La démence des quatre murs

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Savez-vous ce que c’est de ne pas dormir ? De ne pas trouver le sommeil parce que votre intérieur vous parle. Au cœur des pensées, de l’aura que génère votre maison, un bien-être persiste. Chez moi, il est parti depuis bien longtemps. Les cauchemars ont commencé il y a de cela trois jours.

Je venais de poser mes meubles. Mon ex-femme m’a quitté après huit ans de vie commune. Pourquoi ? Je n’en sais rien. La passion se creusait, sans doute. J’ai rencontré mes voisins, la trentaine, très gentils. Nous avons presque le même profil. Seulement, je suis un loup solitaire agressé par une force maléfique.

Les nuits étaient de plus en plus longues, baignées par un malaise grandissant. Chaque grincement, chaque bruit me faisait frémir. Je n’entendais plus que les chuchotements de ma maison. Les nuits défilaient, ma santé s’épuisait, mes idées se mêlaient les unes aux autres jusqu’à former une pelote de laine indémaillable.

Chaque jour, lorsque le soleil s’endormait, je restais éveillé. Mes voisins entendaient mes railleries, mes peurs, mes cris, du dîner jusqu’au petit-déjeuner. Cela faisait déjà presque quarante-huit heures que je n’avais pas fermé l’œil. Ma vie s’était arrêtée.

Jusqu’au jour où des policiers sont venus frapper à ma porte. Ils m’ont expliqué chercher quelqu’un. Un homme bouleversé, chamboulé par les évènements. Emporté par la folie. Moi.

J’ai réussi à les convaincre de me laisser tranquille malgré les odeurs pestilentielles refoulées par ma maison. Sans parler de mon pyjama qui m’accompagne depuis la première nuit. J’ai tout de même tenté de leur faire entendre les chuchotements et les bruits qui s’échappent de mon sous-sol. Aucune réponse. L’ignorance pure et dure. Je peux les comprendre. Surtout en voyant un gars comme moi, harponné par la malchance.

Les douches sont rares. L’hygiène, inexistante. Ma déchéance approche et causera ma perte si le carnage ne cesse pas immédiatement. La suite est terrible. Le démon a simplement serré davantage les écrous.

La nuit suivante, j’entendais mes meubles bouger depuis ma chambre. Je n’osais pas descendre en pleine bataille. Les verres se brisaient. Je pensais à mes voisins. Les pauvres. Endurer cela. La suite est affreuse. Vous n’êtes pas prêts.

Quelques jours plus tard, l’un des policiers qui étaient venus me rendre visite auparavant, me demande s’il peut entrer. Il fait mine de ne pas remarquer l’odeur infernale qui se dégage du moindre centimètre de ma maison. La folie me ronge de l’intérieur, mais la lucidité s’accroche du bout de ses doigts le long de la montagne abrupte. Il m’explique comprendre les évènements. Ou en tous cas, une idée émerge. Il mélange les bruits, le démon maléfique à mes voisins, puis termine sur les anecdotes de ma maison, longtemps inhabitée pour des raisons qui m’échappent. Un fil conducteur se tisse peu à peu dans mon esprit. Soudain, je jaillis de ma torpeur au moment où le policier reformule une dernière fois sa solution.

Je sors en trombe de mon logement et fonce vers la maison voisine. Je tambourine contre la porte, le cœur battant la chamade. Personne.

La réponse se révèle à moi lorsque je distingue derrière l’une de mes fenêtres, en fin d’après-midi, Sophia et Mathis, les menottes aux poignets.

Ces voleurs en cavale cachaient un magot impressionnant chez moi, avant que j’y habite. Ils s’arrangeaient toujours pour faire fuir les propriétaires afin qu’elle soit toujours vide. De ce fait, s’ils étaient soupçonnés et qu’un agent de police fouillait chez eux, il ne trouverait rien.

Mais je me demande toujours comment ils ont fait pour établir un lien entre ma maison et la leur. Le policier m’a expliqué, quelques jours plus tard, que d’anciennes galeries serpentaient sous les bâtisses de briques rouges. Ils les ont simplement raccordées en creusant un trou permettant d’accéder à mon sous-sol.

Aujourd’hui, cette histoire me hante toujours autant. Il m’arrive de cauchemarder et d’entendre des bruits la nuit. Bien entendu, ce n’est souvent que le réfrigérateur, ou la pluie par temps noir. La cicatrice laissée par ces plaisantins est profonde. Incorrigible. Je n’aurais qu’une seule chose à dire avant d’aller me coucher : Fermez la porte, regardez partout et méfiez-vous de vos voisins. Qui sont-ils ? Les enfants de Satan ? Informez-vous et n’oubliez pas d’éteindre la lumière. Ah oui, également, évitez les sous-sols, surtout sous d’anciennes galeries souterraines.

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