Isolé

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Isolé
© Rose P. Katell (tous droits réservés)
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Laura ouvrit la trappe menant au grenier grâce à la canne télescopique posée contre le mur, puis tira sur l’escalier escamotable jusqu’à ce qu’il touche le vieux parquet foncé du corridor.

L’heure de se mettre au travail était arrivée ; elle n’y échapperait pas, peu importait son chagrin ou l’impression de profaner les lieux qui la tenaillait.

L’aspect bancal et précaire des fines marches dévoilées, ainsi que la raideur de l’ascension qui l’attendait, lui arrachèrent une grimace – elle comprenait mieux pourquoi sa mère, dont les chevilles étaient fragiles, lui avait demandé de trier les combles pendant qu’elle-même s’occupait du rez-de-chaussée –, mais elle ne recula pas.

Dans un soupir résigné, Laura grimpa.

Une étroite lucarne lui permit de ne pas se retrouver dans le noir… et de distinguer l’ampleur de la tâche à venir ; il y avait des cartons, des meubles et divers objets étalés partout, tout répertorier prendrait une éternité ! Hélas, la pénombre dominait l’ensemble, et Laura devina qu’une seconde source de lumière lui serait nécessaire.

Elle sortit son téléphone de la poche arrière de son jean, enclencha la fonction lampe torche. Un sourire timide fleurit sur ses lèvres alors qu’elle balayait la mansarde à l’aide du faisceau lumineux ; le reste de la demeure de son arrière-grand-mère était tant propret et épuré qu’elle ne l’aurait pas imaginée si conservatrice.

Laura porta une main à son cœur douloureux. Son aïeule allait tellement lui manquer. Sa force de caractère, son rire, son langage parfois désuet, leurs « moments pâtisserie »… Tout s’en était allé avec elle. Admettre son décès était si difficile ! Elle avait beau être adulte et savoir que rien n’était éternel, elle peinait à y croire. Son inconscient s’était-il persuadé qu’avoir franchi le cap des cent ans avait rendu la vieille femme immortelle ?

Laura s’agenouilla dans la poussière et attira un premier carton à elle. Celui-ci contenait plusieurs boîtes, chacune remplie de bijoux passés de mode. Elle en détailla quatre ou cinq. Puis, comme son arrière-grand-mère avait depuis toujours l’habitude de ranger ses perles et son or dans sa chambre, elle en déduisit qu’ils n’avaient pas de valeur.

Sa mère désirerait soit les vendre, soit les donner.

Elle grinça des dents. Se débarrasser des affaires de son ancêtre lui déplaisait – à ses yeux, ça revenait à effacer son vécu. Pourtant, les consignes reçues étaient claires. Il lui fallait séparer les choses précieuses et sentimentales, à conserver, des autres. La maison devait être cédée, sa famille n’avait pas les moyens de l’entretenir.

Laura s’obligea à ne pas trop cogiter. Durant un temps indéterminable, elle se contenta de répertorier ce qu’elle attrapait, presque en mode automatique.

Toutefois, lorsqu’elle tomba sur une caisse en fer pleine de photographies, elle fut incapable de ne pas s’arrêter pour les contempler. Elle agrippa le tas qu’elles formaient et les fit défiler.

Beaucoup étaient en noir et blanc, mais toutes représentaient des parents proches. Sur celle-ci, son grand-père enfant ; sur celle-là, sa mère bébé. Certaines montraient des jours spéciaux, mariages ou baptêmes, tandis que d’autres, au contraire, témoignaient d’instants de vie fugaces : un rire saisi à la dérobée, une bêtise mise en scène, une complicité renforcée…

Les coins de la bouche de Laura s’étirèrent. La plupart des clichés n’étaient pas réussis artistiquement parlant – raison pour laquelle ils étaient rangés au grenier plutôt qu’exposés dans les rares cadres qu’arborait l’habitation. Néanmoins, ils constituaient un pan entier de l’histoire de son arrière-grand-mère.

Ils étaient l’exemple même de ce qu’il était important de garder.

Une enveloppe défraîchie glissa de la pile tenue et atterrit sur le sol. Laura la récupéra d’un geste machinal, s’étonna de la découvrir encore cachetée.

Elle l’examina davantage. Ses sourcils se froncèrent. Bien qu’adressée à la défunte propriétaire des lieux, elle n’avait jamais été ouverte… Voilà qui ressemblait si peu à la femme qu’elle avait connue !

Intriguée, Laura chercha à déchiffrer le nom de son expéditeur. Un hoquet jaillit aussitôt de sa gorge.

Ernest Lefevre.

La lettre émanait de son arrière-grand-père. De l’individu qui avait abandonné sa fiancée à peine deux semaines avant leur mariage. Qui s’était volatilisé dans la nature sans crier gare alors que celle-ci attendait leur enfant. Qui l’avait placée dans une situation aussi compliquée que déshonorante – du moins l’était-elle à l’époque.

Laura en fut foudroyée ; elle ne détacha plus son regard de l’enveloppe. Sa présence était inexplicable. Son aïeule lui avait affirmé à de nombreuses reprises son ignorance au sujet du sort de son promis : elle n’avait reçu aucune nouvelle ou justification de sa part…

Son cœur tambourina dans sa poitrine. Oh ! Elle avait l’impression d’avoir mis la main sur un secret tel que les mots lui manquaient pour le décrire.

Pourquoi son arrière-grand-mère lui avait-elle menti ? Laura pouvait imaginer pourquoi elle n’avait pas ouvert le pli – vu la rancœur qui l’animait lorsqu’elle mentionnait « le traître », ça n’avait rien d’étonnant –, mais ce qui l’avait poussée à le conserver avec de pareils trésors et à le dissimuler à ses enfants et petits-enfants lui échappait.

L’envie de parcourir la missive la tenailla… En avait-elle le droit ? N’était-ce pas trop intime, trop privé ?

Laura se mordilla la lèvre inférieure. Son éducation et son instinct lui dictaient de ne pas céder à la curiosité et de respecter la volonté de son arrière-grand-mère. Cependant, une petite voix lui susurrait qu’elle n’était plus en mesure de la blesser… Qui plus est, la vérité à propos de l’être dont l’absence avait bercé leur famille était peut-être entre ses mains.

Elle déchira l’enveloppe avec fébrilité, en extirpa un papier froissé au dos gribouillé de notes incompréhensibles, et commença sa lecture.

Ma douce Agathe,

Je n’ose envisager l’émoi qui t’a envahie en découvrant, au milieu de ton courrier habituel, un message de ma part, qui me suis envolé de ta vie voilà de cela trente-cinq longues années. Tu as en effet de quoi être en colère, attristée, voire perdue par cette soudaine résurgence.

Sache que j’ai hésité pendant des mois avant de t’écrire… Bien que notre amour m’ait autrefois paru indestructible, je ne suis plus un naïf jeune homme : je me doute que tu as poursuivi ta route et mènes aujourd’hui une existence dans laquelle je suis relégué au rang de souvenir amer. Toutefois, et malgré l’égoïsme évident de ma décision, il m’était impossible de quitter ce monde sans m’ouvrir à toi. Te laisser croire que je t’ai abandonnée, même si tu as surpassé cette épreuve, était au-dessus de mes forces. Pardonne-moi.

Permets-moi également d’émettre un souhait. Celui que tu sois heureuse et en bonne santé. Incapable de m’en assurer en personne pour les raisons que je m’apprête à t’évoquer, j’en suis réduit à en adresser le vœu au Ciel chaque nuit.

Tu n’as jamais disparu de mes pensées, Agathe. Ton bonheur, ta sécurité, ont toujours été mes priorités.

J’imagine à quel point tu me juges culotté de t’affirmer ceci tout en m’étant envolé du jour au lendemain. Comment prétendre avoir voulu ton bonheur et ta sécurité quand je t’ai livrée à l’opprobre ? Quand je suis parti si proche de la date de nos épousailles, ces festivités précipitées par l’apparition de celui que nous nommions avec tendresse notre « enfant surprise » ? Néanmoins, s’il te faut me haïr, je t’en supplie… ne me hais pas pour une quelconque fuite, mais plutôt pour le fait de m’être montré imprudent. Si je m’étais révélé plus réfléchi, plus sage, je te serais revenu quelques heures à peine après mon départ.

Agathe. Je t’implore de détruire ma lettre, car mieux vaut que ce que j’ai l’intention de te dévoiler soit maintenu secret, qu’aucun curieux ne tente de prouver mon histoire.

Te rappelles-tu que j’aimais les promenades en solitaire et que je m’engageais souvent en pleine nature et adorais y être ? L’une de mes balades m’a amené à faire une découverte. J’ai, par le fruit du hasard, localisé une bâtisse cachée en forêt, à l’apparence désertée.

Des recherches m’ont appris qu’elle n’avait ni propriétaire ni héritier… Et même si elle n’était pas proposée à la vente par une agence, la perspective de réussir à l’acquérir pour une bouchée de pain ne m’a alors plus quitté. J’étais convaincu que, puisqu’elle était oubliée, en devenir le possesseur légitime ne devait être ni onéreux ni complexe.

La triste idée !

Persuadé que l’endroit serait idéal pour nous, pour élever notre descendance, je me suis mis en tête de te l’offrir. J’ai même été contraint de freiner mon enthousiasme, tout prêt que j’étais à passer à l’acte, lorsque mon bon sens m’a dicté d’inspecter au préalable les lieux.

Et voilà qui nous amène, Agathe, à ce funeste matin où je t’ai dit au revoir sans deviner qu’il s’agissait d’un adieu…

Je me suis rendu sur place avec plus d’impatience qu’un gamin la veille de Noël, sans t’en avertir. La demeure, presque un manoir, n’a pas été difficile à pénétrer ; sa porte n’était pas fermée à clef et elle a pivoté sans grincement. Je suis cependant resté coi devant l’étroitesse du corridor qui s’est offert à moi. Un corridor qui, je l’ai très vite constaté, donnait sur un véritable labyrinthe de couloirs et de pièces bizarrement agencées.

La construction, loin de continuer à entretenir mes rêveries, m’a aussitôt semblé celle d’un esprit dérangé. Elle exhalait une atmosphère étouffante, angoissante. En l’état, elle était inhabitable. Et pour cause ! J’ai découvert plus tard que les travaux qui y avaient été réalisés avaient comme but de décourager les gens qui s’y aventureraient.

Hélas, ma curiosité, la maudite, s’est révélée plus forte que le stratagème. Mes projets d’avenir annihilés, je n’en étais pas moins intrigué par ce que j’avais sous le nez. J’étais envahi par le désir de comprendre et d’explorer ce que je qualifiais d’insolite.

Ce courrier s’annonçant déjà long, je t’épargne la description du dédale dans lequel je me suis engagé. Hormis l’une ou l’autre salle spacieuse ou fonctionnelle, dont un cellier empli de denrées non périssables digne d’une personne qui aurait appréhendé la venue d’une deuxième grande guerre, tout n’était que passages sombres, sinueux et lugubres. En revanche, il est nécessaire que je t’explique ma rencontre avec la bête – en elle seule réside la cause de mon exil.

J’errais dans la bâtisse depuis un temps incertain lorsque je suis tombé sur un escalier. Raide, il m’a mené dans ce qui, de prime abord, m’est apparu être une simple cave en pierre. Là, immobile, j’ai patienté jusqu’à ce que ma vue s’accoutume à l’obscurité.

Étaient-ce les nombreuses fioles qui ornaient l’étagère en face de moi ou les draps qui recouvraient la majorité du mobilier qui ont attiré mon regard en premier ? Ma mémoire ne m’est plus assez fidèle… Toujours est-il qu’une masse imposante a vite focalisé mon attention. Inerte, elle reposait au sol et ne ressemblait à rien de connu.

Je ne suis pas parvenu à déterminer sa nature de ma position. Écailles, chairs nues, poils et plumes paraissaient s’y mélanger sans que je ne distingue le moindre mouvement ou membre concret.

Aurais-tu été en ma compagnie, Agathe, que tu m’aurais enjoint de m’éloigner de là. Malheureusement, tu ne l’étais pas, et j’en ai oublié ma prudence. Comme je ne percevais pas de respiration, je me suis convaincu que la chose, si elle avait un jour été vivante, ne l’était plus, qu’il n’y avait pas de crainte à avoir.

Je me suis approché d’elle.

Comment te décrire la stupeur qui a été mienne ? La bête, la fameuse masse repérée, était une véritable chimère. Je n’avais pas rêvé les différents éléments qui la composaient ! Ses pattes arrière, bien qu’amaigries par son état, témoignaient de la puissance qui avait été la leur ; recouvertes d’écailles, elles s’apparentaient, surtout à cause de leurs griffes, à celles d’un immense lézard. Une longue queue poilue, que je soupçonnais de lui servir d’appui quand elle se dressait, était posée sur l’une d’entre elles, tandis que son poitrail et son ventre, poilus eux aussi, devaient avoir perdu au moins la moitié de leur apparence musclée d’origine – et étaient quand même impressionnants. La texture de ses fins membres antérieurs, elle, se confondait avec celle de la peau humaine… Cependant, le pire demeurait son cou et son crâne : si le premier indiquait la blancheur et la robustesse d’un aigle, le second, lui, aurait entièrement tenu du vautour – certes surdimensionné – sans les deux bois de cerf qui le surmontaient.

À ce stade, je ne t’en voudrais pas de ne pas accorder du crédit à mes propos, Agathe. Je ne serais pas fâché si tu envisageais que j’invente tout cela afin de justifier ma fuite. Je ne peux que te promettre qu’il n’y a là nulle fourberie…

Malgré ce que mes yeux me hurlaient, j’étais sceptique. Une pareille créature n’existait pas. Il s’agissait d’un canular, d’une immonde fabrication de l’esprit dérangé qui avait aménagé l’intérieur de la maison.

Je me suis donc penché, la main tendue devant moi.

C’est à ce moment-là, ce moment précis, que la bête s’est jetée sur moi, avant d’enfoncer le crochet acéré de son bec dans mon épaule gauche et de lécher une goutte du sang qui s’en est écoulé.

Laura détourna son regard de la lettre.

Nom d’un chien ! Qu’était-elle en train de lire ?

Troublée, elle abaissa ses paupières quelques secondes. Les phrases qu’elle avait parcourues ne pouvaient qu’être un mensonge. Un récit pareil était invraisemblable ! Qui accepterait l’existence d’un lieu si étrange ? Pire, celle du monstre théâtral qu’il abritait soi-disant ? Personne… Son arrière-grand-père était soit fou, soit malsain au point de torturer à nouveau la femme qui l’avait aimé.

Oh ! La missive était si grotesque qu’elle était soulagée que son aïeule ne l’ait jamais ouverte.

Un tic nerveux agita sa pommette. Grotesque, oui, voilà le mot adéquat. Pourtant… une part d’elle n’arrivait pas à croire en sa propre indignation.

Un homme dépossédé de ses moyens aurait-il écrit sans s’égarer de son fil conducteur, en conservant un bon vocabulaire ? Un scélérat aurait-il laissé sur le papier des taches qui s’apparentaient à des larmes tombées, des ratures ou courbes tremblantes dignes d’une intense fébrilité ?

Laura frémit. Tout son être se rebiffait à l’idée d’admettre le caractère possible de l’exposé de son arrière-grand-père, néanmoins, elle n’était pas non plus en mesure de nier l’impression de sincérité que le pli lui apportait.

L’hésitation la gagna. Valait-il mieux qu’elle poursuive sa lecture, au risque d’être deux fois plus perdue ensuite, ou qu’elle ne cherche pas à déterrer un passé que son arrière-grand-mère ne connaîtrait de toute façon pas ?

La lèvre douloureuse à force de l’avoir mordillée, Laura fit son choix. Elle se concentra derechef sur les propos de son ancêtre.

La blessure en elle-même ne s’est pas révélée horrible. Toutefois, voir la bête se mouvoir de la sorte m’a paralysé ; son attaque, bien que brève et sans réelle mise en danger de ma vie, m’a procuré l’effet d’un coup de poignard en plein cœur !

J’ignore pendant combien de minutes je suis resté figé sur place, une main appuyée sur mon épaule, tandis qu’elle me jaugeait de ses yeux perçants. Mais dès le choc initial surmonté, envahi d’une terreur pure, je me suis précipité dans l’escalier avec un unique but en tête : sortir de là avant qu’elle ne décide que j’étais à son goût, qu’elle ne m’attrape.

Hélas, j’ai à peine atteint le couloir en haut des marches que le son de ses griffes claquant le sol au rythme de ses pas est parvenu à mes oreilles. Sans cesser ma course, j’ai jeté un coup d’œil en arrière…

La bête était derrière moi. Elle l’était, oui ! Cependant, elle ne me chassait pas, elle me suivait – du moins est-ce le sentiment qu’elle m’a donné, et ce sentiment s’est changé en conviction au fur et à mesure de ma fuite effrénée.

Toute curiosité évaporée, j’ai progressé dans l’habitation presque à l’aveuglette. J’étais incapable de dresser un schéma logique de la disposition des pièces et corridors, ou de me souvenir du chemin emprunté à l’aller. Je me contentais, en vain, d’essayer d’établir le plus de distance entre la créature et moi.

Au bout d’un temps, mon esprit rationnel m’a obligé à remarquer qu’elle ne me rattrapait pas…

Elle l’aurait aisément pu, Agathe, je ne sais pas si tu t’en rends compte. Ses aptitudes physiques, même diminuées par ce que j’avais imaginé être la mort, l’avantageaient. Et elle ne m’approchait pas. Elle me talonnait, mais elle ne tentait pas de m’atteindre.

Frappé par ce constat, j’ai fait une chose folle, que tu ne manqueras pas de désapprouver. J’ai cessé ma retraite.

Je me suis arrêté puis retourné, soudain décidé à vérifier quelle attitude la bête allait adopter. C’était un pari risqué, j’en avais conscience – en vérité, je pense qu’une part de moi a préféré affronter mon destin au plus vite au lieu d’attendre l’épuisement qui m’aurait eu à l’usure.

Excuse-moi si ma lettre est de moins en moins déchiffrable. Me rappeler ce qui m’a mis dans un tel pétrin toutes ces années est douloureux, et l’écrire n’est pas simple.

La bête a continué à avancer vers moi ; sa démarche bipède, disgracieuse, m’a arraché un frisson. Ensuite, alors que deux mètres et demi nous séparaient encore l’un de l’autre, elle s’est arrêtée à son tour. Le corps agité par une respiration rauque, elle m’a scruté avec intelligence. Tout à coup, hormis son épouvantable apparence, il ne subsistait plus chez elle la moindre trace de la bestialité qui l’avait poussée à me becqueter.

L’information te rassure-t-elle ? J’aurais aimé que ce soit mon cas… Malheureusement, la finesse et la clairvoyance que je devinais chez elle m’inquiétaient : elles n’étaient pas synonymes de bonnes nouvelles. J’ai saisi que, si la bête n’était pas un animal chimérique enragé, elle restait malgré tout un monstre, un monstre sournois et calculateur qui avait des projets dont je faisais partie depuis notre rencontre – je le lisais dans son regard.

Un jeu malsain s’est aussitôt instauré entre elle et moi. Chaque fois que je reculais d’un pas, elle en effectuait un vers moi. Chaque fois que je risquais un pied tremblant vers elle, elle s’éloignait… Elle ne désirait pas me perdre de vue, tout en s’interdisant de me côtoyer de trop près, comme si je lui inspirais de la méfiance et lui était indispensable, comme s’il existait désormais entre nous une sorte de lien qui m’échappait, et qui ne lui plaisait pas plus qu’à moi.

Oh, Agathe. As-tu seulement poursuivi ta lecture jusqu’ici ? Ai-je toujours ton attention, ou mes mots ne sont-ils plus destinés qu’à ta corbeille ? J’ai peur d’envisager la réponse tant mon histoire, ainsi couchée sur le papier, me semble à moi-même improbable, créée de toutes pièces par un mauvais auteur de fiction !

Il est plausible que tu t’interroges, à ce stade. Si je t’écris, je suis en vie. Si je suis en vie, j’ai survécu à mon tête-à-tête avec la bête. Et si j’ai survécu… pourquoi ne te suis-je pas revenu ?

Il est important de t’éclairer davantage sur la détresse de ma situation.

Lasse de me voir m’échiner à la comprendre grâce à mes déplacements, la bête m’a confirmé que je n’inventais pas son intelligence. De ses curieux petits bras rosés, elle m’a invité à la suivre avec impétuosité. Je n’en avais pas envie, mais je me suis surpris à exécuter son ordre.

Te décrire le ressenti qui était mien ne m’est pas aisé. Si j’étais convaincu d’être capable de lui désobéir en y mettant un peu de volonté, je ne réussissais pas à agir ; mon manque d’entrain à rester près d’elle ne surpassait pas la facilité avec laquelle j’acceptais de la talonner. Avec le recul, je crois bien que c’est là, précisément, que le lien que j’avais présumé partager avec elle est passé de l’hypothèse à la théorie dans mon esprit.

La bête m’a mené jusqu’à la sortie, Agathe.

La folie m’agrippait à chaque pas, mais lorsque la créature s’est immobilisée et que j’ai relevé le menton, je n’en suis pas revenu. La porte était juste devant moi : elle s’en était écartée, elle me laissait le champ libre !

Mes pensées t’ont immédiatement été adressées. Sur le coup, je n’ai songé qu’à la merveilleuse possibilité de te revoir ; mon cœur était empli d’émotions. J’ai, je l’avoue, espéré être aussi chanceux qu’il y paraissait.

Une simple œillade en direction de mon « guide » m’a suffi pour déchanter…

Je ne suis pas certain de ce qui m’a le plus alarmé. Étaient-ce ses prunelles qui brillaient d’anticipation ? Sa posture dominatrice ? Son air d’escompter quelque chose ? Je n’en ai aucune idée, mais j’ai à peine eu le temps d’effleurer la poignée du battant que, dans son impatience, la bête a penché son crâne de rapace vers moi. Le geste, pourtant banal, m’a permis de réaliser qu’elle conservait la distance établie entre nous par ses soins.

Là, j’ai saisi. Elle ne voulait pas que je parte. Elle voulait que je la libère dans notre monde.

En raison du lien qui nous unissait, elle ne pouvait s’en aller sans moi, pas plus qu’elle ne l’avait pu avant notre rencontre. Elle était confinée dans ce lieu perdu et avait attendu son heure. Ou plutôt, elle m’avait attendu, moi : un être inconscient, assez imprudent pour l’approcher et s’ouvrir audit lien. J’étais tombé dans son piège… Elle avait déjà fréquenté au moins un Homme et connaissait grâce à lui la façon de s’évader de sa prison, d’exister.

Un instant, mon souhait de revenir à la normalité m’a poussé à rentrer chez moi, à accepter qu’elle me suive. Malgré tout, je ne suis pas parvenu à franchir l’encadrement de la porte. Excuse-moi, Agathe…

Je savais en mon sein qu’autoriser la bête à se sauver de là équivaudrait à commettre un crime envers l’humanité. Ses intentions, quelles qu’elles soient, suintaient le drame, voire la désolation pour les nôtres. J’avais la conviction, rien qu’en l’observant près de l’entrée, qu’elle détestait ce que je représentais. Oh ! Elle m’aurait éliminé sans sentiment si je n’avais pas constitué son unique perspective d’échappatoire.

Après plusieurs minutes, mes espoirs anéantis, j’ai secoué la tête. Être la cause des dégâts qu’elle déclencherait m’était trop dur. Ensuite, je me suis demandé si elle comptait me tuer pour ce refus, patienter jusqu’à ce qu’un autre vienne la dénicher.

Enfin, l’évidence s’est imposée.

Mon seul moyen de te retrouver, Agathe, était de la supprimer en premier.

Laura goûta son propre sang lorsque ses dents achevèrent de malmener sa lèvre inférieure. Elle interrompit sa lecture, puis constata que les bords de ses yeux étaient humides.

Une grimace déforma ses traits. La lettre la bouleversait, plus qu’elle ne l’aurait cru en décidant de la poursuivre… Oui, nonobstant son caractère improbable, elle sentait à quel point son contenu était sincère – elle arrivait presque à percevoir les émotions de son arrière-grand-père au travers des mots !

Son cœur se serra. Son aïeul n’était pas revenu… La conclusion qui s’imposait était qu’il ne s’était pas défait de la créature.

Oh ! Laura ignorait comment il avait tenu plus de trente ans dans cette maison perdue, hanté par le souvenir de sa fiancée et de son enfant privé de père. Toutefois, ce qui l’attristait le plus concernait en vérité son arrière-grand-mère…

Toute sa vie, celle-ci avait haï l’être qui l’avait « abandonnée ». Toute sa vie, elle l’avait relégué au rang d’ombre, de sujet fâcheux. Elle ne lui avait pardonné à nul moment ; même au crépuscule de son existence, elle n’avait pas désiré « l’écouter ».

Elle était morte avec la conviction qu’il l’avait fuie.

Laura ravala un sanglot. Tout aurait-il été différent si son arrière-grand-mère ne s’était pas montrée si bornée, si elle avait découvert le sort de son promis ? Elle en venait à le penser. Son grand-père aurait peut-être entendu parler de son deuxième parent une fois adulte. Quant à sa mère, sans doute aurait-elle eu une enfance remplie d’anecdotes sur les fiançailles d’Ernest et d’Agathe.

Son estomac se retourna. Pourquoi avait-il fallu que le courrier demeure cacheté ? Pourquoi fallait-il que la situation soit ce qu’elle était ?

Laura prit sur elle et replongea dans sa lecture.

Je n’ai pas tué la bête.

J’ai essayé, Agathe. Hélas, ma détermination ne lui a pas échappé : elle ne m’a pas laissé l’approcher.

Prompte et alerte, elle ne dormait que d’un œil. La semer dans les couloirs était impossible, mais l’atteindre l’était également. Si, par hasard, je réussissais à m’avancer vers elle avant qu’elle ne recule, elle se servait de ses bois de cerf pour me repousser ou, pire, me menaçait de sa queue puissante. Son intelligence était telle qu’elle me tenait sans problème sous sa coupe. Sa crainte d’être éliminée, elle, l’enjoignait à une prudence extrême. Et que dire de sa patience ! Sans faillir, elle escomptait que je l’amènerais à l’extérieur, imaginait m’avoir à l’usure.

Je ne lui ai pourtant pas cédé. Jamais.

Je n’ai pas changé d’avis avec les années. Ce qu’elle serait capable de commettre avec mon assistance involontaire dès sa prison quittée me déclenche une violente nausée lorsque je me surprends à y songer…

Je me rends compte que j’ai utilisé plus de papiers que prévu pour te raconter ma première journée d’exilé, aussi vais-je tenter d’être concis à partir de maintenant, de ne partager que les informations les plus importantes. Mon but n’est pas de te fournir un rapport détaillé de mes déboires, Agathe, mais de te révéler l’entière raison de mon absence.

J’ai appris deux choses essentielles, donc. La première, sans étonnement, concerne mon lien avec la bête. La seconde, elle, n’est rien de moins que les origines de celle-ci. Si tu me le permets, j’aimerais t’en parler dans cet ordre.

Au fil des semaines, à force d’analyser le moindre geste de ma « geôlière », j’ai commencé à remarquer les effets du lien, en particulier sur elle.

Comment aurais-je pu passer à côté ? Bien que contrairement à moi, elle ne touche à rien dans le cellier que je t’ai mentionné plus tôt – réserve personnelle de l’être qu’elle avait connu ? –, elle prenait du poids, et l’état dans lequel je l’avais trouvée s’effaçait peu à peu ; sa maigreur s’envolait, ses réflexes devenaient plus vifs, elle gagnait en maturité…

Au départ, j’en ai été stupéfié. Elle ne me quittait pas, veillait à rester à deux mètres et demi de moi… Il était improbable qu’elle dispose d’une autre source de nourriture que la mienne ! Ensuite, la réalité m’est apparue dans toute son horreur. Sa nourriture, c’était moi… Ou plutôt, ma vitalité, qu’elle partageait !

La façon dont je suis arrivé à une telle conclusion est simple. Ma blessure à l’épaule, celle qu’elle m’avait infligée lors de notre rencontre, n’a pas cicatrisé. L’attaque, que j’avais prise pour une sauvagerie, une impulsion causée par ma proximité, était délibérée. La bête avait besoin de mon sang ; une goutte avait suffi à nous lier et à me condamner à une existence maudite à ses côtés.

Mon essence la maintenait en forme, oui. Être impropre à la vie du fait de son caractère dénaturé, il lui fallait pomper dans celle d’un autre afin de survivre… Si je l’avais amenée à l’extérieur, peut-être m’aurait-elle quitté pour entraver quelqu’un de plus à son goût, peut-être que je serais revenu sans elle vers toi, Agathe. Hélas, je lui aurais entre-temps offert le plus grand garde-manger qui soit.

Tu me manquais, mon amour. Néanmoins, sitôt cela éclairci, j’ai béni mon choix. J’ai remercié le Ciel d’avoir eu la présence d’esprit de m’isoler.

Venons à la « naissance » de la bête, le veux-tu ? Évoquer la connexion qui m’enchaîne à elle me rappelle trop l’erreur due à ma curiosité, erreur avec laquelle je vis déjà au quotidien.

Je suis retourné à la cave, le crois-tu ? Pas immédiatement, loin de là, mais j’y suis retourné.

Au bout d’un petit mois, fatigué d’échouer à échapper à la surveillance de la bête, je me suis décidé à explorer derechef l’habitation, plus en profondeur. J’ignore si j’espérais – encore – découvrir un quelconque moyen de me délivrer de la créature, ou si je sombrais dans l’ennui de notre routine « observation, repas (pour moi), sommeil »… Toujours est-il qu’il est advenu un moment où le seul coin que je n’avais pas fouillé s’est révélé être le sous-sol.

Je n’en gardais pas un excellent souvenir, tu t’en doutes ! Cependant, c’est lui qui m’a le plus renseigné sur la bête.

As-tu aperçu les étranges gribouillis au dos du papier sur lequel je t’écris ? Je suis certain que oui. S’ils te sont incompréhensibles, voici ce que j’ai réussi à en tirer après maintes et maintes études : la bête a été fabriquée par l’un des nôtres.

C’est stupéfiant, oui. Invraisemblable ! Elle a été conçue de toutes pièces… Elle l’a été par l’auteur de ces notes – l’homme qu’elle avait fréquenté avant moi, et dont le squelette, comme je l’ai découvert, reposait non loin de là où je l’ai « rencontrée ».

Je n’ai pas deviné dans quel but. Expérimentation scientifique ? Divagations d’un fou ? Besoin de prouver… Quoi, au juste ? Je n’en ai aucune idée. Dans tous les cas, l’expérience ne s’est pas déroulée sans heurt.

Si je n’ai pas mal interprété lesdites notes, la bête s’en est prise à son « inventeur » ; elle lui a joué le même tour qu’elle m’a joué. Le malheureux avait-il conscience des facultés qui seraient siennes ? J’ose penser que non, sans quoi il n’aurait pas continué son œuvre.

Piégé avec son monstre, lui aussi a préféré disparaître du monde, le protéger de lui. Durant de nombreuses années, il s’est employé à transformer sa demeure en labyrinthe afin que personne, lorsqu’il serait décédé, ne l’atteigne et ne le libère ; il escomptait que sa création mourrait sitôt la vitalité qu’elle lui avait dérobée évaporée de son organisme.

Et aujourd’hui, j’adresse un vœu identique au Ciel.

Je m’éteins, Agathe. Je suis navré de te l’apprendre de la sorte.

Je n’ai pas reçu de diagnostic vu l’endroit où je suis, mais je sens que je n’en ai plus pour longtemps. Mon cœur est vieux et fatigué, ma respiration, ardue. Quant à mes articulations, une existence entière à rester sur les nerfs les a plus usées qu’une carrière de sportif !

Le comportement de la bête en est impacté. Elle devient chaque jour moins alerte, moins vivace ou sur ses gardes. Surtout, elle cède plus facilement au sommeil, et sa surveillance s’en ressent. Elle n’est plus apte à conserver « notre » distance sans arrêt ! Si l’approcher est impossible, s’en éloigner ne l’est plus…

Voilà comment je t’ai écrit jusque-là, Agathe : morceau par morceau. Dès qu’elle s’assoupissait, que ma faiblesse l’entravait, je m’enfonçais dans la cave, couchais quelques mots au dos des fameuses notes, puis je les cachais. Plusieurs semaines m’ont été nécessaires rien que pour parvenir à ce point précis de ma lettre, mais jamais, au cours de cette période, abandonner n’a été une option ; d’abord parce que je te devais la vérité, ensuite parce qu’une part de moi appréhende de quitter cette terre en n’y laissant que l’image d’un individu volage, d’un lâche.

Je n’attends désormais plus qu’une chose : que ma santé s’aggrave assez pour que la bête ne remarque pas une brève absence hors de la bâtisse.

Rassure-toi, je n’ai pas l’intention de m’éterniser. Je compte simplement dénicher la boîte postale la plus proche de l’orée de la Forêt, avant de rentrer achever ma retraite. M’enfuir de manière définitive m’est inenvisageable, j’ai trop peur que la bête se risque à me traquer à l’extérieur – qui sait ce qu’elle tenterait afin que notre lien ne se rompe pas et combien de temps ou de kilomètres exigerait ce miracle ?

Je suis prêt à mettre un terme à cette histoire.

Tu es au courant de tout dorénavant, Agathe. Pardonne-moi… Sois heureuse malgré mon intervention.

Et, par pitié, détruis ce courrier !

Nul ne s’enchaînera plus à la bête, je le jure. Elle partira après moi, oui, quitte à ce que je m’emmure avec elle lorsque la fin viendra.

Je t’aimerai jusqu’à mon dernier souffle,

Ton Ernest

Laura conserva le dernier feuillet gribouillé entre ses doigts.

Les yeux asséchés à cause de ses récentes larmes, elle déglutit avec peine. Les battements de son cœur sourdaient jusque dans ses oreilles.

Bouleversée par le récit qu’elle avait parcouru, elle ignorait s’il lui fallait se réjouir ou non de la mort, aujourd’hui lointaine, de son arrière-grand-père. Son être s’indignait à l’idée qu’il soit décédé seul et affaibli, mais une petite voix, elle, lui sifflait qu’il aurait pu rivaliser en longévité avec son ancienne fiancée et être toujours prisonnier de la bête, du lien qu’il partageait avec elle.

Mâchoire contractée, Laura pria pour que celle-ci ne soit maintenant plus qu’un tas de poussière dans une immense maison perdue au milieu des bois. Elle ne supporterait pas l’hypothèse inverse, la perspective que son ancêtre ait trépassé en vain lui donnait des sueurs froides.

Il avait payé si cher sa curiosité mal placée ! Il l’avait payée si cher alors qu’il ne souhaitait rien sinon offrir un beau foyer à la femme qu’il aimait… Il ne méritait pas un tel destin, elle était prête à l’affirmer haut et fort. Et elle aurait parié que son arrière-grand-mère, pourtant prompte à la rancune, aurait agi de même si elle avait pris la peine de décacheter l’enveloppe de son vivant.

À cette pensée, Laura plissa les lèvres.

Son aïeule aurait-elle profité de sa vie comme elle l’avait fait si elle avait appris le sort d’Ernest ? Ou aurait-elle risqué le bonheur et la tranquillité de sa famille pour tenter de le secourir ? Pire, se serait-elle détestée d’avoir douté de lui au point de devenir amère avec les années ?

Un nœud se forma dans sa gorge.

Peut-être valait-il mieux, en fin de compte, que celle-ci s’en soit allée sans être informée de la vérité.

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Anneh Cerola

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Imprégnées d'odeur
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Défi
KagomeAohane
Petit portrait chinois pour mieux me connaître !
Rien de bien sérieux... ^^ comme moi ! Le titre résume en fait tout ce que je suis : aberrante.
Et les couleurs choisies pour l'arrière-plan également, j'espère ne pas vous avoir provoqué un cancer de la rétine. Si oui, veuillez remplir le formulaire ci-pas-joint pour porter plainte, notre secrétaire vous prendra un rendez-vous pour la Saint Glinglin.


Bonne lecture !

PS : il est mignon le petit chaton, pas vrai ?
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