Chapitre 12 : Interdits.

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Au réveil, je compris tout de suite qu’elle regrettait. Ses petits yeux encore collés d’avoir pleuré avec les miens toute la nuit, ne mentaient pas. Moi en l’occurrence, je m’efforçai de lui rendre un sourire. Une discussion aurait été nécessaire, mais la cavalerie en jugea autrement. Chuck vint accompagné, cette fois. Et à en juger par sa tête, Elliot et Michael ne lui avait pas laissé le choix. Leur but ? Me dissuader d’aller à l’école. J’avais pourtant tellement envie que le monde entier voit à quoi ressemblait ma gueule en ce moment-même. Je voulais qu’il paye.

- Tu n’es pas en état, me gronda Chuck.

- C’est bon, cette fois j’ai tout pris dans la face, je suis tout à fait capable de suivre les cours, dis-je en montrant la partie droite de ma tête.

- Justement, si tu te montres, autant appeler directement le directeur, raisonna Michael.

- Non ! Si ça arrive… Ma mère…

- Exactement, pense à ta mère Dossan ! s’exclama Chuck.

En l’entendant, je me laissai tomber sur mon lit et déposa mon visage entre mes mains. À quoi je pensais ? J’en voulais tellement à mon père que je voulais que l'école toute entière constate sa barbarie. L’angoisse vint chasser la haine.

- Sans elle, je, m’interrompis-je en sentant la montée de mes larmes.

- Ça ira, je te le promets, tout ira bien pour toi et ta mère, me rassura Chuck en s’accroupissant devant moi. Mais il faut te soigner…

- Non, ça ira… Si je soigne trop vite, il…

- Cet homme est assez con pour te laisser revenir à l’école avec des blessures, je ne pense pas qu’il sache le temps qu’il faut pour que tu guérisses ! Donc tu te soignes, et tu te tais, s’énerva Elliot.

- Je m’occupe du médecin, comme la dernière fois, ok ? dit Chuck.

- Et pour les cours, je t’aiderais ! s’exclama Michael.

- D’accord, mais… j’ai juste…

- Dis-nous ?

- Je n’ai vraiment pas envie d’être seul, avouais-je, fébrile.

- Ça c’est mon job, poussin, fit Elliot en se désignant avec son pouce. Je reste toi avec aujourd’hui. Tu vas voir passer ta journée avec Elliot Fast, ce sera pas la même chose qu’avec l’aubergine !

Il réussit à m’arracher un sourire, je vis que ça le rendait extrêmement fier. En effet, je passais plus souvent mon temps avec Chuck ou Michael, je ne sais pas si ça serait du repos. Quoi qu’il en soit, leur présence à tous me faisait du bien. Puis, je repensais aux filles, et maintenant Alicia savait.

- Elle ne dira rien, mais pour les autres ?

- Il vaut mieux garder ça secret pour le moment, répondit Michael.

- Et pour Louis ? dis-je en regardant Chuck.

- Je ne lui ai rien dit, mais il est perspicace. Cela-dit, je pense qu’il ne dira rien non plus, me rassura-t-il.

Les garçons partirent se préparer pour les cours peu de temps après, à l’exception d’Elliot qui appela son chauffeur pour aller récupérer mes ordonnances et mes médicaments par la suite.

En partant de ma chambre, Alicia avait décidé de prendre son petit-déjeuner. Elle était l’une des seules à manger si tôt au réfectoire, et ça tombait bien, car elle ne voulait voir personne. En remontant, elle croisa Louis. C’est vrai que sa chambre n’était qu’à deux portes de la sienne. Sans prendre la peine de le regarder, elle se réfugia dans son terrier, et se rua sur la porte fenêtre. Elle avait besoin d’air. La brise du matin s’engouffra dans ses poumons. Elle la rejeta en un soupir qu’elle entendit en double. Louis lui apparut à nouveau, il semblait aussi étonné qu’elle à l’entrée de son balcon. Il faut croire que personne ne vivait bien ce matin. Elle ne dit rien, et s’appuya contre la rampe. Il fit de même. Silence, à part le vent qui fouettait les arbres du parc en dessous d’eux. Puis, l’envie de jeter un œil à ce qu’il faisait fut trop forte. Il s’avérait qu’il faisait la même chose, il la regardait. Elle se tendit, surprise. Et il releva également le buste lorsqu’il la vit faire.

- Tu sais, dirent-ils en même temps.

- Vas-y, recommencèrent-ils.

Un rire se perdit dans les airs, puis leurs sourires s’effacèrent à nouveau, comme s’ils leur étaient interdits.

- Je voulais m’excuser, dit-elle en première. Pour hier, et l’autre jour aussi, ajouta-t-elle en serrant la rambarde de ses mains.

- Moi aussi, répondit-il. Je comprends pour hier, je n’étais pas à ma place, mais… C’est moi qui n’ai pas été correct la dernière fois.

- Non ! Je me mêle toujours de ce qui ne me regarde pas, j’imaginais déjà qu’Elliot se fasse un nouveau copain, et nous aussi, par la même occasion. Je n’ai pas imaginé que ça ne t’intéressait pas de jouer, même si tu as dit que tu ne voulais pas d’amis… Pourquoi ? lâcha-t-elle trop curieuse. Ah non, ne dit rien ! J’ai recommencé, merde.

- Votre bande à l’air vraiment sympa, rit-il. C’est la première fois que je vois des gens aussi attentionnés les uns envers les autres.

- Tu pourrais en faire partie...

Un nouvel instant de silence s’installa. Je passais ma tête par la fenêtre à ce moment-là. Mon cœur fit un bond en les voyant, et cette fois, je les espionnais de derrière mon rideau. Je le vis déposer son visage dans sa paume, tourner la tête vers elle, et lui faire un sourire. Et le regard qu’elle lui rendit, différait trop de celui qu’elle m’avait offert plus tôt. Cet instant ne semblait qu’exister pour eux deux. Le soir d’avant, elle m’avouait qu’elle avait pensé m’embrasser, mais je ne l’avais pas laissé finir. Pourtant, il y avait un “mais” à sa phrase. Nous étions s’y proches, et ils se connaissaient s’y peu. Qu’est-ce que l’amour ? Rien avoir avec la proximité. Peut-être que c’est pour ça qu’elle l’avait envisagé. Si ses lèvres m’avaient guéris hier soir, ses yeux perçait mon cœur aujourd’hui. C’était douloureux. Elliot vint voir ce que j’observais.

- Ouh, l’ambiance est un peu… Tu crois qu’il se passe un truc entre ces deux-là ? demanda-t-il en rapprochant son visage du carreau.

- Je ne sais pas du tout, répondis-je en m’efforçant d’apparaitre normal.

- Petite sœur, il t’intéresse ou non ? fit-il comme s’il essayait de lire dans ses pensées. Mais il est sympa ce gars ? S’il se passe un truc, je veux être certain que c’est pas un connard, me demanda-t-il.

- Il est vraiment sympa, avouais-je en me mordant légèrement la lèvre.

- C’est vrai que vous vous entendez bien, tant mieux ! Parce qu’ils vont vachement bien ensemble ! s’exclama-t-il en quittant la fenêtre des yeux pour s’allonger sur le lit.

- Oui, je trouve aussi…

Je le pensais du fond du cœur. Je jetai un dernier coup d’œil à l’expression d’Alicia, et un demi sourire sincère s’étala sur mon visage. Louis aussi se voulait plus expressif. Les voir ainsi réduit la peine que je ressentais. À quoi bon ? Je n’avais ni envie de perdre ma meilleure amie, ni ce nouvel ami dont je me sentais proche. Je fermai le rideau plus facilement que je ne l’aurais cru, les laissant discuter en paix.

“Tu pourrais en faire partie” :

- Non, répondit-il.

- Pourtant, tu viens clairement d’insinuer que ça ne te déplairait pas…

- Ce n’est pas parce quelque chose te plait que tu peux l’avoir, répondit-il d’un air triste.

- Je ne suis pas d’accord, fronça-t-elle les sourcils. Qu’est-ce qui t’empêche de…

- Je ne peux pas ! Ah…

- Je te préviens, quand j’aurais repris du poil de la bête, prépare-toi ! Parce que je ne vais pas te lâcher d’une semelle jusqu’à ce que tu acceptes que tu aies le droit d’avoir des amis ! s’exclama-t-elle en le pointant du doigt avant de faire demi-tour dans sa chambre.

Louis la regarda partir avec des billes à la place des yeux. La fenêtre, puis la porte de sa chambre claquèrent l’une à la suite de l’autre. Il était presque temps d’aller en cours. Il s’adossa à la rampe du balcon, et leva la tête pour regarder le ciel. Et soudain, il attrapa son visage dans ses deux mains, et secoua sa tête dans tous les sens. Le soupir qui suivit fut plus long encore que celui qu'il avait poussé précédemment en se posant sur le balcon.

- Mais je ne peux pas, dit-il à voix haute d'un ton suppliant.

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Et alors qu'ils sortaient elle lui demanda.

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Il- Ne t'inquiète pas, l'escalade c'est passionnant.



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L'attente glissait aussi paisiblement sur l'esprit du guerrier que l'eau dans le ruisseau. Il suivait les sons venant du faré, les imprécations et le bruit du pilon dans le mortier. Il avait su vaincre et le reste était secondaire. Assis sur un caillou, il était chez lui, il se sentait vibrer pour sa Terre. Tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour les siens, pour être un brave. Et pour manger. Des années de sécheresse avaient réduit les vivres. L'arbre à pain dépérissait et il fallait agrandir le territoire, s'approprier la vallée sur l'autre versant de l'île volcanique.
Ce n'est pas lui qui a ramassé les noix de bancoulier dont on tirerait l'encre, après les avoir calcinées. Il fallait des mains aux pouvoirs sacrés pour transmettre au liquide tinctorial les qualités honorant celui qui les recevrait.
La peau brune habillant des muscles colossaux frissonnait de temps à autre sous cette force mal contenue. Le guerrier revivait son combat. Il revoyait son ennemi en face, avec dans le regard la même détermination que la sienne, la même bravoure. Une seule des deux lances atteindrait son but, c'était la loi pour pouvoir rentrer au village plein de gloire et apporter ainsi la promesse de nourriture pour le peuple. Il a failli tout perdre, décontenancé, à l'instant où il avait entendu son frère hurlant s'élancer sur un adversaire et retomber net, le crâne fracassé. L'ombre sur la victoire. Alors il avait rugi, transmettant la douleur de la perte de son frère aimé à la pierre effilée de son arme.
Ce fut le massacre.
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On fit asseoir le vainqueur nu sur un gros caillou et les sages l'entourèrent. Pendant que l'encre végétale était étalée sur la peau dorée de l'homme imposant, les voix masculines psalmodiaient et le tatoueur, le seul habilité à marquer les peaux des signes de la bravoure, commença à enfoncer une dent de requin acérée, puis encore et encore répéta son geste, patiemment. Le tatouage s'est dessiné sur la peau au fil des chants ininterrompus lentement, jusqu'à la tombée du jour. Une marque indélébile qui dira à tous combien il s'est battu pour les siens.
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-Eh, Paul, t'as vu là-bas la cahute ? Y a un mec, il te fait des supers tatouages, regarde celui que j'ai !
-oh la vache ! Fais un selfie !
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