur scène ?

— Quand je suis sur scène, j’ai envie de t’embrasser, dit-il en joignant le geste à la parole de manière délicieuse, avant de se reculer à nouveau. Mais tu ne t’es pas demandée pourquoi je ne portais pas de lunettes ?

Je fronce les sourcils et observe son visage. J’avoue que je n’ai pas fait attention à ça, au Lotus Club… Disons que le spectacle avait lieu un peu plus bas, quand même.

— Lentilles ? Et j’espère que tu as envie de m’embrasser même sans être sur scène !

— Oui, c’était juste un prétexte pour te voler un bisou ! répond-il malicieusement. Et non, je ne porte pas de lentilles. En fait, la vérité vraie, c’est que je n’ai pas du tout besoin de lunettes et que celles-ci n’ont pas de verres correcteurs, conclut-il en les ôtant de son nez pour les déposer sur le mien.

— Pourquoi tu te planques derrière des lunettes, alors ? lui demandé-je en constatant qu’effectivement, ça ne change rien à ma vue.

— Eh bien, j’en avais assez qu’on ne me juge que sur mon physique et je me suis dit que ça me donnait un petit air sérieux, important dans le secteur immobilier. Tu n’as jamais remarqué comme la plupart des agents avaient des lunettes ? Je peux te dire que pour moi, ça a fait toute la différence. Avant, pas d’entretien, rien. Depuis que je porte ça, j’ai toujours eu du boulot. Et puis, avoue-le, c’est sexy le look intello, non ?

— Je ne dirais pas le contraire, elles te vont bien. Mais j’aime aussi sans, souris-je en les posant sur le plan de travail. C’est un sacrilège de cacher des yeux pareils derrière des verres.

— Eh bien, on ne les cache plus, alors ! Maintenant, tu connais tous mes secrets ! rigole-t-il.

Je lui vole un baiser et me remets sur mes pieds pour sortir une poêle du placard. Un frisson dévale le long de ma colonne vertébrale quand je sens Hugo se coller dans mon dos alors que j’allume la gazinière, et je me retrouve coincée entre ses bras pendant qu’il se charge de verser sa préparation. Je crois que je n’ai jamais autant apprécié être coincée, d’ailleurs. Si un jour quelqu’un m’avait dit que cuisiner à deux pourrait être excitant, je lui aurais ri au nez, assurément. Pourtant, dans le cas présent, j’avoue que la température grimpe doucement entre nous, et je suis troublée par le naturel de la situation. C’est comme si tout était normal… alors que nous en sommes loin.

L’ambiance change un peu brutalement lorsque nous nous installons côte à côte à table. Mon téléphone et ma tablette se mettent à sonner et je ne peux pas manquer l’appel.

— Je suis désolée, c’est Robin qui se couche. Je… je reviens. Ne m’attends pas, mange avant que ce soit froid.

Je dépose un rapide baiser sur sa joue et récupère ma tablette avant de filer au salon pour décrocher. Je la dépose sur la table basse, arrange les coussins et m’installe. D’ici, j’ai une vue parfaite sur mon amant et je sais qu’il ne manquera rien de la conversation. J’avoue qu’à cet instant, j’ai l’estomac totalement noué.

— Coucou mon Trésor, signé-je en voyant mon fils apparaître à l’écran. Comment s’est passée ta journée ?

— Bonjour Maman. Tout va bien, Papa ne m’a pas quitté de la journée ! C’était super ! Il m’a emmené avec lui à l’agence et j’ai vu son nouvel appartement qu’il va bientôt avoir.

Je tente de masquer mon agacement ainsi que ma surprise. Il a bossé quand même et ça m’énerve. Et… il a déjà trouvé un appartement ? Il faut croire qu’il n’a pas vraiment envie de faire des efforts pour notre couple. Oui, je fais preuve de beaucoup de mauvaise foi, puisque je viens de passer une partie de ma journée avec Hugo.

— Tu ne t’es pas trop ennuyé à l’agence ?

— Non, j’ai pu regarder les dessins animés. Et on a mangé avec Papa au restaurant, ce midi ! J’ai même eu un jouet, regarde, ajoute-t-il en me montrant un petit avion en plastique.

— Super, mon Ange. Je suis contente que tu aies passé une bonne journée. Qu’est-ce que vous avez de prévu, demain ?

— Je ne sais pas. Papa a dit qu’on irait chez Papy et Mamie mais je ne sais pas pour quoi faire. Et toi, tu as fait quoi, aujourd’hui ? signe-t-il en me souriant.

Je me suis envoyée en l’air et j’ai adoré ça… Outch, je déteste mentir à mon fils.

— Je suis allée au marché ce matin, et puis… j’ai travaillé. Rien de très intéressant, tu vois ? Bien, il est déjà tard, Trésor, je vais te laisser dormir, à moins que tu aies autre chose à me dire ?

— Je t’aime, Maman ! C’est le plus important, ça !

Je souris, attendrie, et lui envoie quelques baisers.

— Je t’aime aussi, plus que tout. Bonne nuit, mon Chéri. On s’appelle demain soir.

Robin m’envoie des bisous avant de raccrocher, et je soupire avant de regagner la cuisine.

— Heureusement que tu parles en signant, toi, sinon, je n’aurais rien pu suivre de votre conversation ! indique Hugo en me tendant une assiette remplie. Et j’aime bien comment tu travailles.

Je pouffe et le remercie silencieusement de me sortir de ce petit moment compliqué à vivre pour moi. Ne pas avoir Robin à mes côtés est plus difficile que je l’imaginais, même si j’ai réussi à faire abstraction de son absence durant quelques heures.

— Oui, j’aime bien travailler comme ça aussi. Je devrais peut-être me reconvertir et faire le trottoir, parce que mon après-midi ne m’a pas rapporté un sou. Heureusement qu’il y a eu les orgasmes !

— Oui, ce sont des moments merveilleux qu’on a passés… Il faudra que tu m’apprennes la langue des signes, si les choses entre nous se précisent… Enfin… je ne veux pas mettre la charrue avant les bœufs mais… et puis, c’est toujours utile, non ?

Il s’embourbe dans ses explications et semble ne plus savoir comment se sortir de ce qu’il vient de commencer à me dire.

— Tu aurais dû demander à Robin de t’apprendre autre chose que des gros mots, souris-je en déposant un baiser sur son épaule nue. Pour le reste… Hakuna Matata, non ? Ou Carpe Diem ? J’ai trop regardé les dessins animés, désolée.

— Hakuna Matata, ça me va bien, répond-il en plongeant son regard intense dans le mien. Pour le dessert, tu es au menu, j’espère ? Parce que je prendrais bien l’option dessert gourmand, avec toutes les spécialités.

Je me sens m’empourprer dans la seconde et fais un gros effort pour ne pas détourner les yeux. Bon sang, comment peut-il passer de ces hésitations à cette assurance folle qui m’excite beaucoup trop ?

— Dessert gourmand… c’est le seul du menu, murmuré-je en déboutonnant mon chemisier, mon regard plongé dans le sien qui dévie rapidement.

— Alors, je suis le plus heureux des hommes, répond-il, la voix un peu rauque, en se levant pour venir me rejoindre. Je te préviens, je prends tous les suppléments !

Je n’ai pas le temps de saisir sa main pour l’entraîner au salon qu’il m’enlace et me soulève comme si je ne pesais rien ou presque. Nos bouches se retrouvent et le chemin pour changer de pièce se révèle plus long que prévu, vu le temps que nous passons à nous embrasser jusqu’à perdre haleine. Y a pas à dire, si j’adore les desserts, celui-là pourrait bien devenir mon favori…

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