Chapitre 3

4 minutes de lecture

Les cieux devinrent sombres, le soleil se métamorphosa en une boule de terreur. L’écorce des pins s’effondra et l’oeil de Dieu apparut de nouveau. Théovald suffoqua sous l’arrivée d’une anxiété soudaine, une des séquelles de sa longue sieste. Il pensa pour la première fois à la raison de son coma, à ce qu’il était avant le big bang. Les souvenirs le heurtèrent. Heurter. Il se souvenait. Il avait été renversé par une voiture avant de s’éveiller dans un bois sombre aux dédales issus d’une logique sadique. Il aperçut une femme, son épouse, charger en sa direction, puis elle se fit avaler par le sol sur une symphonie de klaxons. Le sol l’aspira et tout devint sombre.

L’écume d’une vie perdue surgissait des océans pour éroder sa conscience. « Neptulon ». Il se noyait. Les souvenirs se mélangeaient aux délires d’un homme malade. Il se vit, perdu dans l’océan, tiré vers le haut et remonté à la surface dans un filet de pêche. Il se vit lui-même, se sauver de la noyade. Il était à la fois sur le bateau et dans le filet. Une voix flotta au-dessus de lui, sa propre voix.

- En voilà une belle prise !

L’anxiété laissa place à la certitude. Il revivait sa vie passée, il explorait ses souvenirs. Pêcheur sur son rafiot de fortune, « Neptulon ». Les poissons frétillaient contre ses membres, des dorades ou des sardines. La vision s’estompa lorsque qu’il éventra le filet.

Théovald se retrouva dans la forêt de pins qu’il avait quitté, appuyé contre un arbre. La nature était la seule à pouvoir lui octroyer la rééducation dont il avait besoin, c’était avec elle qu’il allait retrouver ses souvenirs. Il sourit et marmonna ce qu’il avait vu pour ne pas l’oublier. Il oublia l’ange qu’il avait croisé avec sa badine, il oublia la forêt et voulait simplement rentrer à la maison pour satisfaire sa quête de savoir. Le céruléen du ciel était entaché d’amas grisâtres, le soleil disparut et le vent amena les nuages. Le climat méditerranéen avait cette caractéristique d’instabilité, le chaud cédait la place au froid en un rien de temps.

L’orée des bois s’esquissa devant lui et il parvint à s’extirper de la forêt pour retrouver le sentier menant à la maison. Théovald arpenta le chemin et commença à ressentir des picotements sous ses pieds meurtris par le voyage, éreintés par les étendues sauvages. Trop faible pour éviter chaque caillou, il poursuivait son chemin et finit par apercevoir la chaumière qui était à la fois une maison et une prison.

Une voiture était garée devant, une vieille Polo qu’il aurait pu connaître de son temps. Peut-être pourrait-il conduire de nouveau ? Il ne prêta pas attention au détail et lorgna les pins d’une dernière oeillade avant de pénétrer dans la bâtisse. Deux prunelles le toisèrent, incrustées dans le visage d’un homme abattu installé dans le siège aux devants de la cheminée. Des yeux à l’azur aussi pénétrant que l’océan, qui exprimèrent l’étonnement. Ils fixaient Théovald comme s’il était un cadeau tombé du ciel, un objet perdu mais tant convoité. Le docteur se mit à rire nerveusement puis se redressa en propulsant sa cigarette dans les flammes. Il tordit ses lèvres en une moue dubitative, ne sachant pas par quoi commencer. Le vieillard ne l’aida pas et resta debout au seuil de la porte, il accentua ses rides d’un sourire niais en observant le docteur.

- Vous vous en sortez plutôt bien, pour un oisif comateux. Venez par-là que je vérifie vos constantes.

- Un oisif ? demanda Théo’ en approchant, bercé par la confiance que lui inspira le médecin.

Gidéon fit asseoir Théovald et passa ses doigts sur son poignet et sous sa mâchoire le temps de dix secondes pour constater de la fréquence cardiaque. Il opina à la question sans en dire plus et enchaina.

- Vous avez ressenti des séquelles suite à votre réveil ? Maux de tête, paralysie d’un membre, détérioration de la vue ?

Théovald songea à ces mots et ses maux, il n’y avait pas prêté attention jusqu’ici. Il était épuisé et ses membres tous endoloris, son crâne était malmené par une légère migraine mais il n’était victime d’aucune séquelle importante. Il se contenta de secouer négativement la tête. Après quelques instants plongés dans sa torpeur, il se demanda bien ce qu’il s’était passé.

- Je suis conscient que vous devez avoir beaucoup de questions. Je vais m’évertuer à répondre à chacune d’entre elles du mieux que je peux.

Il avait dû lire dans ses pensées, ou capter son regard interrogatif. Etait-il vraiment un pêcheur ? Avait-il vraiment une femme ? Combien de temps avait-il dormi ? Qui était l’enfant qu’il avait croisé dans les bois ? Pourquoi était-il en pleine forêt et non pas dans un hôpital ? Trop de questions. L’entretient risquait de s’avérer longuet. Gidéon défit les lacets qui liaient le col de son pull en coton, il retroussa ses manches et tira une seconde chaise pour seoir face à Théovald. La vérité s’approchait et peut-être ne voulait-il pas l’entendre ? Il eut soudainement l’impression d’être un homme libre, délivré des souvenirs d’une vie oubliée, délivré des devoirs et des obligations d’un père de famille, d’un mari. Curiosité et peur se livraient un pugilat acharné entre les liaisons nerveuses de son cerveau, un baroud déloyal qui le tiraillait.

- C’est votre fils que j’ai croisé dans les bois ? demanda-t-il soudainement en pensant à l’ange.

Le médecin fronça les sourcils et vint pétrir son menton d’une main dubitative. Théovald ne comprenait pas la situation dans laquelle il était et cet enfant devint soudainement l’objet d’une attention particulière pour le médecin.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Martacus Whyn ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0