Partie 11

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Après le départ précipité de Lorna, Rose avait tenté de la joindre tout le week-end sans succès. Cette dernière avait ignoré tous ses appels et ses messages. Elle s’en voulait d’avoir agi sans réfléchir, mais c’était l’impossibilité de pouvoir s’excuser qui la rongeait le plus.

Rose sortit de son école de mode, éreintée par sa journée de cours, mais aussi par le manque de sommeil. Alors qu’elle remontait la rue Rochefoucauld, Jade lui tomba dessus. C’était bien la dernière personne qu’elle avait envie de voir, surtout vu son état.

« Tu as un peu de temps ? demanda la fausse rousse.
— Probablement, répondit-elle d’un air détaché.
— Hé, sois cool. Ça fait deux heures que je guette ta sortie. Allons prendre un café. » suggéra Jade.

Rose acquiesça d’un signe de tête avant d’ajouter :
« Comment tu m’as trouvée ?
— J’ai cherché l’ESMOD sur Google, j’imagine que mon attraction naturelle a fait le reste. »

Aucune d’elle ne relança la conversation, laissant un silence gênant les porter jusqu’au Starbucks à côté de l’opéra.

« C’est mon petit préféré de la capitale, lança Jade une fois installée. Toutes ces dorures et peintures, ça fait vibrer mon âme de parisienne.
— Qu’est-ce que tu voulais me dire ? enchaîna Rose, pressée d’en finir.
— Du calme, on vient juste d’arriver. Laisse-moi goûter ce brownie avant. T’en veux un bout ?
— Non merci.
— Tu as tort, il est délicieux, dit-elle en essuyant les miettes de chocolat au coin de sa bouche. Bon. Tu sais, je t’adore, mais là il faut admettre que tu as fait n’importe quoi. »

Rose garda le silence en fixant son thé. Elle pourrait se défendre mais à quoi bon ? Peu importe ce qu’elle dirait, la meilleure amie de Lorna ne l’écouterait pas.

« Franchement, qu’est ce qui t’es passé par la tête ! reprit Jade. Elle venait trouver du réconfort après une rupture et toi tu lui roules un patin !
— Si t’es venue me faire des reproches, non merci, dit Rose en se levant.
— Tu ne pouvais pas attendre que les choses se tassent ! assena Jade, la forçant à se rasseoir. Certes leur couple battait de l’aile depuis plusieurs mois, certes Lorna l’a quittée parce qu’elle a des sentiments pour toi, mais on ne se remet pas d’une relation de trois ans en un claquement de doigts !
— Pardon ?! s’étrangla Rose.
— … sur quelle partie j’ai gaffé ? demanda Jade, hésitante.
— Je pensais qu’elles filaient le grand amour ! s’emporta Rose. C’est ce que tu m’as dit le soir du concert !
— Soit, admit-elle, gênée. J’ai peut-être un peu embellie la situation.
— Un peu ?!
— D’accord, j’ai carrément menti. Mais je ne pensais pas à mal !
— Alors ça, c’est la meilleure !
— Eh ! A l’époque, Lorna répétait qu’elle voulait tromper Marie pour lui rendre la pareille ! Excuse-moi d’avoir voulu protéger une gamine naïve des caprices d’une âme perdue ! T’avais clairement eu un coup de foudre, je ne voulais pas que tu serves de défouloir pour une relation qui allait droit dans le mur. Bon, je me suis plantée en beauté et Lorna est tombée amoureuse de toi, grand bien vous fasse. Mais mes balivernes partaient d’un bon sentiment !
— Comment tu as su qu’elle me voyait différemment ? demanda-t-elle sans décolérer.
— Lorna est … comment dire … disons que quand elle a un coup dans le nez elle se lamente. D’habitude elle crache sur Marie non-stop, mais là elle ne m’a parlé que de toi et du fait que tu ne rappelais pas. Je me suis dit que je m’étais foirée dans mes calculs et donc j’ai lancé cette idée de soirée K-pop.
— Ce n’était pas pour draguer Erwan ? questionna Rose d’un air suspicieux.
— Le principe c’est que tu remettes en cause tout ce que je te dis ? On ne peut pas joindre l’utile à l’agréable ? »

Rose acquiesça et l’écouta narrer la suite de l’histoire. La tristesse de Lorna quand Rose avait quitté la soirée, son air ravi le lendemain midi quand elle s’était levée, les trois heures qu’elle mettait pour se préparer chaque vendredi pour être au top le soir, jusqu’à la séparation qui datait de mercredi.

« Mais je pensais que c’était Marie qui l’avait quittée …
— Hein ? Je… Oui ? Non ? Peut-être ? répondit Jade embarrassée.
— Lorna ne sait pas que tu es ici, comprit Rose.
— J’ai juré de ne pas intervenir, confessa-t-elle.
— Pourquoi t’es là alors ?
— Elle a quitté Marie pour toi ! Je suis sûre que c’est illégal d’arrêter là ! Alors oui, le baiser c’était de la connerie en barre, mais on ne peut pas dire que Lorna était irréprochable non plus.
— Je vais l’appeler. » dit Rose en sortant son téléphone.

Comme à chaque fois ces trois derniers jours, elle tomba sur la messagerie. Elle n’avait aucune envie de faire traîner les choses, et encore moins après toutes ces révélations. Peut-être que Jade se fourvoyait, que Lorna ne la voyait pas ainsi, mais Rose voulait en avoir le cœur net. Elle se leva.

« Tu vas où ? l’interpella Jade.
— Voir Lorna, répondit Rose sans sourcilier.
— Mais elle travaille aujourd’hui.
— J’attendrai.
— Sérieusement, j’ai plus l’âge pour vos bêtises, râla-t-elle en fouillant dans son sac. Tiens. »

Rose attrapa la paire de clés que lui tendait sa comparse. Elle observa Jade en souriant : « Rappelle-moi de ne jamais te faire confiance. »

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