Chapitre 10

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Écrit en écoutant notamment : French 79 - Between the Buttons

Ils atteignirent la plage principale peu après midi. Julian, en particulier, montrait certains signes d’embarrassement. Ses souvenirs de la veille lui paraissaient irréels ; il avait du mal à retrouver le parfum de son rapprochement avec Félix. Bien que ce dernier se montrât tout aussi allègre et radieux qu’à son habitude, Julian essayait en vain de capter dans ses yeux l’étincelle qui l’avait aidé à parcourir les derniers centimètres. Il faut dire qu’après l’arrivée de Rémi et Côme, ils s’étaient uniquement permis un baiser furtif dans la salle de bain, avant de redevenir de « simples amis ».

On était dans un cycle de grandes marées et la mer agitée par le vent d’ouest ne laissait qu’une mince langue de plage aux vacanciers, contraints de se serrer plus qu’à leur habitude. Rémi se mit rapidement en maillot et se jeta dans les denses rouleaux qui se fracassaient sur le sable. Rejoint par ses amis, il proposa de nager jusqu’à la dernière bouée qui délimitait la zone de baignade surveillée. La houle rendait la progression difficile et un courant de plus en plus sensible les faisait dévier vers le chenal réservé aux voiliers. Félix sonna l’ordre de retraite avant que la situation ne devînt trop dangereuse, et ils regagnèrent la plage avec les bras déjà fatigués par l’effort. Le drapeau orange hissé à l’instant même par l’un des membres du poste de secours épargna à Félix de trop longues explications à destination de Rémi.

Ils s’amusaient à tracer et faire deviner à tour de rôle des dessins sur le sable, lorsque Côme dit :

— Rémi, ce ne serait pas ta conquête du bal du 14 juillet qui nous observe, là-bas ?

Bien qu’il pivotât à la vitesse de l’éclair, elle semblait déjà avoir détourné le regard.

— T’es vraiment sûr que c’est elle, Côme ? Enfin, je veux dire, le rendez-vous romantique du soir n’avait pas été une grande réussite… J’ai eu l’impression qu’elle s’était un peu moquée de moi.

— Je crois qu’il a raison, ajouta Félix, je reconnais assez bien sa silhouette et ses cheveux. À ta place, je retenterais quelque chose.

— Bon, je vous crois… c’est vrai que les filles peuvent être compliquées.

Il fit nonchalamment quelques pas dans sa direction pour s’assurer de son identité et profita quelques instants plus tard de l’occasion inespérée que ses deux amies se fussent éloignées pour l’aborder. Ses amis ne pouvaient évidemment pas saisir le moindre mot de la conversation, mais le fait que celle-ci se prolonge suffisamment longtemps était sacrément encourageant !

Pour autant, ils ne s’étaient pas attendus à une telle conclusion : Rémi colla un court baiser à sa conquête sous leur regard ébahi, avant de revenir vers eux le torse bombé.

— Restez naturels, vous, ne la regardez pas trop ! intima l’heureux jeune homme avec un sourire.

— N’empêche qu’on veut savoir comment tu as fait, dit Félix. Au beau milieu de la plage, c’est fort !

— Et oui, j’ai des ressources insoupçonnées ! Voyant ça, je me demande si je ne devrais pas même relever mes critères, jubila-t-il.

— Ne t’emballe pas trop, tu as peut-être eu seulement un peu de chance. D’ailleurs, tu peux remercier Côme.

— Que nenni ! Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage, disait La Fontaine.

— Depuis quand est-ce que tu cites La Fontaine, toi ?

— Eh, vous avez fini de vous moquer de moi ? Ok, j'avais appris ça pour le cours de français cette année, mais appelez-moi plutôt le « king de la drague » ! Vous devriez vous prosterner à mes pieds. Bon, la « longueur de temps » ne me permettra pas d’en profiter très longtemps, mais c’est si satisfaisant !

***

Félix constatait de plus en plus l’attitude préoccupée de Julian. Il était clair que le baiser de la veille l’avait énormément troublé, bien qu’ils y eussent pris tous les deux beaucoup de plaisir. Comme il le pressentait, Julian lui demanda, à l’abri des oreilles indiscrètes :

— Euh Félix… est-ce qu’on peut dire qu’on sort ensemble ?

— Pour être franc, je n’ai pas de réponse claire à apporter. Il ne faut peut-être pas te précipiter, surtout si c’est la première fois que tu embrasses un garçon, ou même quelqu’un tout court.

— Tu veux dire que tu as déjà fait des choses avec un garçon, toi ?

— Euh, certaines oui…

— Tu m’expliqueras ce qu’il faut savoir ?

— Bien sûr ! Et rassure-toi, je t’apprécie beaucoup ; je préfère seulement attendre au moins la fin des vacances ici. La semaine prochaine, si tu en as envie, on fera une journée au lac ensemble, juste tous les deux !

Sur ce, il déposa rapidement ses lèvres sur la joue de Julian, à qui il n’en fallait pas plus pour s’empourprer.

***

Une journée nuageuse rendit le départ plus facile. Ils avaient une dernière fois roulé vers la plage et observé le théâtre de leurs vacances, afin d’emporter avec eux des souvenirs les plus précis et durables possibles de cette superbe semaine. Il faudrait certainement repartir pour une escapade lors des prochaines vacances !

La maison fut remise en ordre sous la houlette de Côme, qui ne voulait certainement pas se faire sermonner par ses parents. Entourés de leur bagages, ils attendaient maintenant leur train sans un mot, tous sous le coup d’une triste lassitude de fin de vacances. Ils se levèrent péniblement à l’annonce de l’arrivée en gare de la rame, puis passèrent la majeure partie du voyage à somnoler, le regard perdu dans les paysages défilant à toute allure. Heureusement qu’il restait encore plus d’un mois de vacances…

En son for intérieur, Julian espérait que Félix n’oublierait pas sa promesse, car il n’oserait jamais le lui rappeler. Il s’autorisait parfois quelques regards souriants, que son ami lui rendait. Pendant cette semaine, il avait eu l’impression de grandir d’un an, et depuis ce baiser en particulier, les perspectives vertigineuses de sa relation avec Félix accaparaient son esprit autant qu’elles l’excitaient.

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