Téo dans l'eau

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  Des murs de sable s’érigent autour de lui. Le vent et l’embrun semblent avoir rongé les contours du château, bâti l’après-midi même avec sa sœur. Téo navigue dans ces couloirs. Il promène ses yeux sur les halos de lumière contre les parois. Les ombres et les tours chavirent, et finissent par mourir en déferlante. Enseveli jusqu’au torse, Téo se libère par quelques mouvements de bras. Le château se répand sous ses pieds et disparait complètement, emporté dans les airs.

   Le regard dans l’horizon, Téo se tient droit comme un mât. Les vagues se déchaînent alors que des voiles roses et orangées émaillent le ciel. Le soir est tombé depuis longtemps, pourtant il ne fait pas nuit. Chaque détail alentour se révèle même plus visible, plus lisible. Au loin, se distinguent les bateaux de papier qu’il a livrés au large, des reflets de poissons de feu et d’argent, des algues et des poussières de nacre valsant au gré des courants.

   Le sable se déploie en battements élastiques ; le vent vogue au rythme des vagues, presque palpable au creux des mains. Mais Téo n’en ressent aucun frisson ; il est à moitié-nu et ni chaleur ni froideur ne le caressent. Les voix de ses parents et de sa grande sœur l’effleurent à peine, une rumeur, un écho essoufflé. Comme irréelles… Leur présence, même aveugle, le rassure, le rend immortel. Poussé par une rafale, comme par une main dans le dos, ses petits pieds avancent, aussi légers que des épines de pin noir. Ses empreintes s’émoussent pour laisser place à d’infimes amas de coquilles brisées. Petit poucet des plages.

  Ses orteils viennent chatouiller l’ourlet d’écume. Il s’ancre, immobile, lève les yeux sur le ciel hachuré : les couleurs s’entrelacent dans un ballet aérien. Puis une bourrasque l’enveloppe et le fait tournoyer. Une liberté chimérique s’empare de lui, le submerge. Sous ses pieds, le vide s’étend pas à pas ; le mistral le tient à bout de bras. Téo est confiant. Autour de lui s’époumonent mouettes et sternes aux plumes blanches et aveuglantes. Les paumes contre les nuages, sa silhouette s’élève parmi les oiseaux corsaires. Il ferme les yeux. Il s’envole.

  Puis le silence.

  ~Téo~Téo~ sifflote le vent. Ses paupières se soulèvent : en dessous de lui, une colonne d’eau, comme une tornade, crève la nappe et l’absorbe vers les profondeurs, le dévore de sa langue humide. En une fraction de seconde, sans même que le temps ait semblé s’écouler, Téo est happé par la mer, elle le retient en son sein. Mais les fonds marins n’ont pas l’obscurité qu’on leur prête, ils se révèlent lumineux, traversés de faisceaux luisants. Et, sous la surface, le ciel se trouble d’ondées apaisantes. ~Téo~Téo~ chuchotent les coquillages. Les algues sillonnent son corps, serpents marins, et l’enserrent délicatement. Téo les accueille. Il a laché prise sur l'instant, et laisse maintenant l’immensité salée l’envahir, le posséder, et susurrer ~Téo~Téo~. Chacun de ses membres se relaxe, il abandonne ses muscles ; leur réalité est engloutie. Il se dissout, se mêle au sel, à l’iode, embrasse les écailles flamboyantes des sirènes. Le mouvement fluide des vagues le noie en douceur. ~Téo~Téo~ murmurent les nymphes. Une chaleur aqueuse l’enrobe et son corps se liquéfie…

« Téo ! Téo ! Réveille-toi putain ! Tu pisses dans le lit là ! Mamaaaaan ! » Vacances de merde, c'est pas vrai...

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Sigismond secoue le doute, pousse son carnet pour caler la petite amphore de porphyre que ses mains cramponnent sur ses genoux. Puis son regard s’accroche à l’éditorial qui s’affiche en images sur le mur de son container: la Tour Eiffel pointe son ossature de métal sur la crête des vagues. Les dômes de Montmartre et des Invalides, deux seins à l’agonie ballotés sur une onde déchaînée…s’y entrechoquent des pans de verre, Montparnasse a explosé! Une voix nasillarde commente :
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