ÉPILOGUE

17 minutes de lecture

Les années passèrent, la famille avait déménagé dans une maison avec trois grandes chambres, Maddy allait avoir 18 ans, elle terminait ses études secondaires et se préparait à aller dans une Haute École pour entamer des études de stylisme.

Après de longues discussions, Maddy avait obtenu de pouvoir aller en kot[1] dans le studio de ses grands-parents maternels ; Louis et Rachel avaient fini par être d’accord lorsque Maddy expliqua que, de cette façon, elle pourrait aider ses grands-parents vieillissants.

Elle fêta sa majorité avec des amis et accepta de prendre ses frères et sa sœur avec elle, à cette soirée qui était organisée par l’un de ses amis.

Adrien et Clément rentrèrent tôt ; ils voulaient se reposer parce qu’ils avaient un match de hockey le lendemain.

Ninon se tint bien durant la fête jusqu’au moment où la plupart des amis de Maddy s’en allèrent et que Maddy prévu de rentrer endéans l’heure… Ninon se mit alors à vider plusieurs verres de bière d’affilée, lorsque Maddy repéra son manège. Elle la secoua et lui dit,

— Mais putain Ninon, qu’est-ce que tu fais ? T’es con ou quoi ?

— J’veux pas qu’tu partes, Maddy…

— Tu ne bois plus rien et tu m’attends là ! Ne bouge pas !

Maddy fila vers les amis encore présents et leur dit,

— Bon ben, ma sœurette a picolé, je ne sais pas ce qu’elle a… Je vais la ramener… Purée, j’espère que je ne tomberais pas sur mes parents en rentrant, déjà que j’ai eu du mal à obtenir le studio… La petite, elle serait capable de me faire passer ça sous le nez !

— Eh, cool Maddy, elle va dégriser en rentrant… Et, c’est vrai, c’est cool pour le studio, on pourra organiser des teufs chez toi alors ?

— Ah, ça, oui ! j’y compte bien les gars !

Elle regarda sa sœur de loin et dit,

— Oh merde, je crois qu’elle va dégueuler, je vais lui mettre la tête dans les cuvettes, je reviens !

Une fois de retour, elle dit au revoir à ses amis,

— Pff elle est dans un sale état… Je crois que je vais avoir une bonne discussion avec elle, demain !

Elle partit en soutenant Ninon qui tangua… ce qui n’arrangea pas ses nausées. Sur le chemin, Maddy lui demanda,

— Mais purée, Ninon, qu’est-ce qu’il t’a pris de picoler comme ça ? Tu t’emmerdais ou quoi ?

— Nooon… Chuis désolée…

— Mais qu’est-ce qu’il se passe, Nini ?

— Je n’ai pas envie que tu partes, Maddy…

— Mais je ne pars pas, je vais koter !

— Je ne veux pas être toute seule avec les parents…

— Mais t’es pas seule avec eux, il y a Clément et Adrien, purée, c’est quoi ton problème ?

Ninon ne répondit pas tout de suite puis lâcha,

— J’ai peur qu’ils ne veuillent plus de moi.

Maddy s’arrêta de marcher et la prit par les épaules,

— Mais de quoi tu parles, Nini ?

— Je ne suis pas la fille de maman…

— Si, tu es sa fille, elle t’a élevée, Nini !

— Mais je ne suis pas comme vous trois… Je suis la fille que de papa, c’est tante flore qui me l’a dit en janvier quand on était à Londres, elle a dit qu’elle était ma vraie tante et que ma vraie mère était morte.

Maddy prit Ninon dans ses bras et la serra très fort puis la relâcha et reprit la marche.

— Tu sais, Nini, moi non plus je ne suis pas la fille biologique de maman, comme toi, je ne suis la fille biologique que de papa ; mais toi, elle t’a allaité, tu es vraiment la sœur de lait de Clément et d’Adrien.

Ninon resta bouche bée, les yeux grands ouverts d’étonnement,

— Je ne savais pas, Maddy, tu le sais depuis quand ? Pourquoi je ne le savais pas ?

— Maman m’en a parlé un jour, quand j’avais à peu près ton âge… Je me posais des questions concernant la couleur de mes yeux, je ne trouvais pas d’ancêtres avec les mêmes dans les photos de famille, alors, maman m’a expliqué que j’étais née avant qu’elle ne rencontre papa.

— Et quoi ?

— Et elle m’aime tout autant Nini et elle t’aime aussi !

Ninon sanglota,

— Je sais pas, Maddy, Tante Flore m’a dit que pour moi, c’était compliqué et que maman ne voulait pas de moi au début.

— Mais putain, Nini, elle t’aime !

— D’où je viens moi, Maddy ? Pourquoi elle ne voulait pas de moi ? Papa l’a trompée c’est ça ? Je suis née après Adrien et Clément, je suis l’enfant de l’horreur et de la trahison ? C’est pour ça qu’elle ne voulait pas de moi ?

— Mais j’en sais rien moi, je n’ai pas les détails, mais maman t’aime, Nini !

Sans s’en rendre compte, elles étaient arrivées devant la maison.

— Bon, on va essayer de ne pas faire trop de bruit et se coucher sans réveiller les parents, hein ! Et on en reparle demain, ça te va ?

— Ok, je serais discrète.

— Ça va, tu tiens debout ?

— Oui, je crois que je dessaoule, Maddy.

— Tant mieux !

Madeleine ouvrit la porte et fit entrer Ninon avant de refermer la porte doucement. En se retournant, elle buta contre Ninon qui s’était arrêtée dans le couloir… Face à leur mère.

— Salut m’man, voilà, on est rentrées, il n’est qu’une heure du matin.

— Je vois, merci d’avoir ramené ta sœur en entier Maddy… Ninon, tu n’as pas l’air dans ton assiette. Tu as bu de l’alcool ?

Ninon se mit à pleurer, Maddy leva les yeux au ciel. Rachel s’approcha de Ninon et la prit dans ses bras, mais Ninon la rejeta, Rachel demanda,

— Mais qu’est-ce qu’il se passe ? Qu’est-il arrivé là-bas ?

Madeleine intervint,

— C’est pas ça maman, Ninon est persuadée que tu ne l’aimes pas et comme je vais koter dès septembre, elle a peur que tu ne veuilles plus d’elle.

— Mais pourquoi je ne voudrais plus de toi, Ninon, explique-moi !

Ninon pleura, Maddy continua à expliquer pour elle,

— À Londres cet hiver, tante Flore aurait apparemment dit à Nini qu’elle n’était pas ta fille et que tu ne voulais pas d’elle au début.

Rachel regarda Maddy, estomaquée.

— Mais ce n’est pas ça… Ninon, ce n’est pas ça du tout !

Elle tenta à nouveau de la serrer dans ses bras, Ninon ne la rejeta plus.

— Viens… Venez toutes les deux, on va dans le salon.

Elle mena ses filles dans le grand divan familial et s’assit entre elle deux, avec l’un des albums photos de la famille.

— Bon, je ne sais pas par quoi commencer…

Vivement, Ninon lança,

— Il parait que tu n’aimais pas ma mère !

Rachel eut un serrement au ventre et au cœur… Elle allait devoir rouvrir cette blessure, elle prit une profonde inspiration et décida de se lancer,

— Bon, toutes les deux, vous êtes assez grandes pour pouvoir entendre cette histoire.

Les deux filles se regardèrent mutuellement, s’interrogeant du regard, puis regardèrent Rachel.

— En fait, Ninon, ta génitrice est à l’origine de notre famille, alors, malgré tout le ressentiment que j’ai pour elle, je me dis que quelque part, c’est grâce à elle que nous sommes tous là.

Aussi vivement que précédemment, Ninon déclara,

— Ce n’est pas clair maman !

— Attends, je vais commencer par le commencement ; Maddy, toi, tu as été créée à la demande de la génitrice de Ninon ; en fait, elle était en couple avec votre père avant que nous nous rencontrions lui et moi. Ils avaient rompu parce qu’elle l’avait plus d’une fois trompée et pour une raison que je vous expliquerais peut-être dans un second temps. Elle a donc passé commande à une mère porteuse pour te créer, Maddy. Ton père t’a recueillie et je t’ai rencontrée un peu par hasard, au travail, où j’ai aidé ton père à te nourrir. Puis Sophie, vous savez, tata Sophie, elle nous a invité, votre père et moi à aller en vacances avec elle, de retour, nous étions ensemble.

Elle prit une pause, leur montrant les photos de l’époque,

— Ensuite, je suis tombée enceinte des garçons et…

Rachel respira profondément puis reprit,

— Je suis désolée, je vais tenter d’être très pragmatique pour vous expliquer ce qu’il s’est passé à cette période, les filles.

Elle prit une bonne respiration puis se lança dans le récit.

— La génitrice de Ninon a tenté de me faire perdre les bébés.

Elle serra ses filles dans ses bras, elle avait du mal à continuer. Ninon demanda,

— Pourquoi ? Tu la connaissais ?

— Oui, je la connaissais, de vue, et elle a fait ça parce qu’elle voulait récupérer votre père, elle ne supportait pas qu’il en aime une autre et qu’il ait des enfants avec moi ; elle pensait que Maddy allait représenter un fardeau pour votre père, et que du contraire, tu as été notre pierre d’achoppement.

Maddy sourit et posa sa tête sur l’épaule de sa mère. Ninon demanda, soucieuse.

— Elle a fait comment pour essayer de te faire perdre les bébés ?

— Elle m’a poussé dans les escaliers.

Ninon eut de l’horreur dans ses yeux. Rachel la prit dans ses bras et la rassura,

— Mais tout s’est bien passé Ninon, il n’y a pas eu de problème pour la suite et j’ai accouché quelques mois plus tard, le lendemain de notre mariage. Et là, Maddy a rencontré pour la première fois ses frères, je m’en souviens, tu étais d’accord quand ils étaient dans mon ventre, mais tu as moins apprécié quand ils en sont sortis, tu n’aimais pas quand ils pleuraient. Et tu as goûté mon lait, mais tu n’as pas aimé non plus.

Rachel regarda Madeleine avec énormément de tendresse. Cette dernière lança, en boutade,

— Ah oui, moi j’ai été élevée au lait en boite !

— Oui, c’est ça, je n’avais pas encore de lait quand je t’ai connue, sinon je l’aurais bien tenté.

Se sentant un peu exclue, Ninon s’enquit,

— Et la suite maman ?

— Oui, j’y reviens Ninon…

Rachel fut secouée par un frisson et senti une larme monter, elle tenta de l’écraser, mais trop tard, Ninon le capta et interpréta la chose gravement.

— Maman, pourquoi tu pleures ? C’est à cause de moi, c’est ça ?

— Non ma chérie, c’est de me remémorer ce qu’il s’est passé à ce moment-là, je… Je risque d’avoir d’autres larmes, mais ce n’est pas à cause de toi, Ninon.

Madeleine tiqua et lui demanda,

— Ok, mais explique alors, maman.

Rachel prit une grande inspiration puis remonta le temps en développant l’histoire de leur famille, à ses filles,

— La génitrice de Ninon a tenté d’empoisonner Adrien et Clément avec une complice qui avait mis de la méthadone dans le lait maternel que je tirais au travail. Les garçons, Maddy, votre père et moi sommes restés 36h aux urgences avant de pouvoir rentrer, mais en arrivant à l’appartement, nous avons constaté qu’il avait été dévasté ; outre des menaces de mort à mon égard, toutes mes affaires avaient été détruites, ainsi que celles des jumeaux. Nous avons dû emménager en urgence dans le studio dans lequel tu vas koter Maddy.

— C’est ça que vous avez chipoté ?

— Oui, il représente une partie de notre vie, pas très heureuse…

Alors que le regard de Rachel se perdit dans les souvenirs de leur emménagement de l’époque, Ninon posa la question qui la chipotait depuis un moment.

— Maman, pourquoi tu dis toujours génitrice en parlant d’elle ? Elle est ma mère, non ?

Rachel la regarda tristement, ses entrailles se nouèrent, elle lui répondit, doucement mais tristement,

— Je la nomme « génitrice » parce qu’elle n’a rien d’une mère… Je suis désolée, mais il m’est impossible de l’appeler autrement, Ninon, elle n’a jamais rien eut de maternel, ni pour toi ni pour aucun autre enfant.

D’une voix étranglée, elle ajouta,

— C’est moi ta mère, pas elle.

Ayant capté que des larmes montaient dans ses yeux, Ninon tendit un mouchoir en papier à sa mère.

— Merci Ninon.

Après avoir épongé ses yeux, elle poursuivit

— Bon, je vais continuer notre histoire, une fois installés dans le studio, nous avons tenté de reprendre le fil de notre vie, puis, un jour, j’ai été enlevée par un complice de ta génitrice, Ninon. Leur but était de me torturer et de forcer votre père à retomber dans ses bras.

Rachel se frotta à nouveau les yeux avec le mouchoir.

— Nous ne le savions pas, mais ta génitrice avait utilisé des hormones pour stimuler son ovulation ; elle voulait tomber enceinte.

Elle fit une pause, avala sa salive et reprit son récit,

— Heureusement, votre père et moi avions nos codes à nous pour exprimer notre amour… Ce qui m’a permis de supporter ce qu’ils m’ont forcé à voir de leurs ébats… Ou quand elle m’a mis sous le nez les mails « d’amour » de votre père, où je pouvais lire son double message.

Elle souffla, se moucha puis reprit, ses filles étaient pendues à ses lèvres.

— Pour forcer votre père à avoir des contacts sexuels, elle et un complice m’ont malmené, tant physiquement que moralement. Votre père a répondu à la demande qu’elle avait formulée en accord avec la police qui estimait que c’était la seule façon d’obtenir rapidement des informations concernant l’endroit où ils me retenaient prisonnière.

Devant ce flot d’information, Ninon demanda, très concrètement,

— Mais, comment tu savais ce qu’ils faisaient si tu n’étais pas au même endroit maman ? Je ne comprends pas…

— Elle avait fait placer un grand écran pour que je n’en perde pas une miette… Cela faisait partie de la torture morale.

Ne comprenant toujours pas, Ninon marmonna

— Quoi ?

— Elle voulait que maman regarde quand papa était avec l’autre, c’est ça maman ?

— Oui, c’est ça, elle voulait que je sois aux premières loges pour que je voie « qu’il n’aimait qu’elle » ; elle filmait leurs échanges qui étaient diffusés en direct sur l’écran devant lequel j’étais obligée de rester.

Madeleine s’exclama,

— C’est dégueulasse !

Ninon ne dit rien mais son visage montra le dégoût qu’elle ressentit, elle aussi, à imaginer ce que sa mère avait dû vivre.

— Oui, ça l’est, mais c’était, pour votre père, le seul moyen de la faire parler… Et ça lui a permis d’obtenir les infos nécessaires pour que la police puisse me trouver et me libérer. Elle et son complice furent arrêtés et placés en garde à vue. Moi, j’ai été conduite à l’hôpital ; j’étais déshydratée et couverte de bleus.

Rachel soupira puis lâcha,

— Et j’ai perdu le bébé que je portais, à la suite des coups que j’avais reçu.

Ninon lui serra le bras en s’écriant,

— Maman ! Non !

Elle pleura en regardant sa mère puis se colla à elle en passant ses bras autour d’elle.

— Je m’en suis remise, Ninon. C’est après que j’ai eu un autre coup, quand Ambre a annoncé sa grossesse.

Tristement, Ninon répéta,

— Elle s’appelait Ambre alors.

— Oui, elle s’appelait Ambre, tante Flore ne te l’a pas dit ?

— Non, et je ne lui ai pas demandé, elle avait toujours un air dégoûté en parlant de « sa sœur ».

Rachel lui caressa les cheveux et posa un baiser sur son front puis lui expliqua,

— Tu sais, pour elle, tu n’étais qu’un outil ; elle t’a utilisée tout au long de la grossesse ; elle a voulu sortir de prison sous prétexte de pouvoir vivre sa grossesse sereinement, mais elle n’a pas pu, elle a tenté de te faire passer en absorbant des quantités importantes de sauge, mais elle n’y est pas arrivée, tu tenais bon. Elle se frappait et se faisait frapper le ventre par d’autres prisonnières, mais tu t’accrochais. Elle ne te nourrissait pas assez, au point que votre père a dû demander à ce qu’elle soit gavée pour que tu puisses naître avec un poids décent.

Avec colère, Ninon s’exclama,

— Mais pourquoi elle m’a fait si elle ne me voulait pas ?

Ninon s’était détachée de sa mère, elle semblait hors d’elle et avait les yeux baignés de larmes.

— Parce qu’elle voulait t’utiliser pour se réapproprier ton père.

Rachel lui caressa la joue alors qu’elle murmura,

— Oui mais quand même… Pourquoi elle m’a fait…

Sa voix se tut.

— Je sais Ninon, mais elle n’en avait que faire de toi en tant que petit être en devenir, tu sais, quand tu es née, tu n’avais qu’1kg800, tu étais toute petite, mon bébé.

Rachel prit une pause et lui embrassa le front tendrement. Ninon dit d’une voix tremblante,

— Je suis née de ça alors ? C’est pour ça que tu ne voulais pas de moi ? Parce qu’elle t’a fait tout ça, toutes ces horreurs, pour tomber enceinte de papa ? Je n’aurais pas dû naître en fait…

Rachel la prit dans ses bras et lui chuchota,

— Mais non ma petite chérie, non, je vais continuer à vous expliquer.

Elle prit les mains de ses deux filles pour continuer son récit,

— Tu sais, Ninon, à la base, tu devais être élevée en Angleterre par tante Flore, je… Je ne voulais pas m’attacher à toi, parce que j’avais trop peur que tu me sois arrachée par Ambre ; je savais très bien de quoi elle était capable.

Sceptique, Maddy intervint,

— Mais tu l’as allaitée, maman, je ne comprends pas, si elle devait partir en Angleterre pourquoi tu l’as allaitée ? Et puis, au fait, t’as fait comment ? Adrien et Clément étaient sevrés si je calcule bien, non ?

— Oui… En fait, j’avais sevré les jumeaux depuis des mois déjà, cependant…

Elle s’adressa plus particulièrement à Ninon,

— J’ai eu une petite montée de lait quand je t’ai entendu pleurer la première fois que je t’ai vue et que tu as bu ton biberon dans mes bras. Tout mon corps réagissait à ta présence, tout mon corps était prêt à te donner ce qu’il fallait pour survivre.

Rachel inspira puis lui expliqua,

— Je sentais que je m’attachais à toi, je ne voulais pas souffrir, je ne voulais pas que tu souffres, tu étais censée t’attacher à ta tante, pas à moi. Mais tu refusais de manger si ce n’étais pas moi qui donnait le biberon.

Le regard de Rachel se perdit dans ses souvenirs lorsqu’elle expliqua

— Votre père a alors pensé à prendre les foulards que je portais pour t’apporter mon odeur ; il a pu te nourrir comme ça, avec toi dans mes foulards.

Ninon l’interpella, ce qui fit revenir Rachel au moment présent,

— Je ne mangeais pas ?

— Non, tu ne voulais pas manger et tu étais constamment effrayée.

Maddy railla sa sœur,

— Pff c’est plus le cas maintenant, t’es un estomac sur pattes !

— Et qu’est-ce qu’il s’est passé que tu as changé d’avis, Maman ?

Ninon regarda sa mère, la respiration en suspend en attendant sa réponse.

— Plusieurs choses Ninon, déjà, ta génitrice, la seule fois où elle est venue te rendre visite en néonatologie, dix heures après ta naissance… Elle a tenté de te balancer de ton lit, prétextant que tu ne lui servais à rien et puis, ta tante…

Rachel soupira,

— Flore n’arrivait pas à te voir autrement que comme l’enfant de la sœur qu’elle détestait. Ambre a aussi malmené Flore.

Elle regarda sa fille avec douceur,

— J’avais mal au cœur de te voir au milieu de ces conflits, mais j’avais peur que tu me sois enlevée par Ambre le jour où elle réclamerait le fait de pouvoir exercer ses droits parentaux.

Ninon emmagasina les informations et resta concentrée sur les paroles de sa mère.

— Finalement, Ambre a été déchue de ses droits parentaux à la suite de son comportement et à ce pourquoi elle se retrouvait en prison ; tentative de meurtre, enlèvement, torture, séquestration, etc. Ambre a fini par signer les papiers concernant le fait qu’elle t’abandonnait à l’adoption, pensant que tu grandirais en Angleterre et que tu n’aurais plus aucun lien avec ton père.

Ninon soupira puis serra la main de sa mère en attendant la suite.

— Et comme j’avais toujours de discrètes montées de lait chaque fois que je te croisais, votre père s’en est rendu compte. Il a fait des recherches par rapport à ces montées de lait et la possibilité de réenclencher quelque chose de la sorte. Nous en avons parlé, nous avons décidé de tenter l’aventure… Et ensuite j’ai fait les démarches nécessaires pour t’adopter légalement.

Maddy trancha,

— Et depuis t’es ma sœur !

— Et depuis, je suis ta mère, ta mère de cœur, ta mère de lait. Et comme pour Maddy, je ne fais pas de différence entre toi et les garçons.

Rachel soupira puis leur dit,

— Je ne vous ai pas mises au monde, ni l’une ni l’autre, mais je vous aime les filles et j’ai du mal à vous voir grandir si vite… Vous êtes toujours mes bébés !

Rachel les prit toutes les deux dans ses bras et les chatouilla, elles rigolèrent puis s’arrêtèrent lorsqu’elles virent leur père entrer dans la pièce, un plateau en mains, avec quatre tasses de chocolats chauds.

— Un petit chocolat, les filles ? Il est presque 3h du matin, vous avez peut-être un petit creux ?

— Ah, merci Louis, ça vient à point pour moi.

Les filles s’écrièrent en chœur,

— Merci papa !

— Et, ça va ? Vous avez trouvé réponse à vos questions ?

Rachel lui demanda,

— Tu es présent depuis quand ?

— Depuis 1h30, je me suis fait discret. Je trouve que tu as bien résumé notre histoire.

— Et vous, les filles, est-ce que cela vous a aidé ? Ninon ?

— Oui m’man… Il y a des choses qui sont plus claires… Dis, je pourrais te poser d’autres questions plus tard ?

— Mais oui ma puce, pas de souci, et toi aussi Maddy, si tu as d’autres questions, n’hésites pas non plus.

Ils sirotèrent le chocolat chaud puis Maddy s’exclama,

— Ok, alors moi je vais me coucher. Je suis vannée !

Ninon renchérit,

— Moi aussi !

Rachel leur lança,

— Bon restant de nuit les filles !

Louis les regarda quitter la pièce, il sourit à Rachel puis lui dit avec un air plus soucieux,

— Tu ne leur as pas parlé du décès d’Ambre.

— Non, cela fera partie des prochaines discussions, j’imagine.

— Tu préfères que je leur en parle ?

— Non, je pense que ça ira, et puis, cela se fera en lien avec l’histoire du procès.

— Oui, un suicide par pendaison après l’annonce de sa culpabilité… Et puis cette lettre d’horreur qu’elle avait laissée pour toi, jusqu’au bout elle t’aura haï !

— Oh, oui, cette horreur… Je ne sais pas si je le leur en parlerais tu sais, ce n’est peut-être pas nécessaire.

Elle posa sa tête sur l’épaule de Louis, il déposa sa tasse vide et lui demanda,

— Dis, on ne remonterait pas dans notre chambre ?

— Oui, je te suis Louis.

— Non, passe devant, que je te regarde onduler dans ton pyjama en soie.

Rachel eut un sourire coquin.

— Mmh Monsieur Leblanc… Et tu préfères que je monte lentement ?

— À ton aise, on a le temps… Et on n’a plus vingt ans, mais presque trois fois vingt ans.

— C’est vrai, mais tu es parfois encore très vert pour ton âge.

— Et toi, tu es encore bien souple…

Ils rigolèrent puis se mirent en route.

Arrivé dans leur chambre, le couple se retrouva, enlacé sur le lit, à se caresser.

— Ça m’a fait du bien de leur en parler, ça m’a libéré je pense… Je trouvais Ninon distante ces derniers temps, j’espère que cela ira mieux.

— Je pense. Je crois que c’est ce qu’elle attendait, j’ai toujours su que tu étais une super maman.

— Et toi, tu es toujours mon soleil…

— Comme tu es toujours ma déesse, malgré ton grand âge.

— T’es con Louis, je te signale que tu vieillis aussi !

— Oui, j’ai besoin de plus de temps, mais une fois en route…

— Une fois en route, je te rejoins bien vite…

Elle l’embrassa et le couple s’oublia dans l’un de ces moments de fusions qu’ils aimaient tant retrouver.

[1] Un kot est un logement privé loué à des étudiants pendant l'année scolaire ou universitaire en Belgique. Le mot vient du flamand et signifie petit abri, niche, cabane.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Vous aimez lire Dolhel ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0