Chapitre 2 : Tenerife

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La sensation d'avoir le corps qui flotte, les oreilles qui se bouchent, les vibrations contre les parois de fer, prendre l'avion était à la fois effrayant et impressionnant. Alicia qui ne l'avait jamais pris non plus avait le nez collé au hublot. Elle était si excitée, à genoux sur le siège, pointant les nuages du doigt. J'osais y jeter quelques coups d'œil qui rendait instantanément mes jambes tremblantes.

Aprés m'être habituer aux secousses, je m'endormis sans trop savoir comment. Une heure plus tard, je me fis réveiller par quelques rires et un flash. C'était à mon tour de me faire prendre en photo par Eglantine qui pointait l'appareil à quelques centimètres de mon visage. J'essuyais la bave au coin de mes lèvres d'un revers de manche, gêné.

Les filles décidèrent de changer de place pour se regrouper, ce qui nous laissait l'occasion d'être entre “hommes”. Seul Elliot triomphait de leur côté par manque de place, il semblait s'amuser comme un petit fou avec l'espiègle boucle d'or.

- Non mais regarde le, dit Chuck agacé.

- Tu veux changer avec moi ? Oh non je suis trop bien ici, fit-il en passant son bras autour de Marry.

- Ne lui fais pas ce plaisir, répondit la blonde en s'accrochant à lui.

- Depuis quand vous êtes aussi proches vous deux ? demanda-t-il d'un ton condescendant.

- Depuis qu'on a l'amour de la vodka en commun, rit le roux.

- Et du whisky, ajouta-t-elle.

- Irrécupérables, souffla Blear qui partageait la lecture d'un magazine avec Eglantine.

Notre titulaire fit un court communiqué concernant le reste du voyage. Nous descendions dans une demi-heure et devions prendre un dernier bus qui nous mènerait directement à l'hôtel. En attendant, il nous invita à noter sur une feuille qui passait entre les sièges la composition définitive des chambres. J'étais avec Chuck et Michael et Elliot partagerait une autre chambre. Cependant, étant un nombre impair, les filles ne s'étaient pas encore mise d'accord et ce choix semblait tout à fait délicat. Si Marry et Blear se mettait ensemble, alors l'une des trois autres serait seule. Pourtant Katerina et Eglantine voulait être ensemble, mais il était hors de question de laisser Alicia sur le côté.

- Je m'incrusterais dans votre chambre, les rassuraient-elles.

- Ce n'est pas juste, s'indigna Eglantine.

- C'est vrai, j'ai autant envie de partager ma chambre avec toi qu'avec les autres, ajouta Katerina.

- Et si nous sortions de nos habitudes ? proposa Marry, je suis constamment avec Blear.

- Je suis d’accord, dit celle-ci, devrions-nous procédez au hasard ?

- Toi et tes idées, rechigna Alicia en roulant des yeux.

- Je ne pense pas que nous pouvons régler cette histoire avec un foot cette fois-ci, ironisa-t-elle en déchirant les coins de papier vierge de son journal.

Elle découpa distinctement cinq morceaux et sortit un bic de son sac de voyage pour y inscrire chacun de nos noms avant de les rassembler en un petit tas. Eglantine les ramena ensuite dans un gobelet, et Alicia fût chargée d’être la main innocente qui piocherait les paires : “Une fois le choix opéré, il n’est pas question de revenir dessus, d’accord ?” Blear était stricte, elle aimait que les choses soient faites de la manière la plus juste possible. Alicia piocha les deux premiers noms :

- Alors Marry, et… Katerina, dit-elle en se retenant de rire.

- C’est une plaisanterie, souffla la brune.

- Oooh, je suis impatiente de défaire nos valises ensemble, persiffla Marry.

- Ensuite, ce sera Blear, et moi-même ! s’exclama-t-elle.

- Oh, lâcha Eglantine dépourvue d’une mine triste.

- Peut-être devrions-nous échanger, hésita Blear dont le visage était devenu livide.

- Tu as dit toi-même que ce serait définitif, ce n’est pas très fairplay, rit Alicia en lui jetant des coups de coudes tandis qu’Eglantine se forçait à un sourire.

- Je n’ai pas envie qu’elle soit seule, râla Katerina.

- Ne t’inquiètes pas, c’est le jeu…

- Tu viendras dans notre chambre, et on se serra dans le lit, ou je m’installerais part terre avec des coussins !

- S’il faut on achètera un matelas gonflable, fit Blear d’un ton sérieux qui n’allait pas de paire avec son idée.

- T’es pas sérieuse ? S’interloqua Alicia.

- Bien sûr que si, ajouta-t-elle déterminée.

Les filles éclatèrent de rires, et un sourire radieux s’étala sur la frimousse d'Eglantine, rassurée par le clin d'oeil que lui fit Blear.

***

L’île se précisait de plus en plus, les grandes plages de sables dorés, l’eau azur et les palmiers qui jaillissaient du sol nous émerveillaient : “Nous y sommes”, m’entendis-je dire d’un soulagement.

En sortant de l’avion, il sembla que le ciel nous tombait sur la tête, la chaleur tapante nous fit oublier instantanément les vents glacés de chez nous. Plusieurs élèves commençaient à se dévêtir avant de monter dans le bus. C'était la dernière ligne droite avant d’arriver à l’hôtel dont Marry vanta les mérites durant tout le restant du trajet. C’était grâce à elle que nous avions pus trouver cette “pépite”, précisait-elle.

Le car sillonnait les rues jusqu’à un grand parking où tout le monde sortit en hâte pour récupérer leurs valises. Il fallait marcher quelques minutes sous le soleil tapant pour rejoindre l’hôtel.

Un grand “oooh” se fit entendre lorsque les grands bâtiments blancs, royaux, et bordés d’arbres tropicaux nous apparurent. L’entrée était magnificence, imposante, à l’image de celle qui avait choisie l’endroit. Les professeurs avaient dû mal à nous tenir en place, ils appelèrent les noms par chambre afin de leurs distribuer les clés. Ils regardèrent d’un mauvais œil les combinaisons des filles. Eglantine se retrouvait avec une de nos collègues de classe qui semblait aussi réservé qu’elle, mais au moins elle serait dans une chambre avoisinante. Nous les garçons avions été envoyé dans une autre aile du bâtiment, mais seulement quelques couloirs nous séparaient.

Chuck me laissa le plaisir d’ouvrir notre chambre tandis que les deux autres s’engouffraient dans celle d’à côté. J’entendis Elliot pousser un petit sifflement et Michael se complaire dans un rire nerveux.

En ouvrant la porte, une brise vint soulever les mèches qui trainaient devant mes yeux. Ils s’écarquillèrent en découvrant la chambre immense, lumineuse part les portes fenêtres en son fond, décorés de voiles blancs transparents et donnant sur un balcon qui offrait une vue sur la plage. Les deux lits étaient accolés, immenses pour au moins quatre personnes, et bordés par des drapés de soie citronné. Je m’assis dessus, les mains entremêlées et bouche bée, parcourant l’ensemble de la pièce qui s'allongeait devant mes yeux.

- Tu préfères quel côté ? me lança Chuck qui contemplait la vue, les mains dans les poches.

- Ahahah, c’est tout ce que tu trouves à dire ? Lui répondis-je ébahis.

- C’est magnifique, n’est-ce pas ? Allons profiter de la plage dès qu’on le peut, fit-il en se dirigeant vers sa valise qu’il souleva sur le lit de gauche, ça ne te dérange pas si je prends celui-ci ?

Je lui répondis par un simple “non” de la tête, et m’installai quelques minutes sur le fauteuil en osier triomphant à côté des fenêtres.

De leur côtés, les filles avaient également commencer à déballer leurs affaires. Eglantine s’était empressée de ranger ses vêtements dans les armoires prévues à cet effet pour se réfugier dans la chambre d’Alicia et de Blear. Elle fût soulagée de découvrir que les lits étaient assez grand pour les partager. Sa compagne de chambre fit la même chose auprès de ses amies, à croire que la leur ne servirait pas durant ce voyage. Les voix de Katerina et Marry qui s’élevaient étaient audibles dans le couloir.

- Laisse une partie de tes affaires dans ta valise, râla Katerina.

- Je ne les ai pas pris pour ne pas les exposer, et tu as beaucoup moins d’affaires que moi, je peux prendre plus de place, rétorqua la blonde.

- Non on fait moitié-moitié, c’est ton problème !

- Quelle égoïste !

- Tu n’avais pas besoin de prendre autant ! Franchement c’est utile trois paires de talons?! s'énerva-t-elle en attrappant un escarpin.

- Bien sûr que ça l’est, tu n’as aucun style !

- Pas de style, tu sais d’où vient ce haut ? Fit-elle en brandissant un de ses tops noirs.

- Tu me prends pour qui ? Je connais Céline, mais tes pièces sont monotones, met un peu de couleurs dans ta vie ! Cria-t-elle en lui chipant le vêtement.

- Mais je rêve où tu remets mes goûts en question ?

- Les filles ! Apparu Eglantine.

- Quoi ?! S’écrièrent-elles en même temps.

- Hum, les filles préparent leurs sacs pour aller à la plage, donc on va bientôt partir.

Sur ce, elles continuèrent de se bagarrer en attrapant des affaires à la volée tandis qu’Eglantine gardait les yeux au ciel pour se retenir d’éclater de rire. Dans la chambre d’à côté un schéma similaire se déroulait.

- Je n’en reviens pas, la chambre est déjà en désordre ! S’offusqua Blear.

- Euuuuh, feignit Alicia.

- Ce n’est pas vrai ? Regarde-moi ça ! Des vêtements en boule, dans le lit, et la salle de bain… Je te préviens tout de suite, ça ne va pas se passer comme ça durant les huit jours…

- Ben dis donc, je plains tes futurs enfants, fit-elle dans un sifflement.

- Ils seront très heureux et bien éduquer, contrairement à toi !

- Tu veux t’battes ? Vu comment je t’ai ratatiné la dernière fois, je ferais pas la fière, la défia-t-elle des poings.

- C’était… un coup de chance, je t’écrase quand tu veux, rougit-elle.

- Ah ouais ? Sûr de toi ? Alors voyons ça ! cria-t-elle en lui sautant dessus.

Un long cri strident alarma les filles qui empoignèrent leurs sacs et se rendirent en trombe dans la chambre. Leurs rires se perdirent une fois qu’elles découvrirent Blear et Alicia, les cheveux en batailles, en train de se battre dans les draps. Elle l’avait plaqué sur le matelas tel un boxeur qui n’éprouvait aucune pitié pour son adversaire, qui visiblement avait craqué au fou rire.

***

Plus tard, nous nous retrouvâmes tous sur les grains dorés du sable chaud. Il était difficile de croire que quelques heures plus tôt, nous mourrions de froid en attendant le bus du matin. J’éprouvais une certaine gêne à me déshabiller devant tout le monde, je décidai alors de garder mon t-shirt qui finit trempé lorsque les mecs me jetèrent dans l’eau. C’était aussi la première fois qu’on découvrait le corps de nos amies, je me sentis rougir lorsque la poitrine d’Alicia s’écrasa contre mon bras dans une bataille d’eau. Elle n’y prêtait pas attention, à l’inverse de Marry dans son bikini rouge, qui savait pertinemment l’effet qu’elle faisait aux mecs. Je la vis défier Chuck du regard qui avait sondé à plusieurs reprises le tour de sa poitrine. Elliot avait perdu au volley de la même manière contre Katerina qui se promenait dans un deux pièces de sport. Blear et Eglantine, plus discrètes, avaient opté chacune pour un maillot unis, turquoise pour la première et rose pastel pour la deuxième. Michael avait tout de même faillit tourner de l'œil lorsqu’elle lui avait demandé de lui passer de la crème.

C’est là que je me rendis compte de la faiblesse des hommes faces à cinq paires de nibards.

Cette première après midi, entre les matchs sur la plage, les courses contre les vagues, et la bronzette avec une glace à la main, avait été plus que merveilleuse. Il nous fallait bientôt rentrer à l’hôtel pour le souper de dix-neuf heures. Les filles se promenaient chaussons à la main le long de la côte, sous le ciel orangé, tandis que nous les regardions au loin assis dans le sable.

- On fait quoi ce soir, quelques parties de cartes ? Demanda Michael qui dessinait des formes entre les grains.

- Je pensais que tu avais d’autres plans, répondit Elliot dans un sous-entendu, j’ai cru comprendre que la chambre d’Eglantine était libre, tu devrais en profiter, continua-t-il en voyant qu’il ne comprenait pas.

- Mais non, enfin à quoi tu penses, balbutia-t-il les joues en feu.

- C’est vrai, c’est pour quand ? demanda Chuck à son tour, en tout cas si tu n’en profites pas, je le ferais !

- Et avec qui ? dis-je d’un grand sourire.

- C’est vrai ça avec qui ? insista Elliot.

- Et si nous discutions plutôt du planning de demain ? Toussota-t-il de manière exagéré.

- Demain, hum nous allons visiter quelques édifices de Santa Cruz, et je crois qu’on aura un peu de temps libre pour faire du shopping. J’ai pris l’adresse de quelques restaurants incontournables, expliquais-je.

- Au soir, il y aura les répétitions pour le carnaval, on devrait y assister, c’est une occasion rare, ajouta Michael.

- Eh bien, voilà qui s’annonce très prometteur, conclut Chuck.

Bien que la conversation avait pris une toute autre tournure, je compris à l’intensité de leurs regards, qu’ils pensaient tous les trois à la même chose. L’amour allait de pair avec les voyages scolaires, et tandis que je posais les yeux sur Alicia, sexy dans son mini short en jeans avec pour seul haut la brassière de son bikini, je me rappelais d’une Blear pleurant dans les bras d’un garçon que je ne connaissais pas. Était-elle aussi seule qu’elle le laissait paraitre ?

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Il - oui merci. J'aurrais jamais si tu ne m'avais pas poussé. Merci de m'avoir innitié?

Elle - tout le plaisir est pour moi. Et j'espère que tu reviendra vite.

Il- Ne t'inquiète pas, l'escalade c'est passionnant.



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hersen



L'attente glissait aussi paisiblement sur l'esprit du guerrier que l'eau dans le ruisseau. Il suivait les sons venant du faré, les imprécations et le bruit du pilon dans le mortier. Il avait su vaincre et le reste était secondaire. Assis sur un caillou, il était chez lui, il se sentait vibrer pour sa Terre. Tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour les siens, pour être un brave. Et pour manger. Des années de sécheresse avaient réduit les vivres. L'arbre à pain dépérissait et il fallait agrandir le territoire, s'approprier la vallée sur l'autre versant de l'île volcanique.
Ce n'est pas lui qui a ramassé les noix de bancoulier dont on tirerait l'encre, après les avoir calcinées. Il fallait des mains aux pouvoirs sacrés pour transmettre au liquide tinctorial les qualités honorant celui qui les recevrait.
La peau brune habillant des muscles colossaux frissonnait de temps à autre sous cette force mal contenue. Le guerrier revivait son combat. Il revoyait son ennemi en face, avec dans le regard la même détermination que la sienne, la même bravoure. Une seule des deux lances atteindrait son but, c'était la loi pour pouvoir rentrer au village plein de gloire et apporter ainsi la promesse de nourriture pour le peuple. Il a failli tout perdre, décontenancé, à l'instant où il avait entendu son frère hurlant s'élancer sur un adversaire et retomber net, le crâne fracassé. L'ombre sur la victoire. Alors il avait rugi, transmettant la douleur de la perte de son frère aimé à la pierre effilée de son arme.
Ce fut le massacre.
Les hommes, vieux, nus à l'exception d'un pagne de tapa, tissu végétal, sortaient enfin du faré, l'un d'entre eux tenant haut un bol fait du crâne d'un animal. Leur nudité étalait au grand jour leurs tatouages qui, au fil des ans, prenaient des reflets verdâtres. Leurs actes valeureux étaient inscrits et chacun respectait ces marques. Le guerrier se leva et les salua. Rien en cet instant n'était plus précieux sur l'île que le contenu de ce bol, une encre produite par la terre nourricière et qui avait reçu les paroles sacrées.
On fit asseoir le vainqueur nu sur un gros caillou et les sages l'entourèrent. Pendant que l'encre végétale était étalée sur la peau dorée de l'homme imposant, les voix masculines psalmodiaient et le tatoueur, le seul habilité à marquer les peaux des signes de la bravoure, commença à enfoncer une dent de requin acérée, puis encore et encore répéta son geste, patiemment. Le tatouage s'est dessiné sur la peau au fil des chants ininterrompus lentement, jusqu'à la tombée du jour. Une marque indélébile qui dira à tous combien il s'est battu pour les siens.
***
-Eh, Paul, t'as vu là-bas la cahute ? Y a un mec, il te fait des supers tatouages, regarde celui que j'ai !
-oh la vache ! Fais un selfie !
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