7. Envie

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Une larme roula sur sa joue, et ce fut la première. Elle était chaude sur sa peau glacée. Il avait mal, tellement mal qu'il ne parvenait pas à penser à autre chose que sa propre souffrance. Tout était décousu. Autour de lui, le temps empirait à vue d’œil. Les rafales avaient pris de l'ampleur, les éclairs étaient moins espacés. Les nuages étaient épais et noirs et la pluie tombait avec la force d'un torrent sur sa tête. Le tonnerre lui vrillait les tympans, comme si le sol se fracturait près de lui, et peut-être était-ce le cas. Son monde s'écroulait. Le monde s'écroulait. Et lorsque le ciel s'éclairait pour une demi-seconde, il y voyait une menace des plus grandes. On eut dit que c'était la fin du monde.

Il ouvrit brusquement les yeux en se redressant tout aussi vite. Transpirant de sueur, il crut un instant que c'était la pluie qui collait ainsi à sa peau.

Un cauchemar.

Autour de lui la réalité était d'une clarté à éblouir n'importe quel être humain. Pourtant il n'avait aucun mal à ouvrir ses yeux clairs, et soutenir la luminosité qui s'étendait à perte de vue. La douleur dans son dos, avait laissé à la place à un doux matelas de plumes qui tressaillait au moindre de ses gestes.

Tout lui avait semblé si réel, de sa mémoire envolée, aux sentiments qui s'étaient battus la place en lui. Du début à la fin il s'était senti entraîné dans une voie qu'on avait choisie pour lui, pourtant, il était là, essoufflé, à tenter de saisir ce qui lui échappait encore.

Il se leva, les brumes de ce mauvais rêve déjà en train de se dissiper. Il avança, croisant des visages qui ne ressemblaient à rien de ceux qu'il avait vu : sereins, si l'on pouvait dire, et à peine vivants d'ailleurs. Son absence ou sa présence n'avaient que peu d'importance à leurs yeux rivés sur la lumière qui les entourait.

Pourtant, un regard le toucha. Il ne s'en rendit pas immédiatement compte, mais lorsqu'il tourna la tête, son cœur, si c'est possible, manqua un battement.

Il était là.

Ses yeux quelconques lui souriaient.

Sa bouche articulait un mot à son attention. Merci ?

C'était Jason, le même et un autre.

Un tourbillon de pensées affleura l'esprit de Lucien, la première étant le fait qu'il n'avait pas seulement rêvé pour le voir ici. Mais lorsqu'il le chercha du regard pour aller à sa rencontre, il avait disparu, englouti par les silhouettes quasi identiques.

Il aurait pu croire qu'il était devenu fou.

Il aurait pu penser qu'il avait matérialisé un rêve.

Mais les deux plumes qui tombèrent près de lui, comme des fleurs fanées aux pétales manquants, noires et recroquevillées, vinrent confirmer que tout avait, enfin, été réel. Depuis le temps qu'il se demandait si c'était le cas, la réponse était enfin claire.

Il comprit que son voyage avait commencé à le changer.

Qu'il avait été grand temps qu'il rentre chez lui.

Il avait commencé à ressembler aux Hommes.

Non, à vouloir leur ressembler. À les envier.

C'était interdit.

FIN

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