Chapitre 47 Passé décomposé - Partie 3

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 Le lendemain, Lucy et Halbarad quittèrent leur chambre à l'aube et descendirent sans faire de bruit. Lucy leur prépara du café et ils déjeunèrent en silence, se contentant d'échanger des sourires complices. Après quelques minutes, ils entendirent une porte claquer à l'étage. Halbarad regarda sa femme, qui haussa les épaules.

- Ce n'est pas rare d'avoir des clients un peu bruyants.

- Remarque, nous n'avons pas été très discrets non plus hier soir.

- Veux-tu bien te taire, dit Lucy en rougissant. J'entends quelqu'un qui descend.

 En effet, un jeune homme venait de pénétrer dans la pièce. Lucy le salua poliment, et le jeune homme tourna vivement la tête vers eux. Halbarad crut voir une certaine gène se dessiner sur son visage, mais cela passa presque aussitôt.

- Je ne m'attendais pas à voir quelqu'un de si bon matin, dit-il. Je suis désolé pour la porte, elle m'a échappé des mains et...

- Ne vous inquiétez pas nous étions déjà debout, le rassura Lucy.

- Je vous reconnais. Vous êtes le jeune soldat que j'ai vu près du pont hier. Vous avez pu voir vos deux témoins ?

- Oui, oui, je leur ai parlé hier soir. Ils ont été très compréhensifs. Ils partiront dès qu'ils seront levés. Moi je vais rester un peu en ville, si ça ne vous dérange pas de me réserver votre chambre, demanda le jeune homme en se tournant vers Lucy.

- Elles sont là pour ça. Avez-vous laissé des affaires dedans ?

- Oui, mon uniforme et quelques bricoles.

- Dans ce cas confiez-moi la clé, je vous la rendrai quand vous reviendrez.

 Le jeune soldat fouilla ses poches à la recherche de la clé, et eut à nouveau l'air gêné.

- Puis-je vous demander un autre service ?

- Bien sûr.

- Si vous pouviez éviter de parler de tout ceci avec les deux jeunes. Je crois que ça les gêne un peu d'être impliqués dans toute cette histoire et...

- Ne vous en faites pas, je n'ai pas pour habitude de me mêler des histoires de mes clients.

- Et moi je dois partir, dit Halbarad en se levant de sa chaise. Voulez-vous m'accompagner jusqu'au château ?

- Bien sûr, répondit le jeune homme après une seconde d'hésitation.

- Juste un instant, voulez-vous ?

 Halbarad se pencha sur sa femme, qui déposa un rapide baiser sur ses lèvres, avant de le repousser gentiment.

- Pas devant les clients mon chéri...

- Je suis sûr que ce jeune homme ne s'en formalisera pas, répondit Halbarad, qui s'éloigna tout de même. À son âge on n'est pas incommodé par ce genre de choses. Et puis avec le physique qu'il a, il ne doit pas laisser sa part au chien, comme on dit.

- Je ne sais pas si le terme est bien choisi.

- J'ai compris, répondit Halbarad en riant. Vous ne voulez pas parler de ces choses devant une femme. Votre galanterie vous honore. Venez, nous discuterons sur le chemin.

- N'oublie pas que tu es attendu au château, rappela Lucy gentiment.

- Bien sûr, bien sûr, répondit Halbarad en déverrouillant la porte de l'auberge. À ce soir ma chérie.

 Le jeune soldat salua Lucy d'un signe de tête et suivit Halbarad dans la rue. Ce dernier le gratifia d'une tape sur l'épaule et l'invita à le suivre en tendant son bras en direction du centre-ville. Le jeune homme lança un regard dans la direction opposée, vers le portail est de la ville, mais il le suivit néanmoins en esquissant un sourire.

- C'est le moment de la journée que je préfère, dit Halbarad en balayant la rue d'un revers de bras. Lorsque les soleils se lèvent et que la ville somnole encore. La lumière change à chaque instant et nous pouvons ainsi découvrir toutes les couleurs de la ville. J'aime arpenter les rues vides, sans être bousculé par les badauds, et j'aime profiter de l'air pur et de la rosée du matin, avant que le vent ne charrie les odeurs des usines de l'autre côté de la ville. Oui vraiment, j'aime le début de la journée, lorsqu'elle est encore pleine de promesses et d'inconnues.

- Et bien, j'ignorais qu'il y avait des poètes dans l'armée, répondit le jeune homme en souriant. Avec de telles aptitudes pour le verbe, pourquoi n'êtes-vous pas devenu barde plutôt que soldat ?

 Halbarad éclata de rire.

- Touché mon ami. Excusez mon babillage, mais comme vous avez pu le constater hier, mon poste devant le pont n'est pas des plus agité, et il y a des jours que je n'ai pas eu de vraie conversation avec quelqu'un d'autre que ma femme.

- Certains vous diraient que vous avez beaucoup de chance.

- Je le sais, je me le répète chaque matin en me réveillant à ses côtés. Et vous, êtes-vous marié ?

- Pas encore, et pour être honnête l'idée ne m'a jamais traversé l'esprit.

- Vous changerez d'avis quand vous trouverez la bonne. Un solide gaillard comme vous ne doit avoir que l'embarras du choix.

- J'ai quelques occasions, admit le jeune homme, et il y a cette jeune femme que je viens de rencontrer...

- Je connais ce ton. Celle-ci n'est pas comme les autres, n'est-ce pas ? Parlez-moi d'elle je veux tout savoir.

- C'est impossible, je ne la connais pas encore assez, et sans paraître désobligeant, je ne vous connais pas assez.

- Vous êtes décidément un homme galant. Dans ce cas, dites-moi plutôt ce que vous pensez de ma ville.

- Je vais vous sembler désagréable, mais je suis obligé de vous contredire. Arpenter seul les rues ensoleillées est certes agréable, mais je préférerais toujours le crépuscule. Je n'ai jamais aimé me lever tôt, en particulier pour aller au travail. Les villes sont faites pour être vivantes, et ce n'est que le soir qu'elles s'animent vraiment. Les gens rient, chantent et font la fête. Le crépuscule est convivial, tandis que l'aube est solitaire.

- C'est une affaire de point de vue. Pour moi, l'homme n'est jamais aussi seul que pendant la nuit. J'ai traversé la ville hier alors qu'il faisait nuit, et je me suis senti oppressé par l'obscurité. Même le château m'a semblé menaçant. Et pourtant regardez !

 Les deux hommes étaient parvenus à la place centrale et étaient maintenant au pied du château, que Halbarad désigna de la main.

- N'est-il pas magnifique sous cette lumière ? Regardez les couleurs de ces vitraux, la finition de ces fresques, la hauteur de ces tours, l'épaisseur de ces portes. Voilà la vraie raison. Voilà pourquoi j'ai choisi de devenir garde de la ville de Castelroi plutôt que barde ou poète. Ça mon ami, ce ne sont pas que des pierres empilées. Ça c'est un morceau d'histoire.

- Assurément, votre émotion est contagieuse, et j'avoue que je vois ce vieux château avec un œil nouveau.

- Voulez-vous le visiter ? Je serais votre guide.

- Je vous remercie, mais je dois décliner. J'ai des amis en ville que je n'ai pas vus depuis longtemps et je voudrais profiter de ma présence ici pour leur faire une surprise. Je voudrais les voir avant qu'ils n'aillent au travail. D'ailleurs vous aussi vous devriez y aller. De plus je n'ai pas mon uniforme, et je ne voudrais pas vous créer de problèmes en rentrant ainsi.

- Vous avez raison. J'ai été ravi de bavarder avec vous. Peut être nous reverrons-nous ce soir à l'auberge.

- Sûrement.

 Les deux hommes se serrèrent la main et Halbarad rentra prestement dans la cour du château. Il regarda sa montre et courut jusqu'au bureau du chef de la garde. Là, il eut l'agréable surprise d'apprendre qu'il était affecté à la garde du château pour les semaines à venir. Avant de quitter la pièce, il demanda à son supérieur :

- Jusqu'à quelle heure le seigneur Garaney reste-t-il éveillé ?

- Pardon ?

- Tard dans la nuit hier soir, j'ai vu que la pièce en haut de la tour était éclairée, et cela m'a étonné car...

- Le seigneur Garaney fait ce que bon lui semble, à l'heure qui lui plaît, et il ne vous appartient pas de vous en inquiéter. Allez à votre poste maintenant, et mêlez-vous de ce qui vous regarde !

 Halbarad salua son supérieur et quitta la pièce en silence. Sa joie avait été quelques peu refroidie. Il ne comprenait pas pourquoi son chef s'en était pris si violemment à lui. Heureusement il put rapidement se changer les idées. En effet, une heure plus tard, les gardes postés à la porte est demandèrent du renfort, car un commerce avait été détruit, et il régnait encore une certaine agitation.

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