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La brigade d’intervention de la police nationale avait investi l’aéroport et mis en place un périmètre de sécurité. Toute personne présente dans le terminal voyait son identité vérifiée et ses bagages fouillés, et ce malgré les explications du capitaine Laville au responsable des opérations.

Deux snipers s’étaient positionnés à l’étage supérieur pour s’ouvrir un angle et éliminer la suspecte dès que possible. Mais la manoeuvre avait lamentablement échoué, Olga avait repéré les tireurs d’élite et s’était enfoncée dans le couloir pour annihiler toute tentative.

Dans le hall, plusieurs hommes du GIGN chargeaient leur fusil d’assaut pour intervenir si le signal était donné. Jules les observait avec attention. Ces soldats, bien que professionnels jusqu’au bout des ongles, étaient des boeufs. Alice ne survivrait pas à une intervention par la force. Il devait lui même convaincre la fille Balkichvksi de se rendre pour éviter une effusion de sang. Mais comment ?

La presse avait fait son apparition depuis peu. Derrière le cordon de sécurité, caméras allumées et journalistes avec leur micro tentaient de glaner des informations pour alimenter le direct de leur chaine. Un vacarme continu qui ne facilitait pas les échanges entre les différents acteurs de l’opération de sauvetage.

- Nicolas, j’ai besoin de votre aide.

Le flic restait fixé sur sa fille et le lieutenant Dupuis. Rien ne semblait pouvoir l’atteindre.

- Nicolas ?

- Pardon mon garçon, je suis distrait. Que me disais-tu ?

- Je dois moi même intervenir et persuader Olga de déposer les armes. Les gars de la brigade d’intervention ont du bon matériel, mais je connais cette femme mieux que quiconque. Au moindre mot de travers, elle va exploser.

Laville écoutait d’une oreille l’argumentation du juriste. S’il partageait la majeure partie de l’analyse, il n’oubliait pas pour autant que sa fille avait été agressée par la faute du jeune homme et son extraordinaire capacité à attirer les ennuis.

Charles n’avait pas bougé d’un centimètre, son pistolet toujours dressait devant lui. Il calmait tant bien que mal les pulsions d’une Olga bien plus nerveuse qu’il ne le désirait. Toutes les conditions étaient réunies pour une fin des plus tragiques.

Nicolas attrapa Jules par les épaules.

- Quel est ton plan ?

- Une diversion pour que je me substitue à Charles. De là, je pourrai dialoguer avec Olga et tenter de comprendre ses motivations pour la déstabiliser, expliqua le jeune homme.

- Pourcentage de réussite ?

- Dans ce contexte, avec tout ce monde… Je ne saurai vous dire. Mais l’important reste que cette femme peut nous livrer son message et qu’elle baisse sa garde. De là, Alice pourra profiter d’un moment d’inattention pour la désarmer ou fuir.

Schéma risqué pour le capitaine, mais avait-il le choix ? Le temps passé, défavorable à une issue heureuse du conflit. Il le savait très bien, lui-même étant intervenu sur des prises d’otages dont la fin resterait un sombre souvenir.

Nicolas Laville tapota sur l’épaule de son beau-fils pour valider son initiative. Il se mit en route, une idée en tête. Alors que Jules s’apprêtait à rejoindre le poste de commandement pour prévenir Charles, un son de pétard résonna dans le terminal, suivi de plusieurs autres.

Instinctivement, tous s’orientèrent vers la source du bruit. Une nouvelle intonation, suivie de trois répétitions et des cris. Une partie des hommes du GIGN se détachèrent à grande vitesse pour fouiller les environs. Il ne resta que peu de monde près d’Olga, une aubaine.

Sacrément fort le vieux Laville, une simulation d’attaque à l’arme de poing… Profitons-en.

Le juriste s’approcha de Charles malgré le refus d’un des rares soldats encore en place. Il avançait lentement vers le flic, les deux femmes dans son champ de vision.

- Mec, c’est moi.

- Qu’est-ce que tu fous Jules ? Je t’avais dit de rester en retrait et de me laisser gérer la situation.

- Il y a deux snipers et une meute de fusils d’assaut prêts à faire feu juste derrière toi.

- C’est la procédure, grogna le lieutenant.

- Procédure de mon cul, ça va finir en bain de sang. Je veux parler à Olga. Je sais comment lui faire baisser sa garde pour vous permettre de la neutraliser.

Dupuis tourna la tête un quart de seconde pour désapprouver la tactique.

- Et puis merde, je vous emmerde tous.

Jules retira son manteau et se mit à marcher vers la preneuse d’otage, les bras en l’air. Son pas était tremblant, il craignait que la fille Balkichvski ne réagisse à cette provocation et qu’elle décide d’éliminer Alice d’un coup de lame dans la gorge.

Quelques flashs crépitèrent dans son dos et des mots fusèrent alors que Charles lui ordonnait de revenir, mais il n’entendait plus rien. La presse allait s’empresser de louer son acte héroïque et de créer toute une histoire pour garder son audimat.

De plus en plus près d’Olga, Jules remarqua un sourire sur ses lèvres.

- Je vous attendais. Vous aimez vous faire désirer à ce que je vois. Une qualité pour certain, un vilain défaut pour la majorité. Nous avons tellement de choses à nous dire.

- Libérez Alice et nous parlerons autant que vous le désirez.

- Elle est ma monnaie d’échange, mon bouclier de survie. Allons… Soyez raisonnable pour une fois.

L’adversaire était redoutable. Elle avait préparé un plan pour se sortir de cette situation en si peu de temps. L’affrontement direct ne servirait pas au jeune homme, il l’avait compris. Elle avait utilisé la violence pour supprimer Alexian et Mâcon. Cette femme n’avait aucun scrupule. La flatterie pouvait être le bon angle d’attaque.

Alice, entre les mains de son assaillante, gardait les yeux ouverts, plongés dans le regard de celui qu’elle aimait. La peur se lisait sur son visage, ses jambes flageolaient par moment. Elle aurait tant aimé pouvoir prendre la main de Jules, sentir sa peau contre la sienne pour se sentir en sécurité.

Le jeune homme lui adressa un sourire rempli d’amour.

- Très bien, dit-il. Soyons raisonnables, pour reprendre vos mots.

- Enfin un français avec un peu de bon sens.

- Je dois vous dire que je suis impressionné par l’ingéniosité de votre plan, bien que je ne cautionne pas les moyens utilisés pour se venger. Cette manière de penser, d’anticiper…

Olga se méfiait de son interlocuteur. Elle écoutait attentivement chaque compliment, vigilante.

- Je pensais avoir percé votre identité, vous avoir démasquée, mais j’étais bien loin du compte. Vous avez réussi à tromper celui qui se vante d’être le plus futé de son entourage. Félicitations.

- Cesse ton éloge, je n’en ai que faire. Vous êtes bien plus malin que cela, non ?

- Alors que fait-on ? Auriez-vous un message à me livrer, une explication à me fournir sur toute cette histoire ?

- Exactement.

Jules touchait à son but : rendre la carapace d’Olga Balkichvski pour jouer sur ses faiblesses. Grâce à Alexandr, il avait pu comprendre une partie des motivations du binôme. Dimitri avait détruit leur vie et tous les deux exécutaient un plan machiavélique pour châtier l’homme qu’ils jugeaient responsable.

Mais il était encore loin de la vérité, de l’enfer vécu par ces deux âmes noircies de haine. Elles cherchaient à se laver d’un mal qui les consumait continuellement, se libérer d’un passé les asphyxiant.

- Tous tes amis sont de retour, Jules. Time’s up.

Dans son dos, le jeune homme sentait les forces d’intervention reprendre place. La diversion du capitaine Laville ne lui avait pas permis d’aller au bout de son plan. Le chef des opérations s’engueulait avec le lieutenant Dupuis qu’il accusait d’autre complice de la manoeuvre d’éloignement.

Le juriste fit un nouveau pas en avant pour rester cette sphère intime qu’il venait de mettre en place avec Olga. Il devait les maintenir l’attention sur lui pour que la femme se livre.

- Je vous écoute.

- Vous êtes fils unique, je ne m’attends pas à ce que vous puissiez tout comprendre.

- Allez-y, je ferai de mon mieux.

Balkichvski ferma les yeux un court instant, juste pour se remémorer une dernière fois toute cette souffrance qu’elle désirait occulter.

- Cette soirée restera à jamais comme la première d’une longue descente aux enfers. La chute de mon frère du haut de la falaise après la dispute avec Andreï, je la revis chaque nuit depuis seize ans. Son cri qui résonne au fond de ma tête. Les recherches ont duré plus d’une dizaine de jours, mais… Je n’avais que neuf ans à cette époque. Mon père est devenu un alcoolique et ma mère ne pouvait rien faire face à cette déferlante de violence qu’il répandait dans notre foyer. Trois longues années à subir des brimades, retenir les larmes et les sanglots qui nous nouaient le ventre et la gorge. Et un jour, je suis rentrée de l’école, maman toujours en sanglots. Toutes les affaires de mon pseudo père avait disparu, lui compris. Un abandon en bonne et due forme. L’enfer s’est ouvert sous nos pieds, le manque d’argent, nos dignités, nous n’avions plus rien à part une petite cabane. Un matin, alors que la soirée avait été joyeuse, j’ai retrouvé celle qui m’avait chéri pendue dans le salon, la corde nouée à la tringle à rideaux.

Ces révélations glacèrent Jules. Tout le monde écoutait le récit d’une vie détruite dans l’enfance, mais aucun ne parvenait à réellement comprendre Olga. Les journalistes et les flics n’osaient pas

- C’est horrible… souffla Alice.

- Et ce n’est que le début d’une longue période de déchéance, au point de me demander si j’étais humaine ou bien une chose. Les orphelinats, je les ai cumulés. Quatre, cinq et même parfois six établissements différents par année, sur presque trois ans. Je n’avais plus de parents connus pour me recueillir, je n’ai pas eu le choix. J’y ai découvert la cruauté, entre autres. Les garçons plus âgés aimaient abuser de leur force pour obtenir ce qu’ils désiraient, même par la violence. Les filles usaient de mots pour blesser et réduire le moral à néant, formater les plus faibles et en faire des esclaves. Et les personnes responsables dans tout ce merdier… Elles avaient parfaitement connaissance de ces agissements, mais ne sont jamais intervenues. Elles n’en avaient que faire, tant que l’argent affluait. Je me suis enfuie une semaine après mon quinzième anniversaire. Mais le malheur, lui, est resté près de moi.

- Et comment êtes-vous sortie de cette spirale infernale ?

- Un peu de patience Jules, j’y viens.

Olga s’autorisa une larme qu’elle n’essuya pas. Son corps se raidissait lorsque la jeune femme contait son triste parcours. À l’inverse, elle semblait relâcher son étreinte après chaque morceau de son récit, une ouverture pour tirer Alice des griffes de Balkichvski et la neutraliser pour de bon.

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