Chapitre 7 L'autre homme - Partie 3

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 Sans vraiment réfléchir, l'homme traversa la brèche dans le mur, bouscula les habitants sur son passage et s'élança à travers les rues de la ville. Il parcourut d'abord l'avenue principale dans toute sa longueur, prit une rue à gauche au hasard, puis une autre à droite, et après une troisième rue, il s'arrêta de courir et prit quelques secondes pour souffler. Il balaya du regard la place sur laquelle il se trouvait et se rendit compte à cet instant qu'il n'avait pas le signalement précis des fugitifs. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il s'agissait d'une jeune femme et d'un jeune homme.

 L'homme commença à regarder toutes les personnes autour de lui comme des suspects. Il chercha d'abord un couple, mais peut-être s'étaient-ils séparés ? Il commença à paniquer. Comment pouvait-il les reconnaître ? Ils étaient peut-être en train de lui passer sous le nez sans qu'il s'en rende compte. S'ils s'étaient battus avec les soldats, ils étaient probablement blessés. Cela ne devait sûrement pas passer inaperçu. L'homme tenta de se renseigner auprès des habitants, mais il n'obtint aucune information utile. Les gens lui répondaient en quelques mots et s'empressaient de passer leur chemin. L'homme se demanda s'il avait vraiment le respect des habitants comme il le pensait le matin même, ou s'il ne leur inspirait que de la crainte à cause de son uniforme.

 Il réfléchit à un autre plan. Les évadés n'allaient sûrement pas rester dans la rue. Le meilleur moyen pour eux d'échapper aux soldats, c'était de se cacher. L'homme décida donc de fouiller la première maison en face de lui, tout en sachant très bien qu'il avait peu de chances d'y trouver les fugitifs. Il toqua, se présenta en un mot et pénétra dans la maison sans attendre l'autorisation de la femme qui lui avait ouvert. Son uniforme lui donnait le droit de faire ce genre de choses sans craindre les représailles, mais il n'aimait pas en abuser ainsi. Mais c'était un cas de force majeure, et il ne pouvait pas laisser des criminels prendre la fuite. Il fouilla toutes les pièces de la cave au grenier, s'excusa auprès de la femme et lui demanda de signaler tout comportement suspect avant de sortir. Il perquisitionna encore quatre maisons au hasard, sans plus de résultats, avant de baisser les bras. Il savait qu'il n'arriverait à rien de cette façon. Pas tout seul.

 Il devait réfléchir. Que savait-il à propos des fugitifs ? Ils étaient deux, un garçon et une fille, d'aspect inoffensif, et selon Davies, ils n'avaient bénéficié d'aucun complice pour s'échapper. Où pouvaient-ils se cacher s'ils ne connaissaient personne en ville ? Soudain, la réponse frappa l'homme. Ils connaissaient quelqu'un en ville. L'homme que Davies avait exécuté. En y réfléchissant, c'était le seul endroit où ils pouvaient se cacher. L'homme se remit en route immédiatement.

 Il traversa la moitié de la ville au pas de course. Il ne savait pas exactement où habitait le vieil homme, mais il savait que c'était près des collines. Arrivé dans la rue, il n'eut aucun mal à trouver ce qu'il cherchait. Seule une maison avait la porte défoncée et pendant sur ses gonds. L'homme reconnut les méthodes de Davies. Il se saisit de son arme et poussa le panneau de bois prudemment. À l'intérieur, tout était silencieux. Il parcourut le rez-de-chaussée en essayant de ne pas buter contre les objets qui jonchaient le sol afin de ne pas faire de bruit. Après un rapide coup d'œil, l'homme comprit vite que les deux jeunes gens n'étaient plus là. Il fouilla l'étage par acquis de conscience, mais il dut se rendre à l'évidence : ses fugitifs étaient partis depuis longtemps. Une pile d'objets amoncelés sur la table lui confirma qu'ils étaient repassés par ici après s'être évadés, mais il était arrivé trop tard.

 L'homme ne savait plus où chercher. Tout ce qui lui restait à faire, c'était retourner à la caserne et révéler à Davies ce qu'il avait appris. En chemin, l'homme vit que les soleils avaient commencés à décliner. Alors qu’il pensait être autorisé à rentrer se reposer après cette journée de travail peu ordinaire, Davies lui ordonna de prendre un cheval à l'écurie et de rejoindre trois autres soldats dans ce qui restait de la cour pour organiser les recherches. Il fut décidé qu'il partirait vers le nord, vers les autres villages de l'île. Deux autres partiraient vers l'ouest et l'est, et le dernier resterait sur la côte méridionale. Davies voulait prévenir toutes les villes alentour de l'évasion des deux jeunes gens et organiser des recherches dans toute la région.

 Notre homme éperonna sa monture et reprit sa traque sans même repasser par chez lui. Après quelques minutes de marche rapide dans les rues pavées de la ville, il lança sa monture sur la piste de terre qui courait à travers l'immense prairie qui séparait sa ville du nord de l'île. Après une heure de galop en ligne droite, durant laquelle il n'avait dépassé qu'un marchand ambulant, il s'arrêta devant un embranchement. Il était censé prendre à gauche, vers les villages du nord, mais son instinct lui disait que les fugitifs allaient se risquer sur le chemin de la forêt. Après tout, les étrangers ne connaissant pas le pouvoir de la forêt, ils ne la craindraient pas. Il tira donc la bride vers la droite et repartit au galop à travers les hautes herbes.

 À mesure qu'ils approchaient de la forêt, le cheval renâclait de plus en plus pour avancer. À environ cent mètres de la lisière des arbres, il céda à la panique et désarçonna son cavalier d'une ruade, avant de s'enfuir au triple galop à travers champ.

 Cette mauvaise chute, accentuée par la fatigue, mit l'homme passablement de mauvaise humeur. Il décida de remettre ses recherches au lendemain et s'avança vers le bois pour trouver un endroit où dormir. Au milieu de la nuit, il entendit des bruits de pas s'approchant des arbres. Il se cacha, sans trop de difficultés dans l'obscurité, et observa deux personnes qui jetaient leurs sacs au sol et s'allongeaient dans l'herbe. Il crut voir un homme et une jeune femme mais sa vue n'étant pas excellente la nuit, il voulut s'en assurer. Il attendit donc que les deux jeunes gens se soient assoupis et il se dirigea vers leur bivouac.

 Une fois parvenu à quelques pas d'eux, il eut la confirmation qu'il s'agissait bien d'un homme et d'une femme. La jeune femme était d'ailleurs très belle et, malgré l'obscurité, son visage semblait rayonner. L'homme se surprit à espérer que ces deux jeunes ne soient pas ceux qu'il cherchait, car il ne savait que trop bien ce qu'on ferait subir à cette jeune fille une fois en cellule.

 Mais son devoir passait avant ses sentiments, et il entreprit de fouiller les sacs à la recherche d'indices sur l'identité des deux jeunes. Il trouva là des vêtements, des gourdes à moitié vides, une casserole, un morceau de viande enroulé dans un linge, un canif servant sûrement à couper le pain... Rien de répréhensible en somme. Toutefois un détail retint son attention. Il sentit le contact dur et glacé du métal sous sa paume. Avec d'infinies précautions, il écarta le reste des affaires et tenta de retirer ce morceau de métal. Au moment où il empoignait ce qui semblait être la garde d'une épée, la lame cogna contre la casserole et la fit tinter.

 À ce bruit, la jeune femme se réveilla en sursaut et fondit sur l'homme. Elle le plaqua au sol, la main serrée sur sa gorge, et il commençait à manquer d'air. Il envoya son poing dans ses côtes avec toute la violence dont il était capable. Le souffle coupé, elle relâcha son étreinte. Notre homme en profita pour la repousser et rouler sur le côté avant de prendre la fuite. Il courut en zigzaguant entre les arbres. Il savait qu'il ne pourrait pas courir à cette vitesse très longtemps, mais il ne cherchait qu'à mettre le plus de distance possible entre lui et la jeune femme – qui s'était lancée à ses trousses – avant de trouver un coin sombre où se dissimuler.

 Il trébucha contre une racine et s'effondra dans un fossé. Ce fut une chance car la femme passa moins d'une minute plus tard devant lui sans le voir. Il resta là, sans oser bouger un muscle, jusqu'à ce qu'il l'entende rebrousser chemin. Il s'éloigna encore un peu de leur campement et se pelotonna sous un buisson pour dormir. Sa dernière pensée consciente fut pour Davies. La fille était, comme il l'avait dit, la plus dangereuse des deux. Le garçon, ce grand lâche, ne s'était même pas réveillé.

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