Digne mordeur d'une future reine

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Je n'attendis pas longtemps (en fait, seulement le lendemain matin) pour partir à la recherche d'un mordeur. De temps à autre, je me frottais les mains avec un ricanement machiavelique. Vraiment, cette histoire dérangeait le peu de santé mentale que j'avais ! Même si, en y réfléchissant bien, je l'avais perdu en apprenant l'existence des vampires.

Mon exploration commença par un interrogatoire discret de Monsieur Biron, chaque fois qu'il poussait la porte pour me servir le thé. Des petites insinuations par-ci par-là qui ne récoltèrent qu'un énorme fronçement de sourcils, un coup d'œil autour de nous et un «Pas ici, voyons !». Un peu décourageant, me direz-vous. Peut-être pour n'importe qui d'autre, humain, caissière ou vampire, mais pas pour moi. Car le but de ma quête n'était pas mon interêt personnel mais celui d'Ezra. Et il comptait énormément pour moi.

Alors, je ne me suis pas découragée en rentrant bredouille dans mon appartement, ce soir-là. Je me suis préparée pour affronter les prochains interrogatoires que je devrais mener : un paquet de gâteaux à l'orange (mes préférés depuis que le garçon dont j'étais amoureuse en primaire m'en avait donné un en échange d'un chewing-gum à la fraise à peine mâché), un grand thermos de limonade (je n'avais plus de bouteilles vides et depuis quelques temps, je l'achetais en tonneau) et un mouchoir parfumé au citron-lilas (très joli mélange, que je vous conseille vivement) pour masquer l'odeur de mon sang aux autres vampires (j'avais pris cette habitude après une agression traumatisante quelques jours plutôt).

C'est avec une heure et vingt-deux minutes d'avance que j'arrivai au bar ce soir-là. Mon sommeil allait en prendre un coup mais tant pis, c'était pour la bonne cause. Le plus nonchalament possible, je me suis approchée du comptoir où attendaient deux vampires absorbés par leur boisson. J'évitais de regarder dans leur verre (d'après Ezra, c'était très mal poli) mais mon regard fut attiré sans raison par le liquide rouge et gluant qui grouillait à l'interieur. Malheureusement, un vampire à ma gauche surprit la direction de mes yeux et m'envoya balader avec un regard noir avant que j'ai pu ouvrir ne serait-ce qu'un milimètre de ma bouche. Je me détournai et me concentrai sur Roger qui me servait déjà une limonade. Avec l'air le plus détaché possible (j'avoue, ce n'était pas fameux mais c'était déjà ça, non ?), je lui ai demandé, au hasard, ce que buvaient les mordeurs. Peut-être que cette information me mettrait sur la voie de mon sauveur, on ne savait jamais. Un verre de limonade, m'a-t-il répondu. Au moins, il n'avait aucun soupçon à mon égard. C'était déjà ça de gagné.

Un coup d'œil alentour m'apprit que seulement deux personnes portaient à leurs lèvres cette boisson : une nourriture habillée d'une robe rouge au décolleté plongeant tellement courte que j'ai cru un instant que c'était un soutien-gorge et un homme qui buvait alternativement entre une chope de sang et un verre de limonade. C'était la première fois que je le voyais ici. Étrange, pensai-je avant de me rappeler l'histoire du fils d'Ezra, William, qui avait été mordu par son frère. Ce qui faisait de lui un mordeur-vampire ou un vampire-mordeur. Non, mieux, un vordeur ou un mampire.

Je me suis approchée de lui en réfléchissant au terme qui devait lui convenir le mieux. Je penchais pour mampire quand il s'est adressé à moi. Il voulait me parler. Je me suis retournée, croyant qu'il s'adressait à quelqu'un d'autre mais il n'y avait personne derrière moi. Je hochais docilement la tête tandis qu'il m'invitait à m'assoir face à lui. Il voulait discuter d'Ezra, disait-il. J'avais vu juste, c'était bien William Lemmon, son fils, que j'avais face à moi. À vrai dire, il lui ressemblait énormément. Depuis que celui-ci me connaissait, il avait l'air un peu plus heureux, parait-il, mais surtout il était tendu, comme si être joyeux était une trahison. William voulait que cela continue, sous entendu la joie d'Ezra, car il n'avait pa vu cette expression sur le visage de son père depuis une dizaine d'années, avant le décès de son ultime petite-fille, Lucie. Et il voulait qu'elle revienne sur son visage autant que moi.

Je l'ai testé quelques instants pour savoir s'il était vraiment près à tout pour lui (oui, il l'était) avant de lui exposer mon plan. Il me regarda d'abord avec de grands yeux. À ce moment, la ressemblance avec une chouette était frappante. Puis, la logique de ma proposition fit chemin jusqu'à son cerveau et il commença à acquiescer mon idée. Il me rappela tous les dangers que je courrais, que lui courrait et qu'Ezra courrait. Ce à quoi je répondais que j'étais parfaitement au courant.

Face à ma résignation, il finit par accepter que mon sort dépendait du sien et de celui du vampire qui mordrait. Et moi aussi. Pour l'instant, la terreur n'avait pas encore pris possession de mon corps, mais je savais que ce n'était qu'une histoire de temps. William, quant à lui, semblait être plongé dans une bulle d'euphorie. Plus la soirée avançait et plus son sourire s'élargissait jusqu'à ce qu'il vienne toucher son front et ne pas le lâcher. Plusieurs fois même, il déclara que c'était la meilleure idée et la seule réalisable.

Mais avant toute chose, il fallait convaincre Ezra. Et pour ça, j'avais au moins un allié dans la place.

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