40 - Damian

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Damian

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   La maison des grands parents de Samuel, ne ressemble vraiment à aucune autre. Ou du moins, elle ne ressemble à aucune autre maison que j’ai déjà vue.

Elle est immense, possède deux étages et une cave, une dépendance, sans parler de l’écurie et des six prés dont ils sont les propriétaires. Jusqu’alors, ces paysages, ces maisons, et même ces personnes, je les avais uniquement vus dans les films de western. C’est totalement irréel. À chaque fois que j’inspire l’air saturé par la bonne odeur de foin, à chaque fois que je marche dans une flaque de boue ou que je regarde ces prés à perte de vue, je me demande si je ne suis pas en train de rêver.

Samuel me tire par la manche, le sourire aux lèvres, tandis que nous longeons un chemin boueux en direction du centre du village.

Notre mission aujourd’hui est de ramener un sapin de Noël afin de pouvoir le décorer avec les jumeaux.

Mon petit ami sautille comme un cabri à chaque nouvelle plante qu’il me désigne, à chaque cheval qu’il me pointe dans un pré. Avec son entrain et son enthousiasme naturel, il m’explique de quelle race il s’agit, pourquoi il est difficile à élever, est-ce que la plante est comestible, et sinon quels sont les effets de cette dernière.

À dire vrai, j’en ai une pleine tête.

— Y’a moyen que tu baisses d’un ton, tu me casses les oreilles.

— Sérieusement Damian ? Tu as un cours particulier offert par le meilleur prof des États-Unis, et tu te plains ?

Je secoue la tête et lui donne une pichenette contre le front, avant de prendre la tête de la marche.

En quelques minutes, nous arrivons dans le centre de ce qui me semble être une réplique améliorée de Smallville, le tout bien plus animé, et décoré pour les fêtes à venir.

Ça ne ressemble pas du tout à Soledo, le dépaysement est total. Comment peut-on vivre à seulement douze heures de route l’un de l’autre, et être pourtant si différents ?

Les boutiques autour de nous sont joliment décorées, il y a de la musique dans les hauts parleurs, quelques passants chargés de paquets nous sourient avec chaleur.

— On est où là, chez les Bisounours ?

— Non, juste dans un endroit où les êtres humains sont normalement constitués.

Je lui grogne dessus, et Samuel sourit, toujours. À croire qu’il ne sait faire que ça.

Nous tournons au coin d’une rue, et tombons alors sur une sorte de terrain de football municipal, sur lequel une bande de jeunes - à peine plus âgés que nous - sont en train de s’entraîner.

Mon intérêt piqué au vif, je me rapproche pour m’accouder à la barrière en métal, et les observer sauter en bramant sur un titre assez rétro de Gwen Stefani.

Ce qui me semble être la chef d’équipe me lance un regard assez froid, étonné, avant de retourner aux ordres lancés à son équipe.

Samuel s’installe à côté de moi, et fixe le groupe avec bien moins d’intérêt que moi.

— Babe s’te plaît... on peut y aller là ? Ils sont pas doués en plus.

— Non ça va, je rétorque, l’œil critique. Ils ont un niveau convenable quand même. Il y a un lycée dans le coin ?

— Humhum.

La chef d’équipe me fixe à nouveau, avant de hausser un sourcil.

— Qu’est-ce que tu regardes comme ça ? Ça déconcentre mon équipe !

— Je regarde à quel point le stunt de ta flyer est mal exécuté. Les bases ne sont pas bonnes, elle va finir par se casser la gueule, et elle tremble trop.

Ahurie, la jeune femme me toise une nouvelle fois, avant d’être rejointe par sa meute. Dans le groupe, il y’a peu de garçons, et aucun d’eux ne me semble être flyer.

— Damian, me prévient Samuel d’une voix autoritaire.

— Quoi, c’est de la pure information.

Je hausse les épaules avec légèreté, tandis que la chef de groupe s’approche de nous d’une démarche déterminée. Ses longs cheveux roux s’agitent dans son dos malgré la coiffure élaborée qu’elle a dû mettre trois heures à se faire ce matin.

— Tu peux répéter ? me demande t-elle avec un certain intérêt camouflé derrière sa froideur.

— Ta flyer, la blonde. Son stunt est bancal, elle tremble beaucoup trop et son spotter ne la tient pas correctement sur la position de départ.

La fameuse flyer s’offusque, commence à répliquer, mais sa chef la fait taire d’un mouvement de la main.

— T’es qui d’abord ? Lui on le connaît, on l’a déjà vu traîner dans le coin, mais toi jamais.

— Change pas de sujet. Si vous présentez cette figure lors d’une exhibition, il y a une chance sur deux pour que ça rate.

— Alors vas-y, explique-nous comment faire oh grand chef du stunt.

J’acquiesce, et me hisse par-dessus la barrière pour les rejoindre, après avoir confié mon sac à dos à Samuel. Il me regarde faire avec effarement, les yeux écarquillés.

Avec assurance, je m’approche du porteur de la blonde, et lui présente mon dos, avant d’attraper ses mains.

— Tes mains...

Avec une certaine habitude, je les place sur l’os de mes hanches, et le force à garder une prise ferme.

— C’est là, pas en-dessous, et pas au-dessus. T’es prêt ?

— Quoi ? rétorque t-il avec panique.

— Un, deux, trois !

Je prends mon élan, saute, et le laisse me hisser en hauteur, avant que de ses mains, il n’attrape mon pied, les bras tendus au-dessus de sa tête. Mes muscles sont tendus, je suis gainé, de la même façon que ses bras sont fermes sous mon poids.

— Regarde, je tremble pas, et lui non plus. Il faut que ton pied soit vraiment dans le creux de ses paumes. Après, tu peux faire ça, regarde.

Tout en gardant mon équilibre, j’attrape la pointe de mon pied gauche, celui que le type ne tient pas, et tends ma jambe dans un Y parfait.

Samuel est estomaqué au côté de la chef, qui a oublié son masque de froideur pour arborer celui de l’enthousiasme.

— Berceau, je lance à mon porteur.

Et je saute, atterris en berceau dans ses bras, avant de retrouver le sol.

Samuel m’accueille à ses côtés d’un sourire fier, avant de passer un bras autour de mes épaules et de me tendre mon sac à dos.

— Wouah, souffle t-il.

— Les garçons sont pas flyer normalement !

— ‘’Les garçons jouent au foot et les filles font de la danse’’, c’est so deux-mille, il va falloir apprendre à vivre avec votre temps.

Je leur adresse un petit signe de la main, et emboîte le pas à Samuel pour quitter le terrain de sport, sous le murmure de l’équipe. Ça gronde, enfle puis explose, dans une multitude de questions qui nous sont adressées.

— Et vos noms ?

— Vous êtes d’où exactement ?

— Hé ! Revenez, on a pas fini de parler !

Samuel roule des yeux, je glousse, fier de mon effet.

Il me coule un regard signifiant « T’es content hein ? », auquel je réponds par un vif hochement de tête.

Le temps que nous atteignons la barrière en métal, la chef d’équipe nous a rejoints, le souffle court.

De sa main, elle attrape mon épaule, me cloue sur place : elle a une sacrée poigne.

— Attendez bon sang ! C’est quoi ces manières de venir, critiquer notre performance, et se barrer juste après ?

— Il voulait pas être méchant, me couvre Samuel avec une petite voix. C’est juste sa façon à lui de... lancer la discussion ?

La rousse hoche la tête, pensive, avant de tendre sa main à Samuel.

— Aby, se présente t-elle.

— Samuel. Et lui c’est Damian.

Elle acquiesce, et se tourne vers moi avec une drôle de lueur dans les yeux.

— Comment tu as fait pour gérer ton Y comme ça ?

— Ma chef d’équipe est assez... pointilleuse, sur ce genre de détails.

Je sens mon cœur battre plus fort en me remémorant Lu, à moitié allongée sur moi au milieu du stade pour ‘’travailler ma souplesse’’. Elle me vantait les mérites de mon ‘’potentiel’’ et ne voulait pas qu’il se perde au gré de ma flemmardise.

— On organise une soirée demain, avec d’autres jeunes du lycée et... vous pourriez venir, ça pourrait être sympa. Californiens ?

— Exact.

— Ça se voit, vous avez la marque de bronzage de vos lunettes de soleil. Mais dis-moi Samuel, on t’a déjà vu non ?

— Mes grands-parents habitent ici, je suis venu aux dernières vacances.

Aby hoche la tête, avant de nous saluer, et de repartir auprès de son équipe.

Samuel passe un bras autour de mes épaules, et recommence à marcher en direction de la barrière, le nez en l’air.

Je le vois jeter un petit regard en arrière, balayer l’équipe d’un œil embêté, avant de revenir à moi, les lèvres pressées l’une contre l’autre.

— C’était quoi ça Dam franchement ?

— Ça me manque le cheer, j’avoue avec une petite voix.

— En tout cas, tu as rien perdu depuis que tu es pas retourné au lycée.

Je hoche pensivement la tête, et suis surpris de constater que ses doigts s’entremêlent aux miens, chauds et sécurisants au creux de ma main.

— Tu parlais pas de ‘’discrétion’’ hier ?

— J’emmerde les vieux fermés d’esprit de ce village, je suis trop fier d’être avec toi pour faire semblant.

— Fais attention Sam, tu deviens émotif et démonstratif.

— Rien à foutre.

Je saute par-dessus la barrière, le regarde s’y hisser avec un peu plus de mal, avant de partir en direction du centre-ville, à la recherche de notre fameux sapin de Noël.

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voici une suite pour @yukilove@ mais libre à vous d'écrire une suite .
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De la musique au loin. Un tourne disque sans doute. Elle tend l'oreille, essaye de deviner l'artiste joué, du piano, de la musique classique. Elle ferme les yeux et se laisse guider par la mélodie. Bientôt tout son corps s'anime et elle esquisse quelques pas sur son balcon. Entre les géraniums et le basilic. Elle virevolte et ses pieds quittent le sol, elle s'envole. Elle est époustouflante. Et pourtant si fragile. Son corps frêle, caché sous son léger vêtement porte des cicatrices. La vie est dure dirait-on. Mais elle est là, dans son nouveau chez-elle, preuve vivante du renouveau. Elle a repeint la salle de bain en jaune. Pour éclairer la pièce comme un soleil a-t-elle déclaré. Un beau jaune tournesol qui a fait grimacer sa mère. Elle est aussi très fière de son tapis bariolé déniché le matin même dans une brocante. Il se marie parfaitement avec le canapé gris du salon. Parfait pour réchauffer ses pieds l'hiver, à défaut d'avoir une cheminée. Pourtant elle a espéré, dans sa naïveté enfantine, pouvoir trouver un appartement avec un petit poêle. Pour le crépitement du feu. Mais Paris et son petit budget en ont malheureusement décidé autrement. Tant pis, elle s'est promis, qu'un jour elle aurait une piscine et une cheminée. Et une véranda fleurie où elle pourrait s'installer tranquillement pour lire, dans un fauteuil aux gros coussins moelleux. Un hamac au fond du jardin, entre deux grands arbres majestueux. Elle rit. Pour tout et n'importe quoi à la fois. Et quand elle rit tout son visage resplendit. Elle est époustouflante. Elle a toujours attiré les regards. Des hommes célibataires, fiancés ou mariés. Ils l'abordent, la complimentent, cherchent à la charmer par des paroles doucereuses ou des promesses en l'air. Mais, d'un pincement des lèvres, d'un regard hautain ou d'un geste agacé de la main, elle les repousse. Et, déçus, ils s'en vont en conquérir d'autres. Plus abordables et plus sensibles à leurs charmes. Ces femmes, si fiévreuses de plaire et si avides d'attention, qui n'hésitent pas à gratifier leurs prétendants de regards en coin ou de paroles mielleuses.
Elle porte à ses lèvres son verre de cognac et ses bracelets au poignet tintent doucement. Une jeune fille ne doit pas boire d'alcool fort comme ça toute seule. Foutage de gueule. Elle n'a qu'à faire de ces principes de la bonne société. Pourquoi donc ne pourrait-elle pas profiter de ce petit plaisir ? Et puis les règles ne sont-elles pas faites pour être bafouées ? Ses doigts blancs et fins entourent délicatement le verre, ses ongles légèrement vernis sont coupés courts. En un coup d’œil on devine qu’elle n’a jamais vraiment été intéressée par les travaux manuels. Non, la peau de ses mains est beaucoup trop fine, n’a jamais été abimée par la sueur ou la crasse. Elle est plutôt du genre avocate. Ou quelque chose dans les livres peut-être. Elle est réfléchie et mesurée. Mais les yeux pétillants et le regard malicieux. Elle regorge de vitalité, de joie et de volonté.
Bientôt elle soupire. Peut-être est-il temps pour elle de retourner se coucher ? Elle hésite. Son lit l’attend, et, avec lui, ses draps propres aux senteurs de lavande et son bien-aimé. Et puis, le réveil sera difficile si elle tarde trop. Mais elle s’interdit de penser au lendemain, à la sonnerie de son téléphone qui viendra la tirer de sommeil, l’enlever à son repos. Elle s’accorde encore quelques minutes. Juste le temps de mémoriser cet instant. Elle ferme les yeux. Faites que le temps s’arrête, faites que demain n’arrive jamais.
Tout à coup, des bras forts et protecteurs l'encerclent. Un parfum aimé vient chatouiller son nez. Il est là, elle a dû le réveiller. « Pardon, tu dormais. » Il ne relève même pas et continue à la serrer contre lui. Ensemble ils observent la ville endormie. Même le petit couple du 6ème a finalement éteint. Le tourne disque s'est arrêté et le silence s'installe progressivement dans la rue. Le sommeil se fait sentir.
Finalement, la pensée de retourner dans son lit ne lui parait plus si terrible. Il est là près d’elle. Il viendra chasser ses cauchemars si besoin, comme à chaque fois.
"Viens mon amour, Rachel, viens te recoucher, il est tard." Chuchote-il. Elle sourit et lui emboite le pas, sa main dans la sienne.
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- Maman, qui m'a donné mon intelligence?
- Ce doit être ton père parce que moi je l'ai encore.
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