Chapitre 3 (Gallie)

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Malgré la douleur atroce dans mon bras, je suis folle de rage. Tant mieux, cette tension sous adrénaline m’évite de sombrer. Je pourrais m’effondrer d’une minute à l’autre. Je ne sais pas ce que mes ravisseurs m’ont fait mais je me sens comme un marathonien en fin de course, lessivée. Je n’ai pas ressenti une telle fatigue depuis longtemps. M’ont-ils droguée ? Même pendant mes entrainements mes muscles ne ressentent pas une telle douleur. Alors je marche, je tourne en rond dans cette cage pour comprendre ce qu’il s’est passé. Où est Max ? J’espère qu’il va bien. J’ai tenté de le protéger dans la voiture mais une force incroyable m’a projeté et assommée. À mon réveil, un gars avec un masque d’alien, tout droit sortie de l’univers des « gardiens de la galaxie » s’est jeté sur moi. J’ai essayé de me défendre mais les jambes entravées et un bras en moins ne m’ont pas été d’un grand secours, je l’ai donc mordu avec le souhait de lui arracher un morceau de chair. Il n’a même pas essayé de me frapper, il s’est contenté de m’enfermer ici après m’avoir détaché sans prendre la peine de me fouiller.

Grave erreur…

Depuis, je tente désespérément de trouver le réseau pour joindre la police. Elle ne mettra pas longtemps pour me localiser, je crois bien être enfermée dans une pièce « d’escape game » sur le thème de l’espace. Pas de fenêtre, des murs en matière métallique, une porte coulissante et cette odeur atroce de renfermée. A bien y réfléchir, je doute qu’elle soit terminée pour le public car il n’y a aucun indice ou jeux intellectuels. Je lève le bras dans chaque recoin avec le souhait que la barre de réseau de mon téléphone s’éclaire. Rien.

Soudain, la porte coulissante émet un son de ballon dégonflé. Bonjour, les effets spéciaux. Je me plaque dans le prolongement du mur au moment même où elle s’ouvre afin de surprendre mon adversaire. Une silhouette s’engouffre, je lui saute sur les épaules et emprisonne son cou entre mes cuisses version « veuve noire » dans « Avengers ». Ma réception au sol m’arrache un cri aigue. Satané bras cassé. Mon adversaire en profite pour tirer dessus, je hurle et lâche prise. Je sens que je tourne de l’œil. Il me retourne façon crêpe bretonne au sol et se moule à mon corps comme une tranche de pain sur du jambon. Je ne peux plus bouger. Ma joue est écrasée sur le sol froid, son souffle chaud haletant dans mon cou. Son odeur m’est un brin familier, je divague ?

— C’est comme ça que tu accueilles un collègue de bureau ?

Cette voix, je la reconnaitrais entre mille. Quelle soulagement… aussitôt, mon corps se détend comme un chat ragdoll dans les bras de son maitre. La tranche de pain roule sur le côté, ses yeux accrochent les miens remplis de larmes. Il me fixe, une lueur douce dans le regard. Mon bras valide se meut pour permettre à mes doigts de toucher son visage. C’est lui, c’est bien lui. Je ferme les yeux aux bout de mes forces. Je suis sauvée.

— Je vais devoir faire une reconstruction du radius et du cubitus. Vous l’avez pas raté commandant.

Où suis-je ? A qui appartient cette voix ? Commandant ? Un hôpital militaire ? Le cocon douillet dans lequel je suis, me réconforte, je suis si fatiguée, si fatiguée et mes paupières sont si lourdes. Impossible de les ouvrir. Je sombre à nouveau.

— Commandant… son état est stable, elle ne va pas tarder à se réveiller, elle l’est peut être déjà.

Encore cette voix… En tout cas, à défaut de pouvoir ouvrir les yeux, je ne suis pas sourde. C’est un bon début.

Des pas se rapprochent. Je peux sentir une présence. Est-ce ce commandant ? Où est Max ? Est-il-là aussi ? J’essaie désespérément de soulever mes paupières mais je n’y arrive pas …. Deux rochers seraient plus légers. Allez, un petit effort. Pourquoi suis-je si fatiguée ? Je suis coincée dans mon propre corps. Max ? Des larmes de frustration coulent chaudes sur mes tempes. Je sens leur lente descente finir dans mon cou.

Oh bon sang… J’ai envie d’hurler.

Mes lèvres s’entrouvrent, un mince filet d’air s’en échappe.

Parle, grogne, souffle, n’importe quoi…

Pourquoi suis-je aussi faible ?

Volonté où es-tu ?

— Commandant…

Max ? où es-tu ? MAX ?

— Commandant, elle … elle pleure.

Une caresse apaisante glisse sur mon visage. J’en ai la chair de poule. Délicatement, elle efface mes larmes, les unes après les autres. Ce geste me donne la force nécessaire pour reprendre le contrôle de mon corps. Il suffit d’y croire, non ? Juste y croire. Avec toute la force mentale dont je dispose, j’intensifie la tension de mes paupières. Mes cils frémissent. Miracle, elles se soulèvent dans une lenteur extrême, encore, encore un peu. La luminosité est douce. Elle ne m’aveugle pas. Des ombres, puis les traits flous d’un visage s’imposent à moi. Deux soupirs de soulagement se font échos.

— Gallie…

Max ? C’est sa voix, je savais qu’il ne m’abandonnerait pas. Sa main se pose sur la mienne, une chaleur diffuse se propage sur ma peau. Mes doigts enlacent les siens dans un geste mal mené. Cette attitude doit en dire long car Max s’approche encore un peu. Ses billes azur se lient aux miennes, après tout je suis vivante et je lui dois.

— N’essaie pas de parler Alien, m’informe Max, Jaal, mon second et docteur de cet équipage t’a placé un tuyau dans la gorge pour que tu puisses respirer dans le caisson médical. Tes cordes vocales sont sensibles, tu dois avoir la gorge sèche.

Avec une infinie douceur, il m’aide à boire quelques gorgées d’un liquide que je n’arrive pas à identifier. Il me sourit et même si mes facultés de compréhension n’atteignaient pas le niveau d’un mollusque, la seule information importante est sa présence à mes cotés.

— Repose-toi. Je veille sur toi. Tu n’as plus rien à craindre.

Et c’est le trou noir.

Mon troisième réveille se fait moins glamour. Enfermée dans un cauchemar ou des individus intégralement vêtus de noir me pourchassent, c’est le cœur battant, la sueur au front et à moitié découverte que je retrouve mes esprits. Il fait sombre. Seules des machines que j’imagine médicales émettent par intermittence une lumière bleue tamisée. Je tire un peu plus sur le drap qui me recouvre, oh misère, je suis nue…

Le temps que cette information soit traitée comme anormale, mes yeux s’acclimatent à cette pénombre.

Ok, calme toi, soit rationnel et analyse.

La pièce est petite, très petite. En même temps, niveau mobilier, à part le lit dans lequel je suis, je ne distingue rien d’autre. Une grande vitre donnant sur un couloir éteint me fait face. Avec lenteur, je tente de m’extirper du matelas. Mes pieds touchent le sol froid et métallique. Point étrange, avec le nombre de fois où je me suis rendu à l’hôpital afin d’accompagner ma mère pour son protocole thérapeutique contre le cancer, jamais l’environnement n’a présenté ces caractéristiques. Où suis-je véritablement ? Une clinique haute technologie ? Vu les relations de Max, je n’en serais pas surprise.

Il a toujours été prévenant envers moi à la manière d’un grand frère. En tant que fille unique, c’est un rêve devenu réalité. Mes parents n’ont pas survécus aussi longtemps que j’aurai aimé. Le destin est ainsi fait : parfois cruel et si merveilleux. Ma rencontre avec Max va au-delà de l’entendement. En quelques mois, notre complicité n’a fait que croitre et mon ciel noircit par la douleur des obstacles de l’existence s’en est trouvée éclaircie. Je l’aime comme un membre de ma famille. Inconcevable ? Irrationnel ? Je m’en fous la vie est trop courte pour se poser ce genre de questions et je sais de quoi je parle. Carpe diem.

Soudain, le même bruit de ballon dégonflé qui avait retenti dans la pièce « escape game » me sort de mes rêveries. Une porte coulissante se trouvant dans le prolongement du mur vitré disparait dans le mur. Des néons se déclenchent baignant la pièce dans une aura éclatante. Eblouie, je ferme les yeux. Quelqu’un est entré. Une main au dessus des sourcils, je tente de voir celui-ci.

Mes cordes vocales prennent mon cerveau de court, un cri d’effroi étouffe le silence qui pesait jusqu’alors. Dans un élan mal organisé, mes jambes quittent le lit et reculent jusqu’au mur derrière moi avant de s’effondrer sur le sol. Recroquevillée dans l’angle, l’organe de vie pulsant dans mes veines, mes muscles tremblent à m’en faire mal. Je perds la tête. Je deviens folle ? Max n’était-il pas là ?

Mon agresseur « gardien de la galaxie » aux artifices reptiliens est figé sur place. Quand ces paupières se ferment à la verticale, ma respiration reste bloquée dans mes poumons. Mon corps n’est que souffrance. La violence de la réalité me fait l’effet d’une douche froide. Je ne suis pas en état de le combattre. Mon dieu, aidez-moi !

— Sort, intervient la voix salutaire auquel je m’accroche depuis le début.

Max ? Max ?

Je le cherche aussi désespérée qu’un naufragé en pleine mer. Debout, au milieu de la pièce, il se précipite au sol vers moi tirant au passage le drap échoué sur le lit afin de m’envelopper avec. Mes bras s’accrochent à son cou, mes jambes grimpent sur ses genoux, mon visage s’enfouit dans son cou.

— Ne me laisse plus, je t’en prie Max, ne me laisse plus, plus jamais.

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