Chapitre 1 : Enfant de la guerre (1/2) (Corrigé)

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« Ils ne nous ont pas laissés le choix. Je suis retournée à la capitale avec mon épouse, suite à notre dernière victoire, et nous avons débattu de l’invasion carônienne avec le Conseil Dirigeant. La plupart ont été formels : nous avons besoin de lui. Pourquoi nos ennemis persistent-ils ? Ils avaient une chance de battre en retraite après leur dernière défaite. Mais ils préfèrent garder le contrôle des régions forestières de l’ouest, tentant de reconquérir ce qu’ils ont perdu. Combien de villages et de cultes devront-ils encore ravager ? Ils ont l’avantage du nombre et envoient donc des jeunes désespérés pour mourir à leur place. Cette guerre n’a plus aucun sens ! En a-t-elle seulement eu un ? Dire qu’il a fallu une attaque étrangère pour que les tribus des Montagnes Embrasées de l’est cessent leur menace. Les envahisseurs ont réussi à unir notre contrée, il ne reste plus qu’à les repousser. Voilà des années que cela dure… Ils pensent triompher à l’usure et agrandir leur empire, ils se fourvoient. Car bientôt arrivera le plus puissant mage du Ridilan. Et il me surpasse tellement qu’on l’avait écarté par peur qu’il commette des dommages collatéraux. Nous n’en sommes plus effrayés, désormais. »

Rapport de la réunion du Conseil Dirigeant d’Orocède, capital du Ridilan, du premier mois de l’an 1426 AU. Rédigée par Dame Aldenia N’Hyor (née en 1392 AU).


Piégée dans les entrailles de la sylve. Égarée dans ce dense feuillage, rayonnant d’émeraude, exhalant le déclin. Étais-je en bataille ? En patrouille ? Je l’avais oublié. Seule irradiait dans mon esprit la puissance émanant de cette sculpture.

Une stèle aux gravures épaisses triomphait. Une roche imposante qu’un cône de lumière, perçant la canopée, éclairait d’une pâle lueur. J’eus beau m’en approcher, l’effleurer, c’était inutile : je ne maîtrisais guère le Ridilan. Un homme était installé en-deçà. Il flottait dans sa tunique immaculée. Il était livide. Il portait une barbe hirsute et des longs cheveux aux reflets grisâtres. J’aurais pu croire qu’il méditait en paix, néanmoins… Son bras manquant n’était que le cadet de ses souffrances.

Sa tête se pencha légèrement au moment où j’affleurai la pierre. Il m’avait repérée.

— Tu es carônienne, j’imagine ? questionna-t-il.

Je me crispai, de la sueur perlant sur mes tempes. Tout était différent chez lui. Son allure. Sa voix. Son vécu.

— J’ignore comment j’ai réussi à toujours vous éviter, poursuivit-il. Voilà bien longtemps que le Ridilan est ravagée par cette guerre. Il agonise, mais au lieu de réclamer clémence, il croit pouvoir renaître de ses cendres. J’aurais aimé partager les espoirs de mes plus optimistes semblables. Sûrement aurai-je rejoint la résistance si vous nous aviez envahi plus tôt. C’était inévitable, pas vrai ?

— Qui êtes-vous ? demandai-je à mi-voix, main tressaillant sur mon fourreau.

Ce fut d’abord le mutisme. L’inconnu se redressa avec lenteur avant de se retourner vers moi. Ainsi s’imposa-t-il par son regard d’acier. Des rafales faisaient onduler ses vêtements sans altérer son aura.

— Je découvre enfin le visage de l’ennemi, déclara-t-il. Vous avez l’air d’en avoir traversé beaucoup. Vous êtes ?

— Denna Vilagui, me présentai-je avec hésitation.

— Un joli nom. Il me semble un peu familier, mais qu’importe. Je suis Hagran. Un exilé, si vous préférez.

— Vous êtes si étrange… C’est vous qui avez écrit les inscriptions sur la stèle ?

L’homme se perdit dans la contemplation de son œuvre. Un artiste, comme je le fus jadis, avant de me noyer dans la guerre… Une étincelle poignit en lui. De cette simple évocation naquirent des frissons.

— « Deux petits garçons s’en allèrent au lac », récita-t-il. « Deux jeunes amis, avec pour unique volonté de s’amuser. Des enfants ignorant le conflit comme les avertissements de leurs parents. Ils s’aimaient, ils jouaient, ils nageaient. Deux âmes en quête de joie, baignées au creux d’une cavité azure, immergés dans la mélodie des clapotis. Ils ne perçurent que leur rire, jamais le sifflement. Ils n’aperçurent que leur joie, jamais les traits. Mais quand le bleu se teinta de rouge, leur bonheur s’effaça dans les méandres de l’existence. »

Je me détachai de mon arme. Trop figée pour tenter quoi que ce fût, je me limitais à dévisager Hargan, à saisir tout ce qu’il avait raconté. Nul besoin d’interpréter, la clarté avait émergé.

— Vous avez une belle plume, complimentai-je. Et cette histoire…

— Elle est véritable, répliqua-t-il. J’y ai assisté, réalisant une fois encore que j’avais échoué.

— Échoué à quoi ? Quel était votre rôle ?

— Les enfants représentent l’avenir de ce monde. Je m’étais porté garant de leur protection. Je pensais que, si j’avais échoué à sauver ma propre fille, peut-être que les enfants d’autrui auraient une meilleure chance. Puis j’ai perdu mon épouse. Des amis. Mes espoirs s’étaient annihilés bien avant cette guerre.

— Je suis désolée…

— Pourquoi ? Vu votre tenue, vous êtes soldate. Combien d’enfants que j’avais sauvés naguère avez-vous tué ?

— Je ne voulais pas de cette guerre !

— Enrôlée de force ? Peut-être. Vous vous dressez face à moi sans m’attaquer, vous vous contentez de m’écouter. Les victimes sont nombreuses et dans chaque camp. Mais qu’est-ce que cela change ? Le résultat de la même. J’étais déjà exilé lorsque les hostilités ont débuté. J’erre dans le Ridilan, je constate l’échec. Celui de notre civilisation. Celui de notre compassion.

— Pensez-vous qu’il est trop tard ?

— Je l’ai toujours su. Je l’ai nié. Quoi qu’il en soit, le destin souhaite que j’en sois témoin. Denna, si tel est votre nom, peut-être trouverez-vous une once de bonté derrière cet amas de peur, de haine et de violence. Personnellement, j’ai abandonné. Ma route va se poursuivre. Je veux m’éloigner de tout cela. Fuir la réalité, m’échapper de toute société. Puissiez-vous trouver la vôtre, Denna. Au fond, vous êtes sans doute une enfant qui n’as pas su être sauvé.

Il m’abandonna là, poursuivant son exil. Ses paroles hantèrent mon esprit tandis qu’il s’enfonçait vers le désespoir au goût familier. Bouche bée, j’avais nié, paralysée. Plus j’y pensais, plus je savais qu’il disait vrai.

Je n’étais qu’une entité.

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