Chapitre 7. Le voyage d'affaires

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Je suis le premier arrivé à l’aéroport. Comme à mon habitude, je suis parti trop tôt, et ai désormais près d’une heure d’avance sur le reste de mes compagnons de voyage. Mais ça me permet au moins d’être détendu. Les stressés des horaire d’avion compatiront. Pour prendre mon mal en patience, je décide de prendre un chocolat chaud dans un Starbucks près des comptoirs d’enregistrement. Et de lire un magazine d’actualité américain. Pour commencer à m’acclimater. Je tâte régulièrement la poche intérieure de mon manteau, pour vérifier que j’ai bien pris mon passeport diplomatique. Tout neuf. Ce sera son premier voyage. New York. « Au siège », disent les collègues. Celui des Nations Unies, vous aurez compris. Pour la semaine du climat. Une sorte de conférence internationale mêlant hommes politiques et géants de la tech qui font tous semblant de s’engager pour sauver la planète l’espace d’une semaine, à grands coups d’annonces médiatiques et de promesses de dons dont trop peu verrons effectivement le jour. Bref, un sacrée expérience en perspective.

Plus d’une heure plus tard, Maria et Ulysse me rejoignent, arrivant paniqués à quelques minutes d’intervalles. Nous sommes presque en retard. Je les gronde gentiment, termine mon chocolat et nous nous dirigeons tous les trois vers la sécurité.

J’estime avoir déjà beaucoup voyagé pour mon âge. La cabine d’un avion de ligne est pour moi un environnement familier. Mais de m’installer pour la première fois de ma vie en classe affaires me fait une sensation toute étrange. Electrisante. Une fierté un peu honteuse. Une joie que je me dois de dissimuler, par pudeur et respect envers les passagers moins fortunés. Comme si j’avais gagné à la loterie. Mais très vite, en découvrant le confort du fauteuil et l’espace dont disposent mes épaules et jambes, tout sentiment de culpabilité s’évanouit.

C’est Ulysse qui prend place à côté de moi. Le veinard. J’ai obtenu de Hristov qu’il nous accompagne à New York et le service mission n’a pas vérifié son statut de stagiaire, ce qui lui évite de se retrouver à l’arrière de l’appareil, en classe économique, avec les vacanciers et les étudiants en échange. Etant donné son gabarit de géant, la classe affaires me semble de toute façon un minimum vital pour un telle odyssée aérienne. Ce qui ne l’empêche visiblement pas de goûter son plaisir. Il teste une à une les fonctionnalités de son écran tactile, les yeux brillants comme ceux d’un enfant devant le cadeau de Noël qu’il avait placé en première place sur sa liste.

- C’est le pied, me dit-il, incrédule. D’habitude, je suis coincé à côté d’un gros bourré de somnifères qui s’endort sur moi avant le décollage, ou pire, d’un pervers sexuel qui me jette des regards en coin pendant toute la durée du vol. Et là, j’ai tellement de place…

- Et pourtant tu restes coincé à côté d’un pervers sexuel, qui compte bien te jeter des regards en coin pendant toute la durée du vol. Comme quoi, on échappe pas à son destin.

- Pfff…

Il pouffe en souriant, puis se redresse dans son siège, quelque peu déstabilisé par ma remarque. Je m’en veux. Je sais qu’il en pince pour moi, je ne devrais pas en jouer de la sorte. Je me tourne vers Maria, installée derrière moi. Qui m’a avoué avoir une peur bleue de l’avion.

- Pas trop stressée ? demandé-je. Tu as l’air stressée…

- Si, si… Mais je compte bien sur les trois coupes de champagnes offertes pour m’aider à me calmer. En tout cas, si je commence à crier comme une tarée, je t’autorise à m’assommer.

- Ou à te donner ma coupe de champagne, peut-être, pour commencer ?

- J’ai déjà compté la tienne et celle d’Ulysse dans les trois que je t’ai mentionnées. Et inutile de protester, s’il te plaît, c’est médical, à ce stade !

L’avion s’arrache lentement du terminal, et Maria se cramponne à ses accoudoirs. Je ne peux pas m’empêcher de rire. Et de commander immédiatement ma coupe de champagne offerte sur la tablette de l’avion pour soulager mon amie. Très vite, l’appareil se propulse dans les airs, et, crevant l’épaisse chappe de nuages qui stagne au ras de la cime des Alpes, file vers les Etats-Unis dans un ciel d’azur.

*

Nous atterrissons à New York le vendredi soir. La semaine du climat ne commence que lundi : nous avons donc l’intégralité du weekend devant nous pour explorer ville en parfaits touristes européens. Hristov nous rejoindra le dimanche, il n’a pas jugé utile de dédier quelque jours à la visite de la ville, qu’il doit sans doute déjà bien connaître, puisqu’il n’en est pas à sa première semaine du climat. Loin de là.

Et pour ma part, je compte bien utiliser ce temps précieux pour rendre une visite à un certain Filip. Vous ne l’aurez, je l’espère, pas oublié. Moi non, en tout cas. Nous nous étions promis de nous revoir avant qu’il ne quitte Genève, j’ai désormais l’occasion de mettre ma promesse à exécution. Et je suis plutôt excité à l’idée de retrouver mon beau flamand aux cheveux dorés, même s’il est vrai que nous n’avons pas échangé le moindre message depuis un certain temps, maintenant. Profitant du wi-fi de l’aéroport, je romps ce silence de plusieurs mois et envoie un message à Filip sur Whatsapp.

« Salut, c’est Loïc. Je t’avais promis de traverser l’Atlantique pour te voir, et me voilà à New York. Rassure-toi, je viens d’abord et avant tout pour la semaine du climat, je ne suis pas un psychopathe (à ce point). Mais si tu as le temps et l’envie, ça me ferait très plaisir de te voir ».

Je ferme l’application, un peu nerveux à l’idée qu’il ne me réponde pas. Ou pire, qu’il me réponde « non ». Je préfère ne pas y penser. Maria, Ulysse et moi sortons du hall des arrivées de JFK et nous engouffrons dans le taxi noir et jaune qui file en direction de l’hôtel, vers la sombre forêt de gratte-ciels illuminés qu’est Manhattan à la nuit tombée.

*

Le lendemain, aidés par le décalage horaire, nous partons tous trois de bon matin pour Times Square, histoire de prendre quelques photos attendues de New York, pour nos familles et, soyons honnêtes, nos réseaux sociaux respectifs. L’air de la côte est des Etats-Unis, en ce début de décembre est tout simplement glacial. A priori, un breton, un espagnole et un flamand ne devraient pas s’en accoutumer aussi facilement. Mais avoir passé les premiers frimas au cœur des Alpes nous a appris les rudiments de l’hiver, le vrai. Emmitouflés dans d’épaisses écharpes et bonnets, nous sommes certes parfaitement ridicules, mais au chaud, et passons complètement inaperçus au milieu de la faune bariolée des newyorkais.

Maria, visiblement à son aise dans la jungle urbaine, virevolte dans tous les sens, et insiste pour qu’on la prenne en photo devant chaque objet ou lieu emblématique de la ville. Du vulgaire « naked cow boy » à la guitare en guise de cache-sexe au majestueux et improbable Flat Iron Building. Ulysse et moi nous plions volontiers à ses caprices. La bonne humeur est de mise, et le groupe est soudé.

Le midi, après avoir traversé l’Hudson, nous nous réfugions dans un restaurant hipster de Brooklyn où l’intégralité du personnel est tatoué, barbu et militant végan. Même pour moi, végétarien convaincu, c’est un peu trop – le burger de chou-fleur et pois chiche me laisse un peu sur ma faim, et ce malgré les vingt-cinq dollars déboursés pour l’occasion.

L’après-midi, nous nous accordons la visite d’un gratte-ciel et tentons de prendre des photos de groupe avec la vue sur Central Park en arrière-plan. Ce n’est pas une tâche aisée : Ulysse nous dépasse largement, Maria et moi. D’une tête, pour ma part, et sans doute de deux, pour Maria. Sur la moitié des clichés, on en voit que le menton d’Ulysse et le sommet du crâne de Maria. Mon visage, en tout cas, est toujours bien centré. L’avantage d’être d’une taille tout à fait banale.

Morts de froid malgré nos multiples couches protectrices, nous rentrons à l’hôtel à la nuit tombée. Je connecte alors mon téléphone au wi-fi et vérifie mes messages. Déçu. Toujours pas de message de Filip.

*

Il me faut attendre le milieu de la nuit pour avoir de ses nouvelles. Ne parvenant pas à m’endormir, le rythme de sommeil bouleversé par l’avion et le décalage horaire, je m’occupe comme je peux en regardant des vidéos sur mon téléphone. Certaines plus « tous publics » que d’autres. Soit. Sans commentaires. Passons.

Quand soudain, vers deux heures du matin, je reçois un message Whatsapp de sa part.

« Loïc, je viens tout juste de rentrer à New York ! Tu tombes bien, j’étais en vacances en Amérique du Sud la semaine dernière. Si tu veux, on peut se voir demain. Tu es libre ? »

Mon cœur se desserre immédiatement. Il ne m’a pas ignoré, il était en voyage. Je réponds sans plus tarder.

« Avec plaisir ! Ou est-ce et quand est-ce qu’on peut se retrouver ? »

« Tu ne dors pas, à cette heure avancée de la nuit ? Si tu es disponible vers seize heures, tu peux venir chez moi. J’aurais le temps de ranger et nettoyer… »

Il m’invite directement à passer le voir chez lui ! C’est plutôt bon signe… J’accepte son offre. Quelques secondes plus tard, il m’envoie son adresse. Je verrouille mon téléphone et le pose sur ma table de chevet. Me remémore le beau visage de Filip, et son sourire à la blancheur impeccable. Je n’ai plus besoin de vidéos pornographiques pour terminer ma besogne avant d’aller dormir.

Dimanche matin, Maria, Ulysse et moi flânons dans les rues de Manhattan sans but précis. Le temps est encore plus rude que la veille. La température est largement descendue en dessous de zéro. Les bouches d’aération du métro fument sous l’effet du choc thermique.

En début d’après-midi, je leur explique devoir aller rendre visite à un ami. Je ne mentionne pas le nom de Filip, car Maria doit avoir un vague souvenir de ce nom que j’avais dû maudire, sous l’effet combiné de l’alcool et de la mélancolie, lors de nos innombrables sorties de célibataires du printemps dernier. Je n’ai ainsi pas à m’expliquer, et peut quitter mes deux amis sans craindre d’être interrogé à mon retour.

*

L’immeuble de Filip se trouve dans une rue proprette et tranquille de l’Upper East Side. Un classique bâtiment de briques rouges, haut de cinq ou six étages, la façade ornée des traditionnels escaliers de secours en fonte peinte en noir. La porte de l’immeuble est ouverte. Je pénètre dans le bâtiments. Il m’a dit de monter au cinquième. Je monte les marches quatre à quatre. J’ai tant hâte de le revoir, je ne peux pas attendre une seconde de plus. J’arrive sur son palier, essoufflé. Il va vite falloir que je me remette au sport. Mais pas maintenant, j’ai plus urgent à faire. Après m’être assuré que son nom figure bien sur la sonnette, je tambourine à sa porte avec frénésie. J’aurais pu utiliser la sonnette, me direz-vous. J’y pense trop tard. Je n’ai pas l’esprit très affuté, trop accaparé par l’angoisse de ces retrouvailles fortuites avec mon beau flamand. J’ entends mon cœur battre contre ma poitrine, comme s’il voulait d’en échapper.

Soudain, il apparait dans l’embrasure. Filip. Le visage rond, le regard pâle, le bout du nez rose, et le sourire éclatant de blancheur. Comme toujours. Il s’est laissé pousser une légère barbe blond-roux qui donne à son visage poupin une aura virile indéniable Vêtu d’un simple t-shirt noir près du corps et d’un pantalon kaki ourlé aux chevilles, il ne doit pas dénoter d’un iota dans la foule des hipsters de Brooklyn. Je remarque qu’il s’est quelque peu épaissi, depuis la dernière fois que je l’ai vu. Il a pris en muscle, ses bras son plus larges et ses cuisses plus épaisses. Une étrange sensation de chaleur s’empare de moi à le regarder m’accueillir ainsi. Un confort familier, qui me ramène à des moments plus doux. Je n’avais plus rien ressenti de tel depuis son départ.

Guidé par l’instinct, je viens le saluer d’un long baiser que je dépose tendrement sur ses lèvres chaudes. Ça fait du bien de le retrouver. De se retrouver.

L’appartement de Filip est d’une taille ridicule comparé à celui dont il disposait à Genève. Un petit salon qui fait également office de salle à manger et de bureau, une cuisine équipée ouverte sur la pièce principale et une chambre dotée d’un simple lit et d’une salle de bain attenante. Le tout ne manque pas de charme, avec la brique apparente des murs et le style industriel que l’on est en mesure d’attendre d’un appartement newyorkais. Mais visiblement, en dépit du salaire généreux qu’offrent les Nations Unies à ses employés, les prix de l’immobilier à New York ne permettent pas d’envisager l’espace dont nous disposons à Genève. Qui n’est pourtant pas réputée pour être une ville bon marché.

Filip m’offre un verre de vin. Je refuse, il est encore trop tôt pour boire. Pour moi, en tout cas. Je prendrai un verre d’eau à la place. Pétillante, s’il a. D’une main tremblante, le regard plein d’espoir et de désir, il me tend un verre rempli de San Pellegrino. Puis, sans doute rendu timide par les quelques mois qu’ont duré notre séparation, me demande d’une voix hésitante :

- Tout va bien pour toi, Loïc ?

Amusé par la simplicité incongrue de sa question, je réponds sur le même registre, feignant un détachement tout à fait improbable au vu de la tension sexuelle qui emplit tout la pièce, au point que l’air en devienne irrespirable.

- Génial. Et toi, quoi de neuf ?

Il fait la moue, visiblement sensible à mon ironie.

- Bon, on peut discuter après si tu veux, poursuis-je. là j’ai vraiment, vraiment envie de toi.

Il marque un temps d’arrêt. Son regard gris d’ordinaire si paisible se fait tempête. Il passe sa langue sur ses lèvres roses. Je ne résiste pas une seconde de plus, et vient y coller les miennes. Sans interrompre notre baiser, il me plaque contre le mur. Le verre de San Pellegrino finit sur le sol. Sans que lui ni moi n’y prêtions vraiment attention. Ses mains courent le long de mon corps. Passent de ma nuque à mon torse. S’attardent sur l’entrejambe de mon jeans. Epousent la rondeur de mes fesses. Ces douces caresses me font tourner la tête. Je gémis déjà, plus de désir que de plaisir. Le son qui s’échappe de mes lèvres vient mourir dans les siennes.

Avec précipitation, les gestes saccadés, nous nous défaisons de nos vêtements. Un à un. Quand il retire son t-shirt, je constate avec une joie non-dissimulée qu’il s’est en effet adonné à la musculation depuis son arrivée à New York. Son torse blond, déjà large et plutôt musclé lors de notre dernière rencontre, est désormais véritablement athlétique, comme le veulent les canons américains de la beauté masculine. Il porte un joli slip noir et moulant qui révèle le galbe généreux de sa virilité. Très vite, ce dernier disparaît à son tour. Et je retrouve son sexe à la toison rousse coupée à ras qui m’avait tant manqué.

Je descends vers ce dernier, ne tenant plus en place. L’odeur familière de sa queue me replonge quelques mois en arrière, en des temps plus simples et somme toute plus heureux. J’inspire profondément et commence à la sucer tout doucement, de la pointe des lèvres. La pointe de ma langue sur son gland lui fait l’effet d’une décharge électrique. Il en chancèle, et se laisse tomber sur le canapé. Me facilitant la tâche, puisque son sexe ainsi érigé vers le ciel m’est d’autant plus facile d’accès. Mes va-et-vient s’intensifient à mesure que je le sens se raidir dans ma bouche. Ses doigts enfouis dans mes cheveux m’indiquent le rythme à suivre. Je m’y applique avec zèle.

Puis, sentant qu’il s’approche trop près de l’instant fatidique, je stoppe net. Le laissant lutter contre le plaisir et pour retrouver son souffle. Une fois que je sens le combat gagné, je décide de tenter ma chance :

- Filip, au risque de me répéter, j’ai vraiment envie de toi. Vraiment.

J’insiste sur le « vraiment ». Il comprend tout de suite où je veux en venir. Me prend par la main, et m’emmène dans la chambre. Tels deux adolescents en quête d’un peu d’intimité. Sur le lit, nos baisers reprennent, plus torrides encore. Allongés l’un contre l’autre, je sens ses doigts qui délaissent vite mon sexe pour venir frôler mon trou encore étréci. S’aidant d’un peu de salive, il commence alors à me détendre du bout des doigts.

A ma grande surprise, je réponds vite à ses gestes, et le laisse enfoncer un, deux, puis trois doigts préalablement léchés par ses soins. Me jugeant prêt et suffisamment lubrifié, il m’invite à replier les jambes et à lui offrir mon derrière, ce que je fais sans me faire prier. Et son regard gris plongé dans le mien, il me pénètre délicatement de toute sa queue brûlante. Dans la précipitation, nous n’avons pas eu la présence d’esprit de mettre de préservatif. Ni lui ni moi n’y pense vraiment, à cet instant. Et c’est trop tard, à présent.

- Putain, Loïc, tu m’avais manqué, s’exclame-t-il une fois entièrement en moi, en pleine extase.

- Toi aussi, espèce d’idiot ! Tu imagines combien de temps j’ai mis pour arrêter de penser à toi tous les soirs ?

- Je ne sais pas si je peux dire que j’ai complètement arrêté, en ce qui me concerne. Et ça ne risque pas de s’améliorer après ça…

Il interrompt notre conversation d’un long baiser passionné. Et commence alors ses va-et-vient, lentement, prenant soin de ne pas forcer. Je pousse de petits gémissements timides. Par jeu plus que par nécessité. Je ne ressens aucune douleur. J’ai tant attendu ce moment, je suis complètement anesthésié par le désir. Nos bouches se quittent et se retrouvent inlassablement, à mesure qu’il amplifie ses saillies, je commence à gémir de plus belle. Le désir monte en vague depuis mon derrière jusqu’à l’arrière de mon crâne. Je lutte pour garder les yeux ouverts, mais m’efforce de ne pas perdre un miette du somptueux spectacle que m’offre son beau visage, déformé par l’effort. Il accélère encore le rythme. Je suis traversé par de puissants tremblements. Filip le remarque, et me demande :

- Tu veux changer de position ?

J’acquiesce, et me relève, puis me place à genoux, jambes écartées, face au mur de briques rouges. Dans mon dos, la chaleur du corps blond de Filip me recouvre intégralement. Et sa queue retrouve très vite le chemin de mon trou. Et s’y insère sans difficulté. Filip reprend alors ses coups de reins. Une main passée autour de ma poitrine, et l’autre enroulée autour de mon sexe rendu dur comme le fer à force d’être branlé de la sorte. Il est impossible de dire qui de nous deux craquera le premier. Le ballet de nos corps étreints dure ainsi de longues minutes. Le temps perd de sa substance. De sa signification. Je ne compte plus les secondes mais les saillies de Filip. Qui chacune déclenche en moi une violente vibration de désir.

Et puis soudain, sans que je ne m’y attende, je sens Filip se crisper, puis se figer, et un liquide chaud remonter lentement en moi. Il n’a pas tenu plus longtemps. Et se vide en moi sans oser crier en dépit du plaisir immense qu’il ressent alors. De mon côté, la pression est aussi devenue trop forte. Je jouis sans retenue, projetant mon jus en de longs jets contre le mur de sa chambre. Tremblant de manière incontrôlée. Complètement possédé par le plaisir. Puis nous nous affalons tous les deux sur le matelas, épuisés autant par l’effort que par l’attente interminable de plusieurs mois qui l’avait précédé.

*

Dans les bras l’un de l’autre, nous rattrapons le temps perdu, en discutant à bâtons rompus. Il me dit n’avoir personne à New York. Personne de régulier, en tout cas. Je lui dis être dans la même situation de mon côté de l’Atlantique. Pas grand-chose à signaler si ce n’est quelques aventures d’un soir et des romances de bureau. Je lui épargne les détails les plus croustillants de ces derniers mois, Alvaro, Hristov, Nicolas et Peter, voire même Ulysse, souhaitant avant tout préserver mon image auprès de Filip, qui ne m’imagine sans doute pas comme un dépravé sexuel.

Soudain, j’étends mon téléphone vibrer sur sa table de chevet. Je vérifie, au cas où le message serait important, sait-on jamais. C’est Hristov. Le maudit Hristov.

« Loïc, je viens d’arriver à New York. Il faut qu’on discute, pour préparer la journée de demain et les suivantes. Je ne sais pas où tu es maintenant, mais si tu peux passer dans ma chambre dès ton retour à l’hôtel, il y a deux-trois choses urgentes qu’il font qu’on règle. »

- Ton amant dont tu viens de me nier l’existence ? me demande Filip en riant de bon cœur.

- Pire, mon chef, réponds-je du tac-au-tac, espérant ainsi ne pas trahir l’ambiguïté de ma relation avec Hristov.

*

Un peu plus d’une heure plus tard, le taxi me dépose devant l’hôtel. Le cœur encore un peu lourd d’avoir laissé Filip, je passe par ma chambre pour me brosser les dents et me changer. J’ai encore suffisamment de dignité pour ne pas me présenter à mon supérieur dans la tenue qui a servis à de tels ébats. Puis, je me rend dans la chambre de Hristov, tel qu’il me l’a demandé dans son message. Je frappe, et il m’ouvre, tout sourire, vêtu d’un simple t-shirt et d’un pantalon de jogging. En pyjama, donc. Je ne l’avais jamais vu porter autre chose qu’une chemise et un pantalon de costume. Surpris, je lui demande la raison de ma présence.

- Je suis là ! Qu’est-ce qu’il y avait de si urgent ?

- Hmm… C’est quoi ce petit ton insolent ? répond-il d’un ton amusé. Tu es à la limite de l’insubordination, Loïc !

Je ne relève pas sa remarque, et attend une réponse plus concrète, impatient. Il me fait signe de rentrer.

- Viens, si tu veux bien ?

J’entre sans comprendre où il veut en venir.

- Comment ça, si je veux bien. Qu’est-ce qu’il se passe, Hristov ?

Il referme la porte derrière moi, et, sans prévenir, me plaque contre le mur et se presse contre moi pour m’embrasser.

- J’avais envie de toi, c’est tout. Ça commence à faire un moment qu’on a pas baisé, toi et moi…

- Hristov, ce n’est pas le moment, là !

- Bien sûr que si, c’est le moment. On est tous les deux à New York, en déplacement, logés dans le même hôtel. Ça n’a jamais été autant le moment.

Je sens son haleine chaude courir le long de mon cou alors qu’il y dépose quelques baisers. Je reste de marbre. Mais sens une gigantesque bosse se former sous son jogging, au niveau de l’entrejambe. Voyant que je ne serais pas celui qui prendra l’initiative, Hristov s’agenouille à mes pieds et défait le bouton de mon jeans. Je tente de résister.

- Je te dis que ce n’est pas le moment !

Coupant court à mes protestations, Hristov commence à me branler lentement à travers le tissu de mon caleçon. Je feins un dernière complainte.

- Hristov, tu abuses…

- Oh, tu ne vas pas me dire que tu n’en as pas envie, rétorque-t-il d’un ton ferme. D’ailleurs, ça serait mentir, ajoute-t-il, à moi d’abord, et à toi-même.

L’œil malicieux, il désigne alors la bosse qui se forme lentement dans mon caleçon. Excédé, je baisse les bras et lui donne ce qu’il désire tant. D’un geste brusque, je baisse mon caleçon et mon pantalon jusqu’à mes chevilles, et laisse mon sexe dénudé se dresser crânement contre son visage. D’en bas, Hristov me regarde d’un air satisfait. Et vient donner quelques rapides coups de langue sur le bout de ma queue, avant de l’avaler toute entière. Il me suce ainsi pendant quelques secondes. Visiblement assez peu habitué à le faire, à en juger par sa maladresse. Et le court laps de temps qui lui suffit pour se lasser.

Très vite, il se relève et, me prenant sous les aisselles, me soulève et me porte jusqu’à son lit, sur lequel il me jette sans ménagement. Il m’ordonne de retirer mon t-shirt, alors que lui-même se déshabille intégralement. Comme lors de notre dernière fois, il ne porte pas de sous-vêtement. Ce doit être une seconde nature, chez lui. Je redécouvre ainsi son corps puissant à la peau pâle, intégralement rasé. Et son sexe immense. Déjà presque raide et pointant vers le plafond, défiant les lois de la gravité. Et de l’anatomie humaine. Je n’en crois toujours pas mes yeux. A me voir admirer sa queue de la sorte, Hristov arbore une mine satisfaite avant de me rejoindre à quatre pattes sur le lit.

D’un geste bourru, il me couche sur le dos, puis me retourne sur le ventre. Pour accéder à mon derrière. Et pas même une seconde ne passe avant qu’il n’y imprime sa première fessée. Le claquement retentit à mes oreilles. Vif et aigu. J’avais presque oublié son goût pour les châtiments corporels…

- Il m’avait manqué, ce petit cul… dit-il d’une voix dans laquelle je devine une pointe d’excitation.

Et je ne me trompe pas. Car très vite, une autre claque suit. Puis une autre. Et encore une autre. Plus forte à chaque fois. Quand je laisse échapper le premier petit cri, Hristov, satisfait, interrompt la séance de punition.

- Bon, tu as eu ce que tu voulais, maintenant, à mon tour, marmonne-t-il entre ses dents.

Et soudain, sans les sommations d’usage, il vient coller son gigantesque sexe dur contre ma raie, encore légèrement irritée par le passage de Filip. Je sens l’épaisseur de son membre se frayer entre mes fesses. J’inspire profondément. Me faire prendre par Filip, c’est une chose. Me faire prendre par Hristov, c’en est une autre. Mais, à ma propre surprise, je sens mes reins se cambrer pour lui faciliter le passage. Mon esprit hésite, mon corps beaucoup moins.

Hristov, lui, n’hésite pas une seconde, et enfile un préservatif sur son sexe qu’il badigeonne de lubrifiant. Redoutant la suite, j’attrape un des oreillers et m’y cramponne avec appréhension, m’efforçant malgré tout de rester détendu.

Puis Hristov me chevauche, et, machinalement, dépose son large gland contre mon trou et s’insère en moi. D’abord un peu vite à mon goût. Puis avec plus de prudence. Sans doute conscient du défi que représente pour ses amants une telle démonstration de virilité. Je sens donc le membre de Hristov me pénétrer, millimètre par millimètre. La brûlure est difficilement supportable. Je prends sur moi pour ne pas hurler. Heureusement que, quelques minutes plus tôt, Filip ait préparé le terrain et aidé à me détendre. Sans quoi je doute que Hristov n’ait pu introduire ne serait-ce que la pointe de son énorme sexe. Quand enfin il termine de s’introduire, je laisse échapper un profond soupir de soulagement.

Encouragé par ma supplique, Hristov commence alors de lents mouvements de va-et-vient qui me vident et me remplissent intégralement le bas-ventre. Et plus encore. La sensation est étrange, et m’est totalement inconnue. Jamais une telle queue ne s’était retrouvée dans mon derrière. Je halète, le souffle court, sous l’effet de ses lentes saillies. Cache ma tête dans l’oreiller pour crier.

Puis soudain, il me fait faire un quart de tour et me place face au miroir de l’armoire qui jouxte le lit. Je découvre alors son reflet, la poitrine ouverte, vigoureuse, le regard lubrique et le sourire mauvais, visiblement très excité à l’idée de s’être ainsi inséré dans son subordonné favori. Moi, en l’occurrence.

- Ton trou est tellement étroit, mon petit Loïc, c’est un pur régal…

- Hmm… Je ne sais pas si c’est moi qui suis particulièrement étroit, ou si c’est toi qui est simplement surdimensionné.

Ma réponse n’est que musique à ses oreilles. Et voir le masque de la douleur sur mon visage mordre l’oreiller semble décupler son désir. Ses va-et-vient se font plus rudes. Plus bestiaux. Il me dévore du regard, le visage dur mais visiblement satisfait de la torture qu’il inflige à mon derrière. Très vite, la douleur se fait insupportable. Je laisse échapper quelques cris, étouffés dans l’oreiller. Je happe l’air à grandes bouffées. Il devient difficile de respirer. Je lui conjure d’arrêter.

- Hristov, arrête-toi, s’il-te-plait, je n’en peux vraiment plus, là.

Ne pouvant se contenir, et emporté par son effort, il m’inflige une dernière saillie, plus rude encore que les précédentes. J’encaisse en grognant. Puis, répondant à mon appel à l’aide, s’immobilise, et cesse ses va-et-vient. La tige en acier de son sexe immense figée en moi. Après quelques secondes passées ainsi, immobiles, Hristov se retire doucement. Je respire de nouveau. Le trou encore entrouvert et le derrière en feu, je jouis modestement dans le creux de ma main après m’être branlé pendant quelques dizaines de secondes seulement. Il me suit quelques instants plus tard, venant déposer quelques jets copieux sur le bas de mon dos. Le visage illuminé par le plaisir.

*

Je quitte Hristov soulagé, dans tous les sens du terme. Et le derrière quelque peu endolori. Je crois qu’avoir enchaîné Filip et Hristov dans la même journée n’était pas une bonne idée. Non pas qu’elle ait été la mienne. Mais peu importe. Je n’ai pas dit non, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même.

Mais alors que j’ouvre la porte de la chambre de Hristov, apparaît soudain Maria, seule, dans l’embrasure. Le poing en l’air. La bouche ouverte. Visiblement très surprise de voir la porte s’ouvrir avant qu’elle n’ait eu l’occasion de toquer. Et sans doute plus surprise encore me voir apparaître en lieu et place de Hristov. Elle me dévisage, ses grands yeux noirs écarquillés. Son beau visage aux traits fins frappé d’incompréhension. Le temps se suspend, pendant quelques secondes qui me semblent durer des heures. Une éternité. Le regard vide de Maria oscille entre moi et Hristov, qui je devine figé juste derrière moi, encore nu et tétanisé par la peur. Personne n’ose dire quoi que ce soit. Le silence est trop lourd. Glacial. Rassemblant ce qu’il lui reste de courage, Maria parvient finalement à balbutier quelques mots et, par la même occasion, à refermer la brèche spatio-temporelle dans laquelle nous nous sommes tous trois engouffrés quand la porte s’est ouverte.

- Euh… je… reviendrai plus tard. Pardon. Je suis vraiment désolée. Je voulais juste demander quelque chose à Hristov. Mais je… je peux attendre que vous…

Elle ne prend pas la peine d’achever sa phrase, ayant fini d’assembler toutes les pièces du puzzle dans sa tête, et donc de comprendre ce qu’il venait de se passer entre Hristov et moi. La mine défaite, elle fait brusquement volte-face et se dirige à vive allure vers sa chambre. J’entends ses pas s’accélérer à mesure qu’elle s’éloigne de la chambre de Hristov.

Horrifié, je n’ose même pas me retourner vers Hristov, et quitte la chambre sans un mot. Je me précipite jusqu’à la mienne, et referme la porte derrière moi, les joues en feu. Un puissant sentiment de honte se répand en ondes successives dans ma poitrine. « Quel idiot ! Quel idiot ! Mais vraiment, quel idiot ! ». Je me répète en boucle. Pris de panique. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir inventer pour expliquer ce qu’il s’est passé à Maria ? Rien, je suppose, il n’y a plus rien à inventer. Elle n’est pas stupide, loin de là, elle aura déjà tout compris. Et elle qui est si à cheval sur les règles… J’espère de tout cœur qu’elle ne nous dénoncera pas aux ressources humaines.

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Le phare se réveille, le vieil homme avec lui. La lumière du soleil perce froidement les carreaux brisés et balaie son visage. Le bois grince sous les coups du vent et l'air marin s'invite sans politesse dans son intimité. C'est un soupir qui quitte sa machoîre fatiguée. Comme chaque matin, il est encore en vie.
Il se redresse. Il se redresse et prend conscience du jour, ses sens se remettent en route. Sa douleur aussi. C'est le lot de la vieilesse, la lenteur, l'inefficacité, la chute; lui a tout son temps. Ses yeux malades le guident jusqu'à la sortie. Il soulève le loquet, pousse la porte de bois et cueille son premier bol d'air, le plus important, celui qui fait avancer. Il regarde à l'est, vers l'océan, et murmure une prière routinière du fond de sa pensée. Le visage du ciel, rond et chaud, lui rend la révérence.
Il descend les marches, doucement. À mesure que son ami, niché dans les nimbus, s'élève en l'observant, lui, effectue son devoir. D'un bout à l'autre de la côte, de falaise en falaise, il scrute le sable, l'écume, la mer. Que l'océan va-t-il aujourd'hui apporter, et pour qui ? Une montre, un bâton, un coffre, une bouteille. Il ouvre bien cette dernière et s'enquiert de son message, mais les mots, quoique brouillés par la vieillesse, attestent qu'ils ne lui sont pas destinés. Alors il la dépose soigneusement, à l'exact endroit où elle était, et poursuit. Il laisse faire l'océan.
Sa chaise, presque fossilisée dans le sable, l'attend au milieu de la plage, non loin du point limite de la marée haute. Il s'assied et regarde droit devant lui, patiemment, scrupuleusement, comme un enfant, un écolier. Il attend le cadeau de la mer, il attend, il attend.
Et alors que l'azur parade d'un bleu sombre, alors que le soleil a fermé ses paupières et revêtu le drap du soir depuis un moment déjà, un petit objet dérive sur le littoral. Une perle dorée, comme une goutte, comme une larme, s'échoue sur la côte. Minuscule, infime, il la saisit du bout des doigts et se rassied souriant. Il sourit, le vieil homme, son coeur chante.
Au son des rouleaux qui s'écrasent, ils se laisse bercer, mais ne s'endort point; il attend encore, encore un peu, avant que la nuit ne tombe. Une ombre familière le laisse frisonnant, alourdit quelque peu ses lèvres. Elles s'ouvrent:
« C’est toi, tu es là.
— Comme promis.
— Et alors ?
— Et alors quoi ?
— Rien.
— Rien, alors.
Le silence s’immisce quelques instants dans la conversation, avant qu’il ne poursuive :
Ça t’a plu, au moins ?
— Je ne sais pas.
— C’est comment ?
— Charmant.
— La nuit arrive, tu souhaites que je reste ?
— Tu peux t’en aller.
— Alors je m’en vais. Tu sais que je t’aime.
— Tu m’aimais.
— Je t’aimerai.
— Fort bien. Alors au revoir.
— Au revoir »
Et au son des rouleaux qui s'écrasent, parchemins pleins de mots et d'histoires de la mer, le vieil homme s'endort quand entre la nuit.

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Défi
Maryam
Voici des acrostiches sur les mois de l'année.
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