La Nation Arc-en-ciel

Image de couverture de La Nation Arc-en-ciel

Mardi 3 juillet 2018, France :

C'était de ces matins où l'on se découvre un nouveau visage.

Vous savez, comme lorsque vous n'aviez pas vu quelqu'un depuis un certain temps, qu'il réapparait à votre vision et, vous ne pouvez que le constater, cette personne "a prit un sacré coup de vieux".

Vieillissement relatif : je fêtais mes 20 ans quatre jours plus tôt. La désillusion n'attend sans doute aucun âge.

A deux mains, je détachai ma joue de l'oreiller et me dressai en douceur.

Je fis face au miroir accroché à la droite de mon lit.

Un masque de pâleur sur le point de se décrocher ;

Des yeux enfoncés

Rouges d'alcool

Et de vieilles larmes ;

Une étrangère.

C'était de ces matins importants où le devoir donne des jambes aux paraplégiques mentaux.

Tout debout dans ma convalescence, je relus le message que j'avais tenté de lui écrire la veille avant de m'endormir dessus la bouche ouverte.

Un roman à rejouer l'aveuglement d'Oedipe.

Nue devant la glace, je scannai l'apitoiement qui se détachait de mon corps. Je marchai vers la salle de bain. Comme une carafe trop pleine, je luttai à chacun de mes gestes pour ne pas déborder. Je lui envoyai les Rougons-Macquarts, pris une douche et me résolus à sortir.

Aujourd'hui, il faut que ça aille. Marie, ça va aller.

Ma dextérité avait pris l'avion avant moi.

Un sachet de céréales bio responsable m'échappa des mains. Je le ramassai prestement - empêchant la tasse de se renverser.

La capacité de lire me manqua un instant lorsque je dus choisir entre des lentilles corails et un mélange de pois -les problématiques végan.

Tout abandon m'étant impossible dans de telles dispositions, c'est les bras pleins de bébés paquets de sources protéiques végétales que j'arrivai à la caisse. L'expression de l'instinct de survie, j'imagine.

Le sac lourd, je poursuivis mes préparatifs.

Acheter un tube de Biafine n'aurait pu être plus tragique. Je portai avec dignité la peine qui s'était plaquée à ma figure depuis le réveil. La pharmacienne me tendit mon ticket de caisse avec compassion et la précaution d'un tailleur de verre.

Dans la galerie marchande, je relus le message tout en saisissant des items vestimentaires que je renonçai à essayer. Je me demandai si je n'avais pas écrit cette analyse davantage pour moi-même que pour lui dire quoi que ce soit. Le fait est que cela m'apaisait. Doucement. Doucement.

J'étais fière de moi.

C'est vrai.

Rien que le fait d'être restée droite tout ce début de journée ; d'avoir fait ce que j'avais à faire, c'était un accomplissement ; et lui dire que je comprenais, que c'était acceptable de briser un coeur et que je ne regrettais rien.

Saisir en une fraction de seconde que la solution résidait dans l'Acceptation, comprendre enfin ce que cela voulait dire.

Alors que j'entamais une bonne marche vers la maison, je sentis grandir en moi l'un de ces sentiments que je n'oublie jamais. Comment ? Maintenant ?

Il fallut que l'être que j'associais à mon épanouissement me rejeta pour que je réalise que je méritais tout.

Je n'aurais pas cru un instant penser cela. Je réalisai que je me sentais soulagée que ce soit fini. Que je ne sois pas faite pour lui et lui ne soit pas fait pour moi (non pas dans le sens qu'il n'était pas the one ; plutôt, qu'à cet instant t, on n'était pas capables de se considérer dans toute notre immensité. Du moins, il n'en était pas capable). Qu'ainsi, ma pensée pouvait recouvrir son flegme, destituée du poids de ses remises en question. Et surtout, que le Bonheur, que l'Amour, ce n'était pas cet ama de doutes et de frustations tues. Ca, ce n'était que des jeunes qui apprennaient à vivre.

Le soir, je partirais pour une mission humanitaire. Une réflexion forte suppléa à ma crainte de me disloquer en pièces détachées dans le ciel africain : ce serait pour moi l'opportunité de prouver que toutes les certitudes que j'avais acquis à travers mes expériences étaient véridiques. Parvenir à me remettre de cette rupture, alors que je m'étais entièrement investie avec une foi aveugle dans notre duo, que j'en fasse une énergie salvatrice... Cela serait la plus belle confirmation de mon apprentissage, le plus bel acte d'amour envers moi-même.

Ainsi, pendant quelques heures, je crus avoir décelé tous les secrets des relations entre humains disfonctionnels, autres animaux faussement symétriques, cailloux bavards et végétaux exibisionnistes ; et que ma guérison serait presque instantanée grâce à cette vision globale.

C'est en tirant ma valise et en embrassant ma mère que je me dis que cela n'allait pas être aussi facile. Car soudain passé la porte, j'étais seule.

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