Chapitre 3 : John-Eric.

8 minutes de lecture


Un petit déjeuner continental nous attendait très tôt le lendemain matin. Il était surprenant de découvrir nos professeurs dans un autre contexte de celui de l'école, et ils étaient contents de nous. Selon eux, la nuit avait été calme. Pourtant, je me rappelais le passage de nombreux élèves dans les couloirs, auquel nous avions également prit part pour rejoindre les filles. Eglantine avait réussi sans peine à s'installer dans la chambre de Marry et Katerina. S'il était vrai que nous avions été discret, ça l’était aussi de dire que ça n’irait pas en s'arrangeant.

Je m'essayais aux Churros avec Chuck qui lui les plongeaient dans du chocolat, tandis qu'Elliot nous regardait, écœuré, par tant de sucre. Chacun avait des attentes différentes vis-à-vis de cette journée.

- J'ai entendu parler d'une fontaine qui réalise les souhaits, dit Eglantine en beurrant sa tartine.

- Où se trouve-t-elle ? lui demanda Michael, n'est-ce pas un lieu réputé pour… Oh, tu veux qu'on aille se balader là-bas, tout à l'heure ? comprit-il en voyant les yeux brillants d'Eglantine qui acquiesça de suite.

- Réputé pour quoi ? demandais-je.

- Ils disent dans la brochure que toute personne qui boit l'eau de cette source se verra couronné de succès en amour, expliqua Blear.

- Tout s'explique, j'ai dû tomber dedans à la naissance ! plaisanta Chuck.

- C'est ça, et moi on m'a baptisé avec, intervint Elliot.

- Bien dit, rocky ! fit Marry en collant son poing au sien pour terminer en explosion de doigts frétillants.

- Ça ne fait pas l'objet d'une visite, mais j'aimerais aller voir les studios d'où sortent quelques danseurs que j'apprécie, si c'est possible, demanda Katerina.

- Trop cool, on fera ça et il faut absolument qu’on goûte aux tortillas ! s’exclama Alicia.

Après avoir mangé, nous partîmes au bus, direction Santa Cruz de Tenerife. Nous n'avions qu'une demi-heure de trajet, qui me sembla en être dix. J'étais restée accolée à la fenêtre, époustouflé par le paysage défilant. La ville était magnifique, je n'avais jamais rien vu de tel, à l'inverse de mes amis. À eux tous ils avaient déjà fait le tour du monde, alors qu'il s'agissait du premier pays que je visitais. La journée s'annonçait chargée et pleine de surprises.

Nous partîmes en randonnée la matinée dans les hauteurs de la ville, menant à une esplanade qui offrait une parfaite vue sur la capitale. En redescendant, après deux bonnes heures de marche, nous visitâmes une église traditionnelle qui tranchait avec le reste du décor plus moderne. Les professeurs nous lâchèrent sur le temps de midi à la “plaza de espana”, impossible à louper avec l’immense coupole d’eau en son centre. Il était temps pour nous de goûter au plat incontournable de l’Espagne : les tortillas. Alicia était tellement excitée qu’elle eu dû mal à passer sa commande. Je du bredouillé quelques mots en anglais pour rattraper ses bêtises.

- Hum, c’est délicieux, dis-je en me léchant les doigts.

- Trop bon !! s’écria Alicia au point de faire sursauter les gens assis à la table derrière elle.

- Ne crie pas, lui dis Blear qui savourait son plat.

- Oui maman, râla-t-elle.

- Ne m’appelles pas comme ça ! Oh Dossan, tu as, dit-elle sans finir sa phrase.

- Ahahah, t’en as mis partout ! fit Alicia en essuyant la sauce sur ma joue d’un revers de pouce.

- Merci, dis-je en essayant de cacher mes joues rougies avec ma serviette.

- Oh Katerina j’ai un peu de sauce là, dit Elliot en montrant sa joue à son tour.

- Dans tes rêves, lâcha-t-elle sans même le regarder.

J’enfonçai ma casquette sur ma tête lorsqu’on se remit en route dans les petites rues commerciales, de peur de me choper une insolation. Le groupe se sépara après un temps à sillonner les magasins. Eglantine et Michael réussirent à s’éclipser auprès de la fontaine qui remportait un franc succès parmi les élèves de notre classe. Katerina, Elliot et Chuck s’était rendus dans la même direction pour aller voir les studios et une galerie d’art qui intéressait ce dernier.

Ainsi je me retrouvais à suivre la reine du shopping, Marry, en compagnie de Blear et d'Alicia qui se lançait des piques toutes les secondes car je voulais trouver un cadeau pour ma mère.

Nous fîmes plusieurs magasins de mode pour notre fashionista préférée, dont les sacs s’accumulaient au bout de son bras. À ce rythme, c'était une valise qu'elle aurait besoin d'acheter. Blear qui était bien plus raisonnable s’était trouver une robe de plage en coton et une nouvelle paire de tong de paille tressés sur laquelle étaient cousus des coquillages. Elles insistèrent ensuite pour entrer dans une boutique traditionnelle dans laquelle je m’arrêtais devant les céramiques multicolores. Les filles s’amusaient avec des éventails fleuris à jouer aux dames. Je pensais que ma mère aimerait à peu près tout ce qui se trouvait sous mes yeux, mais j’optais pour un des éventails dans les tons orange de peur que les pots finissent par s’écraser sur elle dans une énième dispute. Alicia se glissa à mes côtés tandis que je chipotais à des accessoires pour cheveux, alors que mon esprit vagabondait entre quelques souvenirs pénibles.

- C’est très jolie, tu vas lui prendre les épingles à cheveux ? demanda-t-elle.

- J’approuve, j’aime beaucoup, ajouta Marry qui avait enroulés trois foulards différents autour de son cou et posé une paire de lunette mouche sur son nez.

- Oh, je crois oui, dis-je en la regardant comme un éberlué.

- Tiens, c’est qui lui ? s’étonna Alicia.

Son regard s’était posé sur Blear qui regardait des vêtements traditionnels pour enfants quelques rayons plus loin. Elle tenait un body entre ses mains lorsqu’un grand garçon brun l’interpella.

- Blear ? dit celui-ci en réajustant sa fine paire de lunette rectangulaire d'un doigt.

- Jo… John, qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle d’un ton pressé et en glissant un œil dans notre direction.

- Juste quelques emplettes, tu profites bien du voyage ? Je suis impatient d’être ce soir, fit-il alors qu’un sourire vint égayer son visage simple. Oh c’est mignon, ajouta-t-il en jetant un coup d'œil au body.

Je fus surpris de la voir s’emparer d’un sourire aussi sincère à mesure que leur conversation s’allongeait. Les amis du garçon les épiaient autant que nous le faisions. Marry toujours dans son rôle de Marylin Monroe, restait les bras croisés en les dévisageant d’un drôle d’air.

- Ce n’est pas le gars qu’on avait vu cette fois dans le couloir ? me murmura Alicia.

- Je n’en suis pas sûr, soufflais-je en me rappelant de cette fois où elle avait fondu en larmes dans les bras d’un garçon qui nous ne connaissions pas.

- C’est vrai que vous n’étiez pas encore à l’école à ce moment-là, répondit Marry qui nous avait clairement entendu.

- Tu le connais ? demandais-je.

- John-Eric Chamberland, c'était, hésita-t-elle, je ne sais pas tout, mais ils sortaient ensemble.

Cette nouvelle nous coupa le souffle, et nous força à regarder une nouvelle fois, avec plus de précisions, le visage du garçon en question. Inspection de haut en bas de ce jeune homme, il avait une tête en plus qu'elle et portait des vêtements très simple qui semblait de bonne qualité. Nous nous retournions à nouveau vers Marry, tout deux un sourcil levé auquel elle devina que nous en attendions plus.

- Je crois qu'ils étaient dans la même école en primaire, des amis de longue date, et ils se sont mis ensemble dès leur première année, un peu comme moi et, s'arrêta-t-elle en pensant à son ex petit-ami défunt. Bref, même ses parents l'avaient acceptés mais quand elle est revenue de l'hôpital...

- De l'hôpital ? demandions-nous en même temps.

- Elle s'est faite hospitaliser en fin de première et elle est revenu tardivement l'année d'après, je n'en sais pas plus, elle a juste disparu du jour au lendemain et a son retour elle n'était plus avec lui, finit-elle en baissant sa voix au plus qu'elle le pouvait en la voyant revenir.

Nous tentions de faire comme si de rien était lorsqu'elle revint à nos côtés. Blear lança pourtant un regard qui semblait tout comprendre à Marry lorsqu'elle vu Alicia se gratter le menton et fixer le sol suspicieusement.

- Je vous attends dehors, dit-elle d'un air fâché

- On t'accompagne, fit Alicia qui voulait dorénavant la suivre à la trace.

- Alors je vous rejoins, dis-je en me dirigeant vers le comptoir.

Lorsque j’eus fini de payer les cadeaux pour ma mère, en me retournant pour sortir du magasin, je tombais nez à nez avec John-Eric. Il portait sur son avant-bras le body que Blear avait regardé quelques minutes plus tôt. Nous nous regardâmes dans le blanc des yeux pendant quelques secondes de trop, imposant à l'un de nous de prendre la parole.

- Hum, tu es un des amis de Blear ?

- Oui… Oui, je… balbutiais-je confus.

- Excuse-moi, c’est vrai qu’on ne se connait pas mais…

- Oui ? l’invitais-je à continuer.

- Je voulais juste dire que je suis content qu’elle ait des amis autour d’elle, commença-t-il, je veux dire que Blear n’est pas vraiment du genre à…

- ... se laisser approcher ? C’est vrai, ris-je.

Il acquiesça et esquissa un petit sourire. Mes yeux ne purent s’empêcher de vriller sur le vêtement d’enfant. Il regarda son avant-bras avec étonnement et plongea ses grands yeux verts rieurs dans les miens.

- Oh ça ? C’est adorable, n’est-ce pas ? dit-il d’un grand sourire, je suis impatient de voir mon petit frère là-dedans !

- C’est mignon, il a quel âge ? demandais-je par pure politesse.

- Billy ? Il a un an et demi, dit-il brièvement. Excuse-moi mais mes amis m’attendent, fit-il en les montrant d'un signe de tête.

Je le regardais s’éloigner, et je me retournais en ne décollant pas mes yeux du body qu'il déposait sur le comptoir. La première fois que j’avais entendu ce prénom c’était au secrétariat de l’école. Le directeur demandait à Blear : “ Comment vas Billy ?”. C’était également la première fois que je la voyais trembler. Je savais que ce nom avait de l’importance à ses yeux, et je l’avais utilisé pour qu’Alicia ne soit pas renvoyé après leur bagarre, bien que ça n’avait été que le prétexte pour faire ce qu’elle n’osait pas : la défendre devant sa mère. Je me souvenais de la terreur sur son visage au moment où je l’avais prononcé pensant que j’allais la faire chanter.

En sortant du magasin, les filles m’attendaient sur le banc en face. Marry se recoiffait et Alicia taquinait Blear qui n’arrivait pas à garder les sourcils froncés longtemps.

- Aaaah c’est pas trop tôt, dit Alicia en se relevant d’un bond.

Elle passa son bras autour de moi et pencha sa tête à l’avant de mon visage d’un air interrogatif. Je dévisageais Blear sans m’en rendre compte, parcourant ses cheveux marron dont les ondulations brillaient au soleil, ses yeux bleus assurés, sa posture droite, et sa démarche qui m’apparaissait étrangement adulte : ça ne pouvait pas être une coïncidence.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 14 versions.

Recommandations

Défi
Nicodico

Un homme, seul au milieu de la forêt, plongé dans un tout autre monde. Alors qu'il utilisait ses lunettes à réalité virtuelle, il ne vit pas un homme se glisser derrière lui pour le poignarder sauvagement...
40
40
0
1
Défi
queuvin

Mot de l'auteur: Voici une courte nouvelle. J'espère qu'elle vous plaira et saura vous surprendre. Bonne lecture
-----------------
Ils se retrouvaient enfin. La semaine avait été longue. Ils avaient l'habitude de se retrouver autour d'un café. C'était leurs petit rituel. Même jour, même heure, le lieux pouvais varier mais c'était bien souvent un endroit caché des regard. Ils s'étaient rencontré par des amis en commun. Lui cadre d'une entreprise, elle étudiante. Elle narrant ses aventures, lui scotché à ses lèvres.

Elle - tu verrais comment elle était bonne, franchement tu devrait essayer.

Ce n'était pas la première fois qu'elle lui proposais de l'accompagner, il avait toujours refusé prétextant que ce n'était pas sa tasse de thé

Elle - Mais justement, il faut expérimenter dans la vie et puis bon t'a personne qui t'empêche de le faire.

C'était une habituée tandis que lui était méfiant mais son hésitation montait un peut plus au fils des rencontre et il s'avait bien malgré lui que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne s'essaye à la "pratique"

Elle - et puis je suis sûr que tu t'y fera vite, au début ça fait un peu mal mais on s'habitue rapidement.

Elle - bon après le dernier avec qui je l'ai fait il m'a pris un peut trop sec.

Il faillait dire qu'elle était très fine et c'était même étonnant qu'elle pratique encore après toute ces annnées. Le seul signe visible était ses mains qui avaient pris l'habitude de l'effort.

Elle -bon c'est non négociable! tu viens avec moi!

Il avait eu beau refusé elle l'avait entrainer au fils des ruelle jusqu'à arriver au dit lieu.

------

Elle - Plus à droite, vas y fait une lolote, mais met ton doigts dans le trou ne t'inquiète pas. Voila tu vois elle est bonne.

Lui ne répondit par un gémissement absorbé par sa tache les jambes flageolentes.

Elle - bon je crois qu'il est temps pour toi de redescendre sur Terre.

Pour seul élément de réponse elle n'eu qu'un hochement de tête.

Elle - concentre toi sur ma voix. écarte toi. Voila, lache prise n'ai pas peur. Bon ok maintenant tu vas vacher.

Elle continua de le guider jusqu'à la fin de la procédure. Après les émois de l'homme le reste de l'heure se passa plutôt tranquillement.

Et alors qu'ils sortaient elle lui demanda.

Elle - Alors c'était comment? c'était pas si dur tu a vus.

Il - oui merci. J'aurrais jamais si tu ne m'avais pas poussé. Merci de m'avoir innitié?

Elle - tout le plaisir est pour moi. Et j'espère que tu reviendra vite.

Il- Ne t'inquiète pas, l'escalade c'est passionnant.



0
0
0
2
hersen



L'attente glissait aussi paisiblement sur l'esprit du guerrier que l'eau dans le ruisseau. Il suivait les sons venant du faré, les imprécations et le bruit du pilon dans le mortier. Il avait su vaincre et le reste était secondaire. Assis sur un caillou, il était chez lui, il se sentait vibrer pour sa Terre. Tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour les siens, pour être un brave. Et pour manger. Des années de sécheresse avaient réduit les vivres. L'arbre à pain dépérissait et il fallait agrandir le territoire, s'approprier la vallée sur l'autre versant de l'île volcanique.
Ce n'est pas lui qui a ramassé les noix de bancoulier dont on tirerait l'encre, après les avoir calcinées. Il fallait des mains aux pouvoirs sacrés pour transmettre au liquide tinctorial les qualités honorant celui qui les recevrait.
La peau brune habillant des muscles colossaux frissonnait de temps à autre sous cette force mal contenue. Le guerrier revivait son combat. Il revoyait son ennemi en face, avec dans le regard la même détermination que la sienne, la même bravoure. Une seule des deux lances atteindrait son but, c'était la loi pour pouvoir rentrer au village plein de gloire et apporter ainsi la promesse de nourriture pour le peuple. Il a failli tout perdre, décontenancé, à l'instant où il avait entendu son frère hurlant s'élancer sur un adversaire et retomber net, le crâne fracassé. L'ombre sur la victoire. Alors il avait rugi, transmettant la douleur de la perte de son frère aimé à la pierre effilée de son arme.
Ce fut le massacre.
Les hommes, vieux, nus à l'exception d'un pagne de tapa, tissu végétal, sortaient enfin du faré, l'un d'entre eux tenant haut un bol fait du crâne d'un animal. Leur nudité étalait au grand jour leurs tatouages qui, au fil des ans, prenaient des reflets verdâtres. Leurs actes valeureux étaient inscrits et chacun respectait ces marques. Le guerrier se leva et les salua. Rien en cet instant n'était plus précieux sur l'île que le contenu de ce bol, une encre produite par la terre nourricière et qui avait reçu les paroles sacrées.
On fit asseoir le vainqueur nu sur un gros caillou et les sages l'entourèrent. Pendant que l'encre végétale était étalée sur la peau dorée de l'homme imposant, les voix masculines psalmodiaient et le tatoueur, le seul habilité à marquer les peaux des signes de la bravoure, commença à enfoncer une dent de requin acérée, puis encore et encore répéta son geste, patiemment. Le tatouage s'est dessiné sur la peau au fil des chants ininterrompus lentement, jusqu'à la tombée du jour. Une marque indélébile qui dira à tous combien il s'est battu pour les siens.
***
-Eh, Paul, t'as vu là-bas la cahute ? Y a un mec, il te fait des supers tatouages, regarde celui que j'ai !
-oh la vache ! Fais un selfie !
Le temps du festival, l'archipel, envahi de touristes dont la seule force est d'avoir payé leur billet d'avion, ressert, au milieu des danses et des chants, ce passé guerrier par petites touches, gravant sur des bras, des cuisses, des oreilles, des poitrines flasques des fragments de la marque de bravoure du guerrier.
3
5
9
2

Vous aimez lire Redlyone ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0