Inspiration

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« Merde, impossible d’écrire quoi que ce soit ! » Voici la phrase qui virevolte en moi depuis presque une année. Aucun mot, aucune histoire ne vient à moi. Je suis là, vautré dans mon fauteuil, seul, sans aucune inspiration. Aucune intrigue, aucun personnage ne suscite mon intérêt. Je décide donc de quitter mon bureau, abandonnant mon ordinateur. Ça suffit pour aujourd’hui…

« Qu’est-ce qui m’arrive ? ». Je suis au point mort, incapable de redémarrer mon moteur. Assis sur mon canapé en cuir rouge, je contemple au loin ma bibliothèque. Tel un narcissique, j’avais exposé et mis en avant tous mes livres, fruits de mon propre imaginaire. Il y a tous les styles. Des romans policiers avec des enquêtes à en abasourdir plus d’un. Des thrillers, ayant pour but d’angoisser à l’aide d’un monstre ou même via un être humain. Des romans fantastiques avec un univers amenant aux rêves. Des drames et du romantisme pour apporter diverses émotions à mes lecteurs…

Depuis ma tendre enfance, j’aime inventer des histoires. N’importe où. N’importe quand. Pendant mes études ou bien en vacances. Dans les transports ou bien en marchant dans les rues. Assis sur le banc d'un parc ou allongé dans mon lit avant de m’endormir. Il m’arrive de passer des heures, seul avec moi-même à concocter ces récits. La création prend forme dans mon cerveau. Puis, je note chaque idée, bonne ou mauvaise, sur mon carnet. L’étape de l’écriture se finalise par la suite. Tant de personnages et d’univers conçus, et maintenant plus rien…

Je sais que le syndrome de la page blanche peut arriver à n’importe qui. Mais aussi longtemps ? Est-ce normal ? Oh, j’ai eu tout de même quelques brins d’idées. Mais toutes mes tentatives de création depuis un an sont désespérantes. Quand je dessinais un monde nouveau, il ne me donnait pas envie d’y faire vivre des créatures. Je donnais naissance à des héros, finalement leurs existences m’importaient peu. À l’instant où j’inventais des péripéties, je retournais en arrière, car trop ennuyeuses pour être vécues. J’ai conçu des antagonistes maléfiques. Mais écartés car aucune profondeur. Absolument rien ne valait la peine d’être partagé…

« Que faire pour sortir de cette impasse ? Combien de temps cela va encore durer ? Ne devrais-je pas renoncer ? Est-ce le destin qui m’envoie un signe ? »

Mon inspiration m’avait quitté du jour au lendemain sans crier gare. Elle avait pris ses affaires et claqué la porte. Je me suis retrouvé seul, abandonné. Égaré. Cette personne pleine de rêves et d’imagination n’est plus là. Incapable de créer quoi que ce soit, j’ai perdu mon équilibre, mon essence. Frustration et remise en question sont devenues les seuls sentiments que j’éprouve depuis un an.

Soudain, à ma grande surprise, une idée me vient. Non, plusieurs même. Une multitude de concepts traverse mes méninges. Cette sensation que j’avais perdue, l’inspiration. Elle est revenue. Et elle m’ouvre tellement de possibilités.

Sans perdre une seconde, je me mets à écrire dans mon carnet tous les éléments qui me viennent à l’esprit. Quel bonheur, je sens que ça va marcher.

Mes héros, deux frères ennemis. Leur passé. Ils ont grandi et vécu avec l’unique objectif de surpasser l’autre. « Oui, je tiens quelque chose !». Intrigue de l’histoire. Le déroulement et le dénouement de cette guerre fratricide. Particularité. Les deux frères sont des surhommes et des génies en stratégie. « Ah ça me plaît beaucoup !».

Introduction. Décrire l’enfance des deux protagonistes ainsi que le conflit qui les oppose. Éléments perturbateurs. Les frères décident d’y mettre fin avec une compétition qui entraînera la victoire de l’un et la mort de l’autre. « Ça va être génial, continue !». Je vais leur créer un passé commun tragique et bouleversant. Je veux que mes lecteurs soient déchirés lorsqu’ils devront choisir leur favori.

Péripéties. Trois épreuves hors normes. Je peux me lâcher concernant ces défis, ils doivent dépasser l’entendement, du jamais vu. « Quoi d’autre ? Je ne vais pas m’arrêter là ! » Il me faut d’autres héros. Je peux inventer tellement de personnages, des compagnons divers et variés qui aideront chaque frère au fil de l’histoire. Avec des sensibilités et des caractères différents. Ils doivent marquer les esprits chacun à leur manière.

Lieu de l’action. Aucune contrainte. Je veux moi-même bâtir des villes entières qui serviront d’arènes pour mes héros. Des gratte-ciels, des casinos, des banques, des cités abandonnées…

Et fin de l’histoire. Un retournement de situation qui désorientera le lecteur. Je souhaite que mon récit devienne une partie d’échecs titanesque où chaque protagoniste peut basculer. Où chaque coup peut être anticipé par l’adversaire. Où la victoire n’est jamais acquise jusqu’au dernier instant. Jusqu’à la dernière page… « Putain, que j’ai envie d’écrire cette histoire !».

Mes doigts tapent sur le clavier, sans discontinuer. Les pages noircissent, les unes après les autres. « Quelle extase ». Si je possédais une plume, il me faudrait une centaine d’encriers pour satisfaire ma soif d'écrire. Les arcs narratifs s’enchaînent. Il est impossible de me stopper. Mais je commets l’erreur de fermer mes paupières un instant.

Le rêve se brise à l'ouverture de mes yeux. Je suis finalement avachi dans mon canapé et non pas sur mon bureau. Et surtout en aucun cas en train d’écrire. « Putain de merde ». Je suis incapable de me souvenir, plus rien dans ma mémoire. Et pourtant je sais que j’avais une idée renversante, un concept qui allait me restimuler. Même si je n’allais pas jusqu’à la publication, il m’aurait remis sur les rails. Ma frustration revient au galop. Autant tout abandonner…

Une parole lointaine me vient. Non celle du héros inventé dont le nom m’est maintenant étranger, mais celle d’une amie. Celle qui m’a permis de commencer cette aventure littéraire. « Si tu n’arrives pas écrire tes romans, tu devrais débuter avec quelque chose de plus simple. Des nouvelles. Des histoires courtes, mais marquantes. Et tu vas voir, ça va sûrement te débloquer ». C’est ce qu’elle m’avait conseillé. Une époque où mes idées restaient à l’état embryonnaire. Une époque où je refusais qu’elles sortent et prennent leur envol à la vue de tous.

Je m’assois à mon bureau et ouvre mon ordinateur. C’est le moment de réitérer cette expérience. Des années que je n’ai pas pris le temps d’écrire une nouvelle. Et surtout d’écrire pour le plaisir. « Par quoi vais-je commencer ? » Tiens, une idée surgit ! Ce rêve m’aura finalement servi. Je commence.

Merde, impossible d’écrire quoique ce soit ! Voici la phrase qui virevolte en moi depuis presque une année. Aucun mot, aucune histoire ne vient à moi. Je suis là, vautré dans mon fauteuil, seul, sans aucune inspiration.

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