Première séance

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Le retour au lycée fut.. difficile, je savais que Sophie était en colle à cause de la prof de chimie. Prof de chimie qui me refusa l'accès à son cours tant que je ne lui présentais pas des excuses pour mon comportement inqualifiable. Clairement, elle ne savait pas que j'avais hérité du caractère obstiné des McAllister. Je la regardais, et je fis demi-tour pour aller à la bibliothèque. Mon père allait criser mais elle me refusait l'accès à l'enseignement. Je ne pouvais rien faire d'autres, n'est-ce pas ? C'était un cours surnuméraire en plus, j'étais venue au lycée pour rien. Il n'y avait personne à la maison, je ne savais pas quoi faire. J'envoyais un message à Ray. « Devine qui vient de se faire refuser l'accès de son cours de chimie parce qu'elle a été insolente ? ». Il me répondit une poignée de minutes plus tard. « Délinquante juvénile, va ! Tu vas bien ? ».

Est-ce que j'allais bien ? Le week-end avec Brian m'avait fait du bien. J'étais rentrée le dimanche et je n'avais pas pu m'empêcher de pleurer dans les bras de mon père. Je m'étais accrochée à son T-shirt.
-Sarah ?
-C'est parce que je suis heureuse de te voir, c'est tout.
-Ah. Okay. Viens, on rentre sinon la voisine Dursley va venir blablater.
Depuis qu'il avait lu Harry Potter, mon père appelait nos voisins les Dursley. Il fallait dire que notre voisine était comme la tante du petit sorcier balafré. Une vraie garce qui faisait des commérages. Elle était gentille.. quand on était dans ses bonnes grâces. Et son mari était un vieux gros qui avait eu droit à un triple pontage l'année précédente. En clair, mon père lui avait sauvé la vie et depuis, ils nous collaient. Nous rentrâmes dans la maison et je vis Mary dans les bras de Brian. Littéralement. Il la soulevait et ils tournaient tous les deux. Ils étaient mignons. 
-Tom n'est pas là ?

-Il est avec Elijah et Giulia. Eric avait besoin de solitude.
-Ah oui, je l'ai appelé tout à l'heure, il était en charmante compagnie apparement. 
Mary m'avait serrée contre elle. Comment avais-je pu penser qu'elle ne m'aimait pas ?
-Je vais mettre les affaires dans la machine à laver, annonça Brian.
-Je vais le faire mon chéri.
-Mais non. Sarah, balance ton sac stopl'. 
Je lui obéis et je laissai mon père m'entrainer jusqu'au salon. Je repensai à ce que m'avait dit Brian sur mon père et sur sa mère. Ils s'inquiétaient pour moi. Je fis signe à Mary de venir s'asseoir près de moi et je me décalai sur la table pour les regarder tous les deux avant de fixer mes mains.

-J'ai mal agi envers vous. Très mal. Je ne me suis pas bien comportée mais je vous promets que ça va aller maintenant. Je vais tout faire pour aller mieux, vous n'aurez plus à vous inquiéter. Je ne veux plus que vous vous inquiétez. Je sais que vous êtes des parents et que c'est dans votre nature profonde mais... je ferai de mon mieux. 
-Sarah regarde moi.
Je relevai les yeux. Mon père avait une telle émotion dans le regard que cela me bouleversa. 
-Qu'est-ce que tu as ?
-Je me déteste. Je me trouve empotée, débile, énorme, et hideuse. Et en plus de tout ça, je sais que je te déçois souvent et j'ai horreur de te décevoir, et je suis vraiment une fille dont j'ai profondément honte mais je n'arrive pas à changer. 
-Je.; je ne sais pas quoi te dire Sarah. Je ne m'y attendais pas mais tu sais ce que c'est faux.
-Tu n'arrives pas à voir que rien ne va chez moi. Je suis une ratée de première catégorie. Je te le jure, toi tu ne le vois pas parce que tu n'as pas un regard objectif.
-Et moi, insista Mary, je n'ai pas un regard objectif ?
-Je ne crois pas, tu ne dirais pas ce que je suis vraiment pour ne pas faire de la peine à Papa. Mais.. je vais essayer d'améliorer le fait que je sois une looseuse pour que je vous fasse moins honte.
-J'aimerai comprendre une chose ma chérie, quand as-tu pensé que tu me faisais honte alors que je suis tellement fier de la personne que tu es. Je t'ai élevé comme je pouvais et je pense vraiment avoir fait un bon boulot avec toi. 
-Tu es une jeune femme merveilleuse, dit Mary en me prenant les mains, et mon Dieu, tu n'es pas grosse, tu n'es pas hideuse. Je ne sais pas comment te le faire comprendre. J'aimerai que tu te vois comme moi je te vois. Comme tout le monde te voit..
-Tu sais comment on me voit au lycée ? Comme une pute, incestueuse en plus parce qu'on me reproche régulièrement de vouloir coucher avec Brian.
-On parle de moi ? fit l'intéressé en arrivant et en se laissant tomber à côté de sa mère dans le canapé et en mettant, du moins, en essayant de mettre ses pieds sur la table.
-Tu peux dire à ta mère comment tout le monde me voit au lycée ?
-Comme ma demi-sœur vachement moins cool ? 
-La traduction, c'est tocarde.
-Sarah, si tu es malheureuse dans ton lycée..
-Mais le problème vient de moi, ce n'est que le reflet de moi que les autres voient. Ils ne voient pas autre chose Papa. 
-Tu sais ce que j'ai pensé de toi la première fois que je t'ai vu Sarah ? me dit Brian en passant son bras autour des épaules de sa mère. 
-Que j'étais une tocarde ? 
-Non, que tu étais super mignonne avec tes grands yeux verts et ton sourire avenant. Je t'ai trouvé super mignonne et mis à part les quelques kilos que tu as perdu et les cicatrices que tu as maintenant, tu n'as pas changé. Tu crois peut-être pas Maman ou ton père mais moi tu peux me croire, je te l'ai dit que je te dirai la vérité. Maintenant, il serait peut-être temps que tu demandes à ton père de te prendre un rendez-vous chez un psy.
-Brian ! s'écria Mary.
-Parce que souffrir de dépression c'est pas normal. C'est une maladie, ajouta-t-il fermement.
-Je ne suis pas en dépression, je ne vois pas comment il faut te le dire.
-Bah écoute, regarde toi dans un miroir pendant 5 minutes et dis-moi que tu te trouves belle et là, je croirai que tu n'as pas besoin de quelqu'un, d'un professionnel pour t'aider. Mais tu ne me feras pas changer d'idée. 
Il se leva brusquement et brandit un miroir devant moi, et je me vis, avec mes yeux rouges, les grosses pommettes monstrueuses et mes cernes grosses comme des canyons.
-Arrête.
-Regarde-toi. 
Je tournai les yeux mais il me le brandit de nouveau devant moi.
-Arrête ça immédiatement, sifflai-je.
-Je pensais que tu n'avais pas besoin d'aide.

Je me regardai de nouveau dans le miroir et je vis un air de dégoût s'afficher sur le visage qui se reflétait. Je n'avais pas l'impression que c'était moi. Quand étais-je devenue aussi laide et aussi pleureuse ? Je montai dans ma chambre et je lançais mon manteau sur ma psyché pour ne plus voir mon reflet. Et puis finalement, je l'enlevai, je me déshabillai et je cherchai ma robe crème que j'avais mis pour le mariage de Papa. Il me l'avait fait faire sur mesure, je l'adorai. Je l'enfilai. C'était presque du sadomasochisme, je n'allais pas pouvoir la fermer. Elle n'allait plus m'aller. Et j'avais raison. Elle ne m'allait plus. Je flottai dedans au niveau de la taille. Et cela me fit un choc.. j'avais.. maigri ? Ce n'était pas possible, il devait y avoir une erreur. Mary frappa et entra, je devais avoir l'air horrifiée parce qu'elle fit une tête surprise.
-PAPA ?
J'avais maigri. J'étais persuadée que j'étais énorme alors que j'avais maigri. Je descendis les escaliers précipitamment en bousculant presque Tom qui venait de rentrer. Il y avait Elijah dans le salon avec Giulia.
-Qu'est-ce que tu es jolie Sarah ! s'exclama la petite fille.
-Heu.. Oui ? me demanda mon père en ne cachant pas son air inquiet.
-Prends-moi un rendez-vous chez Cooper demain et communique-moi l'heure.
-Tu es sûre ? 
-Ne me fais pas répéter que je veux que tu préviennes ma psy. S'il-te-plaît. 
-Je vais l'appeler immédiatement. 
-Pourquoi tu pleures ? me demanda Giulia avec ses grands yeux si charmants.
Je n'avais pas remarqué qu'il y avait des larmes sur mon visage, je les essuyai. Je me laissai tomber à genou et elle se fourra dans mes bras.
-Parce que je ne suis pas aussi affreuse que je le pensais, murmurai-je à son oreille. 
Elle se détacha de moi et planta son regard étonné dans le mien.

-Bah moi j'ai jamais trouvé que tu étais affreuse. Est-ce que tu veux bien me faire une tresse ? Parce que ni Papa, ni Eli, ni Tom n'ont réussi.
Je l'observais, elle avait une couette assez étrange. 
-Mais oui, ma chérie, viens, on va dans ma chambre. Ou alors dans la salle de bain de Mary ?
Ma belle-mère venait d'arriver et elle hocha la tête. Elle monta avec nous et elle coiffa Giulia, je l'observais faire. Je voyais à quel point elle était douce, elle était patiente. 
-Quand je serai grande, disait Giulia, je veux être comme Sarah.
-Heu.. quoi ?
-Oui. Je veux être comme toi. 
-Pourquoi ?
-Parce que tu es grande, parce que tu es jolie et parce que tu es gentille.
-Et intelligente, elle est très intelligente, continua Mary.
-Oui. Quand je serai grande, je serai la femme de Tom. Est-ce que tu seras ma deuxième Maman ? demanda-t-elle à Mary.
-Si tu es la femme de Tom, oui, je serai comme ta seconde Maman. 
-Est-ce que tu peux venir me border ce soir ? 
-Mais je pensais que c'était Elijah qui s'en chargeait, dis-je en sentant le nouveau parfum que mon père avait offert à Mary une semaine plus tôt.
-Non, c'est la petite amie de Papa qui le fait mais elle est pas gentille.
-Ah ?
-Elle ne veut pas me lire deux histoires, alors que Papa il me lit toujours deux histoires. Et elle fait pas de voix rigolotes comme Eli. 
-Tu connais la petite amie d'Eric ? Elle est comment ? lui demandai-je soudain curieuse.
-Elle est blonde, elle est grande et je l'aime pas. 
-Pourquoi tu ne l'aimes pas ?
-Elle pense que je suis bête et elle est pas gentille comme Mary. Et elle est pas aussi jolie. 
Je souris et ma belle-mère aussi. Vraiment les petits.. ils n'aimaient pas quand leurs parents se trouvaient quelqu'un d'autre. 
-Tu devrais peut-être lui laisser une chance. Peut-être qu'elle deviendra gentille...
-Tu ne trouvais pas Mary gentille au début ? 
-Oh si moi j'ai tout de suite aimé Mary mais.. c'est quoi ça Mary ? 
-C'est mon recourbe cil.
-Un recourbe-cil ?
-Oui, regarde, tu fais comme ça.
Elle l'actionna sur son cil et Giulia eut des étoiles dans les yeux. 
-JE PEUX ESSAYER ?

Mary lui leva le visage et elle lui recourba un cil. Ma cousine avait des cils naturellement fournis et recourbés mais elle sourit jusqu'à ses oreilles. 
-Je vais me changer, j'ai froid un peu avec mon bustier là. 
J'enfilai une robe en laine, de gros collants et un gros gilet et j'entendis des rire. Je vis Mary les yeux fermés et ma cousine avec sa trousse de maquillage. Elle était entrain de la maquiller comme une.. poupée Barbie. La bouche toute rose, les joues roses et elle lui mettait du bleu sur les yeux. 
-Tu dis si ça fait mal.
-Ça va. Sarah ? C'est toi qui viens d'entrer ?
-Oui. C'est très mignon Lia. Je trouve que ça manque un peu de mascara. 
-Prends un siège, après c'est ton tour.
Mary ouvrit les yeux et eut un petit cri de joie. Apparemment, elle appréciait. Et ce fut mon tour. Elle me mit du vert sur les yeux, une bouche toute rouge et du blush rose sur les joues. On aurait dit une fille des années 80. Elle prit mon téléphone et nous prit en photo Mary et moi avant de rire et de trifouiller un truc avec mon iPhone.
-Qu'est-ce que tu fais ? questionnai-je ma cousine.
-Je l'envoie à Papa, à oncle John, à Eli, et à Brian.
-À BRIAN ? 
J'entendis un hurlement de rire dans le couloir et Brian débarqua. Il pleura de rire en nous voyant et il vint nous observer de près. 
-Giulia, tu peux me maquiller moi aussi ? 
Il se laissa mettre du rouge à lèvres rouge pétant, du violet sur les paupières et du blush orangé. Sa mère pleura en le voyant et moi aussi. 
-Maman, tu as toujours ta perruque là ? La blonde ?

Il enfila une longue perruque Blonde et là, mon rire redoubla. Il avait sa barbe qui avait légèrement repoussée, il était maquillée et il portait une perruque. Brian le travelo. Il venait de me tuer. Il se prit en photo alors qu'il mimait un "chuut". Et le pire c'est que la photo qu'il venait de prendre était juste hilarante. Il la publia immédiatement en photo de profil sur Facebook. 
-Attends, je vais me montrer à Tom, tu viens Lia ?
Il la prit dans ses bras, la déplaça sur son dos et quelques minutes après, j'entendis Tom rire. Je demandai à Mary où était son démaquillant et elle me dit que je ne pouvais pas l'enlever sans vexer la petite. Mais elle avait raison. Je gardai donc ma tête de clown jusqu'à ce qu'ils partent et en me couchant ce soir là j'étais bien.

Alors est-ce que j'allais bien ? Je ne pouvais que répondre par l'affirmative à mon ami Ray. Il me renvoya un smiley. Je continuai mon cours de chimie et Ray me téléphona. J'étais dans la bibliothèque, je pris mon kit main libre et j'allais dans une section où il n'y avait personne.
-Salut beau gosse.
-Salut belle gosse.. pourquoi tu chuchotes ? 
-Je suis dans la bibliothèque du lycée, mais ça va, on peut parler encore un petit moment.
-Ah merde, je pensais que tu étais chez toi.
-Non non mais ça me fait du bien de t'entendre. En fait, tu m'as jamais dit en fin de compte pour ta copine, tu lui as offert quoi ?
-Une paire de boucle d'oreilles. J'ai pas osé la bague nœud papillon. J'ai bien fait, je crois.
-Bah, tu vas en faire quoi de la bague ? Tu l'as acheté, c'est con ?

-Je vais la refiler à l'une de mes cousines ou à la sœur d'Owen. Ou alors je vais la garder pour la femme de ma vie.
Je restais silencieuse. Pour la femme de sa vie ? 
-bah oui, Sarah, tu ne penses pas que je vais rester avec Maeva ad vitam æternam ? Je me vois mal n'avoir qu'une seule expérience dans ma vie. Je suis quelqu'un de fidèle, certes, mais.. enfin. Tu vois, ce serait con de faire sa vie avec son premier amour de lycée alors que.. on a déjà cassé plus ou moins une fois, alors.. pourquoi on ne recommencerait pas ?

-Tu as des doutes sur ta relation avec ta copine ?
-Je crois que c'est humain d'avoir des doutes, non ? Toi ça ne t'arrive pas ?
-Je doute de moi constamment Ray.
-Je veux dire dans ton couple.
-Parfois oui, dis-je après un petit silence. Mais c'est surtout parce que je ne sais pas ce qu'il me trouve alors. Oui, je doute mais.. je ne doute pas de lui, juste.. de moi. Mais je doute beaucoup de moi alors..
-Tu ne m'as pas l'air très heureuse. Je le sens dans ta voix. Je t'ai connue beaucoup plus enjoué.
-Oh tu sais, tout n'est pas parfait dans ma vie, tu vois par exemple, là, je devrais être en cours, lui avouai-je en prenant un livre dans la bibliothèque et en le feuilletant. Mais la prof refuse que je vienne parce que j'ai été insolente et que je refuse de m'excuser parce que c'est une conne.

-Elle a le droit de faire ça ? 
-Je ne sais pas mais ça fait deux fois que je n'ai pas le droit d'aller en cours alors je viens me réfugier ici, en fait, je t'ai pas dit, j'ai demandé à mon père pour juillet et il est d'accord. Je peux venir. J'ai tellement hâte. Ce sera génial.
-Tu lui as dit après pour les Hamptons ?
-Je pensais que tu plaisantais en fait.
-Pas du tout. Avec la plage, je ne plaisante jamais, après s'il ne veut pas, ce que je peux comprendre, on pourra aller dans tes plages en Californie. Putain ça a l'air dégueu ce qu'il y a au réfectoire ce midi.
-Commande des sushis.
-Je suis en manque d'argent là.
Je me mis à rire, à pouffer de rire et il finit par rire lui aussi. Un millionnaire ? Pauvre ? 
-J'ai oublié mon porte-feuille ce matin, je suis pauvre. Il me reste 10$, j'ai raclé le fond de ma poche. Je vais demander à une de mes groupies de m'inviter. 
-Haan. T'es bête, tu peux pas simplement prendre un taxi, rentrer chez toi prendre ton argent.
-Tu es mignonne Sarah. On parle d'un taxi à New-York à midi, autant te le dire, j'aurais pas le temps de manger. Mais par contre, je vais aller à la boulangerie, oui c'est une bonne idée, tu sais que tu me sauves la vie, j'avais pas envie de bouffer des rognons.
-Tu m'étonnes.
Je vis une bibliothécaire passer et je me tus. Ray continuait de me parler, et moi j'étais là entrain de faire des Humhum. Je me déplaçais à ma table. 
-Tu ne peux plus parler.
-Non. Je vais sortir de la bibliothèque. 
-Mais non, en plus je te parle de trucs futiles.
-J'aime bien parler de trucs futiles. 
-On aura qu'à se parler de trucs futiles tout à l'heure. Je te rappelle ce soir. Tu me diras si tu t'es fait renvoyer d'un autre cours.
-Très drôle et toi tu me diras si finalement ce sandwich au bœuf pastrami était bon.
-Comment tu sais que c'est ce que je préfère ?
-Ça m'arrive de fangirler. J'avoue.

Il éclata de rire et il m'envoya des bisous avant de raccrocher. Cela m'avait fait du bien, j'avais un sourire idiot sur les lèvres. Quand Sophie vint me chercher pour le cours suivant (littérature), j'avais toujours ce sourire idiot. Et quand je croisais ma prof de chimie, je fis comme Alexandra. Je la regardai de la tête aux pieds, des pieds à la tête et je tournai les yeux. Pendant mon cours, la surveillante générale entra pour me signifier que je devais me rendre en retenue.
-Pourquoi ? demandai-je en regardant Sophie.
-Mme Gordon m'a signifié votre absence au cours de ce matin.
Je ne répondis rien mais je pinçais la bouche. Je ne voulais pas l'envoyer bouler devant mon prof favori. Ça ne se faisait pas. Il me regardait avec surprise. J'avais limite envie de chialer. Elle m'avait refoulée et elle me collait ? Sophie se pencha et fit une pression sur mon bras. Elle me comprenait. Mon professeur me demanda de rester à la fin de mon cours. 
-Tout va bien Sarah ?
-Oui monsieur. Tout va bien. 
-Vous avez l'air bouleversé à cause de votre retenue.
-C'est profondément injuste, lâchai-je.
-Et pourquoi ? 
-Parce que je suis venue en cours mais elle a.. enfin bref. Je ne vais pas vous déranger avec ça.
-Sarah, je vous ai posé une question.. vous êtes venue en cours et.. cela restera entre nous.
-Si je vous le dis, vous en parlerez forcément. Je suis désolée. 
Je tournai les talons et je rejoignis Sophie pour aller au réfectoire. Brian était juste devant moi dans la queue.
-Fais ce que tu as à faire le plus vite possible, lui-dis-je alors que nous avancions la main vers le même fruit. 
-Tu sais que ma photo sur Facebook a fait le buzz ? 
-Non, je n'ai pas du tout regardé.
-Tu devrais.

Il retourna à sa conversation avec son ami et moi, une fois installée, je finis sur mon iPhone. Il avait fait le buzz. Il avait plus d'une centaine de j'aime et le nombre augmentait. C'était ça quand on était populaire ? Tout le monde aimait toujours tout chez soi ? J'ajoutais un commentaire : Qu'est-ce que tu ferais sans Lia ? Je le vis de loin prendre son téléphone et il sourit. Brian Miller aime votre commentaire sur sa publication. Brian Miller a commenté sa publication : Pas grand chose malheureusement. Je souris et je posais mon téléphone sur la table. J'écoutais Cathy et l'une des ses copines parler et j'observais Sophie et Cam du coin de l'œil. Mon téléphone vibra. C'était un message de mon père, plus exactement, une photo de mon père. Dessus, il y avait une femme avec des cheveux roses dans un Starbucks. C'était son ex. J'ouvris grand les yeux et je commençais à me prendre un fou rire. Dear God, elle était devenue horrible. J'appelai sur le champs mon père et il me répondit. J'entendis un gros éclat de rire et je ne pus m'en empêcher, je fis la même chose. 
-Tu m'as tué, vieux.
-Je ne suis pas vieux mais j'ai compris. J'ai dû sortir pour rire, j'en pouvais plus. Tu as passé une bonne matinée ? 
-Ouais ça va. Tu as le bonjour de Sophie. 
-Embrasse ma seconde fille pour moi. 
-Papallister te dit bonjour. Elle hoche la tête de façon très très mignonne. Un peu comme un panda.
Mon père se mit à rire et il finit par me demander si ça me disait de dîner seule avec lui ce soir. 
-Oui. J'adorerai. Je vais te laisser, je suis à table, bisouuuuu.

Une soirée seule avec mon père ? C'était le bonheur, je le savais d'instinct. Mais je devais être parfaite. Pendant mon heure de colle, je m'endormis sur ma table. Et on me secoua. C'était Cathy.
-Tu as fait quoi ce WE pour être aussi claquée ?
-Rien de particulier, je suis partie faire une randonnée. 
-Quelle idée de faire un truc pareil.
Cathy portait une cravate. Je la reconnus, elle s'était attachée avec pour faire une photo pour Brian. Je crus que j'allais mourir de rire. 
-C'était amusant. On s'est bien amusé avec Brian en fait.

-Tu étais avec Brian ? 
-Oui. 
-Oh. Juste tous les deux ?

-Oui, on était juste tous les deux avec la nature et Chris la salope. Qui est venue me faire chier mais à un point... D'ailleurs, je dois parler à Paul. Pourquoi tu fais cette tête ? 
-T'as pas peur qu'Alex te tombe dessus ? 
-Pourquoi ? On habite ensemble, on a le droit de passer des WE ensemble pour laisser nos parents respirer un peu.. y'a pas de soucis. Ne dévoie pas un acte innocent. 
-Innocence et Brian. Voilà deux termes antinomiques. Brian ne fait jamais rien sans rien en échange. Tu le paieras d'une façon ou d'une autre. Un jour. Tu le paieras, il te demandera quelque chose en échange de l'amusement que tu as eu.
-Tu as couché avec lui ? lui demandai-je en la fixant droit dans les yeux.
Elle rougit et hoqueta. Elle était troublée que je puisse lui demander cela. Mais.. elle m'avait parue parler pour elle. 
-Je..
-Cathy.. tu sais, je ne le dirai à personne.
-On n'a pas vraiment couché ensemble mais..
Elle devint toute rouge et elle se tut. Oh l'idiot. Je lui fis signe de continuer du regard. 
-Mais disons qu'on a fait des préliminaires ? 
-Oh.

Tout à coup j'en voulus à Brian. Vraiment beaucoup. Je ne savais pas vraiment pourquoi mais je lui en voulais de faire miroiter mes copines de la sorte. C'était absolument dégueulasse. Je lui fis comprendre le fond de ma pensée. Il était dans sa chambre, en caleçon, comme d'ordinaire et j'ouvris sa porte avant qu'il ne me permette d'entrer.
-Tu as fait des préliminaires avec Cathy ! lui reprochai-je.
-De quoi tu parles ? 
-Elle me l'a dit.
-Ta copine est sotte dans ce cas, lâcha-t-il d'un ton froid en se redressant. Je fais ce que je veux. Et si tu veux tout savoir, vu que ma vie sexuelle semble tellement t'intéresser, elle ne m'a pas touché, contrairement à moi.
-Je ne veux pas que tu touches à mes copines, je pensais que nous étions clairs sur ce point. 
-Elle s'en est plainte ? demanda-t-il.
-Elle est amoureuse de toi, abruti.
-Ah. Pendant deux secondes, j'ai cru qu'elle n'avait pas été satisfaite par mes services, ajouta-t-il d'un ton ironique.
-Par tes services, répétai-je. On a l'impression que tu es une pute quand tu dis ça.
-Je ne lui ai pas demandé de l'argent. Écoute, je.. c'était quand Alex et moi on était séparé. Je n'ai rien à me reprocher si ce n'est de lui avoir procurer du plaisir. J'ai été très clair avec elle. Tu connais ma franchise, Sarah.
Il ne mentait pas. Mais je trouvais que c'était abusé tout de même. Je n'aimais pas qu'il s'amuse sexuellement avec une fille que j'appréciais pour la laisser après coup. Je ne trouvais pas cela correct en réalité.
-Brian, s'il-te-plaît. Ne couche plus ou ne fais plus de cunnilingus ou je ne sais pas quoi à mes copines. Parce qu'après je me sens..
-Jalouse ? 
-Non, gênée. Je crois qu'elle est vraiment attachée à toi et là.. attends ? Jalouse ? 
-Bah écoute, soit tu es jalouse parce que je ne te procure pas mes services, soit ton mec ne te procure pas ce genre de services, mais tu as vraiment l'air jalouse.
J'étais perplexe mais je me sentis rosir.
-Ah, j'ai touché un point sensible, mais j'ai pas envie de parler de sexe avec toi alors, si tu pouvais me laisser tranquille ? J'ai l'intention de me palucher alors.
-Tu es tellement sale, c'est pas possible. 
-C'était une blague. Tom et moi on va aller faire un foot avec Paul en salle. J'aimerai me changer. 
Je sortis de sa chambre et j'entendis la porte d'entrée s'ouvrir et la voix de Mary me parvint. Elle monta les escaliers.
-Salut Sarah ! Tu as passé une bonne journée ? Qu'est-ce que tu as ? 
Je devais être toute rose.
-Oh, rien, j'ai juste interrompu Brian dans une séance d'onanisme. 
-Brian !!! Je te l'ai dit 100 fois de fermer ta porte à clef quand tu fais ce genre de choses.
Brian débarqua dans le couloir, il rosissait à vue d'œil.

-Non mais Maman, elle ment. J'étais pas entrain de.. 

Il me fusilla du regard et je me mis à rire, Mary leva les yeux au ciel, ébouriffa les cheveux de son fils et elle passa dans sa chambre.
-Tu vas me le payer très cher. Je n'aime pas du tout quand ma mère pense que je suis un pervers ou quelque chose comme ça. Je me vengerai.
-J'espère bien que tu vas te venger tête de nœud. Avec un peu de chance, tu arrêteras de me traiter comme une petite chose fragile.. J'ai horreur de ça.
-Okay. Ça me va aussi, je te traiterai comme ce que tu es... un vagin sur patte.
-Brian Theodore Miller ! s'exclama sa mère. 
Il retourna dans sa chambre rapidement et moi je le regardai fermer la porte.
-Ne le laisse pas te parler comme ça. Il a tendance à penser qu'il est le maître du monde et qu'il peut dire ce qu'il veut quand il veut. Remets le à sa place. Tu dînes avec John ce soir ? 
-Oui.. en fait, tu veux venir ? 
Mary ouvrit les yeux et se mit à sourire.
-C'est une sortie entre vous, je vais vous gêner. 
-Maman ?!!! Tu n'as pas vu mon ma paire de basket bleue ? demanda Tom m'empêchant de lui répondre. 
Mary me fit un sourire désolé et elle se dirigea de sa démarche gracieuse vers son fils. Moi, je me réfugiai dans ma chambre et j'appelai Papa. Il répondit à la seconde sonnerie.
-Tu vois un inconvénient à ce que Mary vienne avec nous ce soir ? Au restaurant ?
-Hum. Je pensais que la soirée c'était toi et moi pas toi et moi et Mary.
-Tu parles comme moi Papa. Je crois que ça lui ferait plaisir de sortir sans les deux terreurs, avec des gens civilisés.. maintenant, si tu ne veux pas.. je ne l'invite pas.
-Ça me ferait très plaisir de dîner avec deux des plus belles femmes de ma vie.
-Hum. C'est qui les autres ? 
-Je ne traîne qu'avec des canons mais je dirai toutes les filles de la famille ? Tu me comprends et moi je vais être en retard dans ma propre réunion de service, tu préviens ma femme. Bisou chérie. 
Il me raccrocha au nez et je lançai mon téléphone sur mon lit. J'avais envie de voir Ray. Il me manquait vraiment. C'était mon ami et il ne m'avait pas paru aussi heureux qu'il aurait dû au téléphone. J'étais entrain de descendre les escaliers quand j'entendis du bruit dans le salon et je vis ma belle-mère entrain d'étirer son corps gracieux en faisant du yoga. Cette femme était l'essence même de la féminité. Elle incarnait un idéal à atteindre, idéal que je ne serai jamais. Elle se redressa, me vit et elle me demanda si je voulais en faire avec elle. J'acceptai. Elle me repositionna avec douceur.
-En fait Mary, tu viens avec nous ce soir, c'est arrangé. 
-Je ne veux pas vous déranger.
-Ce n'est pas le cas. 
Je me redressai et je vis les yeux de Paul. Mais lui ne me regardait pas, il fixait Mary qui tenait uniquement sur ses mains.
-Salut Paul, fit Mary. Tu vas bien ?
-Oui madame McAllister. 
Mary se redressa et elle l'embrassa sur les deux joues. On sonna à la porte et je m'y rendis, c'était Sophie. Elle me prit dans ses bras et m'entraina dans la cuisine directement.
-Je sais que tu dînes avec John mais là, j'ai besoin de toi, mais genre méga besoin de toi et d'un gros pot de glace à la vanille.

Elle ouvrit le congélateur pour prendre la glace et deux cuillers.
-Tu vas m'expliquer ?

-Cam a vu une photo de Slund' et je crois que je l'ai vraiment blessé. 
-Une photo ? 
-Oui. Il s'est acheté une voiture de sport. 
-Encore ???? m'exclamai-je.
-
Je ne vois pas l'intérêt perso, mais le souci n'est pas là. Il l'a prise en photo depuis l'intérieur avec ce commentaire, regarde.

Elle me tendit son smartphone. Hâte de te revoir pour tester tout le confort de la banquette ! 
-Ah ouais, tu m'étonnes qu'il se soit senti blessé. Tu lui as dit quoi ?
-Que c'était un ami et qu'il faisait toujours des blagues pourries mais il ne m'a pas cru. 
-Et pourquoi il l'a vu ? 
-Il avait mon téléphone en main et il a sonné, il a vu le message. Il ne m'a pas fait de crise ni rien. Mais.. tu aurais dû voir ses yeux. Il était blessé. Il ne m'a pas cru et.. je ne veux pas le perdre, tu vois ? Il me fait du bien. 
-Qui te fait du bien ? demanda Brian en débarquant dans la cuisine. Ah.. tu parles de Punette.
-Arrête de l'appeler comme ça, je te l'ai dit 100 fois, dis-je d'un air excédé.
-Qu'est-ce qu'il a Punette ? demanda Paul en arrivant derrière Brian. 
-Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi Paul ! 
Paul me regarda d'un air bizarre alors qu'il prenait une cuiller pour la plonger dans le pot de glace. 
-Je connais pas son nom en fait. Et c'est pas trop mon souci en fait, qu'est-ce qu'il a ? 
-Il a vu une photo de mon ex, on est resté ultra proche et.. je suis conne. 
Paul posa sa main dans le dos de Sophie. 
-Mais non, si tu savais le nombre de contact que j'ai avec mes ex, tu serais étonnée mais je sais une chose, tu n'es pas conne Sophie. Tu es juste humaine. Alors tu fais des erreurs parfois.
-Merci McDust pour cette fine analyse psychologique. Tu peux me passer la sauce au caramel dans le placard de droite ?
Paul me fixa avec sévérité. Il me faisait penser à son père.
-Tu n'es pas obligée de prendre ce ton ironique et méprisant avec moi, Sarah. 
-Je ne voulais pas paraître méprisante. 
-Tu l'as été.
-Hum. Oh, dis-je après une seconde de silence. Tu comptes sur le fait que je te présente mes excuses ? 
-Je ne m'attends pas à grand chose de ta part en fait.
Même Sophie tourna les yeux d'un air circonspect. 
-Qu'est-ce que ça veut dire au juste ? 
-On se connait depuis toujours et tu es têtue, alors non je ne m'attends pas à des excuses parce que c'est peine perdue quand tu es persuadée que tu as raison. Je dois rentrer chez moi. Merci pour la glace. 
J'avais l'impression qu'il me faisait la gueule. Je le rattrapai dans le couloir.
-Paul ? Il y a un souci. Je t'ai offensé, je le sais.. et n'essaye pas de me faire croire que c'est pour ma plaisanterie. Mais j'aimerai savoir pourquoi.
-Tu connais le concept de la goutte d'eau qui fait déborder le vase ? 
-Je ne..
-Je te signale que mon frère refuse de m'adresser la parole à cause de toi. Ça encore, tout le monde sait que Marc peut être un sacré con quand il veut mais en plus tu es méprisante ? Tu n'as pas à me parler comme ça Sarah. Je ne suis pas ton chien et tu m'as fait comprendre en début de cette année que je n'étais que vaguement ton ami alors je préfère partir avant de me fâcher véritablement avec toi. 
Marc ne lui adressait plus la parole ? J'ouvris grand les yeux et ils commencèrent à me piquer, ce que je redoutais était entrain de se passer. Ce n'était pas possible. J'avais séparé deux frères. Paul tourna les talons et il sortit de la maison.
-Non mais qu'est-ce que tu as fait à Paul ? me réprimanda Brian en me poussant légèrement pour passer. 
-Je..

Je sentis des larmes venir et je m'enfuis dans ma chambre. Je m'allongeai en chien de fusil juste à côté de mon lit. J'avais brisé le lien entre Marc et son frère. J'aurais dû dire à Marc de ne pas le faire mais j'étais égoïste. Je n'avais pensé qu'à moi dans cette histoire. Comme toujours. Je ne pensais qu'à moi. 
-Sarah ? 
-Laisse-moi.

Sophie s'approcha de moi, toucha mon épaule mais je me dégageai pour me réfugier dans la salle de bain. Et là je vis mon visage dans le miroir. Ce visage que je détestai profondément. Ces cernes comme des canyons, j'entendais encore la voix d'Alexandra me comparer aux frères Bogdanoff, J'étais un zombie, j'étais laide. Je ne supportais plus de me voir. Je saisis mon verre à dent et je le lançais de toutes mes forces dans le miroir qui explosa en mille morceau. On aurait dit un kaléidoscope. Je me revoyais encore et encore c'était pire. Je retirai un maximum de morceau, m'éraflant les mains au passage et je tombai à genou. Mes mains étaient blessées. Je voyais le sang s'écouler. Je n'avais pas fait exprès. On frappait à la porte.
-Sarah. Ouvre cette porte ! criait presque Sophie. Je ne sais pas, disait-elle. Elle s'est enfermée et..
Je m'assis dans la douche et je pris le pommeau pour me rincer. Le sang et l'eau sur mes plaies s'écoulaient sur mon collant. 
-Sarah. Si tu n'ouvres pas cette porte dans 3 secondes, je la défonce. 
C'était mon père. Je me redressai alors qu'il faisait le décompte et quand j'ouvris la porte, je me sentais pathétique. J'étais mouillée et j'avais les mains en sang. Mon père ne me regardait pas, il observait le désastre derrière moi, le miroir brisé, les gouttes de sang. Il saisit mes mains et je vis de la véritable douleur dans ses yeux. Pour lui, les mains, c'était sa vie, c'était son gagne-pain. 
-Tes pauvres mains.... Sophie, apporte-moi ma trousse de secours. Mary, apporte-moi des compresses, il y en a dans notre salle de bain. Brian, sors Tom d'ici et apporte-moi mon téléphone. 
Il ne dit rien alors qu'il désinfectait mes mains. Il me soigna et Brian revint avec le téléphone de mon père. Ce dernier se leva et se rendit à ma fenêtre. Il se mit en face et bougea le rideau. Il se mit à parler en espagnol. Rapidement. Et il raccrocha.
-Je ne veux pas te chasser Sophie, mais tu pourrais me laisser seul avec ma fille ?
Sophie était juste à côté de moi et elle me tenait les épaules. Elle me laissa et mon père se retourna. Il s'approcha de moi et il s'agenouilla.
-Je n'ai pas fait exprès Papa. Je te rembourserai le prix du miroir, c'est bien pour ça que tu as appelé, n'est-ce pas ? J'ai cru comprendre que.. 
-Tu vas plus mal que je le pensais Sarah, m'interrompit-il. Et c'est de ma faute parce que je ne t'ai pas aidé au bon moment. Je m'occupe toute la journée du bien-être d'inconnu mais je suis incapable de pourvoir au bien-être de mon propre sang. Tu ne vas pas bien Sarah. À partir de maintenant et jusqu'à ce que tu ailles mieux, tu deviens ma priorité numéro 1. Je ferai en sorte de travailler de jour. 
-Tu adores faire des gardes.
-Non, pas tellement. Tu es ma priorité. Tu l'as toujours été, mais depuis quelques temps, je ne te l'ai pas montré assez. Je serai là tous les matins quand tu te lèveras et je serai là tous les soirs quand tu reviendras. Je redeviendrai ton père et non plus un coloc. Je vais m'impliquer et tu ne seras plus jamais malheureuse. 
-Je ne suis pas malheureuse à cause de toi Papa. Toi, je t'aime tellement...
Je me glissai sur ses genoux et il m'entoura de ses bras.
-Je t'aime tellement.
-Et moi je t'aime, me répondit-il. De manière pleine, entière et inconditionnelle. 
On frappa à la porte et Tom entra. Il avait l'air tellement gêné de nous interrompre. Il avait un plateau à la main et y'avait deux tasses dessus. Il le posa sur le lit et il partit sans dire un mot.

-Attends, Tom ! Sophie est toujours là ?
-Elle est partie pour je cite « botter le cul de Paul ». 
Je tournai les yeux vers mon père. Il soupira et me donna l'autorisation d'y aller. Je courus dans les escaliers, attrapaient la paire de chaussures qui trainait. Je filai dans ma voiture et j'arrivai devant la grille des McDust rapidement. Je vis Sophie et Paul de loin. Elle le précédait, descendait les escaliers. Il la retourna et elle le gifla fortement. Et malheureusement pour elle, je ne fus pas la seule à la voir. Je vis le père de Paul sortir de sa voiture et s'interposer entre les deux, alors que Paul était entrain de retenir Sophie. Ma meilleure amie était entrain de courir à travers la pelouse. Elle ouvrit le portail et s'enfuit. Elle ne m'avait pas vue. Je roulai à côté d'elle et quand elle me vit, elle ouvrit la portière et se glissa à la place du mort.
-Je le déteste. Je déteste Paul. 
-Tu l'as frappé à cause de moi...
-Il ne voyait pas ce qu'il avait fait de mal.
-Mais..
-Il t'a fait pleurer et.. 
Ses mains tremblèrent.
-Si tu savais comme je m'en veux. 
-Oh tu sais, c'est pas la première gifle qu'il se prend et pas la dernière qu'il se prendra..
-Je ne parlais pas de ça. Je parlais de l'affection malsaine que j'avais pour lui. Je m'en veux tellement. Pourquoi faut-il toujours que je m'entiche du mauvais garçon ? 
-Je pensais que tu étais amoureuse de Cameron.
-C'est le cas. Mais Paul.. il me déçoit tellement.
-Je crois que c'est parce que tu as toujours beaucoup d'affection pour lui. Parce que c'est Paul. Notre Paul. On jouait ensemble petit aux chevaliers et aux princesses en détresse. Tu as toujours dans l'esprit l'image de Paul qui venait toujours nous aider et qui aurait fait n'importe quoi pour nous empêcher de pleurer. Tu te souviens quand il avait partagé son goûter avec toi parce que ce gros lard de Glods t'avait poussé et que le tien était tombé dans la cour ? Tu t'imagines qu'il est toujours comme ça. Tu as une vision améliorée de Paul. Faut que tu reviennes à la réalité. C'est tout. 
Je la ramenai chez elle en lui promettant de lui reporter sa voiture le lendemain. En arrivant chez moi, l'ouvrier était dans ma chambre. Brian me fixa d'un air goguenard.
-Toi tu pètes un miroir, ton père le fait changer dans l'heure. Moi, je fais ça, je me prends une baffe. Va comprendre la logique.
Je rougis.
-Tu as raison. Sophie a giflé Paul. Je pense que tu vas avoir un débrief. Faut qu'on fasse un truc.
-Je pense surtout qu'on doit pas s'en mêler.
-On se connaît depuis notre enfance. On ne peut pas se fâcher comme ça. Surtout qu'ils sont fâchés à cause de moi.
-Sarah. C'est pas de ta faute d'une et je pense qu'ils ont trop de non-dits, on n'a pas à se mêler de leurs affaires. À un moment donné, occupe-toi de toi et de ta dépression nerveuse. Pas de Paul, Sophie et la tension sexuelle magistrale qu'il y a entre eux. Le seul moyen pour eux d'arrêter de se fâcher comme ça, c'est de coucher ensemble, et ça ne risque pas d'arriver. Alors laisse tomber. Tu veux utiliser ma douche avant de sortir avec nos parents ?
-Oui, je veux bien. Si ça te dérange pas.
-Je vais jouer avec Tom. Fais comme chez toi.
La salle de bain de Brian ressemblait à la mienne, en plus.. sobre. Avant c'était une chambre d'amis, voilà pourquoi. Je pris une douche rapide et je me changeai. L'ouvrier était déjà reparti et un miroir flambant neuf de la même dimension que le précédent était dans ma salle de bain, effaçant à tout jamais ce qui était arrivé. Je descendis les escaliers pour rejoindre mon père dans le salon, il était entrain de nouer sa cravate. Et quand Mary descendit, elle était splendide. Mon père arrêta de respirer pendant quelques secondes. Elle portait une robe bleu roi qui lui arrivait au genou. Cette couleur lui allait à la perfection.

-On prend quelle voiture pour y aller ? demandai-je.
-Le taxi ne devrait pas tarder.
-Ah ouais. Un taxi ? Tu as l'intention de picoler Papa ?
-Absolument. 
Son téléphone vibra et il ouvrit la porte. Il n'avait pas réservé dans un restaurant minable... Je me demandai comment il avait pu avoir une table aussi vite dans l'un des plus grands restaurants de la ville. Avant de me rappeler que mon père était riche et qu'on avait toujours plus de privilèges quand on était riche. Mary n'était jamais venue là visiblement et elle fut surprise quand le serveur appela mon père par son nom. 
-Tu es un habitué.. constata-t-elle d'un ton qui voulait dire et tu ne m'as jamais emmené ici avant.
-J'étais. Je ne suis pas venu depuis des mois, se justifia-t-il avant de l'embrasser sur la joue. Alors Sarah... tu as défoncé ton miroir...

-Je vais te le rembourser.

-Oh non. Tu n'en aurais pas les moyens. Pas avec ton argent de poche et je ne pense pas que tu accepterais de te passer d'argent jusqu'à la fin de ton lycée.
-J'insiste Papa. Je ferai n'importe quoi pour racheter ma conduite.
Il eut un sourire sadique.
-Soit. Tu me rembourseras ton miroir en séance chez le Dr Cooper. 
-Ah. Je ne veux pas te faire perdre autant d'argent. Je risque d'en avoir besoin longtemps. 
-Je gagne suffisamment mon petit ange blessé. Tu récupèreras tes ailes et ça, ça n'a pas de prix.

-Arrête de parler en métaphore, je trouve ça flippant.

Il se mit à sourire et le serveur arriva pour prendre notre commande et j'en profitai pour les observer en tant que couple et j'appréciais ce que je voyais.

-D'ailleurs, je vous ai pas dit, j'ai eu un A+ en littérature. Mon prof m'a dit que j'étais un esprit brillant.
-Je n'en ai jamais douté personnellement, sourit Mary en me saisissant l'avant-bras.
Nous étions comme une famille.. non. Nous étions une famille. Tous les trois. 
-Bon, trêve de plaisanterie ma chérie, c'est quoi ce délire. Pourquoi tu as bousillé ton miroir ? 
-Je ne le supportais plus. Me voir, c'était pas.. je n'avais pas envie de me voir. 
-Qu'est-ce qu'il s'est passé au juste pour que tu te mettes dans un état pareil ?
-Paul s'est fâché avec Marc à cause de moi.
-Oh. Tu sais que ce n'est sûrement pas de ta faute mais ce n'était pas sympa de la part de Paul de te le reprocher. Tu sais.. James et moi on s'est souvent bagarré pour des filles, c'est pas pour ça qu'on se déteste. 
-C'est de ma faute. Parce que la petite amie de Paul McDust est une garce avec moi et Marc lui a dit. Il n'a pas apprécié. 
-Alors Paul est un idiot, conclut mon père. Il n'a pas à te reprocher ce que son frère lui dit. Et comment ça c'est une garce avec toi ? 
-Elle est populaire et je ne le suis pas. Elle m'en veut à cause d'une broutille. 
-C'est la fille de qui ?
Je levai les yeux vers mon père. C'était le désavantage quand tout le monde connaissait tout le monde et quand nos parents avaient tous le même âge et qu'ils avaient tous été dans les mêmes écoles. 
-Ses parents ne viennent pas d'ici. Enfin, bref, arrêtons de parler de ça. C'est quand que vous nous faites un petit McAllister ??

Mary faillit s'étouffer avec son verre de vin et mon père la regarda d'un air amusé et amoureux.
-On est suffisamment à la maison, je pense. Et tu essayes de changer de sujet. Chris est méchante avec toi ? Pourquoi tu ne nous l'as pas dit avant ?
-C'est une pute avec tout le monde. C'est pour ça qu'elle s'entend si bien avec la petite amie de son fils qui est un garce à la puissance 1000. Enfin.. qui l'était. Parce qu'elle est plus cool maintenant. Je ne sais pas pourquoi. Sûrement parce que Brian l'a largué une fois et que c'est un peu grâce à moi qu'il l'a reprise. Je sais pas. 
Je regardai mon assiette, puis celle de mon père. Et je lui fis des yeux de cockers. Il soupira et je piquai un petit morceau de son entrée. 
-Dis-moi Sarah. Tant qu'on parle de Brian.. tu ne le trouves pas bizarre en ce moment ?
-J'ai toujours trouvé ton fils bizarre mais non. Je ne le trouve pas plus bizarre que d'habitude. Je le trouve même beaucoup plus..
Je faillis dire tendre. Mais je savais qu'elle allait l'interpréter bizarrement. 
-Sympa. Depuis le Texas, on s'est vachement rapproché tous les deux.

-C'est pour ça que vous dormez ensemble ? 
-Non, c'est parce qu'on est des flemmards et en général on s'endort alors qu'on parle. Ce n'est pas ce que tu voulais Papa ? Qu'on s'entende ? Et bien on parle, je m'endors en général et il ne me porte pas jusqu'à ma chambre. Alors voilà. Et les autres fois.. c'est parce que je ne me sentais pas en sécurité et je lui ai demandé de rester jusqu'à ce que je m'endorme. Je sais que je ne dois pas m'habituer. Mais c'est agréable de dormir avec quelqu'un. C'est rassurant. D'ailleurs Mary, Brian a fait un cauchemar à Kernville. Je crois qu'il pensait à son père. Il est effrayé à la pensée de lui ressembler un jour. Encore plus que Tom, je crois. Je trouve ça étrange de penser ça alors qu'il a été élevé par toi qui est si équilibrée et que ses modèles masculins sont très stables.. 
-Le père des garçons était aussi équilibré que moi. Et stable aussi. C'était un homme bien mais il a changé. 
-Je crois que Brian a surtout peur de ne pas pouvoir tenir sa promesse envers Tom. Il lui a promis qu'il serait toujours là pour lui. Je crois que Brian garde beaucoup de choses en lui et qu'à un moment donné, ça déborde ou ça explose. 
-Il est comme ça. Tu as raison. 
Mary avait froncé les sourcils, inquiète soudainement.
-Je vais lui parler Mary, lui dit mon père en posant sa main sur son avant-bras. Je vais m'en occuper. 
Le reste de repas se passa bien et nous décidâmes d'aller nous promener. Je marchais un peu en retrait du couple parental. Mon père tenait sa femme par les hanches. Je me demandai si Marc pourrait un jour être aussi tendre avec moi, me tenir par la hanche comme cela. Je n'aurais jamais la classe de Mary mais pourrait-il le faire ? Il était indéniable que mon père l'aimait, qu'ils étaient heureux. Mon père se tourna vers moi et il me fit signe de venir à côté de lui. 
-Mary m'a dit que tu aimerais faire des cours de self-defense ? 
-Ah oui. J'adorerai. Tu serais d'accord ?
-Je ne vois pas pourquoi je ne le serai pas. Du moment que tu sois heureuse, moi.. je suis prêt à tout, tu le sais bien. Ne pense pas au prix Sarah. Je ne te savais pas aussi radine..
Je plongeai mes mains dans mes poches et je regardai mes pieds.
-Non mais.. la probabilité pour que je gagne un jour ton salaire vu mes faibles capacités est assez faible, je ne veux pas m'habituer à avoir tout ce que je veux alors que je n'aurais jamais tout ce que je veux. 
-Parce que tu crois que je ne te viendrai pas en aide et que je ne subviendrai pas à tes besoins une fois que tu ne seras plus à la maison ? 
-Non mais.. je ne veux pas m'habituer à avoir un train de vie d'héritière. C'est pas dans mon tempérament, c'est pas dans le tien et j'ai l'impression que je ne mérite pas tant de.. prodigalité ? Je veux vivre avec ce que je gagne, pas avec mon héritage, tu vois ? 
-Mais Sarah, c'est mon rôle en tant que père de te faire plaisir tant que tu es à la maison. La vie est suffisamment dure sans bouder les présents que la vie nous donne. Tu as envie de faire de l'auto-défense, je te paye tes cours.. tu as envie de faire du poney ? Tu feras du poney.
-Et si j'ai envie de faire du lap danse ? 
-Oublie. 
-Je suis sûre que Mary sait faire du lap danse.
-Si elle sait faire ça, je n'en sais rien. 
-Tu verras bien ce soir mon chéri.
Mary éclata de rire et moi aussi. Mon père finit par rire mais ce n'était pas gagné visiblement. Il me lança tout de même un regard un peu sévère. Mary me fit un clin d'œil. 
-Papa, j'ai un truc à te dire. C'est assez important. 
-Tu es enceinte et tu veux que j'élève ton enfant comme le mien pour ne pas gâcher ta chance de faire des études et de voyager ?
-Heu.. non. Mais c'est sympa de voir que tu le prends comme ça.. Tu ferais ça ?
-Pourquoi je ne le ferai pas ?
-C'est un point de vue mais non. En fait, je voulais te dire que j'aimerai aller dans un MedCamp cet été. Pour voir si ça me plaît.
Mon père s'arrêta et il écarquilla les yeux. 
-Tu veux faire quoi ? 
-J'aimerai aller dans un MedCamp ou alors que tu me prennes avec toi un peu, histoire que je..
Il lâcha sa femme pour me serrer contre lui. 
-Je te l'avais dit Elena, murmura-t-il. J'ai gagné notre pari.

Cela me fendit le cœur. Je ne savais pas vraiment comment l'exprimer. C'était bien mon problème, je ne savais pas exprimer mes sentiments en face à quelqu'un. Et c'est ce que je dis le lendemain au Dr Cooper lors de notre première séance.. que je ne pouvais pas exprimer ce que je ressentais. 
-Et pourquoi tu n'y arrives pas ?
J'étais allongée sur son divan. Il était confortable et elle, elle me regardait gentiment en buvant une tasse de thé dans son bureau. Mon père m'avait fait un mot pour que je loupe mon cours de sport pour venir, c'était l'un de ses seuls créneaux de libre. Je ne voulais pas remettre au lendemain ma confrontation avec toutes mes névroses et Dieu seul savait combien elles étaient réellement.

-Je ne trouve pas les mots. J'ai l'impression que notre langue n'est pas assez riche. Et puis je crois que je n'arrive plus. C'est trop dur.
-Trop dur ?
-Je ne veux blesser personne. 
-Tu as peur de blesser les autres si tu exprimes tes sentiments ?
-Oui.
Je me tus. 
-Et ça te donne cette sensation avec tout le monde ? 
-Pratiquement.
-Tu peux préciser ta pensée ? 
-Vous connaissez The Giver ? 
-Ah oui, très bon livre. J'adore Lois Lowry.
Je tournai les yeux vers elle. Moi qui voulais faire une blague, c'était loupé. Règle numéro 1 : ton psy est plus futé que toi. Il fallait que je trouve une pirouette. 
-Wow. Je ne savais pas que c'était un livre. Votre culture vient d'écraser la mienne comme un Sumo qui se jetterait sur un chat.
-Très imagée comme métaphore. Mais continue, tu disais ?
-Dans cette histoire, les sentiments sont annihilés de la conscience de l'humanité. Il n'y a plus d'amour, il n'y a plus de passion. Parfois je me sens vide comme si on m'avait annihilé. Je ressens toujours de l'amour. Oui bien sûr, j'aime profondément ma famille mais.. Vous pensez que l'amour peut vous sortir de toutes les situations ? 
-Tu en penses quoi toi ?
-Juste pour savoir, vous avez fait combien d'années d'études ? Une dizaine ? Et vous êtes payée pour poser des questions ? Ça n'aurait pas été plus simple de devenir télé-opératrice ? 
Elle se mit à rire. 
-Si sûrement mais quand tu parles de l'amour, tu parles de quel amour ?
-De quel amour ?

-John ne t'a jamais parlé des trois sortes d'amour ?
-Il aurait dû ?
-Il y a trois sortes d'amour. Eros, l'amour charnel, Agapê l'amour divin et Philia, l'amour du prochain. 
-Ah oui, je connais ça. Et bien.. je ne sais pas. De quoi on parle déjà ? ah oui, l'amour est-il plus une aide qu'un obstacle ? Je crois que l'amour est un obstacle en fait. Je crois que quand j'aime quelqu'un, je le fais souffrir. Par exemple mon petit ami. Je l'aime, je suis sûre que je l'aime. Et je lui apporte du malheur. Je ne crois pas en la magie, non mais limite, j'ai entendu dire que sur des esprits faibles, le maraboutage, ça pouvait marcher. Et je suis faible alors.. peut-être que je porte juste malheur mais je ne vois pas qui j'aurais pu offenser pour me faire marabouter. Alors cette hypothèse est ridicule mais.. je porte malheur aux gens. Je veux dire mon ange gardien, non seulement il boit mais il doit sniffer de la coke, j'ai trop de malheurs dans ma vie. Et l'amour ne suffit pas. L'amour de mon père ne me suffit pas.

-Tu as besoin de plus d'amour ?
-Je ne sais pas. Peut-être. C'est trop philosophique pour moi.
-Tu me dis que l'amour de ton père ne te suffit pas. Mais pourquoi tu aurais besoin de quoi pour être comblée ?
-Qu'on arrête de se moquer de moi. Qu'on m'aime ? Que les gens autour de moi arrêtent de souffrir ?J'ai besoin de plus. J'ai besoin de voir les gens heureux mais ils ne le sont pas. Et je crois que c'est de ma faute. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai cette sensation.
-Hum. Tu penses être un facteur déterminant dans le bonheur des autres. Et si toi tu es défaillante, tu penses que personne ne sera heureux ? C'est ça ?
-Oui. C'est ce que je pense. Je me donne trop d'importance. Je le sais. Je ne devrais pas.. alors que moi je suis si insignifiante. Je me sens tellement insignifiante. J'ai l'impression de dire de la merde. C'est chaud. 
-Tu ne dis pas de la merde. Tu me confies tes pensées et tu te débrouilles très bien. C'est difficile de faire ça. Et pour une première fois c'est très bien.
-Je pourrais revenir demain ? Ou c'est très tôt ?
-Je vais vérifier dans mon agenda.
Elle se leva et moi je repris un bonbon. Je me demandais si elle les avait mis là pour moi. Je me redressai.
-Jeudi, ce serait mieux pour moi. À la même heure ?
-Okay. 
-Sarah. Avant que tu partes, j'aimerai que tu fasses un travail pour moi. Je veux que tu penses à tout ce que tu n'aimes pas chez toi et que tu voudrais changer. Fais une liste et on va essayer de travailler dessus dans les prochaines séances.
-Okay. 
Je sortis du bureau et je me retrouvais dans la foule de l'hôpital. Je vis l'ami de mon père. Il se dirigea vers moi en souriant.
-Salut petite McAllister. Paraît que tu aimerais faire un MedCamp ? 
-Ou un stage. Je sais pas, je suis une fille de chirurgiens et je ne sais pas vraiment en quoi ça résulte. À part charcuter des gens, je veux dire. 
-Tu viens ici quand tu veux. J'ai une opération.. tu veux venir voir ce qu'est un véritable artiste ? 
-Si vous n'y voyez pas d'inconvénient.
Il m'emmena avec lui. J'avais de la chance. C'était pour des faux seins. Le vrai nom m'échappait. C'était impressionnant. Je trouvais ça cool. Surtout parce qu'il me demanda de lui passer ses instruments et qu'il répondait volontiers à mes questions.
-Donc si j'ai bien compris, vous vous gagnez votre vie en tripotant des nibards quoi ? 
J'entendis un rire tonitruant derrière moi. Celui de mon père. 
-C'est exactement ça, répondit mon père. C'est un pervers dégueulasse. Viens plutôt en cardio ma chérie.. si tu veux faire de la chirurgie. 
-Si je me base sur Grey's Anatomy, c'est en chirurgie esthétique qu'ils sont les plus beaux. 
-La vérité sort de la bouche des enfants, McAllister. Tu veux pomper la solution saline ? 
Il me confia la grosse seringue.

-Pour de vrai ?
-Oui, vas-y. Je te dis stop. Alors comme ça faire de la médecine ça te plairait ?
-Je ne sais pas justement, autant le voir pendant que je peux encore changer d'avis. Je vais pas me taper des années d'études pour abandonner à la fin.
Je vis le regard de l'interne à côté de lui qui lui, n'avait pas le droit de toucher. Il était jaloux.
-C'était très sympa Wolf. Je pense qu'il faut que j'y aille j'ai des exercices de chimie à faire.
-Okay, ça marche, John. Tu as posé le dossier dans mon bureau ?
-Bah, ouais depuis ce midi ma couille. 
Ma couille ? Il était sérieux ? Wolf se mit à rire et mon père me fit sortir du bloc opératoire. 
-J'ai juste le temps de prendre un café, tu m'accompagnes ? 
-Tu es venu en taxi ce matin ?
-Ouais. J'avais plus d'essence et j'avais la flemme d'aller en chercher.
-Est-ce que je peux squatter dans la salle des titulaires pour faire mes devoirs le temps que tu finisses et après on rentre ensemble ?
-Oui bien sûr que tu peux. Je vais t'emmener. 
Je me mis à travailler, j'étais tranquille. Je pouvais réfléchir à ma première séance avec le Dr Cooper. J'étais plus embrouillée en sortant qu'en y entrant mais j'avais bon espoir de remettre de l'ordre dans ma vie. Elle m'avait beaucoup aidé à la mort de ma mère. La première séance avec elle, une semaine après la mort de ma mère, j'avais pleuré. beaucoup pleuré. Je n'avais fait que ça d'ailleurs. Et elle m'avait dit que j'avais le droit de le faire, d'exprimer ce que je ressentais. Elle m'avait aidé. Mais là.. c'était sûrement le bouillonnement hormonal. J'étais embrouillée.

Mon père termina sa journée et vint me chercher alors que j'étais entrain de me demander combien de temps il me faudrait pour ne plus être embrouillée comme une pelote de laine laissée à un chaton. Il ne voulait pas conduire.
-Je vais revenir voir le Dr Cooper à la même heure jeudi.
-Ça t'a fait du bien ?
-Je ne sais pas encore. Je te dirai ça après ma 100è séance.
-Comme tu veux ma chérie. Tout ce que je souhaite c'est ton bonheur. 
-Et celui de Mary et de ses garçons. Oui je sais.
-Sarah, soyons bien d'accord, j'aime profondément ma femme, mais si je venais à divorcer, eux, ils ne seront plus là. Mais toi tu seras toujours ma petite fille chérie. 
-Tu serais triste de perdre Tom et Brian, j'en suis certaine. 
-Très.
-Je crois que tu resteras leur beau-père à tout jamais. Je veux dire, s'ils voulaient garder le contact avec toi, tu.. accepterais ?
-Je crois que quand on donne de l'amour à un enfant, on ne peut pas le retirer comme ça.. Alors oui je pense que je continuerai de les aimer de loin.
-Est-ce que tu penses que l'amour permet de te sortir de toutes les situations ? 
-Hum.. je pense que lorsqu'on aime et qu'on est aimé, on est plus fort. L'amour fait qu'on est plus jamais seul. On peut faire beaucoup de choses par amour.
-Si je tuais quelqu'un, tu m'aiderais à cacher le corps ?
-Hum. Ça ne se pose pas comme ça Sarah. Je crois que l'amour nous donne une dimension différente et une vision différente. Je serai prêt à tout pour toi. Demain, tu me dirais que tu veux aller vivre à Montréal, j'achète une maison et on file là-bas. 
-Tu es sérieux ? 
-Oui. 
-Et si je te demande de démissionner et de changer de métier ?
-Tu ne le ferais pas parce que tu m'aimes et que tu sais que je suis heureux à l'hôpital. Mais si tu me demandais de démissionner pour aller dans un autre hôpital dans une ville où tu serais heureuse, oui, je le ferai. Même pour un salaire dérisoire.
-Sans vouloir te vexer papa, tout salaire parait dérisoire comparé au tien. Et si.. je te demandai de déménager dans un pays d'Afrique où tu ne pourrais faire que de l'humanitaire sans salaire ?
-Je crois avoir suffisamment d'argent pour ça. Tu sais, avec ta mère, on s'était dit qu'on ferait ça plus tard. Partir faire de l'humanitaire plusieurs mois d'affilés avec toi ou sans toi d'ailleurs.. on en avait parlé avec mon frère. Il était prêt à te prendre chez lui. Et même ma mère aurait été prête à venir pour rester avec toi si tu avais préféré rester en Californie.Alors de l'humanitaire.. j'adore l'idée. 
-En fait tu m'aimes tellement que tu serais prêt à me suivre n'importe où ? C'est ça ? 
-J'ai l'impression que tu en doutes sweet heart. 
-Je trouve ça fou.
-L'amour est totalement fou. C'est aussi moteur alors est-ce que je pense que l'amour peut te sortir de toutes les situations ? Oui, je le pense parce qu'il y a certaines situations où tu ne te mettras pas, justement parce que tu aimes les gens qui t'entourent.. Et si on te fait du mal, sache que je ferai tout pour te protéger ou pour faire cesser des agissements contre toi.
Je me garai devant la maison et je coupai le moteur.
-Est-ce que tu pourras me protéger contre moi-même ? C'est ça la vraie question Papa. Rien qu'hier. Si j'avais voulu me trancher les veines avec mon miroir... tu serais arrivé trop tard. 
-Tu as pensé à te trancher les veines ?
-Non. Mais.. j'aurais pu..et tu n'aurais pas pu me sauver Papa. Alors je te le demande, est-ce que tu peux me protéger contre moi-même ? 
-Je peux faire en sorte que tu ne penses plus jamais au suicide.

Je l'avais bouleversé mais c'était vrai. Que pouvait-il faire si demain je décidais de prendre des médicaments, de l'alcool et de prendre un bain en même temps ? De me trancher les veines ? Il ne pouvait pas toujours être là et je n'avais plus suffisamment confiance en moi pour ne pas franchir la ligne. La mort faisait partie intégrante de ma vie depuis le décès de ma mère. Je savais ce qu'était le deuil d'un être cher. Et je savais qu'on pouvait s'en remettre avec le temps. Et je savais que mon père s'en remettrait si je mourrais. Non pas que j'avais envie de mourir mais.. comment pouvais-je savoir que cette envie ne me prendrait pas un jour ?

Mary rentra tard ce soir là, après notre dîner. J'entendis une bribe de conversation entre mon père et elle. Ils étaient dans leur chambre et ils avaient mal fermé leur porte. Mon père était assis sur le lit en tailleur, son dos était voûté.
-John, je pense qu'elle a dit ça juste pour te faire réagir.
-Tu n'as pas vu son regard Mary. Elle y a songé. Je ne te dis pas qu'elle y a songé dans sa salle d'eau mais elle y a déjà pensé. J'ai déjà vu ce regard dans les yeux d'Elijah. Ils pensent tous que je ne sais pas qu'il voulait se tuer après le décès de ma femme. Mais.. je ne suis pas dupe, je côtoie le désespoir tous les jours et j'ai vu du désespoir dans les yeux de mon enfant. Je n'ai pas vu les signaux avant et si tu savais comme je m'en veux. Je pensais que c'était passager mais j'ai l'impression que c'est beaucoup plus ancré. 
-Sarah est plus forte que tu le crois. Mais je pense aussi qu'il se passe des choses dans son lycée et qu'elle ne veut pas nous en parler. Je crois aussi qu'elle traverse une période de construction, elle devient une jeune femme et elle se cherche. Elle cherche à savoir qui elle est pour savoir qui elle va devenir. Alors, je pense qu'elle a des questions existentielles sur.. la mort mais ce n'est pas une fin en soi. Elle n'est pas suicidaire. 
-Et si tu te trompais ? Je ne pourrais pas toujours être là. Je ne pourrais pas toujours la sauver. 
Il se passa une main sur le visage. C'était une.. larme ? Je ne pouvais pas le supporter. J'ouvris la porte à la volée et je me précipitai sur lui. Je le renversai.
-Je ne veux pas mourir. Je te le jure. Je ne le ferai pas. Je ne te ferai jamais souffrir. Jamais.
Et là, je me mis à pleurer. Encore une fois. J'avais l'impression de ne faire que ça en ce moment. Et je sentis aussi les bras de Mary autour de moi. J'étais entourée par leur amour parental. Je ne pourrais jamais faire de mal intentionnellement à mon père. Ce n'était pas possible. Je le savais désormais. Son bonheur dépendait autant du mien que le mien du sien. Je voulais que mon père soit heureux. Je ferai mon possible pour aller mieux.. pour lui. 


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