Chapitre 39 - Le territoire des Elfes

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Cela faisait plusieurs heures qu'elle survolait les terres du sud de la capitale avec Dalvan. Jaelith avait froid, le bout de ses doigts étaient frigorifiés et la jeune femme avait du mal à se tenir aux écailles du dragon pour ne pas tomber. Au loin, une immense forêt apparaissait. Dalvan amorça lentement la descente et se posa à l'orée de la forêt. Jaelith manqua de tomber en descendant de son dos et se rattrapa de justesse avant de finir par terre. D'une voix tremblante, elle demanda :

— Nous sommes arrivés ?

— A partir d'ici, c'est le territoire des elfes. Je ne sais pas ce que tu comptes y faire, mais tu peux m'oublier.

— Tu ne viens pas avec moi ?

— Jaelith, aurais tu oublié que les elfes détestent par-dessus tous les dragons ? Il n'y en a plus un seul dans leur territoire, ils les ont tués jusqu'au dernier...

— C'est terrible...

— Tu comprends maintenant ?

— Mais, Dalvan, si tu prends forme humaine, tu pourrais passer inaperçu non ?

— Je ne pense pas... Les elfes sont comme les dragons, ils ressentent les énergies... Même sous forme humaine, je serais pour eux un dragon.

— Alors, je vais devoir y aller seule ?

— J'en ai bien peur...

Jaelith soupira. Elle savait qu'elle allait en territoire inconnu et cela ne l'enchantait par vraiment de devoir y aller seule. Elle aurait espéré que Dalvan vienne avec elle, mais il fallait qu'elle se fasse une raison : c'était beaucoup trop dangereux pour lui.

— Ne t'inquiète pas, je t'attendrais ici le temps qu'il faudra.

Sa gueule s'ouvrit dans un rictus étrange, tandis que la jeune femme s'enfonça dans l'épaisse forêt couleur émeraude. Plus elle s'éloignait du dragon, plus elle avait l'impression d'être déjà venue ici. C'était comme dans son rêve. Elle s'attendait à entendre des cris et à sentir une forte odeur de bois brûlé, mais rien ne vint.

***

Pendant près de deux heures, elle marcha droit devant elle sans entendre aucun autre bruit que celui du vent froissant les feuilles des arbres. Jaelith s'étonna de n'avoir croisé aucun animal, agressif ou non. Elle s'arrêta quelques instants pour observer les alentours, dans l'espoir d'entendre quelque chose... Mais rien. C'était comme si la forêt avait caché tous les êtres vivants hors de sa vue.

La demie elfe ne savait pas du tout où se situait la cité d'argent, et marchait là où son instinct la menait. Mit à part son père, elle n'avait jamais rencontré d'autres elfes. Comment l'accueilleraient-ils ? Est-ce qu'ils se moqueraient de ses avertissements ? Est-ce qu'ils la renverraient, sous prétexte qu'elle n'était de leur sang que de moitié ?

La jeune femme était perdue dans ses pensées lorsqu'elle entendit un bruit derrière elle. Elle se retourna, mais il n'y avait personne. Pourtant, elle se sentait observée. C'était une sensation très désagréable. Elle décida de continuer son chemin tout en restant sur ses gardes. Cela pouvait être simplement un animal... Ou autre chose...

Son cœur battait à tout rompre, et elle frissonna lorsqu'une bise légère souffla. Jaelith se rappela alors qu'elle n'était pas armée. Elle n'avait même pas un poignard pour se protéger des bêtes sauvages qui devaient grouiller dans cette immense forêt. Elle poussa un juron avant de ramasser une branche à terre. Elle fit quelques mouvements avec et pesta. Ça ne lui serait d'aucune utilité pour se protéger d'un éventuel danger.

Un autre bruit se fit entendre, dans les hauteurs des arbres aux alentours. Elle leva la tête, mais ne vit rien. Elle avança de quelques pas, puis entendit quelque chose derrière elle, tout près. Elle aurait pu se retourner, mais n'en fit rien. Gardant son sang-froid, elle s'arrêta net. Quelque chose approchait lentement derrière elle. Soudainement, elle se retourna et écarquilla les yeux de surprise.

Devant elle se tenait une magnifique femme en armure légère, des mêmes couleurs que les feuilles des arbres. De longs cheveux blonds, presque blanc, étaient attachés en une longue natte et retombaient au milieu de son dos. Deux grands yeux d'un bleu très clair illuminaient son visage fin et pâle. Deux longues oreilles pointues dépassaient du casque de cuir. C'était une elfe. Elle dépassait Jaelith en taille d'une bonne demi-tête. Cette dernière n'avait pas prononcé une seule parole, se contentant de dévisager la femme paladin. Jaelith resta figé par la surprise pendant plusieurs minutes avant de décrocher un premier mot. D'une voix étonnée, elle demanda :

— Qui êtes-vous ?

La voix de l'elfe, froide comme de la pierre, répondit sèchement.

— Ce serait plutôt à moi de vous poser cette question. Qu'est-ce que vous faites ici ? Les humains n'ont rien à faire sur notre territoire !

— Je suis venu ici pour...

Les mots moururent sur ses lèvres. Les elfes haïssaient les humains. Elle le ressentait vivement dans le regard de cette femme. Jaelith se rappela alors les paroles de Freyki quand elle lui avait dit qu'elle n'était qu'une moitié.

Le sang de deux peuples coule dans vos veines, et pour moi, cela signifie que vous êtes les deux à la fois.

La jeune femme eut un léger sourire. Elle repoussa ses cheveux derrière ses oreilles, les dévoilant à son interlocutrice qui parut surprise à son tour.

— Une semi elfe ? C'est extrêmement rare par les temps qui courent.

— Je le suis par mon père.

Elle baissa la tête et se demanda ce que ce dernier penserait s'il la voyait ici. L'elfe la sortit de sa rêverie.

— Vous êtes donc venu trouver refuge chez nous parce ces idiots d'humains ne sont pas capable de vous accepter parmi eux alors...

— Non. Ce n'est pas pour cette raison...

Elle expliqua tout ce qu'elle pouvait le plus rapidement possible. Elle parla de Varen Draze, du clan des dragons noirs, de la destruction des villes humaines... Et de la grande possibilité pour que ce monstre terrifiant s'en prenne à la cité d'argent et à ses habitants par la suite. L'elfe l'écoutait, se contentant de marmonner quelques mots, mais sans jamais l'interrompre. Et lorsque Jaelith eut enfin terminé son récit, elle haussa les épaules.

— Donc, si je comprends bien, vous avez besoin de notre aide pour vous débarrasser de ce dragon noir et de son clan ? Les guerriers et les paladins humains ont été incapables de le blesser jusque-là ?

— Oui... La lumière des paladins n'a aucun effet, et les lames ne semblent pas non plus l'atteindre...

— Et qu'est-ce qui vous dit que nous allons vous aider ?

— Si les humains tombent face à ce monstre, il y a de fortes chances qu'il s'en prenne à cette forêt et à ses habitants. Je... Je l'ai vu en rêve...

Le paladin baissa les yeux au sol, attendant la moquerie habituelle. Un rêve ? Ce n'était qu'un produit de l'imagination ! Il n'y avait aucune chance pour que ça se passe comme ça. On lui aurait ri au nez, comme très souvent par le passé. Ses rêves et cauchemars étaient pris au sérieux par très peu de personnes. L'elfe secoua la tête, et un léger sourire apparut sur son visage.

— Un rêve... Il est assez rare de voir l'avenir en rêve... Mais cela est déjà arrivé, il y a très longtemps, à Castlefay.

La femme semblait perdue dans ses pensées. Elle se reprit rapidement.

— Semi elfe, vous devez savoir que la sécurité de mon peuple passe avant tout. Il sera très difficile de convaincre l'impératrice de votre bonne foi. Il sera encore plus difficile de la convaincre de vous aider. Je préfère vous le dire tout de suite : ne vous faites pas d'illusions.

L'elfe leva la main et trois hommes sortirent des alentours, sans faire plus de bruits. Ils étaient armés d'épées courtes, mais aussi d'arc et de carquois remplis de flèches. Ils s'approchèrent de leur chef, car il semblait qu'elle était leur chef. Cette dernière se tourna vers Jaelith.

— Il serait plus simple pour moi de connaitre votre nom, et pour vous de connaitre le mien. Je suis Siaraliane Lokliar, mais vous pouvez m'appeler Siara, ce sera suffisant. Quel est votre nom ?

— Jaelith Librevent.

— Jaelith ? C'est le nom que votre père à choisit pour vous ?

La femme paladin acquiesça d'un signe de tête. Siara ordonna à ses hommes de reprendre la route. Jaelith frissonna. La cité d'argent était toute proche à présent.

***

Le retour à Goldrynn avait été éprouvant pour Freyki. Tout le monde se réjouissait de revenir ici, mais pas lui.

— Elle est vivante...

C'était les seules paroles qu'il prononçait, à voix basse, pour se rassurer. Il l'espérait de tout son cœur. L'homme e à la cicatrice pensait aux paroles de Feiyl : peut-être avait-elle réussit à s'échapper et était-elle revenue à la capitale ? Si la première question restait sans réponse, la seconde, malheureusement, était vérifiable. Jaelith n'était pas revenu à Goldrynn. Il n'avait pas été le seul à la chercher. Feiyl et Elrynd l'avait accompagné. En vain. Elle restait introuvable.

Freyki s'était enfermé dans sa chambre. L'état de cette dernière n'avait plus rien à voir avec le carnage qu'il y avait fait. Tout était rangé, les meubles brisés avaient été remplacés. IL soupira avant de s'assoir sur le bord du lit qui grinça. Il frissonna. La simple idée de savoir la jeune femme quelque part, seule, sans protection, lui était insupportable. Bien sûr qu'elle savait se débrouiller seule, mais il s'arrangeait toujours pour être à ses côtés, au cas où... Ce qui n'était pas le cas actuellement.

Quelqu'un frappa à la porte, ce qui le sortit de ses pensées inquiètes. D'une voix rauque, il demanda à la personne qui se trouvait là d'entrer. La porte grinça faiblement, et lorsqu'il releva la tête, il pesta. C'était Eloria Drehen. Cette dernière le regardait, un large sourire aux lèvres. Freyki se releva, et d'une voix sèche, demanda :

— Qu'est-ce que vous voulez de si urgent pour me déranger ?

La jeune femme s'approcha lentement, les yeux toujours rivés sur son souverain.

— Je voulais juste prendre de vos nouvelles. Vous semblez très peiné après la disparition de votre amie.

Elle insista sur le dernier mot, puis continua.

— Mon père aimerait connaitre vos réponses.

— Je lui ai dit que je lui donnerais dans un délai d'un mois.

— La patience n'est pas sa vertu principale vous savez mon roi.

Elle s'approcha encore du roi loup, rongé par la colère.

— Vous savez... Il vous suffirait tout simplement de répondre oui aux propositions qu'il vous a faites, et tout serait arrangé.

— Le moment est mal choisit pour ce genre de choses. Vous êtes tous aveugles autant que vous êtes...

Il n'avait pas tort. Comment le seigneur Drehen pouvait se permettre d'envoyer sa fille lui rappeler les propositions alors que dehors, un terrible dragon menaçait la cité, et même pire, le royaume tout entier ? Eloria secoua la tête.

— Nous ne sommes pas aveugle. Ces derniers temps, les soldats sont tombés comme des mouches aux combats. L'armée n'a plus le même visage qu'il y a quelques mois. Il va falloir recruter, et pour cela, il va vous falloir de l'argent. Ce ne sont pas les quelques paladins qui remplaceront une armée de chevaliers bien entrainés.

— Ces paladins sont bien plus puissants que de simples chevaliers.

— Et quand ils seront morts, ce ne seront que des cadavres. Réfléchissez aux propositions de mon père ! Si vous vous mariez avec moi...

— Jamais !

Freyki avait hurlé. Il y avait de la colère dans sa voix, et ses yeux fixaient la jeune femme avec une haine sans limite. Cette dernière recula, frissonnant de peur. Elle ne pensait pas qu'elle réveillerait la colère du roi loup. Ce dernier la fixait, et sans détourner ses yeux, d'une voix froide comme la mort, il lui adressa ces paroles :

— Jamais je ne vous épouserai. Il n'y a qu'une seule femme à qui j'ai fait cette proposition. C'est elle que j'ai choisi, et personne d'autre !

La jalousie se lut sur le visage d'Eloria. Le regard mauvais, elle lança :

— Elle ne reviendra sans doute jamais parce qu'elle s'est faite dévoré par un dragon !

Cette fois, s'en était trop. L'homme à la cicatrice hurla à nouveau de sa voix puissante :

— Sortez d'ici avant que je ne me décide à vous arracher votre langue de vipère !

La menace ne devait pas être prise à la légère. Eloria le savait, et rapidement, elle sortit de la chambre en claquant la porte.

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