Souvenirs

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Les souvenirs bien qu'ils soient parfois douloureux sont partie intégrante de soi-même, ils façonnent l'être avec douceur ou violence, alternant caresses et gifles au fil des années.

Je me remémorre plusieurs heure passées à la Faculté, une professeure à l'allure étrange qui semblait toute droit sortie des années 80, avait pour tâche d'animer le cours face à une promotion composée majoritairement de femmes.

L'intitulé plutôt vague présenté sur l'emploi du temps indiquait " Bien être au travail", l'intervenante qui se révêla être psychologue anima le début de la séance d'une voix claire et emprunte de gentillesse. Digressant elle raconta vaguement sa vie, son parcours, son travail avec les enfants, et nous mit en garde de nombreuses fois, elle insista avec vigueur sur l'importance du bien être dans la vie de tous les jours, et particulièrement au travail.

Au terme de son monologue elle énonca d'un ton sans appel "Aucune souffrance n'est utile".

Je restais interdit, attendant confiant une contestation de l'assemblée présente, face à ce qui me paraissait être une abération sans nom. Comment pouvait-elle énoncer une asburdité pareille ?. Personne ne contesta, aucune voix même timide ne fusa de l'assemblée, je levais timidement la main. Elle me désigna d'un bref mouvement de tête, m'autorisant ainsi à prendre la parole.

" Je ne suis pas d'accord avec votre affirmation.

- Et pourquoi donc? demanda t'elle avec sa douceur habituelle

Je bougeais mal à l'aise sur ma chaise.

- Je pense que certaines souffrances sont utiles, par exemple si un enfant se brûle en jouant avec alumettes il apprendra que le feu est dangereux et fera à l'avenir preuve de plus de vigilance, la douleur se révêle alors pédagogue.

- Il n'est pas nécessaire qu'un enfant se défigure avec une poêle chaude pour qu'il apprenne que le feu est un danger. Répondit elle avec un sourire."

La classe resta silencieuse, ne prenant pas part aux prémisses du débat. Je fulminais intérieurement, voilà bien une attitude de sophiste. Court-circuiter mon argument en le poussant dans les extrêmes, Elle continua son cours le ponctuant d'exemples liés à sa carrière, et énonca une seconde fois sa phrase fétiche. "Aucune souffrance n'est utile"

Phrase anodine qui réveillait une fureur sourde en moi, je n'avais pas pour habitude de relations conflictuelles avec les tenanciers du savoir de la faculté mais elle... , je ne la supportais vraiment pas. Sa putain de phrase m'irritait au plus haut point, nier l'utilité de la souffrance ?, et que ferons-nous donc de toutes nos petites anecdotes et histoires douloureuses collectés tel des petits trésors,façonnant nos êtres fragiles. Que dois-je faire de mes souvenirs douloureux ?, puis-je m'en débarasser ? dois-je les reléguer au fin fond de mon cerveau, les enterrant sous une épaisse chape de plomb ?. Si aucune souffrance n'est utile alors pourquoi dois-je comme le commun des mortels alterner les champs de mines et de fleurs de ma petite existence. Je cataloguais cette femme comme une "bisounours", boudant son cours et la prise de note par la même occasion.

Les souvenirs douloureux affluaient alors pendant ma rumination personnelle, il me semblait qu'elle niait une partie de mon être, les quelques brimades et humiliations, les moments de gênes intenses, et les débats enflammés, les souvenirs plus vifs comme cette empoignade au coeur de la nuit. L'éffondrement des figures parentales et les désilusions de la vie. Cette colère sourde en moi affluait par torrents sans que j'en comprenne le sens. L'insulte avait fusé emprunte d'une vile gentillesse, je tentais à deux autres reprises de contester ce dictat de l'utlité. Sans grand succès... , mes camarades commençaient à se questionner sur mon acharnement à vouloir contester le cour de l'intervenante. Je perturbais son avancement, je me résignais alors à écouter son expérience et ses anecdotes, je ne l'avais pas perturbé bien au contraire elle souriait toujours de façon continue, malgré son âge peu avancé. Comme une grand-mère regardant avec bienveillance ses petits enfants, je me sentais mit à nue. Désarmé et je réfléchis antérieurement à cette expérience.

Les montées de l'existence façonne l'être mais ne doivent pas le définir, utilisé à bon escient elles apportent sagesse. Attention à ne pas trop les chérir, au risque de devenir aigri. Aucune souffrance n'est utile, peut-être sont-elles formatrices pour certains.

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