Etrange...

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Encore un dîner en famille sans aucun intérêt...

Je n'en peux plus. Je n'en peux vraiment plus. Quel supplice! J'aurais du prétendre une maladie pour rester couchée dans mon lit toute la journée. Je me serais perdue dans mes lectures sur l'amour... Sur les aventures de Margaret Wellington, vieille cousine écrivaine...

Cela m'aurait évité de devoir supporter les remarques et le rire forcé de cette dinde au rire de pintade, au gloussement de dindon, au rire de cochon, à la tête de cochonnet.

Avec son rire semblable à un braillement de marcassin que l'on égorge, ma très chère belle-mère amuse la galerie, et se pavane tel un paon dont elle n'a ni la grâce, ni la beauté sous le feu des projecteurs.

Comment père fait-il ? Dieu, je sais que l'amour rend aveugle, mais rendez-lui la vue s'il vous plaît ! Je vous offrirais mes cheveux si vous le souhaitiez.

Mais tout, sauf qu'il finisse sa vie dans dix ans avec une truie ridée qui roulerait comme une boule de bowling si l'on lui arrachait la tête.

Ma barbarie m'arrache un gloussement peu discret, et je me suffis à mon humour.

Le hibou me fixe de ses grands yeux de mouche, et met sa bouche de travers.

"Voyons Megane ! Ce n'est pas très correct pour une fille de ton rang de glousser ainsi !"

Je t'en foutrais, moi, des gloussements féminins. Retourne nager dans ta stupidité, morue.

Alors je l'ignore totalement, et vide d'une traite le verre de vin posé à la droite de mon assiette, sous ses yeux... Horrifiés.

J'ai l'impression qu'une bouffée de chaleur s'est emparée d'elle et qu'elle ne tarderait pas à s'évanouir, d'une minute à l'autre.

Je la regarde narquoisement, alors qu'elle s'étouffe de vouloir cracher une tonne de remontrances.

Je l'imagine si bien cracher des poils de sangliers et sentir des plumes de pintades chatouiller l'intérieur de ses oreilles.

"Megane ! Ce n'est vraiment pas correct, tu devrais avoir..."

La dinde s'arrête subitement de parler, et je complète sa phrase :

"Honte peut-être ?"

Elle tente de me répondre, mais la grimace sur son visage n'annonce rien de bon. Le cochonnet attrape brusquement une serviette, et crache avec très peu de grâce.

Ses yeux s'arrondissent lorsqu'elle se rend compte que ce qu'elle tient entre ses mains n'est pas un de ses cheveux de paille, mais un poil dur et épais semblable à un poil de chien.

Attendez... Un poil de chien? Non!!

Ceci est un poil de sanglier!

Suis-je entrain de rêver, ou alors ma belle-mère vient-elle vraiment de cracher un poil de sanglier?!

Elle jette des coups d'oeil furtifs à droite, puis à gauche, s'assurant que personne n'ait rien vu, et commence à gesticuler en secouant la tête et frottant ses oreilles.

En une minute, la dinde a déjà disparu aux toilettes ou dans je ne sais quelle salle-de-bain.

Tout cela est assez étrange...

J'imagine alors un verre de terre tout gluant rampant dans l'assiette de ma tante, et un cri d'horreur suivi de rires de la part des hommes écorche mes oreilles.

Etrange... C'est comme si tout ce que j'imaginais... Se produisait réellement?

Alors qu'un orage s'abatte sur la maison ! Que la terrasse en soit innondée, et que les voitures s'enfoncent dans la boue jusqu'à la moitié des roues!

Que les chevaux se mettent à hennir, que le vent se mette à souffler si fort que les portes se mettent à bouger!

Que la dinde devienne comme un petit goret, qu'elle s'étale la face la première dans la boue, dans sa nouvelle robe à panier!

Je rouvre les yeux après avoir prononcé mes prières silencieuses, déçue que rien ne se passe, que rien ne se déclenche, et je prétexte un mal de ventre pour me retirer.

Dommage... Ce n'était sûrement qu'un pur hasard.

Je monte dans ma chambre et laisse la porte ouverte. Je sais qu'il me rejoindra. Je le sais toujours, et je ne me trompe jamais.

"Besoin d'aide, princesse?"

Je me retourne face à celui qui prononça ces mots en souriant, et me pend à son cou.

"A moins que tu ne réussisses à ma cajoler comme tu sais si bien le faire à travers ce corset et ces couches de tissus, j'accepte volontier ton aide pour tout défaire."

Je me tiens alors au dossier de la chaise de ma table de travail pendant qu'il dénoue tous les lacets de cette fichue robe de réception. Une des raisons pour lesquelles je porte en horreur ces dîners. L'habillage, puis le déshabillage.

Quelques minutes plus tard, je m'écroule sur mes coussins, fixant une tâche sur mon plafond, et mon ami me rejoint sur mon grand lit à baldaquin.

Je me retourne brusquement vers lui, et le scrute avec de grands yeux, patiente.

"Quand comptes-tu commencer? Je te signale, mademoiselle, que c'est toi qui m'as demandée..."

Je lève les yeux au ciel, et lorsqu'il fond sur moi en m'assaillant de toutes parts de chatouilles traîtres, je hurle de rire.

"Maintenant!"

A cet instant, je l'embrasse passionnément, pendant que là dehors, au même moment, un évènement apocalyptique voit le jour. Les éléments se déchaînent, la maison tremble, les cris des invités sont couverts par le bruit de la pluie qui tambourine contre les vitres de mes appartements.

Peu m'importe, car à cet instant, il n'y a que lui, et lui seul qui retient mon attention.

Pourtant, quelques secondes plus tard, ma prière silencieuse me revient en tête, j'entends ma propre voix résonner, chantonner à mes oreilles.

N'est-ce pas assez étrange, comme deuxième coïncidence?

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