3. "L'expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs." O. W.

9 minutes de lecture

William

Aujourd'hui, comme depuis deux mois, je me prépare pour mon stage dans un centre de désintoxication. J'y suis un psy chargé de comprendre comment ses patients en sont arrivés là. Généralement, les personnes qui se trouvent dans ce centre ont un programme strict à suivre : pendant un mois entier elles n'ont le droit à aucun contact extérieur. Elles doivent voir le psy une fois par jour pendant ce mois. Et les patients se voient prescrit des médicaments pour les aider à couper leur dépendance.

Au début je me suis dit que c'était étrange de donner des médicaments à des drogués en manque, puisque certaines de ces pilules contiennent des substances additives. Mais le but est ici de réduire la dose petit à petit. Donc depuis deux mois, tous les jours, je prends des notes lors de séances du médecin que je suis.

J'ai choisi de faire ce stage de troisième année dans ce centre. C'est vrai que ce n'est pas le plus palpitant lorsque j'entends mes collègues parler de leur propre stage, mais je trouve que nous avons un vrai rôle à jouer avec ce type de malades. Puis, peut être que mon histoire personnelle à jouer sur mon choix aussi...

Aujourd'hui je n'ai pas grand chose à faire. Je vais sortir un peu m'aérer.
Je me balade dans les rues de Paris, fais un peu de lèche vitrine. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs puisque je sais pertinemment que je n'achèterai rien. Mais ça fait tellement de bien de voir d'autres gens sans problèmes apparents. Parce que même si j'adore mon futur métier, écouter à longueur de journées les malheurs qui ont conduit les patients dans ce centre, ça épuise psychologiquement. Je n'ai que 22 ans, je n'ai pas encore construit ma carapace comme ils aiment dire dans ce métier.

Je m'arrête sur la terrasse d'un resto-bar. Une jolie serveuse vient à moi. Elle est jeune, je lui donne tout au plus vingt ans. Elle porte un short qui m'a l'air assez court puisqu'il est caché par son petit tablier blanc. Cette jolie tenue met merveilleusement en valeur ses longues jambes parfaitement bronzées. En guise de haut, elle porte un débardeur blanc assorti à son tablier et bien ajusté à sa taille de guêpe. Elle me sourit, poliment. Je le lui rends lorsqu'elle me donne la carte. Les prix sont un peu excessifs pour ce que c'est, mais juste pour le plaisir des yeux je vais commander une bière et une crêpe. La petite serveuse revient et j'essaye de voir son prénom : Léa.

- Vous avez choisi ?

J'acquiesce et lui commande ce qui me fait envie. Je voulais plus que tout lui avouer que c'est elle que je désirais mais je me suis dit que ça risquait d'être mal pris. Après tout, on ne se connait pas, je n'ai pas envie de passer pour un pervers.
Je n'ai jamais eu à me battre beaucoup pour avoir une fille. Depuis le lycée, car au collège j'avais, je dois bien l'avouer, un physique un peu ingrat. Mais au lycée, elles me courraient toutes après, ce qui ne m'avait pas aider à devenir modeste à vrai dire. La serveuse prend ma carte et repart, pour revenir une dizaine de minute plus tard. Elle me dépose ma crêpe et ma bière. Je la remercie et ose lui demander si elle est libre ce soir.

- Désolée, nous ne sommes pas autorisés à sortir avec des clients.
- Et bien on a qu'à dire que je ne suis pas un client, répondis-je en lui lançant un clin d'œil, très sûr de moi.

Elle me sourit mais repousse tout de même mon invitation, ce que je respecte, et n'insiste pas davantages.
Je mange ma crêpe sans prendre le temps de la déguster, sirote la moitié de ma bière puis retourne à l'hôpital pour le reste de la journée.

[...]

Me voilà de retour chez moi. Je ne suis qu'un simple stagiaire, j'ai donc la permission de rentrer chez moi pour la nuit. Si non, les infirmières, les psychologues et tous les autres restent à l'hôpital à tour de rôle pour surveiller les nuits. Les personnes en manque peuvent faire des crises d'angoisse, il faut donc les surveiller.

La journée n'a pas été trop mouvementée. Je me pose sur le canapé et allume la télé. Une manie de tout être humain ça ! On rentre, on s'avachit dans notre canapé et on allume la télé ! Et pourtant, il n'y a jamais rien à regarder. C'est vrai ! On pourrait très bien s'en passer. C'est pour cela qu'en élève studieux, j'éteins la télé et réécris au propre mes fiches brouillons que je fais lors des séances de psy.

Une fois fini de tout rédiger au propre, je jette mes brouillons et vais me coucher. Il n'est pas très tard mais je me lève tôt le lendemain et j'ai du sommeil à rattraper.
Lorsque je me réveille le lendemain, une question plutôt étrange, je l'avoue, me vient à l'esprit : pourquoi y a t-il tant de drogués dans le monde ? Tout en pensant à cette question, je prépare mon petit déjeuner. C'est quand même un phénomène en expansion la drogue ! Mais qu'est ce qu'elle leur apporte ? À quel moment en arrive-t-on à un tel point que nous avons besoin d'être enfermé en centre de désintoxication pour réussir à arrêter ? Il faudrait que j'interroge les patients. Ce sont tout de même les meilleurs placés pour répondre à ça, non ?

Je fini de me préparer et file vers le centre. Je me gare sur le parking réservé au personnel puis prends l'ascenseur jusqu'au deuxième étage. Là, j'entre dans ma petite loge, enfile ma blouse montrant que je fais parti du personnel. Sur celle-ci est indiqué mon nom de famille précédé d'un W : W. Cante.
Je ressors de ma loge sans aucune idée de ce que je vais faire aujourd'hui. Je traine donc dans les couloirs faisant mine de vérifier que tout va bien. Là, je vois une patiente assise sur une chaise, contre un mur, recroquevillée sur elle-même. Je crois que je la connais. Ses cheveux me disent quelque chose. A vrai dire, je ne distingue que sa chevelure longue, de la couleur des blés. Ils retombent sur son visage. Je m'approche d'elle et m'accroupis en face. Je pose mes mains sur ses genoux, lui faisant relever la tête. C'est une des patientes du psy que je suis. Elle s'appelle Amélie. Elle me regarde, les yeux embués de larmes. Son visage est pâle, faisant ressortir ses yeux rougis. Elle me fixe l'air de me demander ce que je lui veux, à croire que je vais la manger !
Elle n'a que dix-huit ans et était déjà là depuis un mois quand je suis arrivé. Je lui demande ce qui lui arrive et elle me répond en sanglotant qu'elle est en manque et qu'elle y a retouché il y a quelque jour.

- Comment as-tu fait pour t'en procurer ? Demandais-je perplexe.

Elle me regarde apeurée, comme si je venais de lui demander quelque chose de tout à fait horrible. C'est peut être bien ce que je viens de faire d'ailleurs... Elle baisse la tête et la hoche de droite à gauche.

- Je ne peux pas le dire, avoue t-elle dans un murmure.

Je me trouve dans une situation quelque peu délicate. Et je ne sais vraiment pas quoi faire. Je ne peux pas me permettre d'aller rapporter au psy qu'une de ses patientes à retoucher à la drogue. Ce ne serait vraiment pas sympa pour elle et je doute que ça ne l'aide. En effet, le médecin que je suis n'est pas du genre compréhensif, malgré le milieu dans lequel il travail. Il a la quarantaine passé et semble blasé de son métier. Je suis certain que si je lui avoue le faux pas d'Amélie, il la fera renvoyer du centre et elle sera livrée à elle-même.
Deux choix s'offrent donc à moi :
- Soit je force Amélie à me vendre son fournisseur puis je donne le nom de cette personne à quelqu'un de haut placé pour qu'il soit viré de ce lieu sans jamais parler de la patiente. Dans ce cas il faudrait que j'invente une histoire aux risques de me faire jeter de là si je me fait prendre un jour.
- Soit je mène ma petite enquête pour retrouver celui ou celle qui se sert de ces pauvres patients pour se faire de l'argent. Mais étant donné que je ne me lance pas dans une carrière de flic il serait mal venu que je me transforme en Inspecteur Barnaby à la recherche de toute sorte d'indices qui me mèneraient au coupable. Ce serait de la folie !

J'opte donc pour le choix numéro un bien que je ne sache pas encore comment m'y prendre. Peut être que le moyen de lui faire cracher le morceau serait de la mettre en confiance, de lui parler, s'intéresser à elle. Je lui propose qu'on aille dans un lieu plus calme, bien que le couloir ne soit pas très fréquenté. Au moins on est sur que personne n'entendra son erreur et pourra aller la dénoncer. Je lui suggère donc de m'accompagner dans ma loge assez inconfortable. Je nous fait de la place et lui offre le seul tabouret dont je dispose ; je resterai accroupi et au pire des cas, je m'assiérai par terre.

- Dit moi Amélie, commençais-je une fois qu'elle fut installée. Pourquoi as-tu commencer à te droguer ? Parce que lorsque je t'écoute parler lors de tes séances j'ai l'impression que tu avais une belle vie d'ado.

Elle lève la tête vers moi et j'aperçois ses yeux scintiller de mille étoiles comme si c'était la première fois qu'on s'intéressait à elle. Et avec une légère boule au ventre je me dis que c'est peut être le cas. Alors je m'efforce de m'intéresser réellement à elle et pas juste par nécessité.
Elle me raconte qu'effectivement, bien qu'elle ait eu une enfance agréable et une adolescence presque parfaite, elle a vécu une période assez compliquée. Ses parents étaient en instance de divorce, sa meilleure amie a eu un accident mais heureusement «elle s'en est sorti qu'avec quelque séquelles pas trop grave». Alors quand quelqu'un lui a proposé un jour de sniffer une petite ligne « juste pour essayer » elle a accepté. Puis ce juste pour essayer s'est vite transformé. Et de fil en aiguille elle est devenue accro jusqu'à arriver ici. Au début elle a eu beaucoup de mal à ne pas craquer, il lui fallait sa poudre. Mais petit à petit, elle a réussit à se soigner. Jusqu'à il y a trois jours, apparemment.

Son histoire terminée je me posais sur le sol, mes jambes trop engourdies pour rester une seconde de plus dans cette position. Je la fixais longuement cherchant à comprendre comment on pouvait entrainer les gens avec nous dans notre engouement pour la drogue. Il fallait être sacrément malin et beau parleur à mon avis. Je me demandais aussi ce que j'aurais fait si j'avais été dans le même cas. Peut être aurais-je été assez fort pour résister à toute cette pression et dire non, ou peut être pas. Ce que je savais, c'est que je voulais aider les gens.

- Merci, dit Amélie d'une douce voix, sincère.

J'étais troublé. Elle semblait avoir vraiment apprécier ce moment de confidence. Pourtant, elle voyait son psy régulièrement. À quoi servait-il si ce n'était pas à se confier ? En effet, quand j'y réfléchissais, lors de séances il ne leur demandait jamais de parler d'avant, mais de comment ils se sentent maintenant. Évidemment, tout le monde veut partir d'ici, alors ils pensent qu'en disant que tout va bien ils sortiront plus vite. Mais non, ils sont toujours présents. Je me dis alors qu'à présent j'essayerai de rencontrer personnellement ces patients afin de faire à ma façon, sans que le médecin s'en aperçoive, même si ça signifiait mettre en danger ma place ici, et par conséquent, mon année.

Après cet entretien, je raccompagne la jeune fille dans sa chambre en lui expliquant de faire comme d'habitude et que je reviendrai vers elle si elle le souhaitait pour continuer nos confidences. Elle acquiesça avant de refermer la porte de sa chambre. Je restais un moment face à la porte à me demander si mes interventions allaient être utiles.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 7 versions.

Vous aimez lire Klaire.DBS ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0