Le reflet

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  Dans la salle de bain, la voix de Nancy Sinatra a envahi l’atmosphère. Elia aime ces voix grésillantes. Il y en a peu des comme ça, qui lui traversent la chair jusqu’à fouiller ses os… L'image de la vidéo Youtube la montre en noir et blanc, ses grands yeux maquillés d'ombres. Qu’est-ce qu’elle était belle ! D’une beauté fragile : ses longs cheveux d’or ne parviennent pas à donner à ses yeux le moindre éclat de joie. Cette voix et ce regard ne lui évoquent que tristesse et lassitude. Qu’est-elle devenue quand sa jeunesse et sa beauté se sont enfuies ? Qu’était-elle d’autre que la belle blonde aux hautes bottes et au teint parfait ? Au fond, Elia s’en fiche, elle lui invente une histoire, qu’elle soit vraie ou pas lui importe peu. Elle aime l’imaginer drapée de solitude, évoquant l’idée d’être femme et cette sensation de n’exister qu’en image, en corps –  simple poupée de plastique.

  Le visage face au miroir, Elia souligne ses paupières d’un trait fin d’eye-liner. Son geste est de plus en plus sûr, plus net, plus précis. Presque symétrique se dit-elle. Laure lui dirait « d’abord le fond de teint ». Elle a encore oublié. Elia apprend – réapprend. Le maquillage n'était il y a encore quelques mois qu’un lointain souvenir de lycée. Presque une autre vie en somme. Au pinceau, elle applique la crème teintée. Des petites touches partout, et on étire vers l’extérieur, toujours vers l’extérieur. Pourquoi ? Parce que. Un brin de rose sur les joues et du mascara.

  Y’a pas à dire, le maquillage c’est magique. Le teint rosé, le regard agrandi, Elia se sent femme. Jusque-là, le besoin ne s’était jamais imposé, parce qu’après tout ça veut dire quoi « se sentir femme » ? Jamais depuis ses vingt ans elle n’avait douté de sa beauté, quoiqu’il arrive. Elle se trouvait belle qu’elle ait des poils sous les bras, les yeux fatigués, les vêtements sales, les cheveux gras… Sa coupe courte la rendait pétillante et son rire lui offrait un charme de soleil d'hiver. Jamais, avant, elle n’aurait remis en question son physique, ni usé d’artifices. Elle connaissait son pouvoir de séduction ; sans être un canon de beauté, elle misait sur son naturel, sa joie de vivre et son entrain pour plaire à l’autre. Et surtout, elle avait l’homme de sa vie à ses côtés, ses deux filles à l’université… Le bonheur rend beau, non ?

  Elle soupire. Ce nouveau visage l’emplit d’un effrayant espoir. Reflet inébranlable d’une vérité à camoufler. Elle enveloppe sa tête dans le foulard offert par Laure, le noue un peu comme elle peut, sans la moindre technique – les tutos, elle n’y comprend jamais rien ! – mais elle finit toujours par sortir quelque chose d’assez joli. Les couleurs automnales mettent en valeur sa carnation et ses yeux vert-brun. Un nœud d’un côté, on torsade, on entortille, on passe dessous, on passe dessus, on enlace avec l’autre morceau… Pas trop mal ! Et puis on remonte un peu le tout pour dégager le front, ouvrir le visage – et tes chakras maman ! Elle termine par un coup de crayon marron sur ses sourcils. « The icing on the cake » dirait Manon de son accent parfait. Satisfaite du résultat, Elia pratique son sourire.

  Son regard s’attarde sur Nancy qui termine « Summer Wine ». Une beauté fragile… Ne pas pleurer. Non, ne pas pleurer Elia. Tu viens de te maquiller, aller ! Se répète-t-elle en se fixant dans la glace. Quelques larmes ont perlé au coin de ses yeux. Elle s’en débarrasse du bout des doigts, faisant frétiller ses cils en levant les yeux vers le haut – technique de sioux.

  Deux mains s’emparent de sa taille et un baiser se colle à son cou. Les regards se croisent dans le miroir, celui de David se veut rassurant et protecteur, elle sait le traduire.

  • C’est juste… J’suis fatiguée c’est tout...
  • Ce foulard te va bien, lui répond-il en la caressant des yeux.
  • Je t’ai toujours dit que je ferais une cancéreuse canon, non ?

  Deux presque rires s’enlacent et s’étouffent dans un souffle complice.

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A ces gens qui tuent des " infidèles" alors que ces gens ne sont que des gens comme toi et moi, a boire, s'amuser, faire la fête, profiter de la vie.
Je pense à demain, où ma mère va s'inquiéter, pleurer. Sans jamais s'arrêter.
Je pense aux proches des victimes qui vont être dévastés. 
Qui n'arriveront même plus à sortir.
Je pense à la France quand je suis né. 
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Et pour se laisser mourir après. 
Parus est a feu et a sang.
Mais nous resterons debout. 
A combattre les balles d'une kalachnikov avec de l'amour, du bonheur et des mots.
Vendredi 13 novembre 2015, des gens sont morts... en s'amusant.


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