Masques

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Mes talons aiguilles claquent sur le parquet et chaque pas me rapproche du dénouement. L’appréhension se mêle à l’excitation dans un cocktail qui fait battre mon cœur jusque dans mes parties les plus intimes. Comment cela va-t-il se passer ? Vais-je être à la hauteur ? Et si je le décevais ?

Les candélabres électriques diffusent une lumière jaune, chaude et discrète, tout à fait propice aux scènes qui se déroulent derrière les lourdes tentures. Je ne résiste pas à ralentir le pas pour jeter un coup d'œil lubrique derrière l’une d’elles. Une magnifique rousse, sa chevelure lui battant les reins, gémit sous les assauts de son partenaire qui la prend dans une levrette tout à fait académique. Ils ne sont chacun vêtus que d’un unique accessoire : un masque vénitien, d’un noir sobre pour l’homme et plus travaillé pour la rouquine. Cette dernière lâche de petits cris extatiques. Je laisse la tenture retomber, soudainement bien plus impatiente de parvenir dans l’alcôve qui m’est réservée. Mon souffle s’accélère légèrement alors que mes talons claquent de nouveau sur le parquet.

A deux pas de ma destination, je ne résiste pas à l’envie de m’arrêter devant un large miroir cerclé d’arabesques dorées pour vérifier ma tenue. Je porte également un masque vénitien, noir, bordé de plumes et de dentelles qui font ressortir l’ambre de mon regard qui brille déjà de désir. Un corset enserre ma poitrine en accentuant outrageusement mon décolleté dans un laçage qui semble supplier d’être dénoué au plus vite. Un string plus que minimaliste ne cache pour ainsi dire rien de mon intimité alors que des bas noirs, aux finitions exquises, surplombent des escarpins d’une hauteur qui en empêcherait plus d’une de marcher. Mais pas moi. Je sais ce qu’il aime et je suis prête à le lui offrir.

Je soupire d’impatience et une partie de la tension que j’éprouve disparaît avec ce souffle. Je suis comme une actrice prête à entrer en scène et je laisse mon trac en coulisses. Je pousse la lourde tenture rouge discrètement. Il est là, un peu perdu, à ma merci.

Il devine ma présence plus qu’il ne m’entend arriver et il se retourne, un rictus sur les lèvres. Il hésite entre un rire forcé et une légère panique. Ses yeux explorent mes courbes rapidement et je sais qu’il lutte pour ne pas détourner le regard. Il est mal à l’aise, j’adore ça.

– Ah, d’accord, lâche-t-il soudain. OK… Non, les mecs, sans rire, vous abusez…

Mais personne ne lui répond. J’avance, roulant des hanches, lascive, sûre de moi. Je baisse les yeux pour masquer mon désir, pour ne pas lui faire trop peur. Je le sens qui tremble, au fond de lui. Et j’en profite pour constater, non sans émotion, qu’une discrète bosse se forme déjà dans son pantalon.

Il recule d’un pas alors que j’avance de deux. Je le touche presque mais je m’arrête. Je sais que mon parfum le pénètre, un parfum nouveau mais pas tout à fait. C’est le moment de lui parler…

– Je ne te plais pas ?

J’ai dit cela dans un souffle, d’une voix basse et chaude qui doit lui retourner le ventre. Je vois sa lèvre inférieure frémir de désir, ses mains se cramponner à son jean pour ne pas me toucher. Adorable…

– Si, mademoiselle, extrêmement… Mais je suis marié...

Oh, quelle belle et fausse affirmation ! Mon souffle s’accélère alors que des images de nos corps nus enchevêtrés défilent devant mes yeux toujours baissés.

– Pas encore… Et je peux te jurer que cela restera entre nous…

J’avance encore d’un pas. Ma cuisse glisse sur son entrejambe alors que mes seins rebondissent sur sa poitrine tendue. Je l’entends bégayer, gémir contre mon oreille. Il tremble alors que son sexe grossit entre nous. Je retiens un petit rire de satisfaction. Je mène la danse et j’aime ça.

– Touche-moi…

Il ne peut résister à ma supplique. Aucun homme ne le pourrait. Ses mains hésitantes se posent sur mes hanches. Je le sens qui se tord le cou et je devine qu’il cherche à savoir si nous sommes seuls, si ses potes sont là, s’il va être filmé. Son cœur cogne fort contre mes seins tendus. Je niche mon nez dans son cou : je ne me lasserai jamais de son odeur.

Je ne le brusque pas : il s’enfuirait sinon ! Et toute cette mise en scène n’aurait servi à rien. Je m’appuie contre lui, ondule légèrement, glisse mes mains sous sa chemise et gémit contre sa bouche. Il s’empare enfin de mes lèvres.

Son baiser n’est pas timide, comme s’il avait finalement lâché prise et décidé de profiter du moment présent. Parfait. Nos langues s’enroulent goulûment, nos souffles se mêlent et ses mains descendent le long de mes fesses. Je me retourne. Il grogne à mon oreille alors que ses doigts se glissent dans mon intimité. L’humidité qu’il y trouve semble le rassurer sur mon honnêteté. J’attrape mes seins sous son regard médusé : il a une vue plongeante sur mon décolleté et ne perd pas une miette du délaçage alors qu’il s’active sur mon clitoris. Mon sang bouillonne dans mes veines mais je refuse de me laisser aller. L’heure de vérité va bientôt sonner.

Je me retourne et l’aide à se dévêtir. Il devient empressé, un peu brouillon et très troublé par cette expérience nouvelle qui l’attend. Nu comme Adam, le sexe dressé, il se laisse basculer sur le lit alors que je m’avance au-dessus de lui. Nos souffles sont courts et j’attends la suite avec une impatience qu’il ne soupçonne pas.

Tant pis pour les préliminaires, la vérité me brûle les lèvres tout autant que sa verge qui me pénètre enfin. Je me cambre, luttant pour ne pas me laisser emporter tout de suite par les fulgurantes sensations qui inondent mon ventre et plaque une main sur son torse.

– Attends…

Ma voix est rauque. Il se fige, une lueur craintive dans le regard. Soudain, la suspicion est de retour.

– Il faut que je te dise quelque chose…

Je ne lui donne pas le temps de réfléchir et ôte mon masque. Il ouvre des yeux incrédules.

– Emma ?

– Bon enterrement de vie de garçon, mon amour…

– Mais…

Je mets fin à ses questions d’un baiser alors que mes hanches impriment un mouvement qui lui arrache un grognement de plaisir. J’aurais bien le temps, dans la nuit, de lui expliquer que seuls ces petits jeux sexuels m’excitent réellement. Et à l’ardeur qu’il met à me satisfaire, je ne doute pas qu’il se joigne rapidement à mon libertinage…

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