La morsure de l'hiver

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Le ciel est chargé. Il fait froid. Le silence de l'hiver harasse mon moral qui s'enfuit tout au fond de mon coeur, lui aussi à la recherche de la chaleur de l'été. Personne ne dit mot, j'ai cette arrogant impression d'être seul sur terre, entouré par la seule présence d'arbres et buissons dépourvus de feuilles. À l'horizon, pas un son. Je ne ressens que cette sensation de calme et d'éternité. Qui eût cru qu'un paysage tel pourrait non pas apaiser mais attiser la colère de mes pensées. Voilà que tout à coup elle matraquent mon crâne telle la pluie. Je pose un regard sur mes mains. Elles sont bleues...

Voilà que mon coeur tambourine frénétiquement dans ma poitrine et le vaste espace qui s'étend devant moi résonne comme s'il s'agissait d'une grotte me renvoyant les échos de ma propre impuissance. J'ai mal au coeur... Un sentiment de trahison s'empare de moi et empêche ma voix de chanter ma joie. C'est bien ça, je revois Antoine et les enfants dans la plaine de jeux. Les deux petites gazouillent gentiment en tournant autour de la balançoire. La plus jeune vient me voir : elle a soif.

De l'eau ! De l'eau ! Où trouver de l'eau ? Je n'en vois nulle part... Cette scène, je m'en rappelle ! C'est le souvenir de l'hiver où Antoine m'a demandé en mariage ! Oh que j'étais heureuse... Son simple sourire réchauffait mon âme. J'étais si bien dans ses bras. Ses baisers avaient le pouvoir de me rendre si heureuse. Mon amour pour lui grandissait de jour en jour et j'avais compris qu'il était l'homme de ma vie. Mon avenir avec lui était tout traçé, nous avions prévu d'emménager dans une villa près d'un lac, là nous pourrions élever nos deux filles avec amour et bonheur.

Mais pourquoi me sens-je trahie ? Serait-ce la jalousie que j'éprouve en voyant Antoine adulé par nos filles ? Non. C'est cette rose. Celle sur ce bureau ! Une rose, une lettre et un timbre. J'ouvre la lettre. J'ai le coeur qui fond de bonheur, je parcours avec avidité les lignes de la lettre que mon tendre mari m'a écrite ! Quelle joie d'être aimée par un homme comme lui, quelle libération de se sentir supportée. Il allait me donner cettre lettre juste avant de partir travailler ! J'en suis sûr !

Un instant. Il est inscrit " je t'aime ma douce Marie". Je ne m'appelle pas Marie... Je suis Nina ! Il s'est sûrement trompé... Je vais aller le voir à son travail pour lui faire un bisou dans le cou et le taquiner en disant qu'il a mal noté mon prénom.

Je sors de la maison. Je prends la voiture et je conduis rapidement, mon coeur suit l'accélération de la voiture et bat à une allure frénétique.

Je sors de la voiture, je le vois et je crie " Antoine ! " mais il ne me répond pas. Je crois qu'il ne m'a pas vue... Je m'apprêtais à retenter mon coup quand tout un coup je notai la présence d'une femme à ses côtés. Ils ont l'air proches. Ce doit être sa soeur. Non, non ! Sa soeur est blonde. Je ne comprends pas. Qui est cette femme ? Antoine l'embrasse. Comment, pourquoi ? Antoine ! Antoine ! Qu'est-ce que tu fais ? Je crie mais il ne m'entends pas. Je ne peux plus bouger. Que m'arrive-t-il ? Je vois mon corps se tourner, monter dans la voiture et rejoindre notre maison. Je ne vois plus Antoine, c'est normal il est resté là-bas avec cette femme...

J'ouvre la porte de ma maison, je me précipite à l'étage. Je n'arrive toujours pas à contrôler mon corps ! Je fouille dans le tiroir, je sors un pistolet. J'écris une lettre à Antoine. Je n'arrive pas à lire ce que je note. J'écris mal, rapidement et ça manque de soin.

Je glisse la lettre sur le bureau et j'emprunte le couloir. J'arrive dans la chambre de Maelys et Tanya. J'embrasse amoureusement l'une et l'autre. Maelys se réveille et demande :

-Tu vas où maman ? "

je réponds presque automatiquement.

-Je dois m'en aller pour quelque temps mon ange, on se revoit plus tard. Je t'aime mon bébé ! "

Je referme la porte de la chambre et je cours jusqu'au pupitre. Je reprends le pistolet. Je le pose contre mon coeur.

(...)

Le ciel est chargé. Il fait froid. Le silence de l'hiver harasse mon moral qui s'enfuit tout au fond de mon coeur, lui aussi à la recherche de la chaleur de l'été. Une lettre repose sur le sol devant mes pieds. Je la prends et je pose mes yeux dessus. Le message a l'air tellement triste.

"Antoine, je t'aime de tout mon coeur. Tu es l'amour de ma vie. Chaque jour était magnifique et les nuits un paradis de câlins. J'ai adoré élever nos enfants, ils sont si beaux, comme toi ! Je suis sûre que nos filles seront aussi gentilles que toi quand elles auront un peu grandi. En attendant, j'ai décidé de m'en aller mon chéri... Je t'aime tant que je ne voulais pas t'obliger à choisir entre cette autre femme ou moi. Je me dit que si tu l'as embrassée, c'est qu'elle doit être quelqu'un de mieux pour toi. Je ne veux pas encombrer ta vie mon chéri, je t'aime et je te souhaite tout le bonheur du mieux avec cette personne.

On se reverra, je t'aime.

Ta femme Nina "

Cette lettre est si triste... Je me demande qui peut l'avoir écrite. Des tâches de sang coulent sur la lettre. C'est suprenant, ça vient de mon manteau. Il faut que je le lave et que je n'oublie pas d'acheter une nouvelle garde-robe pour les filles...

Une arme est posée sur le sol.

J'entends un coup de feu.

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