Chapitre 28

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Plusieurs minutes passent sans que je ne tente de me relever. Je ne sais même si je j’en serais capable. Je grelotte de froid, les yeux fermés, les joues inondées de larmes silencieuses. Après tout, quelle importance si je meurs ici ?

Une fléchette vient se ficher dans la terre, juste à côté de mon oreille. A contrecœur, j’ouvre les yeux, la ramasse et déplie le papier :

Tenez bon, je vais vous sortir de la ! En attendant, courage !

Madame Noblet… Je lève les yeux vers son arbre. Je ne la vois pas mais je peux presque imaginer son visage délicat déformé par des rides d’inquiétude et son regard bleu me fixer avec cette intensité qu’elle est la seule à posséder. Je serre les doigts sur le papier comme on s’accrocherait à une bouée de sauvetage, comme si ces quelques mots pouvaient me protéger de l’horreur qui m’entoure.

« Leïla ! »

Une cavalcade retentit derrière moi. Un instant plus tard, Jade est à mes côtés.

« Oh Leïla… désolée ! On n’aurait jamais dû te laisser en arrière ! »

Anaïs arrive à son tour. A deux, elles m’aident à me relever et m’entrainent vers les bâtiments. Je ne me retourne pas vers l’arbre mais je sens le regard de l’enseignante qui ne nous quitte pas.

« Comme convenu, aujourd’hui je vais vous montrer les nœuds les plus courants en bondage. »

Madame Notat sort plusieurs cordes et les pose en évidence sur son bureau.

« Leïla, au bureau. »

Le sourire narquois de l’enseignante montre à quel point elle est heureuse de m’humilier.

Lèvres pincées, je me lève et vais la rejoindre. Je me place face aux autres élèves, tachant de garder un visage neutre. Je savais que ça arriverait et je refuse de leur montrer à quel point je suis terrifiée.

« La majeure partie des nœuds ne concerne que les dominants mais il est demandé aux soumis de connaitre les plus basiques dans le cas du selfbondage. »

Le selfbondage… L’humiliation ultime : s’attacher soi-même.

« Tends les mains en avant. »

Tout en expliquant patiemment chacun de ses gestes, madame Notat entreprend de lier mes poignets ensemble.

Pendant une bonne heure, elle nous montre plusieurs nœuds différents, nous explique leurs points positifs et négatifs et dans quelles sortes de ligotage on les utilise le plus souvent. Pendant tout ce temps, je la regarde lier et délier mes poignets, sourire aux lèvres.

Puis elle ordonne à tous les soumis, sauf à moi, d’aller dans la pièce adjacente afin de s’entrainer à effectuer ces nœuds.

Une fois les autres partis, elle se tourne de nouveau vers moi :

« Tourne toi et tends tes mains vers l’arrière. »

Je m’exécute et rapidement, je la sens qui recommence à m’attacher.

J’entends ses explications, je sens les cordes se serrer autour de mes poignets mais je ne peux voir aucun des gestes qu’elle effectue.

Je tente de réprimer la peur qui m’envahit alors que je suis seule et impuissante dans cette pièce pleine d’apprentis dominants.

La séance semble s’éterniser. Enfin, madame Notat me détache une dernière fois et annonce la fin du cours pour les dominants.

M’entrainant avec elle, elle se dirige vers la salle attenante où se trouve la classe soumise.

En arrivant dans la salle, je retiens un gémissement. Mes amis, la mine défaite, se sont ligotés entre eux pieds et mains. Leur visage exprime toute la honte qu’ils ressentent et pour la première fois, je suis heureuse d’avoir été choisie comme mannequin par l’enseignante.

La prof passe entre eux, vérifie certains nœuds, commente et conseille mes camarades. Enfin, elle nous autorise nous aussi à partir.

Avant que je ne puisse sortir, madame Notat me rappelle :

« Leïla. N’oublie pas de travailler les nœuds toi aussi, je vérifierai. »

Je hoche la tête, déjà malade à l’idée de passer mes soirées à me ligoter moi-même.

Le soir, je décide d’enfin aborder Quentin. J’ai vraiment besoin d’informations sur la sécurité des lieux.

A la cantine, je m’assois face à lui. Les autres ne lui adressant pas la parole, nous ne sommes que deux à table.

Le jeune homme me regarde, légèrement inquiet, et attend que je prenne la parole :

« Salut, tu te souviens de moi ? »

Le nouveau soumis hoche faiblement la tête, sans rien répondre.

« Je ne t’ai jamais remercié alors je le fais maintenant. Merci pour ce que tu as fait pour moi lorsque j’étais prisonnière du ciment. »

Il hausse légèrement les épaules, toujours sans répondre.

« J’espère que ce n’est pas à cause de ça qu’aujourd’hui tu es… parmi nous.

- Non… Pas que… C’est un tout… »

Sa réponse n’est qu’un murmure mais au moins ai-je réussi à le sortir de son mutisme.

Encouragée, je reprends :

« Je suis vraiment désolée de ce qui t’arrive. Mais, excuse-moi de te poser la question, comment est-ce possible ? »

Le jeune homme met longtemps à répondre :

« J’étais pas un assez bon dominant.

- Tu étais le seul à ne pas nous torturer, pourquoi ? »

Cette fois ci, Quentin met tellement de temps à répondre que je crains un instant que la conversation ne soit close. Enfin, dans un murmure, il reprend la parole :

« Je déteste cet endroit et ce que l’on nous force à faire.

- Mais alors, pourquoi es-tu là ?

- Mes parents m’y ont forcé.

- Comment connaissaient-ils cet endroit. Et pourquoi t’y envoyer ?

- Mes parents sont des dominants. Ils se sont rencontrés dans cette école il y a des années. Pour eux, c’est un mode de vie normal. Mon frère aussi a étudié ici. Et il était excellent lui… »

On sent une réelle amertume dans sa voix.

« Tes parents ont des soumis ?

- Ouais, deux soumises. Leur vie chez nous est… un enfer… En permanence. »

Je déglutis, consciente que ça pourrait devenir mon avenir.

« Mais, tes parents sont d’accord avec ce que l’école t’a fait ?

- Oui. »

Je vois deux larmes couler silencieusement sur ses joues :

« Moi, je n’ai jamais aimé ça, la torture, la domination et le sexe cruel. Mes parents m’ont toujours considéré comme un échec. Alors oui, ils sont d’accord… »

Inconsciemment, je m’empare de sa main et la serre en guise de réconfort. J’ai vraiment pitié de ce jeune homme dont l’enfance a été marquée par la violence et dont l’avenir ne réserve rien d’autre que la même violence.

« On peut encore sortir d’ici. »

Il lève vers moi des yeux plein d’espoir :

« Comment ? »

Je me montre prudente et décide de ne pas lui parler de madame Noblet :

« Je ne sais pas encore. Mais si tu me dis tout ce que tu sais à propos de la sécurité des lieux, je suis sûr que l’on trouvera un moyen de quitter cet enfer ! »

Il n’hésite qu’un instant avant de se lancer.

A la fin de notre conversation, je suis dépitée. Cet endroit est vraiment bien gardé.

Dans la journée, il y a en moyenne autant de gardes que de soumis afin de seconder les profs et de nous mater en cas de besoin.

Et depuis notre tentative d’évasion à Jade et à moi, six gardes restent dans l’école toute la nuit. Deux restent en permanence à notre étage : l’un dans le couloir et l’autre près de l’escalier. Trois autres sont dans la cour : deux dans le parc et un à l’arrière du bâtiment, par là ou nous avons pu passer la dernière fois avec mon amie. Le dernier reste dans la loge à l’accueil et a en permanence le regard rivé sur les écrans des caméras. Ces dernières, comme nous le soupçonnions avec Jade, ne sont situées qu’aux abords de la barrière. Mais ce que nous ne savions pas, c’est qu’elles sont accompagnées de détecteurs de mouvement. Toute forme de plus de quinze kilos qui se déplace trop près de la barrière déclenche immédiatement les détecteurs et l’alarme dans la loge.

En plus de cela, des brouilleurs empêchent que des appareils photos, caméras ou tout simplement portables ne soient utilisés dans les environs afin d’empêcher que des curieux ne prennent en photo l’école et ses étranges élèves.

Et bien sûr, le comble de la sécurité : les pots de vin versés à la police qui permettent d’étouffer toute fuite éventuelle, bien que cela ne se produisent que très rarement.

Pour couronner le tout, l’endroit est entouré de kilomètres de champs et des gardes montent la garde au niveau des routes qui mènent ici.

Bref, cet endroit est une forteresse : on n’y entre pas et on n’en sort pas sans autorisation.

Les jours qui suivent, Jade et moi mettons au courant tous les soumis, à l’exception d’Emma et de Quentin. Après ce qu’il m’a révélé, je veux le prendre avec nous mais Anaïs m’incite à la méfiance si bien qu’il n’est encore au courant de rien.

Chaque midi, je transmets le plus discrètement possibles les informations que nous avons à ma prof, toujours encadrée par au moins deux amis qui, faisant mine de profiter du parc, montent la garde pour ne pas que l’on me surprenne.

Peu à peu, notre plan de fuite s’organise…

« Ce matin est un grand jour puisqu’il marque le début de l’opération “On se casse d’ici“ ! » Plaisante Fabien tandis que nous marchons en direction de la cantine pour prendre notre petit déjeuner.

Je souris légèrement, cherchant des yeux Quentin. Il est temps de lui parler.

Je m’assieds à sa table et lui souris. Au cours des derniers jours, nous nous sommes un peu rapprochés lui et moi. J’ai vraiment beaucoup de peine pour ce qu’il a vécu et j’espère pouvoir le faire sortir de là et l’aider à avoir une vie normale, loin du milieu BDSM violent qui lui est imposé depuis des années.

« Salut Leïla.

- Salut. » Je baisse la voix et reprends. « J’ai un truc important à te dire. Ce soir, avec les autres, on quitte cet endroit. »

Il écarquille grand les yeux.

« Quoi, ce soir ?! »

Je hoche la tête et à voix basse, tout en m’assurant que personne ne peut nous entendre, je lui révèle notre plan.

Plus tard dans l’après-midi, alors que monsieur Pirot était plongé dans une montagne de documents, quelqu’un frappe timidement à la porte.

L’homme relève la tête :

« Entre Quentin, que veux-tu ? »

Le jeune homme, qui s’est agenouillé, est horriblement mal à l’aise lorsqu’il bégaye :

« Je sais que Leïla et les autres vont tenter de s’échapper ce soir. Je connais leur plan.

- Et quel est-il ? »

Le garçon hésite.

« Si… si je vous le donne, vous me laisseriez reprendre ma vie de dominant ? »

L’homme hausse un sourcil, amusé par cette tentative de marchandage :

« Je pourrais t’arracher ces informations par la torture, tu le sais n’est-ce pas ?

- Oui, je sais… » Répond le garçon en baissant piteusement la tête.

« Pourquoi vouloir regagner la classe dominante alors que tu détestes cela ? »

La voix étouffée par les sanglots, le jeune homme murmure :

« Je ne veux pas finir comme les deux soumises de mes parents. Je ne veux pas passer le restant de ma vie en tant qu’esclave, maltraité, humilié, violé et soumis au bon plaisir d’un maître sadique… »

L’homme sourit devant cette description. C’est exactement le sort qui attend l’entièreté de la classe soumise et cela l’excite beaucoup.

Monsieur Pirot prend le temps de la réflexion avant de finalement répondre :

« Tu n’as pas l’âme d’un dominant. Mais si tes informations s’avèrent exact, je te laisserai repartir chez tes parents. »

Le visage du garçon s’éclaire :

« Merci monsieur !

- Quel est leur plan ? »

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