Quartidi

2 minutes de lecture

Quartidi

Ce matin, j’ai été interrogé par le citoyen Gombeau, l’un des substituts de Fouquier-Tinville, l’accusateur public du tribunal révolutionnaire. Mon kinesiscope était posé sur son bureau accompagné de mes archives et du reste de mon matériel.

Il m’a confirmé que j’étais « suspecté de propagande contre-révolutionnaire, de manque de civisme, d’assistance aux ennemis de la république, de soutien aux séditieux, de défaitisme et enfin, selon la loi du 22 prairial an II *, d’avoir cherché à égarer l’opinion en diffusant à l’aide de ma machine les écrits d’un contre-révolutionnaire. »

Il m’a précisé que tous ces motifs étaient jugés extrêmement graves.

Il m’a fallu me défendre comme un beau diable. J’ai dû présenter mon certificat de civisme, hélas… délivré par Hébert !

Ce qui constitua une preuve supplémentaire retenue contre moi. Car il s’agissait d’un ennemi de la République, jugé par le tribunal révolutionnaire, reconnu coupable, condamné et guillotiné.

Etais-je hébertiste ?...

Car pour tester mon invention, ayant passé des pages de son journal devant ma lanterne magique et les ayant projetées dans différents lieux à la mode où se pressait le public, j’étais donc hébertiste ?

Alors dans ce cas son fournisseur de papier est également hébertiste et… son tailleur… son boulanger, son barbier… eux aussi sont hébertistes !

Mais les arguments de bon sens ne servent à rien devant un tribunal qui ne vous permet pas de vous défendre.

Le citoyen Gombeau me signifia d’ailleurs que lui seul entendrait mes arguments puis établirait l’acte d’accusation, car le tribunal révolutionnaire présidé par le citoyen Dumas ne jugeait que les faits et ne pouvait s’embarrasser du fatras de documents qu’était susceptible d’apporter un avocat pour la défense de son client ni d’écouter les supposés témoins. Il ajouta que par ailleurs la loi du 22 prairial inspirée par le citoyen Robespierre lui-même et rédigée par le citoyen Couthon tous deux membres du Comité de Salut Public, l’autorisait même à me déférer devant le tribunal sans interrogatoire car les preuves matérielles de ma culpabilité encombraient son bureau.

? ? ? ? ?

Il s’était mis à écrire d’une plume nerveuse et le silence se prolongeait. Je n’osais pas bouger, seuls les crissements de sa plume sur le papier et les divers bruits en provenance de l’extérieur nous parvenaient. Un brouhaha s’éleva de l’autre côté de la porte et un homme entra.

- Citoyen substitut, puis-je te parler ?

Un garde me ramena dans ma geôle, à la grande surprise de la Tortue.

~~~~~~

* La loi du 22 prairial an II (10 juin 1794) réorganise le Tribunal révolutionnaire, élargit la définition d’ennemis de la révolution, notamment « à tous ceux qui auront cherché à égarer l’opinion », supprime l’interrogatoire des accusés et les droits de la défense et ne donne le choix qu’entre l’acquittement et la peine de mort.

JI 26/05/18

Annotations

Vous aimez lire Jacques IONEAU ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0