Chapitre 26 : Sernos, vingt ans plus tôt. (1/3)

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— Il y en a marre ! Il faut que ça cesse ! Ça ne peut plus durer !

L’ambassadeur d’Helaria rentrait d’une petite visite d’agrément dans la ville quand l’éclat le surpris dans ses réflexions. La voix était parfaitement reconnaissable. C’était celle de la cuisinière de la caserne. Son ton qui descendait bas dans les graves la rendait plus coléreuse qu’elle n’y paraissait. La plupart des gens étaient surpris de découvrir que cette voix de basse appartenait à une stoltzin blonde et mince à l’allure séduisante et pas à un adjudant chef au féminin. Cela n’avait rien d’anormal. La cantinière était un soldat comme les autres. Elle était affectée à la garnison actuellement en poste à l’ambassade, partait en campagne avec elle, s’entraînait et se battait dans ses rangs. Elle était d’ailleurs très habile avec son arc.

La raison de son énervement était connue. La même depuis plus de douze jours. Il alla quand même aux nouvelles.

Les soldats qui n’étaient pas de garde profitaient du beau temps pour s’entraîner à l’épée. Ils avaient adopté une tenue décontractée, torse nu, ou avec juste une bande autour des seins pour les femmes, sans rapport avec un uniforme. Ils paradaient, ils exhibaient leur talent et leurs avantages physiques pour la galerie. Il en résultait une escrime peu orthodoxe où les coups spectaculaires dominaient par rapport aux feintes efficaces.

Tout autour, installés sur les bancs disposés le long des murs, assis par terre ou debout, seuls ou en petits groupes, quelques individus désœuvrés les regardaient. La plupart étaient là pour le plaisir. Certains regards laissaient cependant supposer qu’un spectateur n’était pas indifférent au charme d’un combattant. En traversant la cour, l’ambassadeur en profita pour jeter un bref coup d’œil à une épéiste débutante à la silhouette avenante.

En le voyant arriver, la cantinière se campa sur ses jambes, les mains sur les hanches.

— Alors, commença-t-il, que vous a-t-on volé aujourd’hui ?

— Un pain de viande, s’écria-t-elle, volé ici, dans ma cuisine. Je l’avais posé sur la table hier soir.

L’air outré, elle désignait la table derrière elle sur laquelle s’alignait une trentaine de pains similaires. Largement de quoi nourrir les six douzaines de soldats stationnées dans l’ambassade.

— La disparition de ce pain est-elle si grave ? Je peux faire venir des victuailles des cuisines de l’ambassade si vous êtes en manque.

— Ce n’est pas le problème, lança-t-elle, j’ai largement assez pour tous mes hommes. Mais c’est le principe. Quelqu’un est entré et m’a volé. Et ce n’est pas la première fois.

Les éclats de voix de la cantinière étaient presque quotidiens en effet. Un moment, Tresej se demanda quand un autre volontaire allait se charger de nourrir les soldats pour qu’elle puisse reprendre son entraînement. Peu probable, elle cuisinait vraiment très bien. Certaines personnes, qui avaient pourtant droit à la luxueuse table de l’ambassade s’éclipsaient pour rejoindre la caserne et se régaler des bons petits plats qu’elle préparait. Quant à espérer que sa garnison soit relevée dans un futur proche, il avait peu d’espoir. Il était dur de trouver des volontaires qui acceptaient de quitter l’Helaria, ses plages de sable doré, sa mer, son climat tropical, sa douceur de vivre. Les avantages que procurait l’ambassade à ses habitants et le fait d’habiter la plus grande ville du monde ne faisait pas le poids en comparaison.

— L’enquête sur ces vols est en cours, mais le voleur est habile. Et l’ambassade est grande. Il faut du temps pour tout fouiller.

— Eh bien accélérez le rythme, vous avez là soixante-douze soldats qui ne font rien d’autre que de faire joujou avec leur épée et d’exhiber leurs muscles.

— La garde n’est pas là pour ça, riposta Tresej.

— Elle est là pour quoi alors ?

— De toute façon, elle ne dépend pas de mon autorité.

— Ce voleur va continuer à voler, sans qu’on ne fasse rien ?

— Écoutez, nous sommes dans une grande ville avec beaucoup d’individus pauvres qui meurent de faim. Des gens qui volent ça arrive tous les jours, partout dans Sernos. Nous le rattraperons un de ces jours. En attendant, nous avons assez de ressources pour supporter ce chapardage. Alors patience.

L’ambassadeur avait haussé la voix, ce qui lui ressemblait assez peu. Cela sembla calmer la stoltzin. Il salua la cantinière et s’éloigna d’un bon pas.

Regardant autour de lui, il reconnut de l’autre côté de la cour, une femme d’apparence jeune installée sur un banc devant l’écurie. À elle seule, elle suffisait à expliquer le comportement exhibitionniste des jeunes recrues venues des provinces isolées de la Pentarchie. Cette stoltzin, en effet, était exceptionnellement belle. Beaucoup de ceux qui rencontraient Calen pour la première fois éprouvaient un choc devant tant de beauté. Certains ne s’habituaient pas. Et personne n’était blasé même en la connaissant depuis des années.

C’était une stoltzin de grande taille, ce qui était rare au sein de ce peuple, tout au moins en Helaria, sans être une géante comme les Mustulseny. Elle avait les cheveux longs qui descendaient jusqu’au milieu du dos, noirs comme la nuit, le teint mat aux très légers reflets bleutés – couleur, qui avec le vert, était associée à une grande douceur de peau chez les stoltzt et indiquait une ascendance occidentale. Son visage ouvert aux pommettes hautes, les lèvres pleines au sourire facile, ses yeux de félin, tout en elle exprimait une grande gentillesse. Sa croissance s’était arrêtée à un moment où elle bénéficiait encore la beauté de la prime jeunesse tout en ayant acquis la prestance que procure la maturité.

Toutefois, ce qui attirait l’ambassadeur en elle, ce n’était pas son physique, bien qu’il aurait été malhonnête de dire qu’il n’avait pas d’effet sur lui. C’était tout le reste.

Calen était née pendant les heures les plus sombres de la Pentarchie. Bébé, elle avait failli connaître l’attaque des pirates qui avait manqué d’anéantir le petit royaume avant même qu’il ait réellement commencé à exister, la guerre contre les gems qui avait fait d’elle une orpheline, la révolte contre les Feythas qui avait détruit plus de neuf individus sur dix dans le monde, la débâcle écologique qui avait suivi et manqué de peu d’exterminer le reste de la civilisation, la peste qui lui avait enlevé ses deux plus jeunes enfants.

Elle était l’une de celle qui s’était la plus investie pour améliorer les choses. Dans toute cette agitation, elle était toujours allée de l’avant, jamais elle n’avait baissé les bras. Cela lui avait valu un destin exceptionnel. Elle avait même été un temps reine d’Helaria, quand après la guerre on avait cru les pentarques morts.

La consécration était arrivée presque soixante ans plus tôt quand les maîtres de la corporation des bibliothécaires l’avaient nommée archonte de la corporation, ou Bibliothécaire – les deux termes désignaient la même fonction. Elle avait pris la place de Braton à sa mort. Et à ce poste elle s’était révélée plus brillante que lui. De l’institut qui avait marqué quelques indiscutables réussites – la mise au point des multicoques en était le pinacle – mais à la démarche désordonnée et peu efficace, elle avait fait une machine de recherche hautement performante.

La mission que lui avait assignée le pentarque Wotan était d’avoir en permanence au minimum vingt ans d’avance technologique sur leurs concurrents et elle avait remporté le défi haut la main, elle avait même dépassé cet objectif alors qu’elle n’avait que le campus de Jimip sous son autorité.

C’est un de ses élèves qui avait compris le premier que les pluies étaient responsables de cette nouvelle maladie mortelle apparue après la guerre. On les avait nommées pluies de feu même si les termes qu’elle avait employés à l’époque était “cancer” et « retombées radioactives ».

C’est elle aussi qui avait imaginé l’alphabet qu’utilisaient actuellement les Helariaseny et était en passe de devenir celui de tous les peuples.

Sa réussite la plus insigne était cependant d’avoir remplacé les numéros de modèles des nouveaux peuples créés par les feythas par des noms. Elle aurait puisé dans les légendes de contrés lointaines pour les trouver. En quelque sorte, les edorians, les nains, les mardseny et les drows lui devaient leur existence. Grâce à elle, ils avaient cessé d’être des créations pour devenir des êtres à part entière.

Aujourd’hui, Calen était, après les pentarques, la personne la plus puissante et la plus respectée en Helaria. Cette réussite forçait d’autant plus le respect que la stoltzin était handicapée. En effet, depuis cette nuit fatidique lors de son seizième anniversaire, en pleine guerre contre les gems, Calen était aveugle.

Et c’est la raison pour laquelle l’ambassadeur trouvait amusant les efforts des jeunes soldats pour attirer son attention.

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