Chapitre 19 : Déclaration.

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Louis rêvait à son plafond, allongé dans son lit, reculant toujours un peu plus le moment où il fermerait sa fenêtre. Il espérait entendre un bruit, celui d’une porte qui s’ouvre, et qui le pousserait à se rendre sur le balcon. Il s’assit sur le bord du matelas et piqua un chocolat dans le paquet qu’Alicia lui avait offert un peu plus tôt. En le dégustant, il pensait au fait qu’il n’avait pas osé l'inviter pour la Saint-Valentin, alors qu’elle avait fait un pas vers lui. Le courage lui manquait, déstabilisé à chaque fois qu’il voyait son grand sourire. Pourtant, la situation de leurs amis lui avait fait comprendre qu’il devait profiter de la vie. Littéralement, dans son cas. Les médicaments le rendraient fou un jour ou l’autre, pas question de perdre du temps. Il m’avait convié en tête à tête que mes mots l’avaient sauvés. Sans doute, ne voulait-il pas perdre la tête sans avoir connu le grand amour.

Il s’apprêtait à fermer la fenêtre, quand ce qu’il voulait entendre se fit enfin. Rien ne disait qu’il s’agirait d’Alicia, mais il s’empressa de passer le pas. Il vit tout de suite sa chevelure blonde dans laquelle s’engouffrait le vent. Appuyé contre la rambarde, comme d’habitude, elle tourna la tête instinctivement et se surprit de le voir. Lorsqu’elle lui sourit, il se sentit fondre et le stress grimpa, incapable de dire un mot. Il voulait tant lui dire pourtant.

- C’était une chouette journée, lança-t-elle.

- Oui, déglutit-il.

- Mes chocolats ne t’ont pas rendu malade, j’espère ? plaisanta-t-elle.

- Ils sont délicieux ! s’exclama-t-il, je… viens encore d’en manger un à l’instant.

- Oh, ça me fait plaisir, rougit-elle en baissant légèrement le visage, lui rendant un regard mi-fuyant. J’adore la Saint-Valentin, je me rappelle toujours de mes parents lorsque ma mère était encore… C’était une grande fête chez nous, expliqua-t-elle d’un air nostalgique.

- Je suis désolée pour ta mère, c’est Chuck qui me l’a dit… Il était inquiet que je fasse une bourde.

- C’est bien Chuck ça, adorable, rit-elle.

- Ils… s’aimaient beaucoup ?

- Tellement ! J’ai toujours rêvé de vivre un amour comme le leur, si pur, si romantique… J’ai de la peine pour mon père, il l’aime encore tellement, s’il avait su, souffla-t-elle. C’est pour ça que je pense qu’il faut profiter de la vie et des gens qui nous entoure ! Quand je vois Marry et Chuck par exemple, je me dis qu’il devrait tenter le coup, comme… Oh excuse-moi, je m’emballe, se reprit-elle en voyant son sérieux.

- Dans ce cas, dit-il après une pause, tu voudrais sortir avec moi ?

Les palpitations le rendait faible, jusqu’à avoir des bourdons dans les oreilles. Il était nerveux, son être entier rougit, attendant une quelconque réaction de sa part. Elle avait simplement les yeux écarquillés, ses grands yeux noisettes qu’il aimait tant et dans lesquels il se perdait. Elle tenta d’aligner deux mots, scotchée sur place, mais les sons ne voulaient pas sortir.

- Si tu ne sais pas quoi répondre, en fait… Aujourd’hui, je voulais t’inviter à passer la journée avec moi, rougit-il. Si ça te dit, demain ? Tu pourrais me dire ce que tu en penses à ce moment-là et…

- C’est un rencard ? le coupa-t-elle, ahurie.

- A part si tu ne veux pas...

- Si ! Si, bien sûr que je le veux, lui sourit-elle. Un rencard, répéta-t-elle en émettant un petit rire. Je vais allez dormir alors, se mit-elle à rougir en se dirigeant vers sa porte.

- Attent…

Elle trébucha sur le chambrant de la porte fenêtre, et se rattrapa à la vitre pour lui lancer un regard embarrassé par la suite. Son “bonne nuit” fut timide et rapide, fermant au plus vite la fenêtre derrière elle. Louis resta inerte quelques secondes, puis emprisonna son visage de ses mains, avant de sauter sur place jusque dans sa chambre. Il se lança sur le lit, tellement heureux, le cœur battant. Sans qu’il le sache, Alicia se retrouvai exactement dans le même état, prise de rires nerveux.

***

Quelque chose avait flotté dans l’air toute la matinée. Le peu de regards qu’ils se lançaient, mais impatients lorsque cela arrivait, me laissa croire qu'il se passait quelque chose. J’en fis convaincu lorsqu’il me demanda subtilement de l’accompagner aux toilettes durant la pause du midi. Il n’y a que Michael et Eglantine qui trouvèrent ça suspect, car les autres se faisaient trop distrait. Les filles d’un côté, les garçons de l’autre, il y avait tant de choses dont ils voulaient discuter en privé mais qu’ils ne pouvaient pas, par soucis d’intimité. Marry étira les bras au-dessus de sa tête, puis déposa une main au niveau de ses reins.

- Tu as mal au dos, Marry ? Toi aussi tu as passé une bonne Saint-Valentin ? l’enquiquina Elliot.

Son silence l’étonna, elle garda la tête baissée, et son regard trembla dans la direction de Chuck. Celui-ci, debout, faisait de même, l’observant avec attention. Elliot se retourna vers son rival, et ouvrit grand la bouche, prit d’une illumination, lorsqu’il constata leurs regards affamés.

- Eh bien, lâcha-t-il en retenant un rire. Je crois qu’ils se sont autant amusés que nous, chuchota-t-il ensuite à Katerina qui lui rendit un coup dans les côtes.

Chuck eut un rictus en la voyant dégager ses cheveux vers l’arrière, faisant mine de rien devant Alicia qui ne put s’empêcher de la taquiner. Blear, quant à elle, riait peu, comme si elle avait autant sentie que moi ce qu’il se tramait.

Nous remontions les braguettes de nos jeans, ayant fini ce pourquoi nous étions venus initialement. Louis attendit que je finisse de me laver les mains, et puis nous sortions des toilettes, dans un drôle de silence. Il s’arrêta dans le couloir, et s’assit sur un appui de fenêtre. Je sentais qu’il avait quelque chose à me dire.

- Qu’est-ce qu’il se passe ? demandais-je pour briser la glace.

- Il faut que je te parle de quelque chose, fit-il en passant sa main dans son cou.

- Ça je l’ai compris, ris-je. Vas-y, ne te tortures pas, ajoutais-je en découvrant son visage troublé.

- Hier soir, j’ai demandé à Alicia de sortir avec moi, annonça-t-il.

- Oh, et qu’est-ce qu’elle a dit ? fis-je semblant d’être enjoué par la nouvelle.

- Je lui ai proposé un rencard cet après-midi, et je crois qu’elle en était très contente… Peut-être que d’ici ce soir, nous serrons ensemble ? hésita-t-il en me fixant.

- C’est super ! J’espè…

- Arrête ! Dossan, je sais que tu l’aimes, avoua-t-il en peine. Je le sais, parce que… à la façon dont tu la regardes, à la façon dont tu ris avec elle et je…

- Et quoi ? lui demandais-je le cœur serré.

- Je ne supporte pas l’idée que tu me détestes. J’ai l’impression de te la voler, ajouta-t-il, honteux.

- Tu ne voles rien à personne, et je ne peux pas te détester… Parfois j’aimerais, avouais-je sous son regard blessé, mais je ne peux pas. Tu l’aimes, et je crois que c’est réciproque, je n’ai pas ma place entre vous...

- Est-ce que tu arriveras encore à être notre ami ? demanda-t-il les larmes aux yeux.

- Bien sûr que oui, je ne peux me passer d’aucun de vous deux, lui souris-je, ému par sa franchise. Ce sera peut-être dur au début, dis-je d’une voix tremblante, mais…

- Je te remercie, et je suis tellement désolé, fit-il en se levant, prit par l’émotion.

Il me prit dans ses bras. J’eus du mal à lui répondre, puis je lâchai prise, l’entourant, car il en avait autant besoin que moi. Je ne versai aucune larme, alors que je le sentais si fragile. Mon ami, je sais que tu ne voulais pas me faire de mal. Lorsque la fin des cours arriva, je rejoignis l’internat le cœur lourd, sachant exactement ce qu’il se passerait par la suite.

Alicia restait simple, elle-même, pour leur rendez-vous, et lui, n’avait pas tenté d’agir comme un autre, comme il l’avait fait le jour d’avant. Il l’emmena manger un bout dans une boulangerie-pâtisserie, car elle avait faim de sucreries. Ils partagèrent un morceau de tarte aux cerises et d’un fondant au chocolat. Lorsqu’il lui tendit sa cuillère pour qu’elle goûte, elle n’hésita pas à la mettre en bouche, alors que ce fut une épreuve pour lui de continuer à manger là où elle avait déposé ses lèvres. Un baiser indirect, qui lui mit pleins d’idées en tête. Certaines conversations tendaient à finir par un silence, où ils se regardaient sans rien dire, esquissant juste un sourire. Louis était un gentleman, payant sans même qu’elle ne le remarque et l’invitant au prochain lieu de leur rendez-vous : la salle d’arcade. Il savait que ça lui plairait, et il avait toujours rêvé de jouer avec les machines. En effet, la gêne qu’ils ressentirent jusqu’ici s’éclipsa entre les combats et les courses qu’ils entreprirent par la suite. Ils riaient tellement, Louis en oubliait presque sa maladie. Elle était si belle, donnant le meilleur de soi-même pour le battre, et pleine de vie, lorsqu’elle lui sauta dans les bras à sa réussite. Il la réceptionnait, glissant ses mains derrières ses avants-bras. Presque collée à son torse, elle releva le visage, il s’illumina. La douceur qui en émanait, lui donnait envie de l’encadrer. Alicia et Louis, lorsqu’ils se perdaient dans les yeux de l’autre, le monde s’arrêtait de tourner. Les coups de pistolets aux alentours résonnaient, ainsi que les bruits de pièces tombant dans les machines. Ils ne remarquaient pas les enfants qui les épiaient, et Alicia ne sut plus où fuir lorsqu’il emmêla ses doigts aux siens.

- Tu me donnes tellement envie de vivre, soupira-t-il en déposant sa main contre sa joue.

- Je… ne sais pas quoi dire, répondit-elle les larmes aux yeux, frottant sa joue dans sa paume. Je...

- Je t’aime, fit-il en déposant son autre main dans son cou. Je t’aime tellement, Alicia, c’est avec toi que je veux affronter tout ça.

L’émotion l’empêcha de dire quoi que ce soit, elle laissa s’échapper des larmes, puis un sourire, à la fois heureux et triste. La réponse qu’il attendait, elle lui donna en se glissant à sa hauteur, sur la pointe des pieds, pour déposer un baiser sur ses lèvres tremblantes. Il l’amena un peu plus vers lui, l’attrapant par les épaules, et lui rendit sa fougue, sous le regard des enfants qui crièrent leur dégout dans une grimace. Ils furent surpris, puis rigolèrent dans les bras de l’un et de l’autre. Alicia lui fit un câlin, et gagna le chemin de son oreille tant bien que mal pour lui glisser trois petits mots qui l’obligèrent à l’embrasser à nouveau: "Je t'aime".

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Et alors qu'ils sortaient elle lui demanda.

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Il - oui merci. J'aurrais jamais si tu ne m'avais pas poussé. Merci de m'avoir innitié?

Elle - tout le plaisir est pour moi. Et j'espère que tu reviendra vite.

Il- Ne t'inquiète pas, l'escalade c'est passionnant.



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L'attente glissait aussi paisiblement sur l'esprit du guerrier que l'eau dans le ruisseau. Il suivait les sons venant du faré, les imprécations et le bruit du pilon dans le mortier. Il avait su vaincre et le reste était secondaire. Assis sur un caillou, il était chez lui, il se sentait vibrer pour sa Terre. Tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour les siens, pour être un brave. Et pour manger. Des années de sécheresse avaient réduit les vivres. L'arbre à pain dépérissait et il fallait agrandir le territoire, s'approprier la vallée sur l'autre versant de l'île volcanique.
Ce n'est pas lui qui a ramassé les noix de bancoulier dont on tirerait l'encre, après les avoir calcinées. Il fallait des mains aux pouvoirs sacrés pour transmettre au liquide tinctorial les qualités honorant celui qui les recevrait.
La peau brune habillant des muscles colossaux frissonnait de temps à autre sous cette force mal contenue. Le guerrier revivait son combat. Il revoyait son ennemi en face, avec dans le regard la même détermination que la sienne, la même bravoure. Une seule des deux lances atteindrait son but, c'était la loi pour pouvoir rentrer au village plein de gloire et apporter ainsi la promesse de nourriture pour le peuple. Il a failli tout perdre, décontenancé, à l'instant où il avait entendu son frère hurlant s'élancer sur un adversaire et retomber net, le crâne fracassé. L'ombre sur la victoire. Alors il avait rugi, transmettant la douleur de la perte de son frère aimé à la pierre effilée de son arme.
Ce fut le massacre.
Les hommes, vieux, nus à l'exception d'un pagne de tapa, tissu végétal, sortaient enfin du faré, l'un d'entre eux tenant haut un bol fait du crâne d'un animal. Leur nudité étalait au grand jour leurs tatouages qui, au fil des ans, prenaient des reflets verdâtres. Leurs actes valeureux étaient inscrits et chacun respectait ces marques. Le guerrier se leva et les salua. Rien en cet instant n'était plus précieux sur l'île que le contenu de ce bol, une encre produite par la terre nourricière et qui avait reçu les paroles sacrées.
On fit asseoir le vainqueur nu sur un gros caillou et les sages l'entourèrent. Pendant que l'encre végétale était étalée sur la peau dorée de l'homme imposant, les voix masculines psalmodiaient et le tatoueur, le seul habilité à marquer les peaux des signes de la bravoure, commença à enfoncer une dent de requin acérée, puis encore et encore répéta son geste, patiemment. Le tatouage s'est dessiné sur la peau au fil des chants ininterrompus lentement, jusqu'à la tombée du jour. Une marque indélébile qui dira à tous combien il s'est battu pour les siens.
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-Eh, Paul, t'as vu là-bas la cahute ? Y a un mec, il te fait des supers tatouages, regarde celui que j'ai !
-oh la vache ! Fais un selfie !
Le temps du festival, l'archipel, envahi de touristes dont la seule force est d'avoir payé leur billet d'avion, ressert, au milieu des danses et des chants, ce passé guerrier par petites touches, gravant sur des bras, des cuisses, des oreilles, des poitrines flasques des fragments de la marque de bravoure du guerrier.
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