Nuit d'orage

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Au cœur de la nuit, quatre ombres fusaient entre les épaisses gouttes vermeilles qui résonnaient avec fraca sur les toits. Malow avait espéré que la tempête lui aurait permis de couvrir son forfait, il n’en fut rien. Une petite erreur de jugement par ci, un saut mal ajusté par là, et voilà qu’il se retrouvait à courir comme un dératé dans les rues désertes, traqué par trois colosses en sorciré. Les mèches de cheveux gluants qui lui collaient au visage, ajoutées à sa tunique noire alourdie et tout empoissée, l’empêchaient de se mouvoir comme il le voulait. Maudite pluie veinifère, songea-t-il. Si je ne trouve pas une échappatoire d’ici dix minutes, je vais me retrouver cloué au sol comme une satanée mouche, et là…

Un éclair jaillit de la foudrelance d’un de ses poursuivants et se précipita droit sur lui. Malow se jeta sur le côté pour tenter de l’éviter, sans succès. Le projectile l'atteignit à la jambe gauche. Il sentit l'électricité se répandre dans tout son corps avant de s'écraser douloureusement au sol. En un instant, les trois gardes l’encerclèrent. Pendant que deux d’entre eux le tenaient en joue, l’autre le fouillait sans ménagement. Lorsqu’il se redressa, une petite sphère en métal doré, entourée d’un mince anneau d’argent flottant, reposait dans la paume de sa main. Une voix grave, bouffie de dédain et d’arrogance, s’éleva alors.

— T’pensais vraiment pouvoir nous échapper sous cette pluie, sale petit rat ? Un rire guttural s'échappa derrière son masque en cuir. Maintenant, tu vas nous suivre bien gentiment, j’suis sûr que l’comte aura envie de jouer un peu avec toi avant ton exécution.

A l’instant où le malabar s'apprêtait à attraper Malow, un intense flash lumineux lui voila la vue et un énorme BANG lui perça les tympants. Quand le voleur retrouva l’usage de ses yeux, il vit les trois gardes allongés à ses côtés ; d’épaisses volutes de fumée noirâtres et nauséabondes s’élevaient de leurs corps inanimés.

— Mais, qu’est-ce que… chuchota-t-il.

La petite sphère dorée se trouvait juste devant lui. La chance me sourit enfin, se dit-il. Sans réfléchir davantage, il l’attrapa et se releva en s’aidant du mur. Il ne fit pas trois pas en clopinant qu’une voix résonna juste au-dessus de lui.

— Tu fais un bien piètre voleur, jeune homme.

Une femme aux longs cheveux roux, drapée d’une pèlerine noire aux extrémités couvertes de fourrures, flottait à cinq mètres du sol. Les gouttes de pluie veinifère semblaient s’arrêter à quelques centimètres de son visage pour s’écouler tout autour d’elle. De larges traînées visqueuses et rougeoyantes l’enveloppaient sans pour autant la toucher.

— Je n'ai aucune animosité envers toi. Donne moi simplement le prédicateur, maintenant.

Le coeur de Mallow battait à tout rompre, il ne pouvait simplement pas s’en séparer. Il tourna son regard vers une des foudrelances qui gisaient à quelques centimètres de ses pieds.

— Jusqu'au bout, hein ? Je respecte ça, mais si j’étais toi, j'éviterais de tenter une telle idiotie. Tu dois bien te rendre compte que tu n’as aucune chance.

La femme fit un petit geste désinvolte en direction des trois cadavres encore fumants.

— Je…je ne peux pas vous le donner.

— Et pourquoi donc ?

— J’ai un contrat, et si je ne le respecte pas…

— Le contrat, c’est moi. Et tu viens d’échouer, jeune homme.

— Quoi, mais alors c’est vous qui retenez Néléhilé ?!

— On peut dire ça.

— Dites-moi où il est, je vous en prie.

— Et pourquoi ferais-je cela ? Tu t’es fait attraper, tu étais à deux doigts de perdre l'objet, et tu m’as obligé à intervenir. Alors que le but de cette pittoresque entreprise était justement de ne pas m’impliquer.

— Qu…quoi ? Alors tout ce que j’ai fait n’a servi à rien.

L’écho des cris de panique et l’ombre du corps sans vie de la pauvre servante qui avait plus tôt croisé son chemin s’imposèrent péniblement à lui.

— Tu auras d’autres occasions de te distinguer, ne t’en fais pas. Donne le prédicateur, tout de suite. Puis elle ajouta, comme pour elle-même : l’autre ne devrait pas tarder à sentir ma présence.

— Non !

Tout en levant les yeux au ciel dans un soupir exaspéré, la femme fit danser sa main droite en une chorégraphie aussi précise que compliquée. La petite sphère s’arracha avec force de la poigne de Malow et s’éleva au-dessus de lui. Affolé, il rassembla toutes ses forces dans un saut désespéré. Il réussit à attraper l’objet des deux mains. En dépit de ses ruades, le jeune voleur se trouvait irrémédiablement attiré vers la sinistre silhouette. Arrivé à sa hauteur, Malow fixa nerveusement l’éclat ocre des yeux bridés qui le dévisagaient.

— Saintes Eaux, tu es vraiment têtu comme garçon.

— Rendez-moi Néléhilé !

BANG. Le même bruit qui avait précédé l’arrivée de la femme en noir retentit non loin.

— Eh bien, on dirait que les choses se gâtent. Accroche toi à moi, jeune sot.

— Quoi ?

— Roh, mais quel empoté. Dépêche toi, nous devons partir. Je ne peux pas te laisser ici, et je ne tiens pas vraiment à avoir la mort d’un innocent sur la conscience.

— Innocent…?

Dans un nouveau soupir irrité, elle attrapa Malow et le colla contre elle.

Le monde se mit à tourner. Tous ses membres s'applatirent. Il eut la sensation de s’être transformé en une feuille de papier qu’on essayait lentement et minutieusement de changer en une boule bien compacte. Douleur, souffrance, hurlement de terreur puis, un immense soleil roulant doucement sur un ciel azur.

Lorsqu’il reprit ses esprits, il était allongé au milieu d’une plaine verdoyante. Une silhouette noire s’éloignait à l’horizon.

— Attendez-moi ! s'écria-t-il.

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