31. Café pimenté

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Oriane

— Je n’arrive pas à croire que tu aies découché…

Je lance une grimace à Rachel et perçois son petit sourire en coin à travers l’écran de ma tablette.

— J’avais juste envie d’étriper Louis, il valait mieux que je sorte. Tu sais que plutôt que de rentrer à l’heure habituelle et de passer un moment avec Robin qui était trop malade pour aller au tennis, il a bossé et est rentré tard ?

— Hum, grommelle-t-elle. Et donc, tu as juste découché, vraiment ?

— Evidemment ! Qu’est-ce que tu veux que j’aie fait ?

Rachel m’observe en silence avant d’éclater de rire bruyamment.

— Prendre ton pied avec deux canons, enfin ! Je crois bien qu’à ta place, j’aurais adoré finir en sandwich !

Et voilà, je savais que si je lui parlais de la colocation entre Hugo et David et de la scène du petit déjeuner, ça finirait comme ça. Et encore, je ne lui ai pas dit que ce dernier était stripteaseur.

— Je suis mariée, Rach.

— Ouais, tu parles… à un type qui ne te fait même plus jouir quand il daigne t’accorder un petit quart d’heure de baise, en missionnaire, dans votre lit.

— Rach, soupiré-je. Un missionnaire, ça peut être génial aussi, tu es bourrée de préjugés !

— Oui, oui. Tout comme un roulage de pelle en règle peut t’exciter comme pas possible, n’est-ce pas ? glousse-t-elle.

Je me vois rougir sur l’écran et détourne le regard alors que j’entends Mathieu éclater de rire derrière elle. J’aurais dû garder ça pour moi, mais impossible de cacher quoi que ce soit à ma meilleure amie, elle a bien vu à ma tête, même en visio hier soir, que quelque chose n’allait pas. Ou tout du moins, que tout n’était pas comme d’habitude, mais Louis était dans les parages et aller m’enfermer dans mon bureau pour discuter avec elle aurait été suspect.

Quant à ce baiser… Bon sang, rien que d’y penser, je peux encore sentir les lèvres de Hugo sur les miennes, son torse contre le mien… Oui, y a pas à dire, ce petit moment m’a complètement chamboulée.

— Oui, bon, bref. Je vous laisse, les amoureux, je vais bosser un peu avant d’aller me coucher. Passez une bonne fin de soirée. Rach, on se voit mercredi ! A bientôt, Mathieu !

Tous deux me saluent et je raccroche pour me replonger dans mes mails. Le bouche-à-oreille porte ses fruits et j’ai plusieurs demandes en attente, dont certains projets qui me tentent beaucoup. Alors, c’est comme ça que je passe mon samedi soir, étalée sur mon canapé en robe de chambre en soie, en solitaire, pendant que mon mari est dans je ne sais quelle boîte de nuit à faire Dieu sait quoi… en espérant qu’il ne se mette pas minable comme les fois précédentes.

C’est le bruit d’une clé dans la serrure qui me réveille en sursaut. La télévision, branchée actuellement sur un reportage sur le Mont Saint Michel, est la seule source de lumière puisque mon PC est en veille depuis un moment, vu l’heure avancée de la nuit. Je me lève et m’étire, rajuste mon peignoir en entendant le rire bruyant de mon mari… et Vianney qui lui intime de se taire.

Je rejoins l’entrée et me fige en constatant que les deux amis ne sont pas seuls. Hugo a un bras passé autour de la taille de Louis et le maintient debout. Bon sang, un certain sentiment de honte monte en moi. Je connais mon mari quand il est ivre, je dois être rhabillée pour l’hiver et il a dû faire profiter tout le monde de ses états d’âme.

— Heureusement que Robin est sourd, soupiré-je finalement. Est-ce que… Est-ce que vous pouvez le monter jusqu’au deuxième, dans la chambre d’amis ? J’aimerais ne pas dormir à côté d’une locomotive…

Et c’est sa chambre depuis qu’il a m’a plantée quand Robin était malade, mais je me garde bien de le leur dire.

— Deux étages ? Rien que ça ? Il ne peut pas dormir dans le canapé en bas ? grommelle Hugo, sans oublier de laisser traîner ses yeux sur moi.

— Tu ne connais pas Louis au réveil un lendemain de cuite… J’aimerais autant que mon dimanche soit calme, et si on le réveille en préparant le petit déjeuner, ça ne sera pas le cas, soufflé-je sans oser le regarder dans les yeux. Mettez-le dans ma chambre, je dormirai sur le canapé, c’est pas bien grave.

Vianney acquiesce et fait signe à Hugo, et je me retrouve à les suivre dans les escaliers avec leur poids mort qui marmonne et ricane comme un imbécile. Je déteste quand il se met dans des états pareils, et je n’y vais pas de main morte quand, alors qu’il est étalé sur notre lit, je lui ôte ses chaussures. Je bataille avec sa veste après l’avoir mis en position assise et me fige quand il glisse ses mains sous mon peignoir pour attraper mes hanches et nicher son visage contre mon ventre en marmonnant des mots incompréhensibles.

— Arrête ça tout de suite, cinglé-je en le repoussant. Si j’en crois le rouge à lèvres sur ta chemise et… le reste, tu as déjà eu ton lot de tripotage pour la nuit. Je dois l’emmener faire des tests pour les MST ou il s’est arrêté à temps ?

— Non, il n’a rien fait, ne t’inquiète pas, répond Vianney. Il s’est juste un peu amusé, tu sais, rien de grave. Et au réveil, il aura tout oublié, de toute façon.

Vianney pourrait presque me faire sourire… Rien de grave, sauf que si lui faisait ça, sa femme l’étriperait. Louis aura tout oublié, oui, contrairement à moi qui me retrouve humiliée. Le pire, c’est que je me dis que je n’ai pas fait mieux il y a quelques jours avec Hugo. J’ai même fait pire, d’ailleurs, je n’étais pas ivre, moi…

— Merci de l’avoir ramené… Apparemment, la fête était sympa. Vous voulez un café ou quelque chose avant de partir ? leur demandé-je en enlevant son pantalon à Louis qui ronfle déjà.

— Non, moi je vais rentrer. Stéphanie m’attend et j’ai déjà pris trop de retard à cause de Louis.

— Je veux bien un petit café, moi, énonce Hugo. Mais ne t’inquiète pas, je vais raccompagner Vianney à la porte et je vais me le faire pendant que tu finis de t’occuper de ton mari.

— Je te rejoins dans une minute. Bon retour, Vianney, et passe le bonjour à Stéphanie de ma part.

Je file à la salle de bain récupérer la bassine et jette un coup d’œil à mon reflet dans le miroir. J’en profite pour récupérer un élastique et noue mes cheveux à la va-vite en chignon, dépose la bassine en espérant que Louis ne bousille pas le tapis et vise juste s’il en vient à l’utiliser, puis descends au rez-de-chaussée après avoir fermé la porte de notre chambre. En arrivant dans la cuisine, je me dis que j’aurais peut-être dû m’habiller davantage, et je resserre les pans de mon peignoir avant de sortir deux tasses que je tends à Hugo.

— Je ne sais pas ce que tu as entendu sortir de la bouche de Louis à mon propos, mais… j’aimerais autant que tu effaces tout de ta mémoire, grimacé-je.

— Honnêtement, il n’a pas beaucoup parlé de toi, à part pour dire qu’il avait de la chance parce que tu as un beau cul. Et là dessus, malgré l’alcool, je crois qu’on ne peut qu’être d’accord avec lui.

Je soupire lourdement, et je ne sais pas si c’est de soulagement ou d’agacement. Louis perd plus ou moins tout filtre une fois ivre. Mais si sa femme ne mérite qu’un compliment sur son postérieur…

— Vu l’ambiance à la maison, il voit plus souvent mes fesses que mon visage, je comprends qu’il ne retienne que ça, ris-je finalement. Tu as passé une bonne soirée ?

— Bof, ce n’est pas trop mon truc de sortir avec des collègues… mais pour ce petit moment en tête à tête, finalement, ça en valait le coup.

— En tête à tête avec ton patron, tu veux dire ? soufflé-je en récupérant la tasse qu’il me tend. Merci.

— Tu sais bien ce que je veux dire… Avec toi… Je ne peux m’empêcher de me demander ce qui se cache sous ce peignoir… Je n’arrête pas d’imaginer ce qui pourrait se passer si on oubliait les conventions sociales.

Je tente de me donner une contenance en soufflant sur mon café sans pouvoir détourner mes yeux des siens. Je ne pense qu’à lui depuis que j’ai quitté son appartement, et je me demande jusqu’où nous serions allés si David n’avait pas été là. Colocataire qui ne semble pas trop d’accord pour que nous flirtions ensemble, ce que je peux concevoir étant donné qu’il est au courant que je suis mariée. C’est mignon qu’il veuille sans aucun doute protéger son ami.

— Et moi je me demande l’effet que ça me ferait de sentir des mains sous ce peignoir, sur ma peau… Je… Tu m’obsèdes, depuis ce baiser.

— Des mains ? Ou ces mains-là ? demande-t-il en dénouant le petit cordon qui retient mon peignoir.

Ma langue a dû fourcher pour m’empêcher d’énoncer clairement ce à quoi je pensais… Mais peu importe, parce mes yeux suivent ses gestes et je souris. Je constate que les pans sont suffisamment ouverts pour laisser apparaître mon shorty en dentelle noir et l’absence de tout autre vêtement. Bon sang, qu’est-ce que je fiche, à flirter avec cet homme alors que mon mari dort à l’étage du dessus ?

— Ces mains-là, murmuré-je en les attrapant pour les poser sur ma taille, plongeant à nouveau mes yeux dans les siens, juste les tiennes.

— Eh bien, maintenant qu’elles sont où tu voulais, tu en penses quoi ?

Il écarte les doigts et je les sens parcourir ma peau nue, très doucement, mais sans hésitation. Je ferme les yeux un instant alors qu’un frisson dévale ma colonne vertébrale. Je sens mon épiderme se réchauffer à son contact et mes tétons se tendre sous le fin tissu de ma robe de chambre, et ça n’a rien à voir avec le léger courant d’air qui parvient de la fenêtre entrouverte.

Sur un nouveau coup de tête, j’approche d’un pas supplémentaire et glisse mes mains sous sa chemise, pour les poser moi aussi sur sa taille.

— J’en pense que j’adore ça… et que ça me donne terriblement envie de plus. Si seulement…

— Si seulement je faisais ça ? m’interroge-t-il en faisant glisser ses mains jusqu’à prendre mes seins en coupe.

Je soupire de contentement et me mets sur la pointe des pieds pour trouver ses lèvres. J’ai envie, besoin, de me perdre à nouveau dans un baiser torride qui me chamboule et me laisse sur le carreau. Rach a raison, il me fait beaucoup trop d’effet et j’aime ce regard qu’il me porte, ce désir que je peux lire dans ses prunelles, cette excitation qui court dans mes veines dès qu’il s’agit de Hugo. Je ne devrais pas prendre tant de plaisir à embrasser un autre homme, mais je n’arrive pas non plus à réfréner mon envie de le sentir contre moi, de l’embrasser… Et j’aimerais encore plus, d’ailleurs.

Je gémis quand ses mains malaxent ma poitrine, pousse un petit cri de surprise quand elles se glissent sous mes fesses pour me hisser sur le plan de travail de la cuisine. Je soupire de plaisir quand il glisse entre mes jambes et me presse contre lui en dévorant ma bouche comme un affamé. Hugo grogne quand ma bouche part à la conquête de sa mâchoire, de son cou alors que je déboutonne sa chemise, les doigts tremblants d’excitation, et nous nous figeons tous les deux en entendant la voix de Louis au loin.

— Ori, geint mon mari, je me sens pas bien…

— J’arrive !

Je pose mon front contre l’épaule de Hugo, toujours immobile, et maudis Louis de nous avoir interrompus autant que je me maudis d’avoir dépassé les limites, une nouvelle fois. Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à me contenir ? Je n’ai jamais été infidèle, je trouve même que la fidélité est essentielle et il était pour moi, jusqu’à Hugo, inenvisageable de faire ça à Louis. Pourtant, me voilà ici, tout excitée au creux des bras d’un autre homme, au beau milieu de la cuisine familiale… et je ne regrette qu’à moitié.

— Tu devrais y aller…

— Oui, je devrais… Excuse-moi, des fois, j’oublie que tu es mariée, soupire-t-il en s’écartant un peu de moi.

Je grimace, descends du plan de travail et dépose un baiser sur sa joue avant de refermer mon peignoir. Encore une fois, je me demande jusqu'où nous serions allés si nous n'avions pas été interrompus…

— Ce serait beaucoup plus simple si ce n'était pas le cas, murmuré-je alors que Louis m'appelle une nouvelle fois. Je… Bon sang, tu es très doué pour me retourner le cerveau, j'ai l'impression d'être anesthésiée. Enfin… pas totalement, parce que c'est moins visible que pour toi, mais…

Mince, je bafouille comme une ado devant son crush… J'ai l'air totalement ridicule, je suis sûre, et lui arbore un sourire en coin satisfait, comme s'il avait compris qu'il me fait totalement perdre les moyens.

— Arrête de me regarder comme ça, pouffé-je finalement alors que ses yeux se promènent sur ma silhouette.

— Désolé, mais ça, je ne peux pas. Tu es… juste parfaite. En tout point idéale.

— Je crois que tu m'idéalises, ris-je doucement en l'entraînant jusqu'à l'entrée. Bonne nuit, Hugo, et merci…pour ce petit moment hors du temps.

— Espérons qu’un jour, ce petit moment pourra faire partie de notre temps. A bientôt et appelle-moi si tu as besoin. Je serai là, promis.

J’acquiesce et l’observe sortir de la cour puis s’éloigner, à pied, en direction du port. Je sais que je ne devrais absolument pas envisager d’aller plus loin avec Hugo. D’ailleurs, j’ai déjà dépassé les limites depuis longtemps… J’ai conscience que le fait qu’il me regarde, qu’il me convoite alors que mon propre mari me délaisse accentue mon envie de passer du temps avec lui, et peut-être que ce serait moins dangereux si c’était seulement ça, au final. Mais Hugo me plaît, et ça, c’est risqué…

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