Chapitre 6 - Quel dommage

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C'était le moment.

Argh ! Mais non ! Je ne vais pas lui dire maintenant...

Pourtant, c'était l'occasion parfaite.

Mais tu vas lui dire quoi ? "Hey, Momo, ça te dirait de faire confiance au type que tu connais depuis deux semaines et demi, pour mettre dans un asile ton père que tu considères comme étant la personne la plus importante de ton existence ?"

Akira tentait tant bien que mal de se concentrer sur sa lecture, ce qui attira l'attention de Momo, lui lançant un regard interrogateur. Akira sourit maladroitement, et reprit sa lecture, mais toutes les idées d'approche foisonnaient dans sa tête comme des feux d'artifice. Tadashi était absent, sa femme n'était pas non plus là.

- Momo ?

- Hum...? (elle ferma son encyclopédie) Tu as besoin de quelque chose, Akira ? Parce que tu sembles agité, ces derniers temps...

- Eh bien....(il se gratta légèrement le front) Je voulais te parler de quelque chose, à propos de... heu....

- De quoi ?

- C'est difficile à dire... Je ne voudrais pas te vexer, ou te...te blesser en quoi que ce soit.

- Ne t'inquiète pas ! (Momo lui offrit son plus beau sourire) Tu n'es pas le genre de personnes qui blesserait qui que ce soit !

Elle aurait dû avoir raison.

- C'est à propos de ton père, précisa Akira.

Il fallait retirer la sangsue le plus vite et le plus fermement possible. Momo se figea, son visage gardant la même expression.

- Je ne vois pas de quoi tu veux p...

- Momo ! (Akira se leva, hors de lui ; il était en colère, parce qu'il était furieux envers Tadashi, et aussi du fait que cette émotion rejaillisse sur elle) Je ne veux pas que tu ailles bien... Je veux que tu sois bien. Pas que tu fasses semblant !

Il s'approcha d'elle à grands pas, mais elle bondit de sa chaise, l'air aussi terrorisée qu'Osseux face à Berek le Roc.

- Je... (sa voix était tremblante, fêlée) Je dois suivre la voie qui m'est tracée, je dois...

- NON ! (le cri de coeur d'Akira la fit sursauter) Je refuses de te voir sombrer juste à cause d'un homme qui refuse d'être un père avant tout !

Il commença à ressentir quelque chose en lui... Il n'était pas en train parler, c'était l'autre... Yannis commençait à faire ressurgir ses souvenirs par mémoire génétique, le sentiment d'abandon qu'il avait connu, la détresse, la peur... Le crâne d'Akira commença à le lancer.

- Tu n'as pas le droit de lui pardonner ! (sans qu'il contrôle réellement ses gestes, il agrippa Momo par les bras, la forçant à la regarder) Tu dois te venger de lui, le détruire ! Il ne mérite même pas d'exister !

- Arrête... (Elle commença à pleurer) Tu me fais mal...

- Tu vas le trouver, cracha Yannis. Tu vas le trouver et voir si il est capable de te rembourser jusqu'à la dernière pièce, la dernière goutte de sang. Ensuite, tu vas le faire souffrir, pour chaque seconde passée où tu souffrais à cause de lui. Puis tu le tueras, encore et encore...

- Arrête !

Une barre métallique jaillit de sa poitrine, déchirant sa chemise et projetant Akira contre le mur. Le choc fut suffisant pour chasser Yannis de son esprit, mais le mal avait été fait : Momo le regardait comme elle regardait un vilain se déchainer.

- Tu ne vas pas bien... (elle s'approcha de lui, ses mots résonnèrent aux oreilles bourdonnantes d'Akia) Papa m'a dit de garder un œil sur toi, au cas où... Il sait comment s'y prendre pour soigner ce genre de maux...

Elle créa de sa peau un masque, sûrement rempli de liquide soporifique. Elle l'attacha doucement autour de la tête du jeune homme, qui sentit l'odeur légère du gaz évaporé.

- Tout ira bien... (il n'entendit que la dernière phrase avant de sombrer) Après ça, tout redeviendra comme avant...

* * *

Les Limbes.

C'était un endroit gris, sombre ou totalement dépourvu de lumière. On l'appelait l'Entre-Deux, ou la Métapsyché. C'était ici que se rassemblaient les pensées "supérieures" ou celles qui étaient rattachées à des émotions plus complexes que les simples colère, tristesse ou joie.

Akira se tenait debout, face à ces trois plus grandes peurs : Synnaï Hencherick, le génie de l'Empire ; Laura Blake, l'Outsider et Yannis, le porteur de Vérité. Tous trois dévisageaient ce qu'ils considéraient comme un amalgame.

- Tu dépasses les bornes, commença Synnaï, sa voix résonnant sur les vagues magiques. Pour qui te prends-tu ? Tu n'es qu'une réplique de bas de gamme, une simple copie. Tu n'es pas réel.

- Je le suis tout autant que vous, répliqua avec ardeur l'apprenti héros.

- Il a pas vraiment tort, soutint Yannis, le plus raisonnable des trois. J'ai eu du mal à reprendre le dessus, puis il m'a repoussé.

- Il reste tout de même un amalgame, affirma Laura. Je ne pense pas qu'il soit imaginaire, mais son existence n'est pas assez réelle pour être prise en compte.

- Et si vous alliez vous faire foutre ? cria presque Akira, déçu de ne pas pouvoir les frapper dans ce monde.

- Nous sommes toi, et tu es nous, assura Synnaï en agitant son doigt pour appuyer ses dires. Sans nous, tu n'es rien.

- Et ça, c'est quoi ?

Akira agita sa tête en direction de son pouvoir. Les trois collocataires levèrent simultanément leurs têtes, et chacun eurent la même réaction : une stupéfaction décrochant presque leurs mâchoires. Plus haut (ou plus bas ?) se trouvait son propre pouvoir. Son âme.

- Incroyable, souffla Yannis.

Bien sûr que je sais que je ne suis qu'une réplique... Mais ça n'enlève rien à mon importance ! Il se tourna vers les trois autres, et leur dit :

- Je sais que je suis pas le fort d'entre nous, mais je connais la nature du pouvoir. Et son âme m'a l'air d'être unique. Je vote pour qu'il puisse continuer à faire ce qu'il lui plaît.

- Je vote pour également, ajouta Laura sans hésitation.

Ils se tournèrent vers Synnaï, qui gardait un air dur ; puis, il jeta un regard froid à Akira, lequel tenta de reculer, mais il ne pouvait pas bouger.

- Très bien, j'accepte, mais à une condition : il devra trouver le moyen de nous séparer, et de nous renvoyer dans notre monde d'origine. Est-ce équitable pour toi, amalgame ?

L'intéressé lui lança un regard de défi, et une réponse aussi concise que claire :

- Mon est Akira.

L'image se brouilla, se démultiplia, avant de sombrer dans une mélasse de ténèbres et de magies.

* * *

Akira se réveilla en sursaut. Il mit quelques instants à reprendre ses esprits, car les Limbes était un monde très accablant, mais se rendit vite compte qu'il était attaché à une table mécanique, et qu'on avait installé des cages réfrigérantes sur ses mains et ses pieds, les seuls endroits où il pouvait dégager de l'énergie.

- Tu es réveillé ? C'est parfait, nous allons pouvoir débuter l'expérience...

Les bulles.

Akira tourna la tête, pour croiser le regard fou de Tadashi, qui tenait un scalpel entre ses doigts fébrils. Pour la première fois depuis longtemps, une sensation oubliée refit surface, lui déchirant les tripes, et paralysant la moindre de ses décisions.

Il avait peur. Les bulles. Le liquide chaud qui l'enveloppait comme dans le ventre d'une mère.

C'était presque comme si on l'avait ramené dans la cuve. Pourtant, malgré la température parfaite, il n'avait jamais pu s'empêcher d'avoir froid.

- Ujiko n'aurait jamais du me sous-estimer, commença-t-il à marmonner en fixant le jeune homme, mais il semblait regarder au-delà. Je vais lui prouver que je peux être utile. Je vais lui prouver que je peux le faire (Il s'approcha du jeune homme, l'air hagard), et tu vas m'y aider.

Il planta le scalpel dans le bras d'Akira, qui hurla de douleur ; il était habitué aux blessures, mais il ne s'attendait pas à ce qu'une si petite chose fasse aussi mal. Des souvenirs rejaillirent dans tête ; des visages portant des masques médicaux, aux yeux vides et mornes, trifouillant ses muscles pour y intégrer les améliorations nécessaires...

- Tu es intéressant, tu le sais ? (Il commença à triturer pour sortir un lambeau de chair, qu'il observa avec un œil critique, avant de le glisser dans un verre. Puis, il plaça un onguent sur la blessure, et la pansa pour éviter qu'elle ne saigne trop) Si l'alter de ma Momo est un don du ciel, le tien est un mystère à part entière !

Akira tenta d'activer ses portails, mais le froid empêchait l'énergie de sortir de ses mains. Je vais mourir, je vais vraiment mourir...

- Tu possèdes l'articulation du petit doigt de pied, expliqua-t-il. Et pourtant, tu as un Alter. Je vais donc analyser ce qui fait apparemment partie de ton facteur altérique, afin de déterminer sa vraie nature. Imagine ! Tu serais le pionnier d'une toute nouvelle génération de superhumains !

- Où est Momo ? aboya Akira en se débattant.

La mine de Tadashi se décomposa, avant qu'il reprenne contenance dans l'instant. Il lança un sifflement, et sa fille sortit de l'ombre ; son regard vers le sol, elle serrait ses mins à tel point que ses jointures blanchissaient.

- Mon petit ange a bien fait de t'amener ici... (le père caressa les cheveux de sa fille, qui tremblait)

- Je ne vous crois pas, souffla Akira. Elle n'aurait jamais fait ça !

- Oh, tu crois ? le railla l'homme en agitant son scalpel dans sa direction. Tu penses que, parce que tu l'as entraîné pendant quelques jours, tu peux t'arroger le droit de savoir ce qu'elle veut ?

- Vous n'avez même pas idée de ce qu'elle est, ricana le jeune homme.

Tadashi courut pour frapper du revers de la main la joue de l'insolent, mais Akira souriait toujours.

- Je vais te dire ce qui nous différencie, sale rejeton des rues, lui murmura-t-il — son haleine puait l'alcool, et ses cernes le rendaient encore plus effrayant — Tu n'es rien sans nous, juste un pauvre type qui n'est pas très loin de la majorité, et donc de la prison. Mais moi, moi je suis important. Les gens achètent les produits de ma femme parce que je suis capable de les rendre beaux et magnifiques. Les gens profitent de mes conseils parce que j'ai réussi et que je suis intelligent. Je suis riche, j'ai des contacts dans la police, et personne ne croira jamais une erreur comme toi.

Il caressa le bras d'Akira, comme si il était face à un tas d'or et de pierres précieuses.

- Mais je peux te proposer un marché : tu fais ce que je te dis, et tout ira bien. De toute façon, tu es déjà un criminel, alors tu pourras même tremper avec moi dans le marché noir ! Les vilains recherchent sans arrêt des gadgets contre les superhéros, et les superhéros achètent des gadgets de l'entreprise de ma femme... C'est gagnant-gagnant !

- Momo ! (Akira se tourna vers son amie ; même si ils ne se connaissaient que depuis deux semaines, leurs liens étaient forts, il le savait) Tu peux le combattre, tu es une héroïne !

- Mais c'est mon père...

- "Les héros se sacrifient pour le bien commun" ! cita-t-il. C'est toi qui me l'a dit ! Tu dois savoir sacrifier ton bonheur !

- Ne l'écoute pas... (Tadashi serra dans ses bras sa fille, qui avait l'air d'avoir envie de s'enfuir) Si tu m'écoutes, tu pourras vivre ta vie, devenir une héroïne... Papa n'aura plus besoin que tu viennes aussi souvent à la maison...

- Momo !

Le cri du cœur. Tant de lumière dans ce seul mot que celle qui était concernée fut éblouie d'étonnement.

- Tu m'as sauvé. Tu m'as montré que j'étais unique. Laisse-moi te sauver en retour !

* * *

Elle regarda ces yeux larmoyants, qui lui hurlaient de l'aider.

Pourtant, ses membres tremblaient comme jamais. Que pouvait-elle faire ? C'était son père, elle ne pouvait pas se résoudre à le tuer ! Pourquoi Akira lui avait-il dit de telles choses ? Une sensation horrible l'envahit, tandis que les cris du brun résonnaient dans la pièce.

- Arrête de gigoter ! ricana son père en lui plantant une nouvelle fois le scalpel dans le bras.

Cette douleur, elle la ressentait en elle. Elle ne la connaissait que trop bien ; c'était pour ça qu'elle avait fait des cauchemars durant toutes ces années, depuis ses quatre ans quand son Alter s'était déclaré. Les hurlements, l'odeur du sang et des produits chimiques...

Non, je ne peux pas l'aider ! Elle secoua sa tête, la peur lui nouant le ventre et la voix. Qu'avait-t-elle de spéciale à part son Alter ? Elle n'était qu'une machine à sous, de toute façon. Et Akira devait la considérer aussi de la même façon...

"Tu vas le trouver. Tu vas le trouver et voir s'il est capable de te rembourser jusqu'à la dernière pièce, la dernière goutte de sang. Ensuite, tu vas le faire souffrir, pour chaque seconde passée où tu souffrais à cause de lui. Puis tu le tueras, encore et encore..."

- Mo...Mo..., agonisa Akira, les yeux exorbités.

Ce n'était pas le même Akira qui lui avait sortit ces immondices. Elle s'en rendait compte en le voyant se débattre ; l'autre était froid, cruel et incroyablement seul. Son ami, son frère qui l'appelait encore et encore était aussi seul, mais lui ne voulait en aucun cas qu'elle prenne la vie de son père.

Car c'était ce qu'il entendait par "Laisse moi te sauver en retour". Elle ne pouvait pas le laisser subir ce qu'elle avait subit, simplement parce qu'il était différent d'elle. Il ne méritait pas de souffrir, parce qu'elle savait qu'il avait déjà tant souffert.

Son corps réagit tout seul.

* * *

De là où il était, il ne put voir son visage. Mais il entendit un "ompf !", et le père tomba au sol.

Momo tenait dans sa main un bâton métallique, l'air résigné mais illuminé par le courage.

- Je suis une héroïne ! Et je vais te sauver, Papa !

- C'est à nous de jouer, fit une voix grésillante sortant de la poche d'Akira.

Un grand fracas retentit, et la police entra dans la pièce, dirigée par Sansa Tamakawa.

- Tadashi Kandae, je vous accuse de maltraitance d'enfants, séquestration et complicité avec des vilains. Au nom de la loi, je vous arrête !

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