04. La vie parisienne a du bon

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Lyana

J’observe, dépitée, Suzie noter sur son petit calepin les références de tout ce qu’elle compte me faire acheter pour mon nouveau chez-moi. A ce rythme-là, je n’aurai même pas la place de marcher à l'intérieur. De Russie, je n’ai ramené que mon matériel de travail. Le légal, j’entends. Parce que je n’ai pas tant menti que ça à Véronique et sa fille. Je bosse quand même en free-lance et je pourrais avoir pas mal de contrats si je n’étais pas obligée de répondre à toutes les demandes de Pavel.

— Laisse tomber l’idée des plantes, je n’arrive pas à en garder une seule en vie, soupiré-je alors qu’elle s’enfonce déjà dans le rayon en poussant son caddie.

— Ok, va pour des cactus !

Suzie s’implique un peu trop dans mon emménagement, au final, mais au moins, je me laisse porter. La déco, ce n’est pas plus mon truc que les plantes. Et là, tout ce dont j’ai envie, c’est d’arrêter de faire les magasins et de rentrer retrouver Guizmo chez Véro. Ou de sortir en boîte pour me trouver un mec et tout oublier. Oublier quoi, au juste ? J’ai beau me plaindre de ma vie, j’adore ce sentiment de puissance, d’invincibilité, de force. Et là, au beau milieu de ces plantes vertes, je me sens totalement inutile et loin d’être puissante.

— Allez, c’est bon, on y va, Suzie. Je n’en peux plus. S’il manque des trucs, on les achètera sur place. J’ai loué un petit camion pour aller jusqu’en Normandie, pas un semi-remorque.

Pavel va me tuer, vu la facture. Je vais justifier les choses, je ne dois pas avoir l’air de vivre dans un hôtel. Une jeune trentenaire qui emménage, bien que toute seule, veut s’approprier les lieux. Et la voiture, c’est pour me déplacer. Il ne m’a pas donné de budget, mais après notre nuit ensemble, il m’a dit de ne pas lésiner sur les moyens sans pour autant abuser. Mais où commence l’abus, au juste ? Je ne me suis pas acheté de diamants non plus. Mais je pourrais, nous ne sommes pas bien loin de la place Vendôme.

— J’ai besoin de m’acheter des fringues, je suis venue avec le strict minimum. Tu peux rentrer si tu en as marre, dis-je à Suzie en espérant qu’elle optera pour cette proposition, histoire que je fasse les choses vite fait, bien fait.

— Oh ! Il faut que je t’emmène dans cette petite boutique que j’ai découverte il n’y a pas longtemps ! Tu vas adorer, Lyli ! C’est trop bien de faire les boutiques avec toi, je n’en ai pas du tout marre, je t’assure !

C’est un échec cuisant. J’aurais dû lui dire que j’avais rendez-vous chez le gynéco, je suis certaine qu’elle m’aurait dit de la retrouver chez sa mère. Au lieu de ça, elle m’embarque avec un enthousiasme presque trop visible à travers les rues de la capitale française, et nous débouchons finalement sur les Champs Elysées. Je retiens de peu un soupir et lui souris lorsqu’elle m’attire sans hésitation dans la foule. Trop de monde. Trop de bruit. J’ai presque hâte de me retrouver dans le “trou du cul du monde” comme ils disent ici. Elle doit me faire faire un bon kilomètre avant que nous ne bifurquions dans une petite rue, où se trouve effectivement un petit magasin qui n’a rien à voir avec le luxe des Champs, à première vue. Cependant, en entrant dans la boutique, mes yeux tombent sur plusieurs belles pièces à prix abordable. Je remarque aussi un rayon lingerie qui pourrait me servir. Ou pas. Soyons honnêtes, je trouve la lingerie très jolie, mais quelle femme aujourd’hui peut se vanter de porter un haut et un bas coordonnés au quotidien ? Et ça vaut aussi pour moi, déjà parce que je déteste les soutiens-gorge. Alors, oui, un décolleté mis en valeur par ces pièces démoniaques, c’est beau, mais paie ta torture.

Je me retrouve quand même devant le rayon et prends le temps de détailler les modèles quand la vendeuse, en bonne professionnelle, débarque à mes côtés. Lyli ou pas, je déteste qu’on vienne me conseiller alors que je n’ai rien demandé, mais je me retiens de l’envoyer bouler. C’est un bon exercice avant de me retrouver dans la cambrousse. Et j’en profite pour travailler sur mon accent, que j’aimerais voir disparaître autant que possible pour éviter de me faire remarquer.

— Si je peux me permettre, vu votre couleur de peau plutôt claire, j’éviterais le blanc. Vous risqueriez de passer inaperçue, et ce serait dommage, sourit-elle avant de me montrer un ensemble en dentelle noire. Ça, en revanche, ça ferait mouche.

— Vous avez raison, mais vous pouvez laisser tomber tout ce qui est string, je ne suis pas fan.

Elle acquiesce et commence à vendre ses produits avec professionnalisme. C’est raté pour la rapidité de l’expédition. Et il est déjà tard lorsque nous revenons chez Véronique, les bras chargés de paquets. J’en profite pour câliner Guizmo avant de prendre une bonne douche et d’enfiler une petite robe rouge plutôt sage bien que décolletée. L’attitude, c’est au moins la moitié du capital séduction. La tenue ne fait pas tout. Tu auras beau être dans une robe minuscule et ultra sexy, si tu ne regardes pas un mec dans les yeux, si tu n’affiches pas clairement ton assurance et tes envies… ce ne sera pas suffisant. En tout cas, c’est comme ça que je vois les choses.

— Suzie, t’es prête ? lui demandé-je en toquant à la porte de sa chambre avant d’enfiler ma veste en cuir.

— Presque ! Entre et viens me dire ce que tu en penses !

Elle m’accueille vêtue d’une robe longue noire élégante dotée d’un décolleté vertigineux et qui me laisse sans voix quelques secondes.

— Eh bien, tu es canon ! Tu as invité Paul ?

— Ah non, ce soir, c’est soirée entre filles, ma chérie. Et si tu veux tout savoir, c’est pas chez un mec que je veux finir la nuit. Il faut varier les plaisirs, tu ne crois pas ?

— Ah, mais tu prêches une convaincue, ris-je. On va faire des ravages, ma belle.

Nous n’avons d’ailleurs aucune difficulté à entrer dans l’une des boîtes de nuit les plus sélects de la capitale. Il faut croire qu’être deux jolies filles non-accompagnées, ça aide. Nous nous sommes déjà fait draguer par le chauffeur de taxi, et le vigile a clairement perdu un œil dans le décolleté de Suzie. La jolie blonde ne passe pas inaperçue et je suis plutôt satisfaite de voir que les regards se tournent vers nous lorsque nous traversons la pièce, cocktail en main, pour aller nous asseoir sur une banquette.

— Alors, comment tu sens la soirée ? lui demandé-je en me tournant vers elle.

— Eh bien, on se fait payer des coups par des mecs en chaleur et on finit la soirée avec une de leur copine sexy et chaudasse, ça te semble bien comme plan ?

— Je crois que mon plan à moi, c’est de finir avec un mec, désolée. Ce qui ne m’empêchera pas de m’amuser avant ça, crois-moi !

J’ai déjà eu l’occasion de coucher avec des femmes, et l’expérience est fort sympathique, mais ma préférence va tout de même à une conquête masculine pour combler mes besoins. J’espère juste ne pas tomber sur un égoïste et avoir droit à l’apothéose du plaisir.

— Allez, viens, on va danser, on devrait vite se trouver de quoi passer une nuit inoubliable !

Elle dépose son verre sur la petite table devant nous et me prend par la main. Rapidement, elle commence à se déhancher au rythme de la musique et, joueuse, elle se colle à moi, sachant très bien que cela va attirer les regards. Je me laisse entraîner et m’amuse de la voir m’adresser des regards de biche éplorée jusqu’à ce qu’elle se sépare de moi, presque brutalement, pour foncer vers une jeune femme d’une vingtaine d’années, seule et qui porte le même type de robe qu’elle, en bleu. Abandonnée par mon amie, je file au bar me commander un autre verre et souris devant le regard gourmand du barman lorsque je glisse mes doigts dans mon décolleté pour en sortir un billet. Il est mignon, mais je vais galérer toute la soirée et il risque d’être crevé à la fin de son service. Et puis, est-ce que j’ai vraiment envie d’attendre toute la nuit ?

Suzie danse collée-serrée avec sa proie tandis que mes yeux dérivent un peu partout dans la salle, à la recherche d’un joli garçon avec qui finir la nuit. J’espère vraiment qu’il y a une boîte de nuit ou un bar sympa où je pourrai me trouver une aventure de temps en temps dans mon coin paumé en Normandie, sinon, je sens que la mission va être très longue. Mais je mets tout ça dans un coin de ma tête quand mes yeux tombent sur un beau quadragénaire qui semble s’ennuyer à mourir. Est-ce qu’il accompagne des amis ? J’observe un peu les alentours avant de m’avancer pour le rejoindre. Il est accoudé à la rambarde qui donne sur la piste et je me poste à ses côtés, avec une distance respectable. Je lorgne sur mon amie, toujours aussi déchaînée, avant de prendre la parole.

— Vous aussi vous êtes là avec des amis qui ont l’air plus occupés par leur chasse pour la nuit que par vous qui êtes pourtant venu avec eux ? lui demandé-je sans le regarder.

— J’ai l’impression que mon amie m’a complètement oublié, me répond-il d’une voix grave en m’indiquant la jeune femme qui danse avec Suzie. Mais quand je vous vois, je me dis que je n’y perds pas au change. Je suis Marc, au fait, ajoute-t-il en levant son verre vers moi. Et je vous offre votre prochain verre avec plaisir.

— Vous me l’offrez aussi si je vous dis que la fille avec votre amie est venue avec moi ? ris-je en m’adossant à la rambarde, me rapprochant de lui. Je m’appelle Lyana, enchantée, Marc.

— Eh bien, tout se négocie, je dirais. Peut-être que si vous acceptez de danser avec moi, on pourra trouver un terrain d’entente. Mais je te préviens, continue-t-il en passant au tutoiement, la nuit risque d’être courte si tu acceptes.

Je prends le temps de boire quelques gorgées de mon cocktail fruité sans rompre le contact visuel et lisse du plat de la main sa chemise sur son torse avec un sourire innocent. Il est plutôt mignon, et surtout franc. Parfois ça me gonfle, parfois j’apprécie. Je suis un peu lunatique, je l’avoue. Ce soir, c’est ce qu’il me fallait, je crois.

— Eh bien, au moins, on ne tourne pas autour du pot pendant deux heures avec toi. Vous êtes juste amis, avec la jolie demoiselle ? Je ne voudrais pas la froisser, je ne suis pas fan des crêpages de chignons.

— C’est une amie de ma fille, en fait. Je croyais qu’elle était intéressée, mais quand je vois la galoche qu’elle est en train de donner à ton amie, je crois qu’elle voulait juste une entrée gratuite. Et toi, tu as envie de danser ou on passe directement à mon appartement ?

Je réfléchis quelques instants à sa question, me demandant si j’ai la patience de jouer au chat et à la souris sur la piste ou si je préfère passer aux choses sérieuses. Lui semble intéressé, je le suis aussi. Peut-être qu’une danse dans l’intimité de son appartement serait plus appréciable.

— Je te propose de filer à ton appartement et d’envisager une petite danse ou deux. J’aimerais autant éviter qu’une autre jolie fille vienne te voler à moi, ris-je en me glissant entre lui et la rambarde.

Je me mordille la lèvre et vois ses yeux suivre mon geste avant de plonger dans mon décolleté. Je sais que c’est bon pour ce soir, mais rien ne vaut quelques flatteries, non ? Toujours est-il que je noue mes mains dans son cou et ondule au rythme de la musique jusqu’à ce qu’il me presse contre lui. Oui, vraiment gagné, il est tout excité.

— J’espère que tu n’habites pas trop loin, parce que je suis impatiente de passer à la suite du programme.

— J’habite à deux rues d’ici, ma belle, tu ne vas pas regretter, promis.

Suzie me semble bien occupée et je n’ai plus aucune envie de patienter, alors j’attrape la main de ma conquête et l’entraîne vers l’entrée. Je me dépêche d’envoyer un message à mon amie une fois ma veste récupérée, et range mon téléphone alors que Marc a déjà les mains baladeuses à peine sommes-nous dans la rue. Soirée parisienne réussie avant un départ pour la campagne. Et une nuit bien agréable qui aurait sans doute mérité de remettre le couvert une autre fois. Mais la règle du one shot doit s’appliquer aussi aux bons coups, c’est comme ça. En tout cas, mon séjour à Paris est une réussite.

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