Qui demandez-vous ?

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Paris, domicile Lilnorth, 21h30

Rue Aixe, Grant Lilnorth sentait l'angoisse l'oppresser de plus en plus. Ni Babara, ni Pearl n'avaient encore donné signe de vie! Et pas génial d'aller visiter la police sans papiers. Mêmes les factures d'électriciticé et plus généralement tout ce qui pouvait ressembler à un justificatif de domicile ... tout demeurait introuvable. Son armoire de classement avait été dévalisée.

Il mesura la précarité de son identité. La veille, il était Monsieur Lilnorth. Ce jour, en l'absence de quelques dérisoires morceaux de carton et de deux photos, il n'avait plus de nom, il n'était plus personne. Et sa femme qui ne rentrait toujours pas ... et sa Barbara...

Las d'arpenter de long en large le séjour dévasté, il souhaita solliciter ses voisins. Mais l'immeuble respirait le vide, tintait creux. Le cerbère de l'appartement jumeau semblait avoir oublié de rentrer chez lui. Même les Noneck n'étaient pas là, on n'entendait point les criailleries de leurs affreux gosses. Il eut une suée. Il n'aurait jamais pensé qu'il regretterait un jour leur absence.

Dépité, il descendit dans la rue, avisa la cabine téléphonique, se saisit de l'appareil, composa rageusement le numéro d'Audrey, la meilleure amie et confidente de sa fille dont Barbara lui avait fourni le matin-même le numéro. Nulle réponse. Fiévreux, il tenta un autre appel, voulut joindre Will Saim-John, l'ami de la famille depuis une décennie, un diplomate qui travaillait à l'ambassade américaine. Triturant un crayon, il laissa avec inquiétude les impulsions lancinantes rebondir au fond du combiné ...

Après un court instant qui lui parut ne jamais devoir finir, on décrocha enfin. Au bout de la ligne, un timbre chaleureux réclama un interlocuteur.

— Allo ? Allo ?

— Allo, Will ?

— Oui, ici Will Saim-John. Qui est à l'appareil ?

— C'est moi ! Grant.

— Grant... ? Grant comment ?

— Mais ... Grant Lilnorth ! Enfin ... Old Boy!

— Vous devez faire erreur. Je ne connais personne de ce nom.

— Hein ? Voyons Will ! Nous nous sommes vu avant-hier!

— Désolé, mon vieux. Je vous dis que je ne vous connais pas.

Le claquement, glaçant, ensevelit ce qui restait de courage à Grant. Il ne comprenait plus, ne le souhaitait plus, du reste. Son univers venait de s'effondrer en une poignée d'heures. Incapable de raisonner davantage, il remonta, se laissa tomber dans un fauteuil et alluma une cigarette.

En contrebas, au croisement, devant le bar-tabac, deux costumes noirs faisaient les cent pas.

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