L'agent de sécurité

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Passé de Stella

Malgré le temps qui passe, la foule ne désemplit pas. Les corps dansent au rythme de la musique qui baigne la salle. Dans cette ambiance tamisée, des lumières s’allument au son des chansons choisies par le DJ. Des faisceaux scintillent sur la piste. Les visages se discernent à travers une abondance de couleur. Adrienne qui se déhanche face à moi voit son bras envahi par une lueur bleutée, alors que c’est un spot rouge qui se braque sur moi. Pendant quelques instants, on a l’impression d’évoluer dans un autre monde fait de rythmes sourds et de lumière diffuse.

L’air est chaud, et une odeur sucrée se diffuse dans la discothèque. Peut-être pour cacher celle de la transpiration de cette foule qui s’agite dans leurs tenues brillantes et soignées. Tout est réuni pour donner une soirée réussie.

Un cri de joie unanime se met à résonner à la première note d’un tube à la mode. Comme eux, je souris en l’entendant. Assoiffée, je décide de quitter la piste après cette chanson. J’en fais part à Adrienne et Théa. L’une me suit vers le bar alors que l’autre veut encore profiter des musiques les plus populaires du moment.

Avec Théa, nous récupérons nos boissons. Je tourne toujours au soda alors qu’elle décide de s’autoriser une coupe de champagne. Lorsque nous nous installons à une table avec vue sur la piste, un homme s’assied à nos côtés.

– Alors les filles, ça roule ?

Nous échangeons un regard. Le nouveau venu ne paraît pas alcoolisé, cependant nous préférons nous méfier. Vêtu d’une chemise qui moule son torse et le ventre qu’il commence à avoir, on sent qu’il n’accepte pas son âge. D’ailleurs, ses cheveux sont coupés ras, peut-être pour cacher une calvitie naissante.

– Vous avez quel âge ?

Je ne connais pas cette technique de drague.

Son regard insiste sur Théa, plus âgée que moi. Mal à l’aise, elle détourne le regard. Du coup, je réponds.

– Vingt-sept ans.

Il rit.

– Tu as l’âge d’être ma fille…

J’ignore si c’est le cas, mais il reporte son intérêt sur mon amie.

– Et toi, c’est quoi ton prénom ?

– Théa.

Méfiante, je reste proche d’elle, je ne veux pas qu’elle ait le moindre souci avec ce type.

– Vous avez un prénom ?

Autant tenter de détourner son attention.

– Ouais. Je m’appelle Cédric. Maintenant qu’on s’est présenté, on est amis !

Alors qu’il prononce ses mots, il se rapproche de Théa. Celle-ci en profite pour glisser vers moi. Sa main attrape la sienne.

– Ça te dirait d’aller danser ?

– On en revient. On va se reposer un peu et boire un verre.

Elle parvient à se libérer de son étreinte.

– D’accord. Bon, alors qu’est-ce que je t’offre à boire ?

Il avise la flûte devant mon amie.

– Du champagne ! Madame a des goûts de luxe. J’aime les femmes qui ne se prennent pas pour rien.

Nous échangeons un regard, choqué par ce que vient de dire ce type sans même sourciller.

– On aimerait être un peu tranquille pour discuter.

D’une voix ferme, je veux faire comprendre à cet homme qu’il nous dérange.

– Bah, on peut discuter tous les trois.

Il se tourne vers Théa.

– Même tous les deux.

Pour appuyer sa déclaration, il lui fait un clin d’œil.

Nous sommes tombées sur le genre crampon. Cela dit, je refuse de le laisser gâcher la soirée et importuner mon amie. Même si Théa est plus âgée que moi, je sais qu’elle n’ose pas dire à quelqu’un qu’il lui casse les pieds. C’est la fille la plus gentille que je connaisse.

Du regard, je cherche Adrienne ou mieux Ela. Elle n’a pas son pareil pour envoyer bouler les lourds. Malheureusement, je ne les aperçois pas. Cependant, une autre personne attire mon attention. Un homme qui porte un t-shirt marqué sécurité. C’est celui qui était présent lors de notre entrée.

J’agite le bras, pour voir s’il approche. Ses yeux trouvent les miens. Il hésite. Normal, il ne sait pas si c’est à lui ou un autre que je fais signe. Du coup, je me lève.

Le dénommé Cédric se fait plus collant. Il souhaite lire l’avenir de Théa dans ses mains, et son genou se positionne contre la cuisse de celle-ci. Énervée, je me retiens pour ne pas lui jeter mon soda à la figure. Si Samuel était là, ce type serait depuis longtemps retourné d’où il vient.

– Stella ?

Je sens une note d’inquiétude dans la voix de Théa. Sa main est crispée sur sa flûte.

– Je reviens ne t’en fait pas.

En vérité, je m’en voulais de l’abandonner ainsi, mais c’est pour qu’elle puisse être tranquille pendant le reste de la soirée. Je me glisse entre les corps qui se lèvent ou s’asseyent. L’agent de sécurité n’a pas bougé. Alors que je m’avance vers lui, il en fait de même.

Arrivé à sa hauteur, il se penche vers moi. Sans lui laisser le temps de parler, j’enchaîne.

– Désolée de vous déranger, mais un type embête mon amie. Il ne veut pas partir de notre table. Il est tactile, et la met à l’aise.

L’agent de sécurité hoche la tête.

– Je vous suis.

Comme prévu, il m’emboîte le pas. Ensemble, nous traversons la foule pour retourner jusqu’à la table où Théa m’attend. Lorsqu’elle me voit arriver avec des renforts, je lis du soulagement sur son visage.

Dès que je suis à porter, je viens me placer entre elle et son harceleur. Enfin tout du moins, je tente de m’intercaler. Ma main se pose sur l’épaule de mon amie pour la rassurer.

– Tu ne vois pas qu’on parlait, râle Cédric.

– Désolée, mais tu l’embêtes. Elle ne veut pas te parler.

C’est là que le type se lève. Il est plus grand que moi.

– Qu’est-ce que tu en sais ? T’es jalouse, c’est ça ?

La colère dans son regard me fait reculer d’un pas. Pendant quelques secondes, je crois revoir mon père. L’envie de fuir me prend, mais une voix m’en empêche.

– Est-ce qu’il y a un problème ?

Le quadragénaire ne se démonte pas devant l’agent de sécurité.

– C’est elle qui fait son cinéma parce que je parle à sa copine.

Pendant ce temps-là, Théa s’est levée pour s’éloigner. J’en profite pour la rejoindre afin de la rassurer.

De son corps massif, l’agent de sécurité fait barrage.

– Je crois plutôt que c’est vous qui êtes en train de déranger ses jeunes femmes. Je vous insiste donc à vous calmer et à partir au plus vite. Nous ne souhaitons pas que nos clientes soient importunées.

– C’est quoi ce bordel ? se met à hurler Cédric.

Son poing s’abat un grand coup sur la table.

– Tout ça, à cause de cette salope qui se prend pour le centre du monde.

Le visage de Théa se décompose face au déferlement de violence. Je me place devant elle.

– Viens, on va s’éloigner.

Elle hoche la tête docilement.

C’est là que l’agent de sécurité réagit.

– Viens, on va faire un tour pour discuter tous les deux.

D’un geste, il pousse l’homme dans le dos pour lui faire comprendre qu’il a intérêt à obéir. Celui-ci regarde autour de lui. Comme tout le monde s’en fiche, il finit par avancer. Tous deux disparaissent de notre champ de vision. Théa serre ma main à m’en faire mal. Pour tenter de la rassurer, je la prends dans mes bras.

– Est-ce que tu veux aller faire un tour aux toilettes ?

Elle secoue la tête, mais je la sens encore chamboulée.

– Tu veux aller prendre un peu, l’air ?

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