FABLIAU (nov 2019)

8 minutes de lecture

Long dialogue improvisé, et en rimes, avec MAZARIA, fait en plusieurs fois . J’ai choisi pour titre « Fabliau » car ça s’en rapproche. En effet, dans les fabliaux, il est souvent question de querelles, d’un mari, de sa femme, d’un qui cache quelque chose à l’autre, etc ... Ce qui est le cas ici .

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LUI

- Ah ! Que vos mots sont doux à mes oreilles,

Ils semblent comme du miel.

ELLE

- Comme votre présence,

Est pour moi une danse !

LUI

Où nous mèneront nos plumesques ébats ?

Nul ne le sait, sauf nous, il va de soi…ou pas !

Je m'embrouille,

J’en ai plein les… citrouilles !

ELLE

- Prends garde que quelque fripouille,

Ne s'attaque à ta quenouille.

LUI

- Dame, il ne sied point à votre rang,

Que vous crachiez ainsi autant,

De mots malséants de votre bouche !

Allez donc sous la douche !

ELLE

- Quelle triste pudeur !

LUI

- On ne se moque point de son seigneur !

ELLE

- Ne vous voilez point la face,

Posez votre carapace,

Chercher quelque bonheur,

Est simple libre ardeur,

Il n'est point de moquerie,

Pour qui de joie rit.

LUI

- Allez donc en forêt vous repentir,

Et advienne que pourra,

Je ne saurai que me réjouir,

De ce qu'il vous y arrivera.

ELLE

- Vilaine est cette pensée,

Mais je vous ferai glisser,

Quelques épines acérées,

Dans le fond de vos chaussées !

LUI

- Vous êtes fille du Démon,

Pour ainsi menacer votre homme bon,

Il vous en cuira,

Sur ma foi !

Sortez donc de la chaumière,

Et partez en la clairière,

Si des fées vous y apparaissent,

Alors je ferai en sorte que je me taise.

ELLE

- Ne parlez pas de foi ,

C’est juste irréel exploit,

Que de croire à ce qu'on ne voit.

Je ne suis point votre ennemie,

Juste inspirée par la nuit.

LUI

- Les fées seraient-elle déjà à l'œuvre,

Pour qu’on vomisse phrases de couleuvres ?

ELLE

- Les fées m'ont sorcelée,

Mais de leur lie vous me libérerez.

LUI

- Soit ! Mais allez quérir l'une d'elle,

Voyez bouger l’armoire, cette rebelle !

(dit le vilain qui savait parfaitement,

Que ce n'était point œuvre de sorcellerie,

Mais juste partenaire de coquineries,

Ne pouvant plus tenir en place,

De peur que cette affaire mal se passe.)

ELLE

- On pourra la clouer !

LUI

- Non ! Que nenni ma Dame !

Ou je me damne !

Il est un autre châtiment,

Dont seules les fées ont l’enseignement,

Allez donc sur le champ,

Quérir leur consentement.


Rassurez-vous, n’ayez pas peur,

Elles vous feront bon accueil,

Qu’attendez vous donc,

Pour vous remuer le croupion !?


Quittez donc cette maison,

Accomplir votre mission,

Si le cœur vous-en dit,

Et même si ce n'est point le cas,

Vous m’en verrez fort réjoui,

Si vous vous acquittiez de cela.

ELLE

- C’est que l'obscurité me fait trembler,

Car bêtes et méchants y sont bien cachés.

LUI

Alors je vais vous accompagner au bois,

Puisque seule vous n'y allez pas,

Je suis des environs le plus fort,

Ennemi qui me croise est déjà mort.

ELLE

- Je serai donc sous bonne escorte,

Oui, allons, prenons la porte.

(Et c'est ainsi que les deux compères,

Délaissèrent un moment leur chaumière,

Et son mystérieux locataire,

Qui pu ainsi sortir de sa cachette,

Mais peut-être pas si simplette,

Allait être son escampette.)

LUI

- Voyez, il n'y a rien, tout est tranquille,

Ne vous faites donc pas de bile.

ELLE

- Tranquille je serai pour de bon,

Lorsqu’achevée sera notre mission.

LUI

- Alors pressons le pas,

Si l’on veut en finir de tout cela.

Nous voila déjà au bois,

Certes, il est sombre, ma foi.

ELLE

- Et son silence nous accueille.

LUI

- Oui, des champignons parfois l'on y cueille,

Mais avec les fées je vais vous laisser seule,

De femme à femmes, vous comprenez,

Tachez de bien les amadouer,

Pour à notre armoire remédier,

Et avec elles vous ne risquez rien,

Elles sauront de vous prendre soin.

ELLE

Attendez-moi sous le grand chêne,

Il vous protègera sans peine.

LUI

Très bien, j'attendrai,

Que vous reveniez…

Avancez, voyez la lumière merveilleuse,

Vous promettant des choses heureuses.

ELLE

Et vous, faites un petit somme,

Qui vous montrera de belles histoires,

Mais si vous m'abandonnez ce soir,

D’ici vous ne ressortirez, bon homme,

Car, que vous vouliez ou non me croire,

Noués sont nos destins à l’arome,

De ceux qui défaits ne peuvent être,

Quelque soit la manière dont on s’y prête.

LUI

Mais non, ne détournez pas le regard,

Ou les fées iront autre part .

ELLE

Allez, je me lance,

Dans cette nuit d'errance…

La nuit m'ayant toute tourneboulée,

Je me mets en recherche des fées,

Ces dames étant habituées,

À se cacher sous les jolis bolets.

LUI

C'est ça, enfoncez-vous profondément,

En ces bois sombres mais cléments,

C'est pure folie, me direz-vous,

Mais non, car vous ferez des jaloux,

En découvrant inespéré secret,

Que point du tout ne regretterez.

(Et quand hors de sa vue fut la pauvrette,

Il l'abandonna d'une bouche muette,

Pour vite retourner à la chaumière,

Retrouver de plaisir son partenaire,

Qui n'avait pas attendu la fin de leur affaire,

Pour prendre la poudre d'escampette,

De peur qu'embrouilles lui fassent la fête.

Mais voila, en sautant par la fenêtre,

Il ne vit pas dans la nuit traitre,

Cachée une fourche, ses griffes en l'air,

Qui ne manqua pas de le faire taire,

Et de son hôte déclencher la colère.)

LUI

Mais pourquoi, diable, n'as tu pas attendu,

Mon retour à l'abri du salutaire placard !!?

Tu n'aurais absolument rien perdu,

Mais maintenant c'est un cauchemar,

Puisque ta vie est complètement foutue,

Tombée dans cet involontaire traquenard,

Qu'ici je ne me rapelle pas avoir déjà vu !

Probablement un coup de cette femelle,

Mais pourvu que toute aussi cruelle,

Soit sa destinée en la sylve ténébreuse,

Celà me rendrait d'humeur joyeuse .

ELLE :

(Dans la sylve pleine de voix,

Elle marchait en grand émoi,

Espérant trouver rapidement,

La conclusion aux événements.

Mais le destin en avait décidé,

D'une autre façon il est vrai.

Elle n'entendit et ne vit,

Arriver en silence derrière elle,

Ce monstrueux mort vivant,

Qui lui arracha ses dentelles,

Et dans sa chair mordit vivement.)

LUI :

Il faut vite que la fenêtre je ferme,

Pour cacher de ce crime le germe,

Sait-on jamais si revient cette idiote,

Eviter que des questions elle rote.

ELLE

Elle a décapité l'insolent,

Et l'a précipité dans un aven,

Puis craignant le malheur,

De son époux au grand coeur,

À la chaumière revint en courant,

Pour le trouver dans les bras de son amant,

Dans une gironde posture riant,

De sa crédulité, le méchant.

La colère l'ayant submergée,

Elle eut la folle envie de les empaler,

Devant le jour qui n'allait plus tarder,

Et s'en ira ainsi bien vengée.

L'identité du pauvre sire,

Qu'elle excécuta avec grand plaisir,

Elle ne saurait sans doute jamais,

Mais finalement elle s'en moquait.

Conclusion de cette aventure :

Ne pas facher femme guerrière,

Sans risquer d'une imposture,

Périr sans aucune lumière.

LUI

Dame ! Il est déjà mort !

Arrêtez donc de torturer ce corps !!

Et que faites-vous là !?

Je vous croyais encore là-bas !!

ELLE

Vous avez mal cru !

LUI

Dame, vous m'avez raté,

Et lui était déjà exécuté,

Par la fourche cruelle,

Que Dieu ai son âme au Ciel !

N'avez-vous donc point trouvé les fées,

Qui de bonheur vous auraient comblé ?

ELLE

Non, les fées ont été dévorées,

Par un être issu des Enfers,

Que j'ai dû bien vite éliminer,

Tout-en surveillant mes arrières.

LUI

Ah, c'est là grande malchance,

Peut-être auraient-elles pu redonner,

Vie à ce pauvre malheureux dont la panse,

Git à présent sur le sol de rouge taché.

Et je peux tout vous expliquer,

Si le temps vous m'en laissez !

ELLE

Et vous avez moins d'une heure,

Pour m'expliquer cette erreur,

Car je suis bien énervée,

Et de vie à trépas vous ferai passer !

LUI

Je ne vous trompe point, ma mie,

Je pensais plaisir vous faire ainsi,

En vous montrant nocturnes merveilles,

Des bois et leurs créatures sans pareilles.

ELLE

Alors pressez-vous de m'expliquer,

Par quel triste sort il a été tué,

Et dites-moi aussi sans tarder,

Ce qu'il faisait dans le quartier.

Quant-aux fées, le ciel les a en pitié,

Elles seront un jour résucitées,

Et j'espère un soir les croiser,

Dans un rond de jolis bolets.

LUI

Je vous l'ai dit, la fourche traitresse,

Que vous avez du laisser trainé par paresse,

S'est chargée de tuer celui qui je pense,

Était un voleur pour sa malchance.

Vous retournerez voir les fées,

Pendant qu'ici je veillerai,

À ce qu'aucun autre intrus,

Vienne ici ramener son cul.

ELLE

AH, alors ce fut bonne paresse,

Qui occit ce manant voleur,

Et sa vilaine manie traitresse,

De dérober des autres les valeurs.

Allons donc, mon ami,

Fêter ça dignement,

À la taverne unis,

Buvons joyeusement !

LUI

Vous dites m'avoir vu,

Dans les bras de l'inconnu,

Vous déraisonnez ma chère,

Il était mort, et j'en ai saveur amère.

ELLE

Vous trouverez réconfort,

Dans les bras d'un plus fort,

Qui ne se laisssera pas,

Tuer bêtement comme ça.

LUI

Je n'ai point le coeur à festoyer,

Vous avez occis involontairement,

Cet innocent pour lequel j'avais penchant,

Hors de ma couche, ce soir dormirez.

Et nous prierons pour le salut de son ame.

Ce mort-vivant qui vous agressa,

Son fantôme était peut-être, ma foi ?

La question profondément m'entame.

ELLE

Le mort-vivant n'a pas dit son nom,

Il est mieux que nous l'oublions.

Je vous demande grand pardon,

Et je vais convoquer les fées,

Celles du soleil levant et d'Orion,

Pour le ressuciter, je me donnerai,

Sans aucune limite à leur volonté,

Quelques soient leurs demandes,

Pourvu qu'elles vous le rendent.

LUI

C'est fort aimable à vous,

Mais je doute que les fées exécutent,

Le souhait d'un homme qui vous cocufia,

Avec un autre homme de surcroit,

Oui j'avoue, mon égo d'un coup chute.

ELLE

Ah, quelle surprise en effet !

Mais ma curiosité éveillée,

M'oblige à espérer,

Que l'on batifole ensemble,

Sans que la terre en tremble.

LUI

Tolèreriez vous de redonner vie,

À un concurent par lequel je vous ai trahi ?

ELLE

Je le tolèrerai pourvu que je prenne amant,

À mon goût bien évidemment,

Ou que nous batifolions, lui, vous et moi,

Dans les jardins sans foi ni loi,

Le choix vous appartient,

Et le plaisir ira bien.

LUI

Batifoler avec vous, celà se peut,

Peut-être même un tant soi peu,

Avec un troisième larron, voir quatrième,

Ou plus, pourvu que plaisir extreme,

Tous sans retenue y prenions.

ELLE

Affaire conclue,

Remuons-nous le cul !

LUI

En ce cas, les fées demain irons chercher,

Moi qui ne pensais pas possible,

Leur existence si risible,

J'avoue de moi vous avoir éloigné,

Pour pouvoir de mon amant profiter,

Et il n'a jamais été un autre voleur,

Que celui de mon corps et coeur.

Mais à moins que de tout celà,

Vos sens se soient mis en grand émoi,

Si bien que pour vous satisfaire,

Il me faudra veiller jusqu'à du jour la lumière

Dormions plutot tranquillement,

La nuit porte conseil, il se dit souvent.

ELLE

Dormons et rêvons allègrement,

La nuit est belle assurément.

LUI

Certes, même si je ne puis m'empecher,

De penser à ce pauvre zombi,

Peut-etre quelque chose qui devait être dit,

Avait-il pour vous avant de se voir occis ?

Pour l'heure, ce soir on se punira,

Chacun en sa couche, ainsi qu'il en soit.

Peut-être qu'en nous voyant amèrement,

Regretter cette affaire bien triste vraiment,

Les fées seront elles plus encleintes,

À rallumer nos joies éteintes.

ELLE

Vous avez bien raison,

Et ainsi nous ferons.

(Et pendant que les deux lurrons,

Dormaient d'un sommeil profond,

Au dehors, juste derrière la fenêtre,

Un être étrange boulotait le corps,

Du pauvre malheureux par fourche mort.)

MAZARIA et DJEDGE

Mercredi 6 et Jeudi 7 Novembre 2019

Samedi 12 et Dimanche 14 Mars 2022

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