18. Sarah’s key

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16 février 2014, Saint-Nazaire

Les volutes de cigarette précèdent le locataire des lieux et enfument le vestibule de l’appartement, endormi en apparence. Il doit être dans les trois heures du matin et il ne fait pas vraiment dans la discrétion. Le couloir s’allume, un peignoir japonais échevelé s’approche de lui au pas de course et l’invective.

Putain, Cédric, tu ne peux pas faire un peu moins de bruit ? Sérieux !

Pardon, ma chérie, je t’ai réveillée ?

Non, je ne dormais pas… Tu t’es remis à fumer ? Bon sang, mais fais gaffe, tu vas me foutre des cendres partout ! Attends, je vais chercher une coupelle dans la cuisine…

Son épouse s’éloigne et réapparaît presque aussitôt.

Écrase ta clope, s’il te plaît !

Il s’exécute en grommelant.

J’ai eu une journée de merde, si tu veux savoir…

Elle ne relève pas et ne pousse pas ses investigations plus loin. Elle semble fatiguée de leur existence pourrie, de tout ça...

C’est Élodie, poursuit-il, les yeux embués et le corps secoué d’un irrépressible sanglot. Elle… Elle est morte…

Sa voix s’étrangle ; il s’effondre dans les bras de sa femme, décontenancée par la situation.

C’est pour ça, toutes ces photos éparpillées sur ton bureau ? s’enquiert-elle en le serrant fort contre elle pour le consoler.

Non… renifle-t-il en la regardant de ses iris larmoyants. Non, cette nuit, je ne savais pas. Mais j’ai fait un cauchemar, j’ai rêvé son meurtre. Et c’est elle qu’on a retrouvé ce matin, assassinée sur la plage de La Baule.

Un bref silence pour digérer l’information avant de reprendre.

Et vous avez une piste ?

Peut-être…

Les larmes de l’homme dévasté coulent sur ses joues, il ne les retient pas. Sarah Costarelli se montre compréhensive et se fait caresse sans l’interroger davantage. Elle le soutient jusqu’au salon, comme s’il ne savait plus marcher.

Passe la nuit avec elle, Cédric, au milieu de vos clichés. Va la retrouver, lui faire tes adieux. Devant elle, tu peux craquer et tout lui dire. Moi, je suis de trop dans ce lien qui vous unit encore malgré son décès. Alors pleure avec elle, laisse-toi envahir par cette incommensurable douleur qui doit t’oppresser de l’intérieur. Et ressors de là plus fort de façon à être en pleine possession de tes moyens pour coincer l’ordure qui l’a tuée. Pour lui rendre justice…

Des paroles emplies de sagesse, sans aucune amertume ni animosité. Sarah ne lui en veut même pas. Elle n’en veut même pas à Élodie d’avoir toujours été là, entre eux, en filigrane. Elle s’est depuis longtemps résignée à partager son mari avec celle qui fut son premier amour.

Je vais me recoucher, déclare-t-elle en se levant du canapé, égarant furtivement une main sur l’épaule de son homme. Tache de te reposer un peu…

Elle quitte la pièce comme elle aurait pu le quitter lui, sans bruit, si elle avait appris qu’il l'avait trompée ce soir. Elle ne ferait pas d'esclandres, elle accepterait. Elle l'a accepté depuis toujours, tacitement : Élodie est la maîtresse de Cédric, virtuelle, fantasmagorique. Elle le sait et s'en est accommodée depuis des lustres. Parce qu’elle l’aime, tout simplement. Et qu’elle ne peut pas faire autrement pour le garder...

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