De retour au sud

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Amélie se languissait du libraire. Faut dire que les hommes qui lui résistaient étaient plutôt rares. Très rares. Les hommes pour lesquels elle fondait également. Elle avait fondu pour le libraire ? Peut-être, peut-être bien. C'est ce qu'elle se disait, en tous cas. Tout avait été trop vite, probablement. Que faisait-il, d'ailleurs, en ce moment-même ? Pourquoi lui avait-il posé un tel lapin ?

Trop de questions sans réponses...

Elle se leva à dix heures, après une grasse matinée prolongée. Nue dans sa chambre, elle tourna un moment, comme une panthère en cage. Elle détestait ces moments suspendus, durant les vacances, où il n'y avait rien à faire, aucun ordre, aucune logique, juste l'attente inéluctable du temps que l'on doit laisser passer.

Elle pensa à se masturber. Puis se dit tqu'elle n'en avait pas réellement l'envie.

Elle s'habilla. Et sortit.

Le mistral camarguais balayait les interminables étendues de roseaux et d'eau, portant avec lui l'odeur des terres et chassant l'iode de la mer. Elle fit quelques pas, devant l'hôtel, mis ses lunettes de soleil, hésita à se rendre au bar "Le Goéland", attenant, mais décida de pousser jusqu'au "Flamant rose".

Elle en avait déjà entendu parler, de réputation. Apparemment, il s'agirait plutôt d'un endroit sulfureux. Elle, ce qu'elle cherchait, ce n'était guère une arrière-salle grouillante de corps nus, mouillés et érigés, mais bel et bien un bar calme, discret, où personne ne la reconnaitrait et où l'on ne viendrait pas la faire chier. Et cela semblait être l'endroit idéal, décentré, à la clientèle discrète.

De l'extérieur, le bar-disco avait l'air délabré. Malgré quelques affiches récentes qui témoignaient de la vie qui s'y tramait, rien n'était attirant : son air de vieille usine désafectée, ses murs décrépis, les plantes en pot autour de l'entrée, toutes sèches ou tombées au sol, deux carcasses de voitures sans roues, et l'odeur étrange de carcasse qui y flottait, peut-être à cause des ragondins qui brunissaient le bitume devant l'établissement. Elle hésita. Ce bâtiment n'avait aucune fenêtre, qui lui disait qu'elle allait en ressortir un jour? Qui lui disait qu'elle n'allait pas s'y faire violer, puis enlever ?

Elle resta un moment interdite, puis une rafale un peu plus forte la poussa à pénétrer dans la bâtisse. Après tout, elle n'était pas venue jusqu'ici pour rien.

Le battant lui permit de pénétrer dans une salle immense, qui faisait toute la hauteur sous-plafond du bâtiment. Dix mètres, peut-être plus. Il était encore le matin, pourtant une bonne population occupait déjà les tables disparates éparpillées à travers la salle. Deux barmen s'activaient derrière un zinc énorme, derrière lequel un mur éclairé laissé à voir des dizaines et des dizaines de bouteilles d'alcool fort. Une vieille odeur de beuh flottait dans l'air, de même qu'une odeur de sueur, accompagné du doux bercements de vieilles balades rock en fond sonore.

Quelques habitués levèrent les yeux de leur pastis matinal lorsqu'elle entra, puis retournèrent aussitôt à leurs affaires. Personne ne lui adressa la parole, sauf le barman lorsqu'elle fut enfin installée derrière le comptoir. Un type sexy. Des bras comme des cuisses. Tatoué. Le crâne rasé mais non calvicié. Un léger accent catalan. Il lui servit un Wisky pur qu'elle engloutit directement.

Elle laissa ses yeux couler sur la salle. devina la porte menant à la fameuse backroom, calcula un âge moyen des clients actuels à au moins deux fois son âge. La piste de danse, vide, laissant entrevoir des barres de poledance inoccupées. Sans doute que des strip-teaseuses étaient engagées pour mettre un peu d'ambiance, le soir.

Elle commanda un second whisky, et le tatoué la servit à nouveau.

Elle le trouvait plutôt pas mal. Lorsqu'il se tournait pour choper un bouteille d'alcool, elle pouvait détailler son cul rebondi et les muscles de ses latéraux qui gonflaient les flancs de son t-shirt. Il ferait parfaitement l'affaire pour ce qu'il avait en tête.

Si bien que lorsqu'il se pencha pour poser son verre, elle attrapa sa cravatte et l'attira à elle. Il parut désarçonné mais se laissa faire, s'il n'avait pas été d'accord il ll'aurait délogée de son tabouret d'une pichenette. Elle approcha alors sa bouche de son oreille docile et chuchota :

- Tu termines quand ?

Elle le vit sourire. Peut-être même avait-il déjà la trique, ce connard.

- Quand je veux, chu patron ici.

- Alors termine maintenant et suis-moi.

***

Elle entra dans son hôtel suivie par le barman, sous le regard jugeant de la réceptionniste. Elle ne lui accorda pas le moindre intérêt.

Arrivée devant la chambre, elle lui dit d'attendre dans le couloir. Entra avec sa carte. Une fois seule à l'intérieur, elle se déshabilla à la hâte, laissant apparaitre le porte-jaretelle qu'elle avait auparavant destiné au libraire, un string qui ne cachait pas grand chose et un soutif en dentelles, noir lui-aussi. Avant d'aller l'appeler, elle cacha son téléphone portable de sorte que son objectif puisse capter la majeure partie de la pièce, et lança l'enregistrement.

Elle soupira au moment d'ouvrir la porte. Ce type était d'un ennui. Aucune conversation. Ou une conversation débile. L'alcool et la fumée avait dû griller une bonne partie de ses cellules cérébrales. Pourtant, elle avait besoin de lui. Et visiblement, vu la trique qui déformait son pantalon, lui avait besoin d'elle.

Elle referma derrière eux.

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