Chapitre 22 : Préparatifs surprise.

10 minutes de lecture

Je comprenais maintenant le quotidien de mes amis, découvrant le manque de discrétion des filles lorsqu’elles trouvaient un garçon mignon. Nous étions tous à la bibliothèque après les cours. Seuls Marry et Chuck manquaient à l’appel, soit en réunion, soit occupé à autre chose. J'observais la table où Eglantine, Michael, Katerina et Elliot travaillaient. Impossible de me concentrer avec Louis et Alicia rêvassant devant moi et Blear ne m’aidait pas, déjà loin dans ses exercices. Elle eut un petit sourire en les entendant.

- Vas-y, chuchota une fille derrière mon dos.

- Non, je n’oserais jamais, laisse tomber, dit l’autre sur le même ton.

Je me retournai discrètement pour découvrir une fille de petite taille se figer lorsqu’elle croisa mon regard. Elle emporta sa copine à la table derrière nous. Donc elle parlait bien de moi, je la trouvais mignonne. Blear me cala un coup de coude dans les côtes : “Go”, lisais-je sur ses lèvres. Je soupirais et prit mon courage à deux mains pour inviter cette jolie fille au bal. En effet, je n'avais toujours pas de cavalière alors qu’il se déroulait dans deux semaines. Elle hocha de la tête sous sa frange marron. Je lui proposais un rendez-vous dans le but de faire connaissance, et prit toutes mes affaires pour me joindre à son étude. C’était une deuxième année et elle éprouvait des difficultés avec les maths ou plutôt avec ma proximité, rougissant à chaque fois que j’étais trop proche. Je vis Elliot me lancer un sourire satisfait et découvrit les autres levés les yeux au ciel.

Très vite, un grand garçon vint s’asseoir à côté de moi et tapa sur mon épaule de son doigt. Il avait l’air mécontent.

- Tu ne sors pas avec Blear Makes ? demanda-t-il d’un ton réprobateur.

- C’est ce dont ça à l’air ? rétorquais-je en essayant de lui faire ouvrir les yeux sur la situation.

- Vous êtes proches ces temps-ci, alors je pensais…

- Si tu souhaites lui parler, je t’en prie, le coupais-je. Elle n’a toujours pas de cavalier non plus, alors tente ta chance, ajoutais-je d’un clin d’œil.

Blear se retourna sur chaise, visiblement fâchée, jusqu’à ce qu’elle découvre à quoi ressemblait ce fameux garçon. Des traits similaires à ceux de Louis, je savais qu’il lui plairait. C’est à elle que je fis un clin d’œil. Lorsqu’il s’avança dans sa direction, elle l’invita à s’asseoir sous les regards étonnés de Louis et Alicia.

- Je m'appelle Justin, est-ce que c’est vrai que tu n’as pas de cavalier ? Si c’est le cas, j’aimerais beaucoup l’être, déclara-t-il.

- Pourquoi voudrais-tu m’accompagner ? demanda-t-elle en le regardant droit dans les yeux.

- Ma famille, hésita-t-il, figure sur la liste des prétendants pour les Richess. Je n’ai jamais vraiment voulu me marier avec quelqu’un que je n’aime pas, mais en vous observant, j’ai trouvé que tu étais très bien, avoua-t-il. Ah je n’envisage pas le mariage, je veux dire, balbutia-t-il.

- Merci pour ton honnêteté, je comprends ce que tu veux dire et j’aimerais apprendre à connaitre mes prétendants moi aussi, lui sourit-elle.

- Alors, nous pourrions sortir avant le bal ?

- Bien sûr, acquiesça-t-elle.

Blear et moi, ensemble ? Je m’étonnais de cette remarque alors que nous nous aidions continuellement dans notre course aux amoureux. Je ne l’envisageais pas, pas vraiment en tout cas, car elle avait en effet bons nombres prétendant. Peut-être que ça fonctionnerait cette fois, je l’espérais.

***

Les jours se bousculaient, le bal approchant à grands pas. Les filles décidèrent d’aller faire des essayages de robes. Eglantine tournoyait dans toutes celles qu’elle trouvait jolies, mais elle en avait déjà choisie une avec sa mère : longue, en voiles, perlés et argentés comme sa chevelure. Marry sortit de la cabine, en faisant voler les rideaux, dans une superbe robe dorée qui moulait son corps de rêve. Elle invita Katerina qui portait une robe noire corbeau dans une danse effrénée. Blear les prenait en photo riant à pleines dents, et décida d’aller embêter Alicia en cabine. Celle-ci avait opté pour une robe audacieuse. Elle était rouge, courte et ne possédait qu’une seule manche. Notre reine de la mode approuva directement ce choix et Blear relevait ses cheveux pour la mettre en confiance.

- Et toi Blear ? demanda celle-ci pendant qu’Eglantine et Katerina essayait des bijoux devant le miroir.

- Ma robe est aux retouches…

- Tu en as déjà une ? Elle est comment ?

- Je garde la surprise, gloussa-t-elle.

- Tu as l’air de très bonne humeur, constata Eglantine.

- Ah l’amour ! s’exclama Marry.

- Il est bien alors ? demanda Katerina.

Elles continuèrent leurs essayages, juste pour le plaisir, en discutant du copain de Blear. Au bout de quelques jours, elle avait accepté d’être sa petite amie. Il avait la gentillesse, la politesse, l’intelligence, le charme, un bon physique, et surtout il venait d’une bonne famille. Alors pourquoi ne pas se lancer ? Elle avait même dit à sa mère qu’elle le fréquentait. La nouvelle lui avait plu, mais elle la lançait au défi de lui dire pour son fils. Blear me prenait comme exemple, j’avais accepté alors pourquoi pas lui ? Elle lui avouerai ce secret prochainement.

- Je dois avouer que pendant un temps, j’ai cru que toi et Dossan, hésita Katerina, vous alliez vous mettre ensemble.

- Moi aussi, dit timidement Eglantine.

- Qu’est ce qui vous a mis ça en tête ? demanda-t-elle comme éberluer.

- Oh je ne sais pas, le fait que vous disparaissiez juste tous les deux par exemple, puis vous rester beaucoup ensemble, la taquina Marry.

- Et puis, il est tellement gentil, ajouta Katerina.

- Étrange de dire ça pour une fille qui l’a embrassé !

- C’est bien pour ça que je dis qu’il est gentil, ses lèvres étaient si douces d’ailleurs…

- Kat ! Voyons ! s’exclama Eglantine.

- C’est vrai qu’elles étaient douces, fit Alicia dans la lune en déposant ses doigts sur sa bouche.

Les filles dévisagèrent Alicia qui se retourna de suite vers ses copines, comme si elle venait de dire quelque chose qu’il ne fallait pas.

- Vous vous êtes embrassés ?! s’écria Marry.

- Mais Louis …

- C’était avant ! Quand il est revenu couvert de blessures de son week-end… Nous devions jouer aux jeux de société comme d’habitude, à la place il m’a tout raconter et… voilà, ça c’est fait. Je crois que je devais mettre au clair mes sentiments pour lui car nous étions fort proches, et j’aimais bien Louis alors…

- Tu l’as embrassé alors qu’il venait de se faire battre, dit froidement Blear, et alors que tu hésitais…

- Il m’a embrassé ! Enfin j’y ai répondu, mais nous avons tiré cette histoire au clair de toute façon ! Ne me regarde pas comme ça, je t’assure que nous avons mis les choses à plat.

Blear ne répondit rien d’autre, car elle savait qu’en dire plus reviendrait à faire une gaffe. Mais cette révélation l’ennuyait quelque peu, après tout nous n’avions plus de secret l’un pour l’autre. Je la sentis plus froide les jours qui suivirent, plus distante parce qu’elle passait beaucoup de temps avec Justin. Pour ma part, je voyais ma cavalière essentiellement en dehors de l’école, restant auprès de mes amis la journée.

Les jours continuaient de s’écouler, Chuck m’avait aidé à choisir une tenue de soirée, un costume onyx qui me rendait “sexy”. Je n’en croyais pas un mot, mais j’aimais m’essayer à de nouvelles coiffures, ayant les cheveux légèrement plus long, je les ramenais plus souvent sur le côté. A la maison, le calme régnait parce que j’accumulais les bonnes notes. Mon père trouvait toujours de quoi m’empoigner, mais jamais jusqu’à me frapper. Mon seul problème en ces jours fut d’impressionner ma cavalière sur la piste de danse, mais n’ayant aucune base je décidai d’employer les grands moyens : faire appel à l’élégance incarnée. Il était tard, mais je voulais tenter ma chance. Je toquais à la porte de Blear et rien. Pourtant, j’étais absolument certain qu’elle serrait dans sa chambre. Je retentais le coup.

- Blear, c’est moi, Dossan, dis-je un peu plus fort.

La porte s’ouvrit doucement de quelques centimètres, et je découvris un seul de ses yeux bleus à travers la fente. L'écart s'agrandit et je fis comme absorbé à l'intérieur de sa chambre, qu'elle referma à clé de suite.

- Mais qu'est-ce que…

Elle me fit signe de me taire et suivant son mouvement de tête, je découvris un petit garçon en train de dormir dans son lit et qui semblait minuscule dans l'immense étendue de draps roses. Je m'approchais légèrement du gamin en train de sucer son pouce et qui entourait de son bras la peluche tigre que nous avions gagnés à la foire. Blear me regarda m'asseoir à côté de lui. Je m'émerveillais devant tant douceur, son visage ressemblant à une petite pêche dans laquelle on voudrait croquer. Il avait beaucoup de cheveux, tombant en abondance sur son front, et de la même couleur que ceux de sa mère.

- C'est Billy ? demandais-je doucement. Comment se fait-il qu'il soit ici ? continuais-je à son hochement de tête.

Elle s'activa en le voyant grincher dans son sommeil, ouvrant légèrement les yeux. Elle se mit à genoux devant le lit et déposa sa main sur ses paupières, tout en glissant l'autre dans sa toute petite main.

- C'est une récompense pour mon aventure avec un bon parti, et les domestiques me l'ont apportés cet après midi. Je n'en revenais pas, mais il y a une condition… je dois annoncer à Justin que j'ai un fils…

- Tu penses qu'il l'acceptera ? m'inquiétais-je directement.

- Je n'en ai aucune idée, mais si ce n'est pas le cas alors… Je ne sais pas, je voudrais juste qu'il l'accepte, mais ça ne fait que deux semaines. Ma mère me met clairement au défi, expliqua-t-elle en le regardant d'un air sérieux, puis en caressant sa joue.

-Mais il connaîtra ton secret..

- Ne t'inquiètes pas, mes parents savent comment faire taire les mauvaises langues, je ne cours aucun risque. Et puis ce soir, je profite de mon fils, sourit-elle en le voyant faire risette dans son sommeil.

- Tu as bien raison, est-ce que je peux ? hésitais-je en voulant attraper sa main.

Il avait la peau douce, et quand ses petits doigts se refermèrent autour de mon index, je fus le garçon le plus heureux de la terre. Cette pensée traversa mon esprit pour la première fois, je voulais des enfants. Et je les traiterais avec respect, contrairement à mon père. Blear respirait la quiétude auprès de son fils. Malgré tout, j'eus droit à un regard sévère.

- En parlant de secret, je ne savais pas que tu avais embrassé Alicia ? Les mots lui ont échappé aux essayages tout à l'heure, ajouta-t-elle en découvrant ma surprise.

- C'était la nuit où…

- Elle nous à expliquer, oui, dit-elle sèchement. Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? Ça à du être tellement douloureux de garder ce secret, fit-elle d'une mine triste.

- C'est pour ça que ça te fâche ?

- Oui, je crois…

- Je voulais juste faire une croix là-dessus, dis-je en plaçant ma main sur ma nuque.

- Je vois, soupira-t-elle, et sinon qu'est-ce qui t'amène ce soir ?

- Oh je voulais… mais ce n'est pas le moment…

- Dis-moi, fit-elle d'un ton ferme.

- Pour le bal, je ne sais pas du tout danser, je pensais que tu pourrais m’apprendre ? demandais, gêné. 

- C’est donc ça, pouffa-t-elle. Ce n’est pas très compliqué, la valse du moins, rit-elle en se levant pour me tendre sa main.

Nous nous retrouvions face à face, elle me fit signe de chuchoter, puis m’invita à déposer une main sur sa taille et gardait l’autre dans la sienne. J’étais un peu étourdi, mes pieds ne sachant pas où se placer. Puis, au bout de deux trois essais, j’arrivais à suivre la cadence. Elle leva enfin ses yeux pour me regarder, et je trébuchais sur le coup. Nous rîmes de bon cœur et elle colla son doigt sur ma bouche pour me rappeler à l’ordre, alors qu’elle avait tout autant de mal à se retenir. Je déposais un léger baiser sur ce doigt qui m’enquiquinais et la fit tourner, la retenant par la taille lorsque je la penchais sous ma cambrure. Ce fut mon tour de la faire taire, et ce petit tour semblait l’avoir perdue dans les rires, nerveux cette fois. Des coups à la porte vinrent casser notre petite séance de danse. Blear devint stressée, se dirigea vers la porte et eut un soupir de soulagement lorsqu’elle le vit. Elle fit entrer John-Eric en toute discrétion.

- J’ai eus peur, souffla-t-elle, qu’est-ce qu’il se passe ? lui demanda-t-elle dans la précipitation. Ne t’inquiète pas pour Dossan, il est dans la confidence, tu peux lui faire confiance, ajouta-t-elle en voyant qu’il me dévisageait.

- Tu vas vraiment révéler à ce garçon pour notre fils ? Si c’est le cas, je veux être présent…

- Non il ne vaut mieux pas, je pense qu’il se sentira intimidé.

- Tu ne sais même pas si c’est le bon et…

- Dossan, excuse-moi mais pourrais-tu nous laisser ? Nous reprendrons demain si tu veux ?

- D’accord, je te dis à demain alors, dis-je en lui rendant un sourire.

John-Eric me raccompagna jusque dans le couloir, tandis que Blear se ruait sur son petit qui se réveillait. L'aura qui se dégageait de lui ne ressemblait pas à celle que j'avais connu en Espagne. Il était dans son rôle de père : inquiet, protecteur et je comprenais sa méfiance à mon égard.

- Je ne dirais rien, tentais-je de le convaincre.

- Je sais, j'ai confiance en toi, répondit-il en me fixant de ses petits yeux verts.

- Si je peux faire quelque chose…

- Nous nous débrouillerons. Cela dit, toi qui est proche d'elle, penses-tu que ça fonctionne entre Blear et son petit ami ?

- Je… oui ? Tu penses qu'il ne l'acceptera pas ?

- Peu de gens sont disposées à accepter cette réalité, c'est pour cette raison que je te fais confiance. Mais sache que je serais toujours présent dans la vie de Blear, me coupa-t-il avant même que je puisse lui dire merci.

N'étais-ce pas normal pour un père ? pensais-je sur le chemin du retour. Il avait tout de même préciser Blear, ce n'était donc pas sans raison. J'eus la ferme impression que ces mots cachaient autre chose, parce qu’à la façon dont il m’avait regardé, je compris qu’il me mettait en garde.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 5 versions.

Recommandations

Défi
Nicodico

Un homme, seul au milieu de la forêt, plongé dans un tout autre monde. Alors qu'il utilisait ses lunettes à réalité virtuelle, il ne vit pas un homme se glisser derrière lui pour le poignarder sauvagement...
40
40
0
1
Défi
queuvin

Mot de l'auteur: Voici une courte nouvelle. J'espère qu'elle vous plaira et saura vous surprendre. Bonne lecture
-----------------
Ils se retrouvaient enfin. La semaine avait été longue. Ils avaient l'habitude de se retrouver autour d'un café. C'était leurs petit rituel. Même jour, même heure, le lieux pouvais varier mais c'était bien souvent un endroit caché des regard. Ils s'étaient rencontré par des amis en commun. Lui cadre d'une entreprise, elle étudiante. Elle narrant ses aventures, lui scotché à ses lèvres.

Elle - tu verrais comment elle était bonne, franchement tu devrait essayer.

Ce n'était pas la première fois qu'elle lui proposais de l'accompagner, il avait toujours refusé prétextant que ce n'était pas sa tasse de thé

Elle - Mais justement, il faut expérimenter dans la vie et puis bon t'a personne qui t'empêche de le faire.

C'était une habituée tandis que lui était méfiant mais son hésitation montait un peut plus au fils des rencontre et il s'avait bien malgré lui que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne s'essaye à la "pratique"

Elle - et puis je suis sûr que tu t'y fera vite, au début ça fait un peu mal mais on s'habitue rapidement.

Elle - bon après le dernier avec qui je l'ai fait il m'a pris un peut trop sec.

Il faillait dire qu'elle était très fine et c'était même étonnant qu'elle pratique encore après toute ces annnées. Le seul signe visible était ses mains qui avaient pris l'habitude de l'effort.

Elle -bon c'est non négociable! tu viens avec moi!

Il avait eu beau refusé elle l'avait entrainer au fils des ruelle jusqu'à arriver au dit lieu.

------

Elle - Plus à droite, vas y fait une lolote, mais met ton doigts dans le trou ne t'inquiète pas. Voila tu vois elle est bonne.

Lui ne répondit par un gémissement absorbé par sa tache les jambes flageolentes.

Elle - bon je crois qu'il est temps pour toi de redescendre sur Terre.

Pour seul élément de réponse elle n'eu qu'un hochement de tête.

Elle - concentre toi sur ma voix. écarte toi. Voila, lache prise n'ai pas peur. Bon ok maintenant tu vas vacher.

Elle continua de le guider jusqu'à la fin de la procédure. Après les émois de l'homme le reste de l'heure se passa plutôt tranquillement.

Et alors qu'ils sortaient elle lui demanda.

Elle - Alors c'était comment? c'était pas si dur tu a vus.

Il - oui merci. J'aurrais jamais si tu ne m'avais pas poussé. Merci de m'avoir innitié?

Elle - tout le plaisir est pour moi. Et j'espère que tu reviendra vite.

Il- Ne t'inquiète pas, l'escalade c'est passionnant.



0
0
0
2
hersen



L'attente glissait aussi paisiblement sur l'esprit du guerrier que l'eau dans le ruisseau. Il suivait les sons venant du faré, les imprécations et le bruit du pilon dans le mortier. Il avait su vaincre et le reste était secondaire. Assis sur un caillou, il était chez lui, il se sentait vibrer pour sa Terre. Tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour les siens, pour être un brave. Et pour manger. Des années de sécheresse avaient réduit les vivres. L'arbre à pain dépérissait et il fallait agrandir le territoire, s'approprier la vallée sur l'autre versant de l'île volcanique.
Ce n'est pas lui qui a ramassé les noix de bancoulier dont on tirerait l'encre, après les avoir calcinées. Il fallait des mains aux pouvoirs sacrés pour transmettre au liquide tinctorial les qualités honorant celui qui les recevrait.
La peau brune habillant des muscles colossaux frissonnait de temps à autre sous cette force mal contenue. Le guerrier revivait son combat. Il revoyait son ennemi en face, avec dans le regard la même détermination que la sienne, la même bravoure. Une seule des deux lances atteindrait son but, c'était la loi pour pouvoir rentrer au village plein de gloire et apporter ainsi la promesse de nourriture pour le peuple. Il a failli tout perdre, décontenancé, à l'instant où il avait entendu son frère hurlant s'élancer sur un adversaire et retomber net, le crâne fracassé. L'ombre sur la victoire. Alors il avait rugi, transmettant la douleur de la perte de son frère aimé à la pierre effilée de son arme.
Ce fut le massacre.
Les hommes, vieux, nus à l'exception d'un pagne de tapa, tissu végétal, sortaient enfin du faré, l'un d'entre eux tenant haut un bol fait du crâne d'un animal. Leur nudité étalait au grand jour leurs tatouages qui, au fil des ans, prenaient des reflets verdâtres. Leurs actes valeureux étaient inscrits et chacun respectait ces marques. Le guerrier se leva et les salua. Rien en cet instant n'était plus précieux sur l'île que le contenu de ce bol, une encre produite par la terre nourricière et qui avait reçu les paroles sacrées.
On fit asseoir le vainqueur nu sur un gros caillou et les sages l'entourèrent. Pendant que l'encre végétale était étalée sur la peau dorée de l'homme imposant, les voix masculines psalmodiaient et le tatoueur, le seul habilité à marquer les peaux des signes de la bravoure, commença à enfoncer une dent de requin acérée, puis encore et encore répéta son geste, patiemment. Le tatouage s'est dessiné sur la peau au fil des chants ininterrompus lentement, jusqu'à la tombée du jour. Une marque indélébile qui dira à tous combien il s'est battu pour les siens.
***
-Eh, Paul, t'as vu là-bas la cahute ? Y a un mec, il te fait des supers tatouages, regarde celui que j'ai !
-oh la vache ! Fais un selfie !
Le temps du festival, l'archipel, envahi de touristes dont la seule force est d'avoir payé leur billet d'avion, ressert, au milieu des danses et des chants, ce passé guerrier par petites touches, gravant sur des bras, des cuisses, des oreilles, des poitrines flasques des fragments de la marque de bravoure du guerrier.
3
5
9
2

Vous aimez lire Redlyone ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0