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— Prends ma main, dit l'homme au masque sombre.
Mon rire profond disparut alors que je l'observais — créature obscure surgie d'une ruelle vide. Cette fascination malsaine que je ressentais en mon cœur d'enfant, pourtant jusqu'à présent bercé de lumière... Déjà, je quittai mes amis, touchant la paume du monstrueux individu.
— Où va-t-on ? lui demandai-je alors que je me sentais grandir.
Mais il resta silencieux.

— Prends ma main, dit l'homme au masque sombre.
J'essuyai les larmes sous mes yeux fatigués, dévisageant une seconde fois cette personne qui, sept ans plus tôt, m'avait emporté. Cette fois, pourtant, mon regard était triste. Je soulevai mes longs cheveux, soupirant alors que je voyais disparaître, dans le lointain, ces personnes que je pensais avoir aimées.
— Pourquoi ? murmurai-je en le touchant. Pourquoi tout change ?
Mais il resta silencieux.

— Prends ma main, dit l'homme au masque sombre.
Je ne pouvais soutenir son regard, incapable de me détacher du cercueil de ma mère, tremblant.
— Non, rétorquai-je entre deux sanglots. Plus maintenant, plus jamais.
Je le repoussai vainement alors qu'il glissait ses longs tentacules sur mon corps. Je hurlai, me débattant tandis qu'il m'engloutissait.
— Qui êtes-vous ? m'emportai-je.
Mais, une nouvelle fois, il resta silencieux.

— Prends ma main, dit l'homme au masque sombre.
Je l'ignorai cette fois, observant, le cœur battant, le bébé au cœur d'or. Cette fille venue de moi que j'ignorais un jour rencontrer, ce berceau de lumière que moi-même j'avais créé...
— Qui êtes-vous ? répétai-je comme je l'avais fait six ans plus tôt.
Lentement, l'individu me dévoila son visage — celui d'une créature au doux sourire et aux longues aiguilles.
— Je dévore, me répondit-il enfin. Et je rends. Je tue et je fais naître. J'obscurcis et j'illumine. Je suis tout et pourtant rien.
Il fit claquer sa langue contre son palais, créant un tic-tac maintenant si familier. Les yeux plongés dans ceux de mon enfant, je compris enfin et, souriant, attrapai la main de l'homme.
Cette fois, c'est moi qui restai silencieux.

— Enfin, tu es venu, marmonnai-je du haut de mes 96 ans.
Je m'appuyai sur mon fauteuil roulant, la bouche sèche, les jambes fragiles. L'individu fixa, impassible, mon mince sourire franc. Je glissai un œil vers la fenêtre, distinguant ma fille et ses deux enfants, riant comme moi fut un temps. Doucement, je m'approchai de cet être d'ombre et de lumière qui, aujourd'hui, ne m'effrayait plus.
— Prends ma main, dit l'homme au masque sombre.

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